Trop, c’est trop !

Jeudi dernier, de très nombreux enseignants étaient en grève pour dire leur ras-le-bol** : ils ont jusque-là fait tous leurs efforts pour mettre en place tous les protocoles sanitaires développés par le Ministre de l’Education Nationale depuis le début de la pandémie de coronavirus et assurer la continuité de l’enseignement en France. Et c’est qu’il y en a eu, des protocoles sanitaires, décrits sur des pages et des pages !

Il a fallu que les enseignants et les chefs d’établissement mesurent les classes, l’espacement entre les élèves en intérieur et en extérieur, agencent les locaux autrement, dessinent des flèches, des lignes sur le sol, trouvent des masques, fassent laver les mains, informent les parents, expliquent et ré-expliquent la marche à suivre quand un enfant est cas contact ou positif, compartimentent les groupes, travaillent en hybride – des élèves en classe et les autres à la maison, une semaine sur deux ou un jour sur deux – ouvrent les fenêtres, ferment des classes, préviennent les familles en catastrophe, etc. Ils ont fait leur boulot comme de bons petits soldats**, semaine après semaine, mois après mois.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase**, c’est le retour en classe après les vacances de Noël sans instruction du Ministère sur la marche à suivre en pleine vague Omicron, sauf à la dernière minute, dans la soirée du dimanche 2 janvier pour le lendemain matin 8 heures !

Puis il a fallu encore changer plusieurs fois les règles en quelques jours, alléger le protocole comme on dit, tester tous les deux jours, ne plus tester, re-tester, alors que les chiffres de contamination s’emballaient. Et bien sûr, le ministre assurait que tout allait bien, que la situation était sous contrôle, au moment même où les classes fermaient les unes après les autres et que les parents faisaient la queue sans arrêt pour trouver des autotests ou faire tester leurs enfants interdits de classe.

Alors, l’ensemble de la communauté éducative et les parents ont dit stop et sont descendus dans la rue ! Le gouvernement a donc pris les choses en mains, promis des moyens – des masques FFP2 pour les enseignants, de l’anticipation, des renforts dans les établissements, des tests – et le ministre a daigné ** s’excuser (du bout des lèvres**).

Et voilà qu’aujourd’hui, on apprend que juste avant la rentrée des classes, le ministre était en vacances à Ibiza ! On peut dire que ça fait très mauvais effet** et que toute la communauté éducative est choquée !

Après ce petit rappel des faits enregistré ici, voici aussi des échos de la journée de grève de jeudi dernier, entendus à la radio :

Transcription :

Une enseignante : On estime (1) qu’on n’est plus en sécurité dans notre lieu de travail, ni nous, ni nos élèves, ni nos collègues en fait, parce qu’il y a beaucoup d’enseignants, mais il y a tous les autres personnels qui travaillent avec nous qui sont affectés également. Donc on a déjà deux ASEM (2) en arrêt de travail (3) parce qu’elles ont repris le travail et elles ont été contaminées depuis la reprise (4), quoi.

Une infirmière scolaire : Je ne fais que du contact tracing. Je me suis vue refuser (5) de me déplacer dans l’établissement (6) pour une élève qui faisait un malaise (7) parce que je n’arrivais pas à gérer les cas positifs pour lesquels je devais faire le tracing. Et je me suis contentée de dire : « Cette élève fait un malaise. Eh bien, si ça s’aggrave, appelez le 15 (8). Si elle va mieux, dites-lui qu’elle descende à l’infirmerie avec vous. » Et puis au bout d’un moment, je me suis dit : « Mais qu’est-ce que tu racontes ? (9) Donc tu t’occupes même plus des urgences ! » Je mets cette élève en danger, je me mets en danger professionnellement (10). C’est pas possible ! On n’est pas là pour faire du tracing, qui ne sert finalement qu’à ne faire des stats et des chiffres. On est là pour s’occuper de nos élèves. Et là, cette exigence-là qui a toujours été la nôtre, elle passe complètement à la trappe (11) aujourd’hui.

Un chef d’établissement : En pleurs, en pleurs parce qu’on n’en peut plus. On arrive à un point où ça devient très, très difficile au quotidien. J’adore mes élèves, j’adore mes enseignants. Mais malheureusement, ça devient difficile. On charge, on charge, on charge la mule (12), mais à un moment, la mule ne peut plus supporter un tel fardeau (13). M. le Ministre, que je respecte, il faudrait qu’il fasse un petit effort pour se dire que sur le terrain (14), les gens souffrent, souffrent vraiment.

Un représentant syndical : On ne s’en sortira pas (15) si on ne change pas de méthode et si on ne change pas de braquet (16). Qu’on arrête ** d’annoncer qu’on va envoyer des capteurs de CO2. Mais qu’on les reçoive, ces capteurs de CO2 ! Qu’on arrête d’annoncer qu’on va recevoir des masques. Mais qu’on les reçoive véritablement ! Et ça fait vingt mois qu’à coup d’annonces médiatiques, on prétend régler les problèmes. Et nous, sur le terrain, on constate que ça n’est pas réglé, que ça ne va pas et qu’on n’y arrive pas (17), tout simplement !

Des explications :

  1. estimer que… : considérer que, penser que… (après avoir analysé la situation)
  2. un(e) ASEM : agent spécialisé des écoles maternelles.
  3. en arrêt de travail : on peut être en arrêt de travail, c’est-à-dire en congé legal, pour maladie ou à la suite d’un accident par exemple.
  4. la reprise : le retour au travail après des vacances.
  5. je me suis vue refuser… : elle s’est rendu compte qu’elle refusait de s’occuper d’une élève = je me suis vue en train de refuser…
  6. un établissement : une école, un collège, un lycée. Ce sont des établissements scolaires, avec à leur tête un chef d’établissement.
  7. faire un malaise : avoir un malaise, se sentir très mal
  8. le 15 : numéro d’appel d’urgence en cas de malaise grave ou d’accident.
  9. Mais qu’est-ce que tu racontes ? : cette expression sert à exprimer sa surprise face à ce que dit quelqu’un qu’on ne veut pas croire.
  10. en danger professionnellement : elle risque des sanctions car elle ne fait pas bien son travail, qui consiste à prendre en charge les élèves malades ou blessés.
  11. passer à la trappe : être totalement oublié
  12. charger la mule : cette expression signifie qu’on surcharge quelqu’un de travail par exemple, ou qu’on lui donne de trop lourdes responsabilités.
  13. un fardeau : au sens propre, c’est quelque chose qui pèse très lourd. Au sens figuré, cela désigne quelque chose de pénible, qu’il faut supporter.
  14. sur le terrain : dans le lieu où se déroulent vraiment les choses, dans la « vraie vie ». Ici, il s’agit des écoles, par opposition aux bureaux du ministère où se prennent les décisions.
  15. on ne s’en sortira pas : on n’y arrivera pas, on va continuer avec les mêmes difficultés
  16. changer de braquet : changer de vitesse sur un vélo. (Le braquet, c’est le rapport entre les dents du pédalier et du pignon à l’arrière.) Au sens figuré, cela veut dire qu’on fait ce qu’il faut pour être enfin réellement efficace.
  17. on n’y arrive pas : cela ne donne aucun résultat, on n’est pas efficace. Malgré tous les efforts fournis, on est impuissant.

** Une structure de phrase qui exprime bien le ras-le-bol, la lassitude et l’exaspération :
Qu’on arrête d’annoncer… = il faut absolument que le gouvernement arrête d’annoncer des choses à la télé, dans la presse, sur les réseaux sociaux, des choses qu’il ne fait pas, pour faire croire que la situation est sous contrôle.
Qu’on nous les envoie, ces capteurs ! : Il faut que le gouvernement envoie ces capteurs qui ne sont toujours pas là.
Qu’on les reçoive, ces masques ! : Il faut qu’on les reçoive. Le ministère de l’éducation doit faire en sorte que ses personnels soient équipés.

On ne peut pas employer cette tournure avec n’importe quel sujet. Il faut que ce soit un nom :
Que le gouvernement fasse quelque chose ! (Vous avez remarqué, il faut un subjonctif.)
Que les enseignants cessent de devoir se débrouiller tout seuls !
Que le protocole sanitaire ne change pas tous les jours !

Et si c’est un pronom, il y en a qui marchent et d’autres pas : on / il / elle / ils / elles sont possibles, mais pas tu, vous, nous.
Qu’on aide les enseignants face à ce variant très transmissible !
Qu’ils aient enfin les moyens de faire face !

** Les expressions que j’ai employées :
dire son ras le bol : dire qu’on en a vraiment assez, qu’on ne pourra pas continuer à supporter la situation.
comme de bons petits soldats : avec obéissance et consciencieusement, sans critiquer
C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : cela désigne le dernier détail qui fait qu’une situation déjà difficile devient insupportable.
daigner faire quelque chose : accepter de faire quelque chose mais en laissant comprendre que c’est vraiment à contrecoeur
s’excuser du bout des lèvres : ne pas s’excuser franchement, s’excuser avec réticence
ça fait mauvais effet : ça donne une mauvaise impression

Voici donc ce qu’on peut lire sur France Info à propos des vacances du ministre, dans un lieu qui représente pour beaucoup de Français « les doigts de pied en éventail sur la plage », la frivolité, la fiesta… Comme le dit un dirigeant : « En terme d’image, Ibiza, c’est cata. » (= c’est la catastrophe, c’est très négatif.)

ça passe mal : c’est difficile à accepter

C’est reparti pour un tour !

Je partage avec vous ce mail reçu de la Direction de mon université aujourd’hui.

Nous y voilà de nouveau : reprise de nos cours en distanciel pour démarrer l’année 2022 ! Nous avons tenu jusqu’à maintenant mais voici les instructions toutes fraîches de la présidence de notre université pour les deux premières semaines de janvier, au retour des vacances de fin d’année.

Comme on dit, il va falloir faire avec*. Avec un nouveau variant, avec une vaccination qui stagne, avec la mauvaise saison, avec des gestes barrières en net recul, avec les enfants passeurs involontaires mais efficaces, avec… etc, etc.

Comme une impression de déjà-vu ! Voici donc des expressions qui pourraient bien continuer encore un moment à nous être utiles, avec la prolifération de ce virus – oh là, là, prolifération, c’est pire que propagation ! – et ces vagues successives – à combien en sommes-nous, déjà ? – qui n’en finissent pas de nous bousculer.

  • C’est reparti / C’est reparti pour un tour : cela signifie que ça recommence. (plutôt familier)
    En général, cette phrase exprime la lassitude. Eh oui, on en a marre !
    Et allez ! C’est reparti pour un tour !
  • Rebelote ! : cette expression vient d’un jeu de cartes très populaire, la belote. Pour simplifier, c’est ce qu’on dit quand on a le bon roi et la bonne reine ensemble dans ses cartes, après avoir dit « Belote ». Par exemple : On avait travaillé en distanciel une grande partie de 2020. Et voilà, rebelote en 2022 !
  • Retour à la case départ : cela veut dire qu’on croyait avoir avancé mais finalement pas tant que ça ! C’est un peu comme au Monopoly, quand tu tires les mauvaises cartes.

Ces expressions viennent du domaine du jeu. Mais là, stop, pouce**, on n’a plus trop envie de jouer !

J’en profite pour faire un petit tour du jargon apparu depuis mars 2020 :

  • La situation sanitaire : combien de fois avons-nous entendu ce terme, à la radio, à la télévision, dans la bouche de nos dirigeants, des médecins, des scientifiques ?
  • à distance / en distanciel et ses deux acolytes : en présentiel et en hybride, pour décrire nos cours, transformés par cette pandémie.
  • les étudiants en fracture numérique : mais quel terme, pour simplement dire qu’il y a malheureusement des jeunes qui n’ont pas les moyens d’accéder à internet ni de se payer un ordinateur !
  • dans le respect des consignes sanitaires, avec sa variante, dans le strict respect des consignes sanitaires, quand certaines activités ont repris, sous condition, après le premier confinement.
  • Dans la suite de ce mail : Le port du masque est obligatoire. Rappel omniprésent mais pas toujours respecté par certains, qui n’ont toujours pas appris – ou pas voulu apprendre – à faire tenir leur masque sur la bouche ET le nez !
  • Et plus loin : les gestes barrières, expression qui englobe l’idée de distance physique entre les gens, le lavage fréquent des mains, l’utilisation d’un gel hydroalcoolique, la fin de la bise à tout bout de champ.

* Il va falloir faire avec : cette expression plutôt familière signifie qu’il va falloir s’adapter, s’accommoder de la situation. C’est ce qu’on fait depuis bientôt deux ans ! Incroyable !

** Pouce ! : cette expression enfantine s’accompagne d’un pouce levé pour dire qu’on veut faire une pause pendant un jeu. ( Attention, un pouce levé, dans les jeux d’enfants, n’exprime pas l’approbation, comme c’est le cas pour les adultes.)

Tout ça est à écouter ici si le coeur vous en dit :

A part ça, il a fait une très belle journée à Marseille, comme très, très souvent !
Et ça, c’est irremplaçable. 🙂


Ubuesque

Depuis quelques mois, dans les pays où les vaccins contre le covid 19 sont disponibles, on avait l’impression que les choses allaient en s’améliorant, que peut-être on verrait le bout du tunnel dans un avenir pas trop lointain. On savait bien que le reste du monde n’était pas tiré d’affaire, que les chiffres en Europe, à nouveau, n’étaient pas bons. Et finalement, le répit sera-t-il de très courte durée, avec l’arrivée d’Omicron, ce nouveau variant qui inquiète et qui donne d’un coup l’impression qu’on est revenu à la case départ ? Voici ce qu’on pouvait entendre ce matin aux infos à la radio.

Transcription:

Le monde ne peut pas être hermétique (1) face au nouveau variant du Covid. Déjà détecté aussi en Australie, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en République Tchèque, Omicron le sera sans doute en France dans les prochains jours. Les pays multiplient les restrictions pour s’en protéger au mieux (2), on va y venir, mais il y a encore des situations ubuesques (3) : hier matin, à Amsterdam, 61 passagers en provenance d’Afrique du Sud ont été testés positifs à leur arrivée, sur 600 passagers qui sont restés entassés (4) ensemble durant de longues heures. Un véritable cluster en puissance (5), comme le raconte un passager français, Anatole Kramer :

« Nous sommes restés six heures dans l’avion avec les gens qui commençaient à s’agiter (6) et à circuler sans masque. Et puis on a fini par nous donner l’autorisation de débarquer pour nous envoyer dans une partie isolée de l’aéroport, pour que l’ensemble des passagers soient testés. Rien n’a été organisé : pas de gel mis à disposition (7), pas de masques mis à disposition. On était 300 par salle d’attente (8), serrés les uns contre les autres (9). On n’avait pas mangé depuis donc le matin, 8 h, et ils ont fini (10) à 18 h par nous apporter des sandwichs dans des cageots (11), des sandwichs sans emballage individuel. On a tous plongé les mains dans les mêmes cageots, c’était effarant (12) ! Le résultat des tests a mis dix heures à arriver : 10 % des passagers est positif (13). On a passé la journée ensemble, collés les uns contre les autres. Je suis moi-même très inquiet parce que j’ai vu des gens qui ont été déclarés positifs avec qui j’ai discuté et qui m’ont postillonné (14) dessus. Là, je fais extrêmement attention. Je me lave les mains, je garde mon masque en toutes circonstances (15) et j’ai prévu de me faire tester lundi. C’est une bombe à retardement (16) qui pourrait se disséminer dans l’ensemble de l’Europe, ouais. »

Témoignage édifiant (17), recueilli par Benjamin R.

Des explications :

  1. être hermétique (à quelque chose) : parfaitement fermé, qui ne laisse pas entrer l’air ou l’eau par exemple.
    On peut employer cette expression au sens figuré en parlant de quelqu’un : Il est hermétique à la poésie signifie qu’il n’est pas sensible du tout à la poésie, qu’il ne la comprend pas ni ne l’apprécie.
  2. au mieux : le mieux possible. On dit souvent : Fais au mieux, pour encourager quelqu’un qui a à prendre une décision difficile, à faire quelque chose de compliqué;
  3. ubuesque : on emploie cet adjectif pour décrire une situation ridicule, absurde, grotesque, invraisemblable. Ce mot vient du nom d’un personnage de la pièce de théâtre Ubu Roi écrite en 1896 par un écrivain français, Alfred Jarry. Ubu y est un roi despotique, cruel et ridicule. Donc ubuesque signifie à la manière de Ubu.
  4. entassés : très serrés et sans organisation.
  5. un cluster en puissance : une situation qui a de fortes chances de devenir un cluster. Tous les signes montrent que cela va arriver.
  6. commencer à s’agiter : perdre patience, s’impatienter et donc perdre son calme.
  7. mis à disposition : donné, rendu disponible
  8. par salle d’attente : dans chaque salle d’attente
  9. serrés les uns contre les autres : très près les uns des autres, sans espace entre les gens
  10. Ils ont fini par nous apporter à manger : après une longue attente / un très long moment, ils nous ont enfin apporté à manger.
  11. un cageot : on y transporte en général des légumes ou des fruits.
  12. effarant : effrayant et choquant
  13. 10% est positif : 10% est plutôt suivi du pluriel : 10% des passagers sont positifs.
  14. postillonner : envoyer des postillons, c’est-à-dire des gouttelettes de salive, en parlant.
  15. en toutes circonstances : dans toutes les situations, quelles qu’elles soient.
  16. une bombe à retardement : une bombe programmée pour exploser plus tard. Donc on utilise cette image pour décrire un événement qui aura des conséquences très négatives quasi certaines dans un avenir plus ou moins proche.
  17. un témoignage édifiant : un témoignage instructif, qui montre tout ce qu’il ne fallait pas faire.

Comment dire (ou écrire en toutes lettres) les chiffres mentionnés :
61 passagers : soixante-et-un passagers
600 passagers / 300 : six cents passagers / trois cents
8h : huit heures / 18h : dix-huit heures. Ce sont des horaires, pas des durées, donc en général, on les écrit avec juste un « h ».
10% : dix pour cent. On écrit le symbole des pourcentages dans la majorité des cas. Côté prononciation, vous entendez que le « x » à la fin de dix n’est pas prononcé, ce qui est le cas le plus fréquent, comme chaque fois que le mot qui suit 10 commence par une consonne. Cependant, certains Français le prononcent quand même avec « pour cent ». Même chose avec six : 6%

Des mots fabriqués comme ubuesque :
titanesque : qui fait référence à un titan. Par exemple : Le barrage des Trois Gorges en Chine est une entreprise titanesque, c’est-à-dire qui a nécessité des efforts énormes dignes d’un titan.
dantesque : qui fait référence à l’oeuvre de Dante, avec sa peinture sombre et grandiose de l’enfer. Par exemple : Ils ont été pris dans une tempête dantesque. / La situation était dantesque. / Des conditions de voyage dantesques / C’était une vision dantesque
gargantuesque : qui fait référence au personnage de Rabelais, Gargantua, connu pour son très grand appétit. Par exemple : Ils nous ont servi un repas gargantuesque, c’est-à-dire énorme, hors des normes.

Le lien vers le journal de 8h du 28 novembre sur France Inter.

Affaire à suivre, comme toujours depuis le début de cette pandémie qui dure, qui dure… Continuez à travailler votre français, pour être prêts à venir ou revenir nous voir en France quand tout cela sera derrière nous !
Tenez bon.

A bientôt.

On sort ?

Même en confinement, cette fois-ci, en France, c’est possible de sortir s’aérer sans se poser trop de questions sur ce qu’on a le droit de faire ou pas. C’était même une recommandation du gouvernement lors de l’annonce des nouvelles restrictions mises en place il y a un mois. Fin de la limite de temps et allongement des distances pour les balades, parce que l’an dernier, une heure de sortie autorisée et pas plus d’un kilomètre, c’était vraiment difficile, peu motivant et même stressant !

Donc en ce mois d’avril confiné, nous avons pu continuer à mettre le nez dehors, même s’il fallait rester dans un rayon de 10 kilomètres autour de chez soi. Selon l’endroit où on habite, cela laisse des possibilités d’exploration et permet de ne pas trop tourner en rond.

Mettre le nez dehors, c’est sortir prendre l’air. On emploie souvent cette expression familière dans des phrases négatives, pour dire qu’on ne sort pas de chez soi. On dit par exemple :
– Il faisait tellement mauvais qu’on n’a pas mis le nez dehors de tout le weekend.
– Il ne fait pas un temps à mettre le nez dehors. On est bien chez soi, au chaud !
– Depuis qu’elle est tombée dans son jardin, elle n’ose plus mettre le nez dehors.

Au lieu de passer ta journée sur un écran, tu ferais bien de mettre un peu le nez dehors !

Pendant ce confinement-ci, voulu plus « sain » par nos dirigeants, les jardineries sont même restées ouvertes, comme d’autres commerces dits « essentiels », afin que les Français puissent continuer à s’occuper de leur jardin, de leur balcon, ou de leur terrasse. D’où des publicités printanières comme celle-ci, pour qu’ils aient envie de fleurs, de légumes et de grand air. Donc mettons le nez dehors, avec la bénédiction des médecins, des virologues et des politiques, puisque nous y sommes apparemment moins exposés à ce virus qui n’a pas encore décidé de nous laisser souffler !

Pour écouter :

Et puisque nous sommes le 1er mai, voici un peu de muguet porte-bonheur !

Plus vite que la musique

A écouter :

Ou à lire :

Depuis un an, tous, nous nous sommes mis à compter encore plus qu’avant sur internet : pour télétravailler, communiquer avec nos proches ou nos amis, faire nos courses en ligne du fait de (1) la fermeture récurrente des commerces dits non-essentiels, regarder les films que nous ne pouvons plus aller voir au cinéma, visiter des musées virtuellement, assister de chez nous aux spectacles dont nous sommes privés (2). La liste est longue. Le problème s’est donc vite posé de l’efficacité de nos connexions. Et ce n’est pas parce qu’on habite une grande ville qu’on est mieux loti (3).

Alors la question, légèrement apitoyée : « Tu n’as pas la fibre ? » est devenue un grand classique (4). LA fibre, et même, comme dans la publicité ci-dessus, la Fibre avec une majuscule ! Pas besoin d’expliquer, LA Fibre, tout le monde sait de quelle fibre il s’agit, même si personne ne saurait vraiment expliquer comment ça fonctionne. L’assurance que ça ne va pas ramer (5), pas bugger, pas se déconnecter, que ça va aller vite. Plus vite que la musique, comme le dit cette pub, détournant, comme souvent, une expression de notre langue.

L’expression habituelle, c’est : On ne peut pas aller plus vite que la musique, qui signifie qu’on ne peut pas toujours accélérer et qu’il faut donc être patient et prendre le temps nécessaire, qu’il faut accepter certaines lenteurs. On dit souvent à celui qui agit dans la précipitation : Eh, pas plus vite que la musique ! / Pas la peine d’aller plus vite que la musique ! / Pourquoi tu veux aller plus vite que la musique ?

Donc voilà un slogan bien trouvé, qui nous promet que c’en est fini de la lenteur inévitable et exaspérante de nos connexions escargots. Nous ne nous impatienterons plus sur internet ! Mais si vous regardez bien les dates de l’offre tout en bas de ma photo, vous verrez qu’elle remonte à fin 2017. C’était dans mon quartier, à Marseille, pas au bout du monde du tout. Eh bien, il a fallu encore trois ans et demi pour qu’enfin, LA fibre arrive dans ce coin de notre ville ! (Et entre temps, l’abonnement est devenu plus cher!) Désormais, nous profitons donc du confort de la vitesse. Un an plus tôt, cela nous aurait rendu un immense service, lorsque dans l’urgence, tous nos cours sont passés en visioconférence et que certains de mes collègues, mieux connectés dans leur quartier, compatissaient (6) !

Pour finir, avez-vous remarqué comme certains mots sont employés avec LE ou LA, sans avoir besoin de préciser quoi que ce soit, alors qu’ils ne sont qu’un élément infime d’un ensemble et qu’on devrait dire plutôt UN ou UNE ? LA fibre. Mais aussi, en ce moment, LE masque : on porte LE masque, pas un masque. LE virus : LE virus a bouleversé nos habitudes. Comme un signe, probablement, de nos préoccupations actuelles – obsessionnelles – qui ont fait passer tant d’autres choses en arrière-plan.

Quelques explications:

  1. du fait de : à cause de
  2. être privé de quelque chose : ne plus avoir droit à quelque chose
  3. être mieux loti : être dans une meilleure situation que quelqu’un d’autre. On dit aussi : Il sont mal lotis / Ils sont bien lotis. / Il s’estime mal loti.
  4. c’est un grand classique : cette expression signifie que c’est quelque chose qui arrive très souvent, que ça n’a rien de surprenant.
  5. ramer : peiner, mal fonctionner (familier). On peut aussi employer ce verbe pour une personne: Je ne comprends rien à cet exo. Je rame vraiment!
  6. compatir : plaindre quelqu’un. On dit souvent : « Je compatis ! », mais ça peut être ironique.

Bon début de semaine !

Il fallait prévoir

Le verbe falloir n’est pas simple, à conjuguer d’une part, avec ses formes impersonnelles et d’autre part, avec ses nuances qui varient selon le temps employé. C’est le cas à l’imparfait : il fallait… Il ne fallait pas…

L’idée de ce nouvel article m’est venue à cause de la situation que nous vivons en ce moment en France : un troisième confinement, pendant tout le mois d’avril, et qui sait, peut-être plus long. On nous a bien donné des dates. Mais nous avons tous appris à ne plus jurer de rien (1) !

Ce retour à la case départ (2) est le résultat d’une étrange gestion de l’épidémie, repartie en flèche (3) depuis janvier, du pari raté d’Emmanuel Macron persuadé qu’on réussirait à « freiner sans enfermer », d’un variant apparemment plus contagieux et d’un terrible cafouillage (4) de la vaccination annoncée mais si lente à se déployer. Il y a un an, nous n’avions pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, pas assez de respirateurs. Aujourd’hui, ce sont les vaccins qui manquent !

En mars 2020, il fallait donc se protéger comme on pouvait. Il fallait se coudre des masques. Il fallait partir à la chasse (5) aux petits flacons de ce gel aux vertus devenues extraordinaires ! Il fallait rester chez soi, remplir des attestations étranges pour s’autoriser soi-même à sortir un peu, apprendre à travailler « en distanciel ». Il ne fallait plus aller au cinéma, il ne fallait plus faire de sport, se serrer la main, se faire la bise, s’asseoir à une terrasse de café. En mars 2020, il a fallu tout changer, du jour au lendemain (6).

Tout cela, c’est le premier sens de « Il fallait » : je viens de vous raconter notre quotidien, nos habitudes, celles auxquelles nous avons dû renoncer et celles que nous avons été obligés de prendre. Ce quotidien du printemps dernier, répétitif, fait de contraintes et d’interdits, c’est l’imparfait qui le dépeint avec tous ces Il fallait, il ne fallait pas.

Et voici un nouveau reconfinement, un an plus tard, comme si on n’avait pas avancé . Alors, la pillule passe mal (7) et on entend beaucoup de voix s’élever pour dire qu’il fallait reconfiner dès janvier, qu’il fallait être beaucoup plus strict il y a quelques semaines. Il ne fallait pas laisser les écoles, les collèges, les lycées ouverts. Il fallait avoir le courage de demander de nouveaux sacrifices aux Français juste après les vacances de Noël. Il ne fallait pas laisser les chiffres s’emballer (8), il ne fallait pas rouvrir les universités. Il ne fallait pas tout miser sur une vaccination impossible à réaliser rapidement.

Cet imparfait-là ne dépeint pas une réalité passée. Il fallait / Il ne fallait pas sont synonymes de Il aurait fallu…, Il n’aurait pas fallu…, et donc de On aurait dû… on n’aurait pas dû…. Des formulations qui expriment toutes un reproche, une critique de la façon dont les choses se sont passées. Mais je dirais que Il fallait est plus fort et exprime davantage nos sentiments. C’est se dire désabusé, déçu : Tu vois, c’est bien ce que je disais, il fallait réagir tout de suite. Ou par exemple dans un autre contexte : Mais pourquoi tu ne m’as rien dit ? Il fallait m’en parler !

Des explications:

  1. ne jurer de rien : c’est être bien conscient que rien n’est certain. On dit : Il ne faut jurer de rien.
  2. retour à la case départ : c’est revenir à une situation antérieure, comme si rien n’avait évolué
  3. repartir en flèche : recommencer à augmenter très fortement et très vite
  4. un cafouillage : un très mauvais fonctionnement. Cafouiller signifie que les choses se font de manière désordonnée et que le résultat est raté. (familier)
  5. partir à la chasse à quelque chose : se mettre à chercher quelque chose par tous les moyens
  6. du jour au lendemain : très rapidement, sans transition
  7. la pillule passe mal : on emploie cette expression quand les gens ont du mal à accepter quelque chose qu’ils n’ont pas du choisi. (familier)

A écouter, si vous préférez :

Je vous souhaite une bonne fin de weekend pascal.
Avec une petite touche d’humour qui circule sur internet, parce que quand même, on ne va se laisser abattre !