Alors là, c’est le pompon !

Vous trouvez que le français, c’est beau, c’est harmonieux ? Personnellement, je n’en sais rien, je ne peux pas l’entendre comme vous puisque c’est ma langue maternelle. Ce que je sais, c’est que ça sert aussi à se disputer, à hurler sur les autres, avec de jolies insultes pas très sympathiques !

En voici un exemple dans cet épisode d’une série culte en France, inspirée par celle des Québecois : «Un gars, une fille». Le gars, c’est Jean, surnommé Loulou (bizarre, non ?) et Alexandra, ou Alex la plupart du temps, surnommée Chouchou. Un couple d’enfer !

Et là, Loulou a fait le coup de la panne d’essence à Alex. Sauf qu’elle n’apprécie pas vraiment et lui, il n’apprécie pas d’être traité comme ça. Et ça s’entend !

Eh non, ça ne s’entend plus puisque cette petite vidéo n’est plus disponible. Tant pis ! Je laisse quand même ce billet car vous aurez peut-être l’occasion de voir cet épisode (en DVD, dans une bibliothèque…)

Transcription:
Merde !!! Allez !!!
Bon ! Bravo ! J’admire ! Tomber en panne d’essence au milieu de nulle part, alors là, t’as le pompon (1), hein, bravo, hein !
Mais attends, ça veut dire quoi ça ?
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c’est de ta faute !
Mais c’est pas de ma faute !… Bon effectivement, c’est peut-être de ma faute. J’ai pas fait le plein (2). Mais pourquoi ? Parce que la jauge (3)est cassée.
La jauge est cassée ?!
Bah oui.
Et alors, Loulou, c’est TA bagnole. C’est TOI qui est responsable, c’est ton boulot de mec (4), ça !
Bon, elle est cassée, elle est cassée ! J’y peux rien, c’est comme ça, ça va (5) ! Et attends, eh oh, s’il y en a qui est fautif, c’est toi, ma vieille, hein !
Quoi ?
Oui, c’est toi.
C’est moi ?
Oui, c’est toi.
Pourquoi ?
Beh… Pourquoi ? Parce que… parce que Madame voulait voir du pays. Madame voulait prendre des routes secondaires. Et regarde, les routes, elles sont tellement secondaires que même les chevreuils la connaissent pas, hein ! Puis en plus, pour aller où ? Pour aller à un mariage de merde de ta cousine qui, excuse-moi de te dire, est un vrai laideron. Son… son…son mari là, je sais pas, c’est quoi ce con, là (6) ? Il est complètement édenté et en plus, il a…il doit avoir un spencer, cet abruti (7) ! Il pue l’ail ! Pour se retrouver en plus avec des mecs à table que je connais pas, pour boire un mousseux tiède (8) sur une musique de fanfare… Super ! Alors en ce qui concerne la bagnole(9), ma vieille, hein, je vais te dire, c’est de ta faute ! Prends sur toi.
Alors s’il te plaît, tu te calmes, hein. Ça sert à rien de lancer des accusations comme ça à tort et à travers (10), excuse-moi, on n’avancera pas plus, hein.
OK, tu as raison. C’est toi qui as raison.
Voilà. Exactement.
Faut… faut… faut positiver.
C’est ça. Le principal, c’est que tu admettes que tu as tort, c’est tout. Tu vas où ?
Pisser.
Mais moi aussi, j’ai envie de faire pipi (11), figure-toi (12)!… Jean ! Jean, tu reviens ici ! Jean !

Quelques détails :
1. avoir le pompon : expression familière. Alex est très ironique. Elle veut dire que là, c’est le summum, que Loulou a fait la chose la plus nulle possible, c’est-à-dire tomber en panne d’essence en pleine forêt.
2. faire le plein : remplir le réservoir d’essence de la voiture.
3. la jauge : le témoin qui montre combien il reste d’essence dans le réservoir.
4. C’est ton boulot de mec : c’est un travail d’ homme. (expression familière)
5. ça va = ça suffit. On dit ça pour essayer de clore le sujet, quand on est énervé.
6. ce con, là : version « forte » et vulgaire de « cet imbécile ». C’est très agressif ici.
7. un abruti : quelqu’un qui ne comprend rien. Terme très agressif.
8. un mousseux : un vin doux, avec des bulles. Normalement, on boit du champagne. Mais c’est plus cher. Donc Loulou veut dire qu’on va leur servir des vins de mauvaise qualité, une mauvaise imitation du champagne.
9. une bagnole : une voiture, en argot.
10. à tort et à travers : expression courante qui signifie «sans réfléchir», «sans savoir ».
11. Pisser : les hommes pissent et les femmes (et les enfants ) font pipi !
12. figure-toi : quand on veut insister sur ce qu’on vient de dire. ( = si tu veux savoir, si tu veux que je te dise).

Quand amour rime avec toujours

Un joli petit reportage entendu à la radio, avec François et Thérèse, mariés depuis bientôt 66 ans. A l’heure où un mariage sur trois en France se termine par un divorce, à l’heure des familles recomposées, ils sont rafraîchissants, ces deux éternels amoureux !

Transcription :
1939, et François s’en souvient comme si c’était hier. Cette année-là, lui, le petit tailleur parisien commençait à fréquenter (1) une jolie couturière basque (2).
On est sorti deux ou trois fois ensemble. Et puis il y a eu la guerre. Et on s’est marié le 4 mars 44, en pleine guerre. Et ce jour-là, il neigeait. Alors, elle avait pas une robe blanche mais Paris s’était mis en blanc.

Les voilà donc 66 ans plus tard, toujours aussi amoureux.
Thérèse : Il est parfait. Il a tout ce que je n’ai pas. C’est pour ça.
Emilie : Vous l’aimez toujours autant après toutes ces années ?
Thérèse : Plus ! C’est comme ça.
François : Moi je l’ai toujours trouvée belle. Et elle, elle se trouvait pas belle parce qu’elle trouvait que son nez n’était pas beau. Moi, je l’ai toujours trouvée belle.
Thérèse : [… ]

Thérèse râle (3) donc à côté. Elle râle beaucoup, Thérèse. Mais François n’arrive pas à y voir un défaut.
Elle est butée (4), un peu…C’est… Mais c’est très bien, d’un autre côté, parce que les gens qui sont des mollasses (5), les gens qui ont pas de volonté, c’est pas drôle !

Peut-être que c’est ça, alors, le secret : voir des qualités là où d’autres verraient des défauts. Pour François, il faut aussi quelques gestes de tendresse, tous les jours.
Le matin, elle est couchée. Moi, je suis debout. Alors on s’embrasse les mains, on s’embrasse quand même.

Et aujourd’hui, François et Thérèse ne fêteront pas la Saint Valentin (6). Ils n’aiment pas trop les fêtes obligatoires, comme ils disent. Ils n’oublieront pas par contre leur anniversaire de mariage le 4 mars prochain. Ils le fêteront en compagnie de leur famille.
( Emilie Poux, France Bleu Belfort-Montbéliard, pour France Inter. )

Quelques petits détails :
1. Fréquenter : c’est le terme qu’on employait avant pour les amoureux avant le mariage.
2. Basque : du Pays Basque, région du sud-ouest de la France, qui s’étend aussi de l’autre côté de la frontière espagnole.
3. Râler : mot familier qui signifie « protester ».
4. Buté : têtu.
5. Mollasse : terme péjoratif qui vient de « mou, molle ». L’ajout de –asse au bout des mots leur donne un sens péjoratif en général.
6. La Saint Valentin : cette fête ne fait pas partie de la culture française. Mais les commerçants – fleuristes, bijouteries, parfumeries, restaurateurs – essaient de la développer, pour des raisons évidentes !