Trop, c’est trop !

Jeudi dernier, de très nombreux enseignants étaient en grève pour dire leur ras-le-bol** : ils ont jusque-là fait tous leurs efforts pour mettre en place tous les protocoles sanitaires développés par le Ministre de l’Education Nationale depuis le début de la pandémie de coronavirus et assurer la continuité de l’enseignement en France. Et c’est qu’il y en a eu, des protocoles sanitaires, décrits sur des pages et des pages !

Il a fallu que les enseignants et les chefs d’établissement mesurent les classes, l’espacement entre les élèves en intérieur et en extérieur, agencent les locaux autrement, dessinent des flèches, des lignes sur le sol, trouvent des masques, fassent laver les mains, informent les parents, expliquent et ré-expliquent la marche à suivre quand un enfant est cas contact ou positif, compartimentent les groupes, travaillent en hybride – des élèves en classe et les autres à la maison, une semaine sur deux ou un jour sur deux – ouvrent les fenêtres, ferment des classes, préviennent les familles en catastrophe, etc. Ils ont fait leur boulot comme de bons petits soldats**, semaine après semaine, mois après mois.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase**, c’est le retour en classe après les vacances de Noël sans instruction du Ministère sur la marche à suivre en pleine vague Omicron, sauf à la dernière minute, dans la soirée du dimanche 2 janvier pour le lendemain matin 8 heures !

Puis il a fallu encore changer plusieurs fois les règles en quelques jours, alléger le protocole comme on dit, tester tous les deux jours, ne plus tester, re-tester, alors que les chiffres de contamination s’emballaient. Et bien sûr, le ministre assurait que tout allait bien, que la situation était sous contrôle, au moment même où les classes fermaient les unes après les autres et que les parents faisaient la queue sans arrêt pour trouver des autotests ou faire tester leurs enfants interdits de classe.

Alors, l’ensemble de la communauté éducative et les parents ont dit stop et sont descendus dans la rue ! Le gouvernement a donc pris les choses en mains, promis des moyens – des masques FFP2 pour les enseignants, de l’anticipation, des renforts dans les établissements, des tests – et le ministre a daigné ** s’excuser (du bout des lèvres**).

Et voilà qu’aujourd’hui, on apprend que juste avant la rentrée des classes, le ministre était en vacances à Ibiza ! On peut dire que ça fait très mauvais effet** et que toute la communauté éducative est choquée !

Après ce petit rappel des faits enregistré ici, voici aussi des échos de la journée de grève de jeudi dernier, entendus à la radio :

Transcription :

Une enseignante : On estime (1) qu’on n’est plus en sécurité dans notre lieu de travail, ni nous, ni nos élèves, ni nos collègues en fait, parce qu’il y a beaucoup d’enseignants, mais il y a tous les autres personnels qui travaillent avec nous qui sont affectés également. Donc on a déjà deux ASEM (2) en arrêt de travail (3) parce qu’elles ont repris le travail et elles ont été contaminées depuis la reprise (4), quoi.

Une infirmière scolaire : Je ne fais que du contact tracing. Je me suis vue refuser (5) de me déplacer dans l’établissement (6) pour une élève qui faisait un malaise (7) parce que je n’arrivais pas à gérer les cas positifs pour lesquels je devais faire le tracing. Et je me suis contentée de dire : « Cette élève fait un malaise. Eh bien, si ça s’aggrave, appelez le 15 (8). Si elle va mieux, dites-lui qu’elle descende à l’infirmerie avec vous. » Et puis au bout d’un moment, je me suis dit : « Mais qu’est-ce que tu racontes ? (9) Donc tu t’occupes même plus des urgences ! » Je mets cette élève en danger, je me mets en danger professionnellement (10). C’est pas possible ! On n’est pas là pour faire du tracing, qui ne sert finalement qu’à ne faire des stats et des chiffres. On est là pour s’occuper de nos élèves. Et là, cette exigence-là qui a toujours été la nôtre, elle passe complètement à la trappe (11) aujourd’hui.

Un chef d’établissement : En pleurs, en pleurs parce qu’on n’en peut plus. On arrive à un point où ça devient très, très difficile au quotidien. J’adore mes élèves, j’adore mes enseignants. Mais malheureusement, ça devient difficile. On charge, on charge, on charge la mule (12), mais à un moment, la mule ne peut plus supporter un tel fardeau (13). M. le Ministre, que je respecte, il faudrait qu’il fasse un petit effort pour se dire que sur le terrain (14), les gens souffrent, souffrent vraiment.

Un représentant syndical : On ne s’en sortira pas (15) si on ne change pas de méthode et si on ne change pas de braquet (16). Qu’on arrête ** d’annoncer qu’on va envoyer des capteurs de CO2. Mais qu’on les reçoive, ces capteurs de CO2 ! Qu’on arrête d’annoncer qu’on va recevoir des masques. Mais qu’on les reçoive véritablement ! Et ça fait vingt mois qu’à coup d’annonces médiatiques, on prétend régler les problèmes. Et nous, sur le terrain, on constate que ça n’est pas réglé, que ça ne va pas et qu’on n’y arrive pas (17), tout simplement !

Des explications :

  1. estimer que… : considérer que, penser que… (après avoir analysé la situation)
  2. un(e) ASEM : agent spécialisé des écoles maternelles.
  3. en arrêt de travail : on peut être en arrêt de travail, c’est-à-dire en congé legal, pour maladie ou à la suite d’un accident par exemple.
  4. la reprise : le retour au travail après des vacances.
  5. je me suis vue refuser… : elle s’est rendu compte qu’elle refusait de s’occuper d’une élève = je me suis vue en train de refuser…
  6. un établissement : une école, un collège, un lycée. Ce sont des établissements scolaires, avec à leur tête un chef d’établissement.
  7. faire un malaise : avoir un malaise, se sentir très mal
  8. le 15 : numéro d’appel d’urgence en cas de malaise grave ou d’accident.
  9. Mais qu’est-ce que tu racontes ? : cette expression sert à exprimer sa surprise face à ce que dit quelqu’un qu’on ne veut pas croire.
  10. en danger professionnellement : elle risque des sanctions car elle ne fait pas bien son travail, qui consiste à prendre en charge les élèves malades ou blessés.
  11. passer à la trappe : être totalement oublié
  12. charger la mule : cette expression signifie qu’on surcharge quelqu’un de travail par exemple, ou qu’on lui donne de trop lourdes responsabilités.
  13. un fardeau : au sens propre, c’est quelque chose qui pèse très lourd. Au sens figuré, cela désigne quelque chose de pénible, qu’il faut supporter.
  14. sur le terrain : dans le lieu où se déroulent vraiment les choses, dans la « vraie vie ». Ici, il s’agit des écoles, par opposition aux bureaux du ministère où se prennent les décisions.
  15. on ne s’en sortira pas : on n’y arrivera pas, on va continuer avec les mêmes difficultés
  16. changer de braquet : changer de vitesse sur un vélo. (Le braquet, c’est le rapport entre les dents du pédalier et du pignon à l’arrière.) Au sens figuré, cela veut dire qu’on fait ce qu’il faut pour être enfin réellement efficace.
  17. on n’y arrive pas : cela ne donne aucun résultat, on n’est pas efficace. Malgré tous les efforts fournis, on est impuissant.

** Une structure de phrase qui exprime bien le ras-le-bol, la lassitude et l’exaspération :
Qu’on arrête d’annoncer… = il faut absolument que le gouvernement arrête d’annoncer des choses à la télé, dans la presse, sur les réseaux sociaux, des choses qu’il ne fait pas, pour faire croire que la situation est sous contrôle.
Qu’on nous les envoie, ces capteurs ! : Il faut que le gouvernement envoie ces capteurs qui ne sont toujours pas là.
Qu’on les reçoive, ces masques ! : Il faut qu’on les reçoive. Le ministère de l’éducation doit faire en sorte que ses personnels soient équipés.

On ne peut pas employer cette tournure avec n’importe quel sujet. Il faut que ce soit un nom :
Que le gouvernement fasse quelque chose ! (Vous avez remarqué, il faut un subjonctif.)
Que les enseignants cessent de devoir se débrouiller tout seuls !
Que le protocole sanitaire ne change pas tous les jours !

Et si c’est un pronom, il y en a qui marchent et d’autres pas : on / il / elle / ils / elles sont possibles, mais pas tu, vous, nous.
Qu’on aide les enseignants face à ce variant très transmissible !
Qu’ils aient enfin les moyens de faire face !

** Les expressions que j’ai employées :
dire son ras le bol : dire qu’on en a vraiment assez, qu’on ne pourra pas continuer à supporter la situation.
comme de bons petits soldats : avec obéissance et consciencieusement, sans critiquer
C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : cela désigne le dernier détail qui fait qu’une situation déjà difficile devient insupportable.
daigner faire quelque chose : accepter de faire quelque chose mais en laissant comprendre que c’est vraiment à contrecoeur
s’excuser du bout des lèvres : ne pas s’excuser franchement, s’excuser avec réticence
ça fait mauvais effet : ça donne une mauvaise impression

Voici donc ce qu’on peut lire sur France Info à propos des vacances du ministre, dans un lieu qui représente pour beaucoup de Français « les doigts de pied en éventail sur la plage », la frivolité, la fiesta… Comme le dit un dirigeant : « En terme d’image, Ibiza, c’est cata. » (= c’est la catastrophe, c’est très négatif.)

ça passe mal : c’est difficile à accepter

Jeter l’éponge ?

Dans la stratégie du gouvernement français, fermer les écoles pour freiner l’épidémie n’est plus à l’ordre du jour (1) depuis la rentrée de septembre : beaucoup de parents ont tellement mal vécu le premier confinement à la maison avec leurs enfants que le gouvernement a posé comme priorité l’ouverture coûte que coûte (2) des écoles. Il faut bien reconnaître que c’était très compliqué de jongler entre télétravail ou travail normal pour certaines professions et garde des enfants. Et il faut ajouter que c’est catastrophique pour les enfants de ne plus aller à l’école, que cela renforce les inégalités sociales et nuit aux apprentissages.

Donc les écoles ont rouvert, avec des protocoles sanitaires (3), comme on dit, très difficiles à mettre en place, très lourds : nombre d’élèves, organisation de l’espace dans les classes et les cours de récréation, contraintes dans les cantines, circulation des enfants dans les couloirs, port du masque, etc. Des pages et des pages de protocole ! Les directeurs d’école sont des enseignants, chargés de faire aussi la classe et parfois déchargés (4) si l’école est vraiment une grosse école. Alors, déjà débordés par les tâches administratives habituelles qu’on leur demande de faire en les payant au lance-pierre (5), les pauvres, ils se sont retrouvés submergés par tout ce qu’on leur a demandé de mettre en place, souvent sans moyens, sans délais (6), juste en s’appuyant sur leur conscience professionnelle dans le fond.

Mais à un moment donné, trop, c’est trop !(7) Et puis, tout simplement, les enseignants, mal protégés, pas encore prioritaires pour la vaccination, en ont assez de travailler dans ces conditions dégradées, notamment dans les régions où la troisième vague devient actuellement incontrôlable. Voici le témoignage de deux directrices d’école, entendues à la radio l’autre matin.

Transcription
– Là, actuellement, avec l’accumulation des missions, on a l’impression d’être surmenés en permanence (8), de devoir tout gérer en même temps. On a des injonctions (9) qui arrivent les unes à la suite des autres, parfois en se contredisant. On est sur la brêche (10) tout le temps. On a l’impression de devoir bâcler (11) certaines choses pour réussir à tenir les délais (12). On est directeur, mais on est enseignant également. C’est compliqué parfois de cumuler (13) les deux.
Beaucoup de directeurs pensent à quitter leurs fonctions. Amaya Bernard, directrice d’une école maternelle en Seine- Saint Denis et du syndicat SE- UNSA songe (14) même de plus en plus à quitter l’Education Nationale. Et elle n’est pas la seule à vouloir jeter l’éponge (15).
– Mes collègues vraiment qui sont tout autour de mon école, j’en ai déjà deux qui m’ont dit : « Vraiment, là, je réfléchis à repartir dans la classe parce que là, j’en peux plus (16)! On m’en demande trop et ça devient trop compliqué pour moi et au moins, en classe, eh ben j’étais plus tranquille, entre guillemets (17), avec mes 25-30 élèves, quoi ! »

Des explications:

  1. être à l’ordre du jour : être d’actualité, être quelque chose qu’on envisage de faire.
  2. coûte que coûte : à tout prix, même si c’est difficile.
  3. un protocole sanitaire : une liste de mesures à respecter, où on définit ce qu’il faut faire et ne pas faire.
  4. déchargé : les directeurs déchargés n’ont plus la charge d’enseigner en même temps qu’ils sont directeurs. On dit qu’ils ont une décharge.
  5. payer quelqu’un au lance-pierre : très mal payer quelqu’un.
  6. un délai : c’est une période de transition avant de devoir faire quelque chose. Donc sans délai(s) signifie ici sans leur laisser le temps de se retourner, dans l’urgence.
  7. Trop, c’est trop ! : c’est ce qu’on dit quand on en a vraiment assez de quelque chose.
  8. en permanence : constamment, tout le temps
  9. une injonction : un ordre
  10. être sur la brêche : être dans une situation où il faut sans cesse lutter, agir, prendre des décisions. On n’a pas de répit.
  11. bâcler (une tâche, un travail) : mal faire quelque chose parce qu’on n’a pas le temps de faire du bon travail.
  12. tenir les délais : respecter les dates, ne pas dépasser le temps qu’on nous donne pour faire quelque chose
  13. cumuler plusieurs tâches, activités : ces tâches, ces activités s’additionnent. On les fait en même temps.
  14. songer à faire quelque chose : penser à faire quelque chose, envisager de faire quelque chose. On dit par exemple: Démissionner ? J’y songe sérieusement.
  15. jeter l’éponge : renoncer, décider que trop, c’est trop et donc cesser de faire quelque chos
  16. J’en peux plus : ça suffit, je suis épuisé, je ne supporte plus cette situation. (familier)
  17. entre guillemets : si on peut dire / en quelque sorte. Elle utilise cette expression parce que bien sûr, un enseignant n’est jamais vraiment tranquille en classe ! Ce n’est pas un métier de tout repos.

Et on attend maintenant de savoir ce qui va être décidé demain côté écoles, collèges et lycées, lieux de circulation active du virus, contrairement à ce que le gouvernement soutient depuis le début de l’année scolaire. Et ce sera peut-être l’annonce d’un troisième vrai confinement… ☹

Déterminés

En route pour l'ecole
J’ai déjà eu l’occasion de parler de la Guyane, ce département français à des milliers de kilomètres de la métropole. Un très grand territoire dans la forêt amazonienne. Une des choses qui m’a marquée, c’est la difficulté à offrir à tous les enfants les mêmes chances qu’aux autres petits Français: pas assez d’écoles, pas assez de moyens, pas assez d’enseignants. Si vous êtes professeur et que vous demandez à partir en Guyane, vous êtes sûr d’obtenir un poste immédiatement. Un autre signe, c’est le peu de jeunes Guyanais qui viennent poursuivre leurs études supérieures ici, alors que nous avons des étudiants martiniquais, réunionnais, guadeloupéens, néo-calédoniens. Conséquence de l’éloignement peut-être, mais surtout résultat d’une scolarité qui ne permet pas toujours de réussir à un niveau plus avancé.
Alors, à Cayenne, mardi dernier, cet appel à faire grève et à manifester avait été lancé:

grève en guyane

Ils sont déterminés, et on les comprend :

Transcription :
Trois cent trente millions sur dix ans, ça signifie trente-trois millions par an, c’est-à-dire la construction de cinq lycées, dix collèges, cinq cents classes du primaire. L’Etat doit s’engager. Il est évident qu’on s’arrêtera pas là. Mais il y aura obligatoirement, même si ça doit durer six mois, un an, il y aura obligatoirement un chantier qu’on a ouvert là, parce que c’est un chantier vital pour la Guyane ! Là, on n’est pas en train de discuter de trois biscuits et deux yaourts, là, hein ! On est en train de discuter de quarante mille jeunes qui arrivent. Donc on lâchera pas le morceau  (3)!

Quelques détails :
1. 330 millions : en toutes lettres, cela donne trois cent trente millions, avec le problème de savoir comment on écrit les nombres: des traits d’union ou pas, un « s » ou pas ! Le français est très bizarre. Donc on écrit : Trois cents avec un « S » Mais s’il y a quelque chose après, le « s » disparaît ! Allez savoir pourquoi ! Heureusement, on n’écrit pas souvent les grands nombres en toutes lettres dans le fond. Cependant, il n’est théoriquement pas accepté de commencer une phrase par un nombre écrit en chiffres, donc parfois, il faut savoir comment ça s’écrit.
2. Un chantier : on emploie ce terme au sens figuré pour parler d’un grand projet. On utilise souvent ce terme à propos d’une réforme profonde, qui va prendre du temps: par exemple, on parle du chantier des retraites, du chantier de la sécurité sociale, c’est-à-dire des domaines dans lesquels il y a du travail pour apporter les changements qu’on nous dit être nécessaires.
3. On ne lâchera pas le morceau : on résistera, on se battra jusqu’au bout, on ne renoncera pas. (familier). On dit aussi par exemple: Face à la fermeture de leur usine, ils ne veulent pas lâcher le morceau.

sur le chemin de l'ecole

Petites Guyanaises

L’école idéale

Ecoliers

Comme régulièrement en France, il est question de réforme des rythmes scolaires. Journées trop longues, trop chargées ? Semaine de quatre jours ou de cinq jours ? Coupure le mercredi ou pas ? Classe le samedi matin ou pas ? Vacances écourtées ? Comment concilier tout cela avec le fait que dans une majorité de familles, les deux parents travaillent bien sûr ? Innombrables débats. Expériences sur le terrain. Discussions d’adultes.

Les enfants aussi ont des idées sur ce qui serait bon pour eux.

Transcription :
– J’aimerais bien qu’on soit un petit peu moins par classe parce qu’on pourrait plus participer et je pense qu’on apprendrait plus vite.
– On doit changer les horaires d’école. Ce serait tous les jours de la semaine, sauf le samedi et le dimanche (1). On finit à midi (2). Pour moi, ce serait ça, l’école idéale.
– Moi, j’aimerais bien que l’école, ça commence moins tôt le matin (3) parce que je suis fatiguée et j’ai du mal à me sortir du lit !
– J’aimerais que l’école, elle commence un peu plus tard : 10 heures. Et que les récrés (4) du matin, elles soient plus longues.
– Il y a vingt ans, il y avait beaucoup, beaucoup moins de notes (5). Donc moi, je serais plutôt à dire que on fasse autant de contrôles (6) mais qu’on soit moins strict sur les notes parce que… enfin, des fois, ça fait pas plaisir, les notes.
– Quand on fait des maths, j’aimerais bien qu’on .. qu’on fait* (7) souvent des petits jeux pour comprendre un peu mieux.
– Bah je crois qu’on devrait travailler un peu plus sur la science.
– J’oserais (8) bien faire de la chimie et avoir des salles où on peut faire des expériences et tout.
– J’aimerais bien qu’il y ait des cours d’astronomie.
– Qu’on apprenne un peu plus les langues et qu’il y ait un jardin où on puisse jardiner. Dans un coin, on met des clôtures, on met de la… du terreau et de la terre. Et après, eh bah on fait une petite maison où on range les graines.
– Je voudrais qu’on fasse au moins une sortie dans les musées nationaux de France, pour toutes les écoles de France, par exemple… enfin, on n’est pas allés au [Loudre]… au Louvre. Alors, je voudrais une sortie toutes les semaines.
– Faire des sorties comme un peu Mattéo, mais les vendredis, aller à la piscine par exemple, tous les vendredis.
– Ce qui serait aussi sympa, un peu, c’est que par exemple, il y ait quelqu’un dans notre classe, c’est son anniversaire, eh bah que sa mère (9) prépare un gâteau et qu’on fête l’anniversaire dans la classe, enfin, qu’on fait* (10) une petite fête (11), parce que je trouve ça sympa, des fois.

Quelques détails :
1. sauf le samedi et le dimanche : dans certaines villes, il n’y avait pas classe le mercredi en primaire mais classe le samedi matin. Ailleurs, c’était la semaine de 4 jours : pas classe le mercredi ni le samedi. Avec les essais de réforme cette année, l’idée, c’est de finir plus tôt mais d’aller à l’école le mercredi matin aussi. Les avis sont partagés !
2. À midi : la classe se termine en général à 16h30, sauf dans les écoles qui appliquent la réforme.
3. La classe commence en général à 8h30 en primaire. (Et souvent plus tôt au collège et au lycée : les premiers créneaux de cours sont à 8h)
4. la récré : abréviation de la récréation, cette coupure pendant laquelle les enfants peuvent jouer dans la cour de récréation.
5. Il y a 20 ans… : On dirait qu’elle en a eu l’expérience, ce qui est amusant à entendre. Et franchement, je ne sais pas s’il y avait moins de notes avant ! L’école française a toujours été le lieu où les enfants ont des notes pour le travail qu’ils font, ce que certains pédagogues critiquent, en disant que c’est un système trop compétitif et stressant pour certains enfants.
6. Les contrôles = les tests = les interrogations = les évaluations, qui donnent donc des notes.
7. qu’on fait… : il faut bien sûr employer le subjonctif et dire : j’aimerais bien qu’on fasse… Les enfants mettent plus ou moins longtemps à assimiler ce temps, qu’ils entendent dès leur plus jeune âge puisqu’il est très ordinaire en français.
8. J’oserais bien… : c’est un peu bizarre de dire ça comme ça. Il faut dire: J’aimerais bien… Elle veut sans doute dire que c’est une activité difficile et qui l’impressionne mais qu’elle se sent prête à faire ça.
9. Sa mère : ou son père ! Il y a des papas qui cuisinent bien sûr. Mais cette petite remarque montre qu’il y a encore des rôles féminins et des rôles masculins…
10. qu’on fait : là aussi, il faut dire : qu’on fasse. (à cause de : ce qui serait sympa…)
11. Il y a des écoles où on fête les anniversaires. C’est le cas à la maternelle en tout cas. Ce qui est intéressant, c’est que cette petite fille parle de gâteau fait maison. Mais récemment, on a inventé un règlement qui interdit normalement d’apporter du fait maison à l’école, pour de soi-disant problèmes d’hygiène ! Comme si les gâteaux faits par les familles allaient provoquer des gastros (ou intoxications alimentaires) chez les enfants ! Comme si c’était mieux de manger des gâteaux industriels…

Trop de profs ?

En période électorale, les candidats ne sont pas à court de bonnes idées ! Evidemment, certaines touchent à l’enseignement et à notre système éducatif.

En voici une qui va, paraît-il, résoudre tous les problèmes du collège ! Pour que les petits sixièmes réussissent, il faudrait que leurs professeurs enseignent plusieurs matières, afin que les enfants de 11-12 ans n’aient pas trop d’enseignants différents en face d’eux. Solution miracle, d’après notre président, pour qu’ils s’adaptent mieux… En fait, solution pour gérer plus facilement, entre autres, la pénurie de professeurs remplaçants, supprimés au fil des années.

Moi, j’ai d’autres idées plus simples: mettons devant nos enfants assez d’enseignants pour que les classes ne soient pas surchargées, arrêtons de dimninuer le nombre d’adultes chargés de les encadrer, de les entourer, acceptons de dépenser l’argent nécessaire pour former les jeunes professeurs. Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants soient convaincus de la nécessité d’offrir un vrai service public d’éducation, à tous ! il faudrait qu’ils cessent de démanteler ce qui existe. Il faudrait qu’ils y consacrent les moyens nécessaires. Tout le reste, c’est du blablabla !
Alors, des profs polyvalents ? Voici ce qu’en pensent les intéressés, côté profs et côté élèves.

Transcription:
Pour Nicolas Sarkozy, il faut réduire le nombre d’enseignants intervenant auprès des élèves de sixième et cinquième (1). Cela faciliterait la transition CM2 (2) – collège où les élèves passent d’un maître (3) à plusieurs enseignants. Ce système, c’est la polyvalence. Un même prof enseignerait le français, l’histoire et la géographie (4). Un autre enseignerait à la fois les maths et les sciences (5). Une proposition qui n’enthousiasme pas cette enseignante en histoire:
– Moi, a priori (6), je suis plutôt opposée à ce genre de bivalence parce que chaque… chaque matière demande quand même une certaine spécialisation, et le fait d’être bivalent ou polyvalent réduit obligatoirement, hein, cette spécialisation. Et on peut pas enseigner correctement toutes les matières, même deux matières. C’est déjà difficile de dominer correctement une discipline. En dominer plusieurs, c’est quelque chose d’extrêmement difficile.

De l’autre côté de l’estrade, (7) les élèves. Dans l’ensemble, ils apprécient d’avoir un prof par matière, comme Juliette, en classe de 6è:
– Chaque professeur a une personnalité qui est bien collée à sa matière. Par exemple, mon prof d’histoire est vraiment passionné par ce qu’il raconte. La prof de français tient vraiment à la langue française. Elle l’aime beaucoup. Donc, non, moi je pense qu’un professeur par matière, c’est vraiment bien. Et c’est mieux aussi parce que quand on change tout le temps de… de personne, on s’endort pas en fait, ça nous réveille à chaque fois toutes les heures. Donc par rapport au CM2, de voir toujours la même tête, c’est un peu ennuyeux !

Quelques détails:
1. la sixième et la cinquième: ce sont les deux premières classes au collège, après l’école primaire.
2. le CM2: abréviation de Cours Moyen 2è année. Mais plus personne n’utilise cette expression complète. C’est la dernière classe de l’école primaire.
3. un maître: c’est le maître d’école, ou l’instituteur. (au féminin: la maîtresse ou l’institutrice). Normalement, le terme aujourd’hui, c’est professeur des écoles. Mais tout le monde utilise encore ces mots.
4. Il y avait une catégorie de profs comme ça avant. Mais ensuite, ils ont disparu. Donc on est prof de français (ou de Lettres) par exemple. (Certains de ces enseignants enseignent aussi le latin ou / et le grec, en tant que langues mortes) Pour l’histoire et la géographie, c’est un même enseignant qui enseigne ces deux disciplines.
5. Les sciences: ce qui est groupé actuellement, c’est la physique et la chimie, deux disciplines enseignées par un même professeur. Toutes les autres sciences sont séparées.
6. a priori: au premier abord.
7. l’estrade: il y en avait souvent une dans les classes autrefois, pour que l’enseignant « domine » sa classe: c’est une sorte de plancher un peu plus haut que le reste du sol dans la classe, en-dessous du tableau.

Vous pouvez aussi aller écouter Enzo qui parle de son entrée en sixième sur france bienvenue1 avec Eve.