A fleur de peau

Il y a deux semaines, Aurélie Dupont, danseuse étoile de l’Opéra de Paris, a pris sa retraite car il y a un âge couperet pour les danseurs de l’Opéra : quarante-deux ans et demi (oui, et demi!). Tournant majeur dans une vie, qui va continuer à être consacrée à la danse, mais il faudra trouver d’autres manières. Elle fait partie de ces personnes qui attirent la lumière et qui en renvoient tout autant. Une magnifique danseuse, une magnifique personne, qui rayonne avec simplicité et générosité.

Voici une très belle interview : belle parce que le visage d’Aurélie est beau, parce qu’on y sent une profonde sincérité et une grande complicité avec le cinéaste Cédric Klapisch qui la filme encore une fois. (Quel bonheur, ces gens qui savent être là juste ce qu’il faut, dire juste ce qui est nécessaire pour provoquer la vraie parole de ceux qu’ils veulent mettre en valeur !)

Je me suis aussi régalée à regarder le spectacle de ses adieux, (à voir ici), pas seulement pour la danse – les ballets classiques ne sont pas mes préférés – mais parce que Cédric Klapisch, justement, a filmé aussi ce qui se passe dans les coulisses. Et ça, c’est ce que j’aime vraiment, le pas de côté qui montre comment les choses se créent. Cela donne de beaux films comme celui qu’il avait déjà consacré à Aurélie Dupont il y a quelques années, des moments dont on ressort en état de grâce.

Aurélie DupontCette conversation est ici

Ou ici: (désolée pour la présentation mais je n’ai pas réussi à intégrer juste le lecteur du site)
http://culturebox.francetvinfo.fr/resultats/widgets/external.html?source_type=live&id=220963&player=advanced&width=530&height=300&size=auto

Ou juste le son si ce n’est pas accessible de votre pays. (Mais quel dommage de ne pas voir tout ce qu’expriment avec tant de grâce les yeux d’Aurélie !)
Aurélie Dupont

Transcription :
– Une vie de danseuse, c’est forcément beaucoup de travail et beaucoup d’assiduité. Après 32 années de danse, tu as l’impression que c’était plus (1) beaucoup de souffrance ou beaucoup de bonheur ?
– Beaucoup de bonheur. Bah oui. Souvent d’ailleurs, c’est ce que j’expliquais, c’est ce que je continue d’expliquer, parce que du haut de mes 42 ans (2), évidemment, tu es obligé de faire des… Tu réfléchis à ton départ, comment ça va se passer, tu fais le point (3), tu te poses des questions : qu’est-ce qui va te manquer ? (4) Qu’est-ce qui t’a manqué ? Qu’est-ce qui t’a fait souffrir ? Et je réalise que, on dit souvent que les danseurs, on bosse comme des malades (5), c’est vrai, mais on bosse comme des malades pour se libérer de ce travail pour pouvoir profiter et danser après. Du coup, il va falloir que je me réinvente, tu vois, un autre… une autre échappatoire (6) pour profiter.
– Après, tu veux dire ?
– Après, ouais.
– Pour pouvoir vivre différentes vies comme quand tu danses.
– Ouais. Oui, parce que c’est ça qui me plaît, tomber amoureuse de plein de (7) partenaires différents ! Tu vois, c’est quelque chose que je peux faire dans ma vie professionnelle, c’est génial ! Le temps d’un spectacle, le temps de deux heures, deux heures et demie de spectacle. C’est super de pouvoir te ré-… de t’imaginer dans les bras de quelqu’un d’autre – et c’est pas forcément quelqu’un avec qui tu serais dans la vie de tous les jours. C’est juste que c’est tellement déguisé, tu as tellement travaillé, tu es tellement dans ton personnage, dans ton ballet, que moi, mes partenaires, je les aime, profondément, tu vois. Et puis après, pfuit (8), c’est fini.
– Le 18 mai, ce sera ta soirée d’adieux. Ça fait quoi (9) de s’approcher de cette date ?
– Ah, c’est dur ! C’est… Moi, je… C’est beaucoup de pression, je trouve ! Je m’attendais pas à… Mais ça, c’est à cause de toi ! C’est parce que tu filmes.
– Non, j’espère que c’est pas à cause de moi !
– Non, je plaisante. Non, mais je me dis il y a le stress du départ, ce que ça représente : évidemment, c’est difficile de partir. Enfin, je crois qu’il y a des danseurs étoiles… c’est vraiment très personnel. Il y a des danseurs étoiles qui sont ravis (11) de partir, ravis d’arrêter, ravis de… de faire un break (12), ils ont mal partout, ils sont… Moi, je suis pas ravie du tout d’arrêter. Je … ça va me manquer et le 18 mai, ça représente cet adieu à la scène de Garnier (12) que je connais depuis tellement longtemps et c’est vrai qu’il y a beaucoup de pression autour de ce spectacle, quand même. Parce que c’est filmé et donc tu as le stress. Si tu veux, je suis… C’est un mélange de stress. C’est un mélange de stress parce que je veux en profiter, mais pour en profiter, il faut que je sois complètement détendue, mais c’est difficile d’être très détendue quand tu sais que ça va être regardé par je sais pas combien de millions… de milliers de personnes. Tu as envie que ce soit parfait parce que c’est ta dernière (13) et que tu as envie de laisser un truc incroyable, sauf que je peux pas savoir à l’avance ce que je vais faire. Je sais pas comment sera mon partenaire, je sais pas dans quel état je serai, je sais pas si j’aurai un trac fou (14) au point d’avoir les jambes tétanisées (15), ou si je vais être complètement libérée (16) au contraire et me dire : c’est ma dernière, on en profite, et je sais pas du tout, j’arrive pas à imaginer dans quel état physique et d’esprit je vais être. Donc ça, ça me stresse. Déjà, premier stress. Et puis, le stress de partir. La tristesse de partir. C’est sûr que c’est… c’est difficile et en plus, quand tu vois les gens autour de toi, la compagnie (17), les gens qui sont extrêmement gentils avec toi, qui te font (18) des preuves d’amour tout le temps, qui te regardent avec des yeux très bienveillants et tout, c’est… c’est dur !
– Comment tu vas réagir à la fin de cette représentation ? Est-ce que tu sais ?
– Je sais pas du tout. Je sais pas du tout. Je sais à quoi m’attendre, puisque j’ai vu plein d’autres danseurs étoiles partir avant moi. Donc je sais qu’à un moment donné, je vais me retrouver toute seule sur le plateau, qu’il va y avoir des gens debout (19), qu’il va y avoir des confettis, que je vais tourner la tête à droite, à gauche et que je vais voir des gens ou souriants, ou en larmes et que ça me donnera certainement envie de pleurer. Je t’avoue que je sais pas trop (20). Vu ma grande sensibilité, je pense que je serai plutôt en larmes, mais c’est possible aussi que j’ai un fou rire (21), je pense, tu sais, de stress. Je sais pas. Je sais pas. Je vais essayer de me contenir (22) parce que je suis… je suis à fleur de peau (23) souvent. Donc je vais essayer de m’y préparer, je m’y prépare d’ailleurs. Là, tu vois, j’ai envie de pleurer mais je ne vais pas pleurer, donc vraiment, je me… je me contiens. Je sais pas. On verra.
– Ecoute, on va te laisser tranquille. J’ai une dernière question. C’est… Si tu devais dire une chose à la petite fille que tu étais quand tu as commencé la danse, ça serait quoi ?
– Ça serait quoi ? Ça serait… ça serait : Vas-y, tu es faite pour ça. Ouais, c’est sûr.

Des détails :
1. c’était plus beaucoup de souffrance ou plus beaucoup de bonheur? : cette phrase passe bien à l’oral mais on ne l’écrirait pas. On écrirait : c’était plutôt beaucoup de… Il veut savoir si elle retient davantage le bonheur ou la souffrance dans son parcours.
2. Du haut de mes 42 ans : en général, on emploie cette expression plutôt pour les enfants ou les gens plus jeunes : Du haut de ses 10 ans / du haut de ses 20 ans. Elle sert à insister sur la personne en question qui pourtant est encore très jeune, mais qui a déjà comme de l’expérience, ou un regard particulier sur la vie, de la sagesse malgré son jeune âge.
3. Faire le point : faire le bilan, regarder où on en est.
4. ce qui va te manquer : pour les anglophones, attention à l’ordre des mots ! On dit : la danse va lui manquer, en commençant par l’objet du manque (contrairement au verbe miss en anglais.)
5. bosser comme un malade / comme des malades : travailler énormément (expression familière, d’autant plus que bosser est lui-même un terme familier.)
6. une échappatoire : c’est un moyen d’échapper à une situation qui nous embête.
7. Plein de : beaucoup de (familier). Attention, plein, dans ce cas, ne s’accorde pas, même si on emploie un mot pluriel après : plein de danseurs. Ce n’est pas l’adjectif plein, pleins, pleine, pleines qui, lui, s’accorde.
8. Pfuit : c’est une onomatopée qui exprime la fuite de quelque chose, le passage rapide et léger de quelque chose.
9. Ça fait quoi ? = comment est-ce que tu vis ça ? Quel impact cela a-t-il sur toi ? On attend que la personne décrive la façon dont elle réagit à un événement. On peut dire aussi : ça te fait quoi ?
10. Ravi (de faire quelque chose) : extrêmement content. C’est un terme soutenu et fort.
11. Faire un break : encore un anglicisme adapté au français, pour exprimer l’idée d’arrêter, de faire une pause à un moment donné de sa vie.
12. Garnier : c’est le nom de l’Opéra de Paris : le Palais Garnier
13. ta dernière : dans le monde du spectacle, la dernière, c’est la dernière représentation. (par opposition à la première). Et ici, c’est de plus le ballet d’adieu pour elle, donc sa dernière.
14. Avoir un trac fou : on associe toujours l’adjectif fou au nom trac pour indiquer qu’on a vraiment le trac, c’est-à-dire beaucoup d’appréhension avant d’entrer en scène. (impossible d’associer d’autres adjectifs synonymes.)
15.tétanisé : complètement raide et incapable de bouger. On peut l’employer aussi à propos de la personne tout entière : J’étais tétanisé quand j’ai vu le danger. Je ne pouvais rien faire.
16. Être libéré : être totalement à l’aise, sans aucune peur.
17. La compagnie : c’est l’ensemble des danseurs.
18. Faire des preuves d’amour : on dit plutôt : donner des preuves d’amour
19. des gens debout : c’est-à-dire les spectateurs debout pour l’acclamer
20. Je sais pas trop : je ne sais pas très bien. (plus familier)
21. avoir un fou rire : rire sans pouvoir s’en empêcher. C’est toujours dans cet ordre-là. (Sinon, dans l’autre sens : il a eu un rire fou, cela signifie vraiment que son rire était celui d’un fou, donc un rire inquiétant)
22. se contenir : maîtriser ses émotions, rester calme
23. être à fleur de peau : être très sensible et se laisser submerger par ses émotions.

Elle avait bien imaginé ce que serait cette soirée du 18 mai 2015 :
beaucoup d’émotion à fleur de peau,
des spectateurs debout pendant 25 minutes pour la célébrer,
et à la place des confettis, une pluie d’étoiles.

Together aloneEt pour la voir danser encore, pour la regarder faire tourner son partenaire du bout de la main comme avec Manuel Legris dans le ballet Le Parc d’Angelin Preljocaj, cette chorégraphie de Benjamin Millepied, sur une des études de Philip Glass:
Together alone

La tête sur les épaules

La tête haute2Il a la fraîcheur d’un jeune qui n’avait pas imaginé jouer un jour dans un film et se voir reconnaître si vite beaucoup de talent dans son tout premier rôle. Il sait bien qu’il n’a pas grandi dans un milieu qui le prédestinait à faire du cinéma. On le sent heureux de ce qui lui arrive, mais pas juste pour cette célébrité soudaine, si convoitée aujourd’hui. Il a l’émerveillement très simple de celui qui n’a pas encore tout vécu et qui a envie de tout découvrir. Il m’a bien plu avec sa confiance qui en quelque sorte court-circuite très naturellement toutes les remarques, sympathiques mais bien réelles, du journaliste sur son inexpérience et son statut de petit nouveau sorti de nulle part. On verra comment il grandit et s’il garde les pieds sur terre, lui, le p’tit gars qui n’a jamais cru qu’il avait un parcours tout tracé !

Rod Paradot

Transcription:
– Bonjour Rod Paradot.
– Bonjour.
– Comment vous êtes arrivé là, vous ? Comment vous arrivez en tête d’affiche (1) de ce film, La Tête Haute ?
– Bah j’étais tout simplement au lycée et on m’a proposé un casting (2) sauvage. On m’a un peu expliqué justement l’histoire de Malony. Et je me retrouve là aujourd’hui, et… enfin, c’est plutôt une très bonne nouvelle !
– Vous connaissiez Catherine Deneuve avant ?
– Alors, je la connaissais pas du tout, je l’avais jamais rencontrée. Mais en tout cas, je connaissais c’était qui cette dame-là (3) et je savais que c’était une très grande dame dans le cinéma.
– Et votre première rencontre, elle s’est passée comment ?
– Bah ça a été… Notre première rencontre, ça a pas été sur le tournage en fait. Ça a été aux essais caméra. Et aux essais caméra, ça a pas été autant de pression que sur le tournage en fait. Sur le tournage, je me suis dis : « Mec (4), tu vas devoir jouer, te mettre dans la peau de Malony et jouer avec une grande personne (5) comme ça ». Donc je me suis dis : « Est-ce que tu vas réussir ? Ou est-ce que… » Mais en fait, ça s’est très, très bien passé et ça a été beaucoup plus dur de me mettre dans la peau de Malony que de jouer avec Catherine en fait… Deneuve.
– Et aujourd’hui, alors que le film sort dans les salles, qu’il est présenté en ouverture à Cannes, c’est encore plus de pression ? Ça fait encore davantage (6) peur ?
– Ça fait davantage peur mais c’est davantage du bonheur aussi, donc c’est mélangé en fait entre de l’émotion, de la peur et beaucoup de stress. Je sais pas comment je vais réussir à sortir de la voiture pour monter sur le tapis rouge, hein !
– Vous excluez pas de rester dans la voiture ?
– Ah, je crois que je vais rester dans la voiture ! Je crois que je vais pas sortir en fait.
– En même temps, dans le film, on vous voit, vous adorez conduire. C’est vrai ? C’est une passion chez vous ou pas du tout ?
– J’ai toujours aimé la voiture comme n’importe quel garçon, je pense, mais après, je suis pas fan non plus de ça et…
– Comment vous voyez la suite ?
– J’aimerais bien… enfin j’aimerais bien continuer dans ce milieu-là, c’est un milieu qui me plaît vraiment énormément et qui touche même énormément à l’intérieur de soi, alors après Cannes, je continuerai à vivre ma vie quotidienne, et si j’ai un autre rôle ou un autre film, bah je serai heureux de pouvoir continuer à faire ça et je donnerai toutes les capacités (7) pour le faire.
– Cette vie de jeune en difficulté, vous l’avez découverte ou vous la connaissiez déjà ?
– Alors, je l’ai découverte dans la peau de Malony mais je connaissais un peu déjà ce milieu-là parce que j’habite un peu dans la région parisienne, enfinen Seine-Saint-Denis (8). C’est un peu… on va dire c’est un peu quand même difficile. Mais ça a été quand même très émouvant et très dur de jouer ça, quoi.
– Et vos amis, votre famille, vos proches, vos copains, comment ils ont réagi ?
– Bah ils ont tous bien réagi. Ma famille, elle est folle, juste folle (9) ! Et ils se disent… ils se disent même, je pense : « Le petit con (10), là, qui nous faisait chier (11), maintenant, il fait un film, quoi ! Il… »enfin, c’est pour eux, je pense que c’est une très belle chose pour tout le monde, mes oncles, mes tatas (12), leurs petits-neveux. Moi, après, ça reste aussi très beau pour moi et je vais vivre cela comme un très beau moment et ça restera gravé.
– Vous avez pas peur de péter les plombs (13), de prendre la grosse tête (14), de vous prendre pour une star ?
– Alors, je me suis beaucoup posé cette question-là en fait, parce que justement, après la sortie, il y a eu beaucoup de gens qui sont venus me faire beaucoup de compliments, donc du coup, bah ça fait toujours un peu peur, on se dit… enfin moi, en tout cas, je me suis dis : « Faut que je reste sobre (15), quoi, malgré toute… malgré tout le bonheur depuis que j’ai tourné ce film, bah j’essaye de rester la tête assez froide (16) » et en fait, haute mais froide, et je pense que pour l’instant, ça marche bien et je vais veiller à ça, et…
– C’était quoi, votre avenir tout tracé, si il y avait pas eu le cinéma ?
– Tout tracé… Bah mon avenir était pas tracé, donc… J’avais plusieurs choix pour la vie quotidienne et pour ce que je voulais faire plus tard.
– Lesquels ?
– Bah j’avais un peu de passion (17) pour la menuiserie parce que j’ai quand même fait un CAP (18) de Menuiserie, mais à la base, je voulais faire de la plomberie. Et je m’étais dit aussi pourquoi pas, de faire un BAFA (19) et de pouvoir travailler…
– Brevet d’animateur ?
– De voyages, en tant qu’animateur, en fait j’aime beaucoup ça, moi, parler, mettre l’ambiance et surtout voyager dans des super (20) endroits, quoi, et voilà.
– Ce soir, vous conduirez la voiture pour aller monter les marches (21) ou pas ? Vous avez demandé à là conduire pour vous détendre peut-être ?
– Ah, non, non, parce que j’ai pas le permis, donc je pourrai pas conduire la voiture mais je pense que… même si je la conduis, il y aura quand même le stress et j’aurai du mal à sortir de la voiture, je pense.
– Vous avez le trac (22)?
– Ça commence à monter de plus en plus, oui !
– On dirait que vous vous excusez presque d’être là, Rod Paradot.
– M’excuser d’être là, non, non, mais bah, c’est… Je suis super émerveillé mais je préfère rester justement sobre et… bah de me dire que c’est juste un moment super et qu’après, tu vas continuer ta vie, si ça marche pas, et… mais voilà.
– Vous y croyez, ça ? Vous pensez vraiment que vous allez recommencer votre vie d’avant, retourner au lycée s’il le faut ?
– Bah je préfère me dire ça parce que honnêtement, après le tournage, c’était quand même très, très dur et ça a été beaucoup d’émotion parce que on est quand même une famille sur un tournage, et trois mois passés ensemble sur un tournage et après, se retrouver chez soi… Bon ça va parce que je suis parti en vacances, donc ça allait un petit peu mais une fois que je suis rentré chez moi, je me sentais pas très, très bien et je me sentais un peu seul…
– Une petite déprime ? (23)
– Et oui, j’ai un peu déprimé (23). Et du coup, je me suis un peu posé les questions sur ce que j’allais faire. Donc du coup, aujourd’hui, je me dis que ça reste une très belle expérience et que si ça marche pour moi, c’est très bien, c’est très beau et je vais mettre toutes les capacités possibles pour le faire, donc du théâtre, plein de choses qui pourraient m’aider. Et si ça marche pas, bah de me dire que ça reste une très belle expérience et un très beau moment, et que je continue ma vie au quotidien, quoi.
– Là, il y aura tous les réalisateurs du monde, tous les meilleurs à Cannes, votre rêve, là, tac, le rôle le plus fou avec qui vous aimeriez tourner ? Si il y avait juste à dire : « Moi, je veux. »
– Ah, je connais pas encore vraiment exactement ce monde-là, et je connais pas tout le monde, donc je prendrai ce qu’on me propose et avec les personnes avec qui je suis entouré en ce moment, et je pense qu’ils m’aideront à aussi bien savoir avec quelles personnes tourner ou… parce qu’on m’a quand même dit que je faisais un film… apparemment, il y a la barre, la barre haute (24), très haute, là. Donc après, là, on m’a dit que si je refaisais un film, j’allais sûrement redescendre de…
– D’un étage.
– D’un étage, voilà, donc du coup, bah, je sais pas et on verra comment ça vient. Je préfère laisser les choses venir.

Quelques détails :
1. arriver en tête d’affiche : être parmi les acteurs principaux, dont les noms sont imprimés en gros sur l’affiche du film.
2. Un casting : les Français ont emprunté un mot à l’anglais pour désigner cette séance pendant laquelle sont choisis les acteurs d’un film.
3. Je connaissais c’était qui… : cette phrase n’est pas correcte du tout. Il faudrait dire : Je savais qui était cette dame-là. / Je connaissais cette dame-là.
4. Mec : un mec est un homme (argot). Certains l’utilisent pour s’adresser à un homme de façon familière: « Hé mec, qu’est-ce que tu fais là ? »
5. Une grande personne : normalement, cette expression désigne un adulte, par opposition aux enfants. Ici, il voulait dire qu’il allait devoir jouer avec une actrice célèbre et talentueuse, une grande dame du cinéma comme on dit, lui, le petit débutant.
6. Davantage peur : on peut dire aussi : plus peur (en prononçant le S de plus)
7. je donnerai toutes les capacités : ça ne se dit pas vraiment. Soit il faut dire : Je donnerai tout / Je ferai tout pour y arriver. Soit on dit : Je me donnerai les moyens d’y arriver. Le mot capacité s’emploie par exemple en disant : J’ai la capacité à jouer ce rôle. / Il a des capacités.
8. La Seine-Saint-Denis : il s’agit d’un des départements de la région parisienne, le 93. Le taux de chômage y est élevé, les jeunes des banlieues ont du mal à trouver du travail.
9. Folle : il veut dire que sa famille est survoltée à l’idée que leur fils devienne acteur.
10. Le petit con : c’est une insulte.
11. Faire chier quelqu’un : énerver quelqu’un (vulgaire)
12. une tata : une tante (terme utilisé par les enfants)
13. péter les plombs : faire n’importe quoi, sans réfléchir
14. prendre la grosse tête : se croire meilleur que tout le monde et devenir prétentieux. (familier). Le résultat ensuite, c’est qu’on a la grosse tête.
15. sobre : simple. C’est un peu bizarre de l’employer comme ça car quand on l’utilise à propos de quelqu’un, cela signifie plutôt que cette personne ne boit pas. Mais quand on parle d’une vie sobre par exemple, cela signifie qu’elle est simple, sans excès. C’est ce sens-là auquel il pense.
16. Rester la tête froide : la véritable expression, c’est garder la tête froide, c’est-à-dire garder son calme, ne pas s’emballer, ne pas se laisser bercer d’illusions, rester réaliste face au succès, qui peut être passager. On dit aussi : garder la tête sur les épaules ou encore garder les pieds sur terre. Il joue avec les mots puisque l’autre expression, qui donne son titre au film, garder la tête haute, signifie qu’on ne cède pas, qu’on garde sa dignité.
17. Un peu de passion : normalement, ces deux termes ne vont pas ensemble, puisque par définition, la passion n’est pas du côté du peu, du modéré ! Il emploie souvent « un peu » d’une manière bizarre, comme pour atténuer certaines choses qu’il dit.
18. Un CAP : c’est un diplôme professionnel qu’on doit avoir pour exercer certaines professions mais qui ne représente pas un haut niveau d’études.
19. Faire un BAFA : c’est le diplôme qui permet de s’occuper des enfants ou des jeunes dans les centres aérés, ou les centres de vacances.
20. Des super endroits : il fait une liaison impossible car super ne prend jamais de S. Mais c’est effectivement inconfortable de ne pas faire la liaison ! Donc souvent, on se débrouille pour inverser et dire : des endroits super, ce qui résout le problème.
21. Monter les marches : c’est presque devenu un symbole du Festival de Cannes. La montée des marches du palais des festivals est un spectacle !
22. Avoir le trac : avoir peur avant d’entrer en scène quand on est acteur. Mais on l’emploie aussi pour toute situation où il y a des gens qui vous regardent, par exemple un examen oral.
23. Une déprime / J’ai un peu déprimé : c’est un moment de la vie où on ne va pas très bien moralement, mais ça n’a pas l’intensité d’une dépression. On dit qu’on est déprimé. Ici, il emploie le verbe déprimer de manière incorrecte, mais qu’on entend de plus en plus souvent. Normalement, on dit : cet échec m’a déprimé. / Le fait de me retrouver seul m’a déprimé. / ça m’a déprimé de me retrouver à la maison, de ne plus voir l’équipe de tournage. On ne l’emploie pas avec un nom de personne comme sujet, comme il le fait en disant : J’ai déprimé.
24. Il y a la barre haute : l’expression correcte, c’est : placer la barre très haut (pas haute, contrairement à ce qu’on entend souvent), ce qui signifie que c’est difficile et ambitieux. Donc par glissement, on entend des gens dire aussi : la barre est haute / la barre est très haute.

L’interview à la radio est ici.