Un peu fêlés ?

Ils aiment la vitesse. Ils aiment le ski. Voici deux des descendeurs français qui participent en ce moment aux Championnats du Monde de ski alpin.

Petite interview où il est question de sensations fortes, de peur, de plaisir, et aussi de ce qu’éprouve l’entourage de ces jeunes hommes qui prennent tous les risques.
Pas de tout repos sûrement d’être leur mère ou leur père !
Le tennis, c’est plus tranquille…


Transcription:
– Ouais, ça fait un peu peur. Moi, en plus, je suis quelqu’un qui s’est beaucoup blessé dans ma carrière. J’ai… J’ai chuté (1) cette année encore à Val Gardena (2), j’ai pris une… une grosse gamelle (3) à Val Gardena. Ça m’a un peu marqué. J’ai mis du temps à revenir. Je me suis battu pour revenir tout le mois de janvier et ça recommençait à revenir, là. Et me retrouver là-dessus (4), c’est qûr que ça me fait pas plaisir. Quand il va falloir mettre les chevaux (5), il va falloir engager (6). Il va y avoir plus de cartons (7) que ce qu’on croit à mon avis. Moi, je peux plus… je peux plus me permettre d’aller encore faire un séjour à l’hôpital, avec tout ce que j’ai eu déjà. C’est sûr que au niveau sécu (8), c’est pas… c’est pas optimum. On n’est pas au top, là, au niveau sécu.
– Votre mère, vos proches, ils sont au courant (9) que vous faites un sport pas comme les autres?
– Ah bah, vous me parlez de ma mère ! Ma mère, elle a jamais regardé une course à la télé, pour tout vous dire (10) ! Elle se refuse à (11) regarder parce qu’elle a la… la trouille (12). Je pense qu’elle sera… elle sera ravie quand j’arrêterai ma carrière. Elle est jamais venue me voir sur une course non plus. Et mon père, ça devient de plus en plus difficile, vu… vu les pistes qu’ils nous proposent. Après, voilà, ils savent que c’est mon choix et que ils font avec (13), de toute façon. Ils ont un fils qui aime la vitesse et qui… qui aime un peu prendre des risques de temps en temps, mais pas fêlé (14) quand même ! Je me considère pas comme fêlé!

Les descendeurs ne sont donc pas complètement fous mais suffisamment quand même pour se jeter dans la pente à plus de 130 km/h pour un plaisir assez mince, à en croire Adrien Théaux, l’un des outsiders de la descente d’aujourd’hui:
– Oh bah, la descente, c’est une combinaison qui fait à peu près deux millimètres d’épaisseur, un casque, un masque et une paire de skis qui fait 2,15 mètres. On n’a que ça. On n’a pas d’habitacle, rien autour et après, bah ici, c’est deux minutes que dans l’ombre. Donc c’est le noir complet. Deux minutes où on se fait secouer pas mal (15), et là, des skis de 2,15 m, quand ils commencent à taper, ça a beaucoup d’inertie. Donc il faut pas se faire tirer les pieds dans tous les sens.
– Adrien, à vous écouter nous parler de cette descente, on a le sentiment que il y a plus aucune notion de plaisir.
– Si, si ! On prend un peu de plaisir à la première porte. Et on prend du plaisir quand on est arrêté aussi. Dans l’arrivée, on se dit: »Ah, c’est bon (16), je suis en bas, je suis arrêté. » Non, non, il y a un petit peu de plaisir.

Vu d’en bas, il faut quand même une bonne dose d’imagination pour penser à prendre son pied (17) sur la piste du Kandahar !

Quelques détails:
1. chuter : faire une chute, tomber. (Tomber se conjugue avec l’auxiliaire « être », contrairement à chuter:  Je suis tombé.)
2. Val Gardena: c’est une vallée alpine en Italie, avec des stations de ski.
3. une gamelle : une chute (argot). On dit qu’on prend une gamelle.
4. là-dessus : il veut dire « sur cette piste », très difficile.
5. mettre les chevaux: c’est une image pour parler de la vitesse qu’il va devoir avoir.
6. engager: ici, ça veut dire qu’il va falloir prendre tous les risques.
7. un carton : ici, c’est une chute. (familier)
8. la sécu : abréviation de « sécurité ». Mais ce n’est pas si courant que ça de l’utiliser dans ce sens-là. D’habitude, si on parle de la Sécu, tout le monde comprend « la Sécurité Sociale », notre système d’assurance maladie.
9. être au courant : savoir.
10. pour tout vous dire : pour être honnête.
11. se refuser à faire quelque chose : c’est comme « refuser de faire quelque chose », mais c’est plus fort.
12. la trouille : la peur (argot)
13. faire avec : s’accommoder d’une situation qu’on ne peut pas changer. (familier)
14. être fêlé : être fou (familier)
15. pas mal : c’est presque aussi fort que « beaucoup ».
16. C’est bon : on dit ça quand tout va bien, qu’il n’y a pas de problème.
17. prendre son pied : prendre / éprouver du plaisir. (familier)

Vraiment pas content !

Cela se passe dans une voiture.
C’est très court.
Mais c’est intense !
Eh oui, au volant, les émotions se libèrent, à travers des mots plutôt crus en général !
Petite scène de la vie quotidienne prise sur le vif.


Transcription :
– Bon on va se rentrer (1), hein !
– Ouais, ouais, parce que je crois que…
(- Au moins un derrière.)
– Merde ! Putain ! (2)
– Ah, on s’est planté ! (3)
– Ah ! Je me suis pris une prune ! (4) Non, bah, ça y est (5), j’y ai droit. (6)
– Ah ! Il y a le radar.
– Ah bon beh, ça va me coûter cher, cette affaire-là ! Deux points (7) !… A me faire parler (8), là ! Alors que je le connais, ce radar, nom de dieu ! Ah nom de dieu (9), je l’avais pas vu marcher depuis longtemps, celui-là, mais j’y ai droit. Y avait pas (10) une voiture à côté de nous ?
– Non, je sais pas. J’ai pas fait attention. (11)
– Si jamais (12) on est deux, je l’aurai peut-être pas, quoi…

Quelques explications :
1. se rentrer : retourner à la maison. Normalement, il suffit de dire «Bon, on va rentrer / Bon, on rentre » . Mais c’est très fréquent de dire ça comme ça, de façon familière. On dit aussi : « Allez, on se rentre ».
2. Merde ! : cette exclamation est évidemment un juron , pas très poli, mais très fréquent. Pour rester plus poli, on peut dire : « Zut ». Quant à Putain, c’est également impoli, mais très fréquent notamment chez les hommes. Les femmes le disent beaucoup moins.
3. se planter : se tromper (argot). Elle croit qu’il s’est trompé de direction.
4. une prune : une amende (argot) . On pourrait juste dire : « J’ai pris une prune». Mais de façon plus familière, on utilise le verbe : se prendre.
5. ça y est : c’est fait.
6. J’y ai droit : Je ne peux pas y échapper. Et donc ici, ça veut dire : je vais recevoir cette amende. Je me suis fait prendre par le radar.
7. deux points : il va perdre 2 points sur son permis (qui en compte 12 au maximum). Selon les infractions au code de la route, on perd plus ou moins de points. (Et on paie une amende). Et évidemment, quand on n’a plus aucun point, on n’a plus le droit de conduire.
8. à me faire parler : parce que vous m’avez fait discuter. Il veut dire que du coup, il était distrait et n’a pas fait attention à sa vitesse.
9. Nom de dieu ! : c’est un autre juron, comme « Putain ». En général, les jurons sont liés soit à la religion, soit au sexe.
10. Y avait pas… ? : Une phrase plus correcte serait : « Il n’y avait pas… ? » Mais tout le monde dit ça comme ça.
11. J’ai pas fait attention : je n’ai pas remarqué. (parce que je ne regardais pas ça)
12. Si jamais : au cas où.  Pas facile à entendre car il parle très vite et mange les mots !

A propos de la prononciation : comme d’habitude, certaines syllabes sont avalées et peu audibles. Pourtant, c’est comme ça que nous parlons !
Je crois devient j’crois.
cette affaire-là devient c’t’ affaire-là.
depuis devient d’puis
je sais pas devient chais pas.
Evidemment, n’écrivez jamais ça ! Ce n’est pas possible en français.

Vous pouvez aller écouter Romain sur francebienvenue1 : lui aussi s’est pris une prune il y a quelque temps !