Le peuple de l’arbre

L'arbre

Les grands arbres sont fascinants. Ils sont faits pour remplir l’imaginaire des enfants. J’ai commencé à les aimer avec ces histoires où la cime d’un arbre ouvre la porte d’un autre univers, où les branches se ramifient en un monde à explorer et où se perdre. A travers des mots qui transportaient ailleurs. A travers des images comme dans L’arbre sans fin.

Tobie  LolnessAlors, comment ne pas se laisser emporter par l’histoire de Tobie Lolness et du grand chêne où vit tout son peuple ? A nouveau se laisser emporter, par la beauté des mots de Timothée de Fombelle et des dessins de François Place.

L’histoire commence ainsi:Tobie mesurait un millimètre et demi, ce qui n’était pas grand pour son âge. Seul le bout de ses pieds dépassait du trou d’écorce. Il ne bougeait pas. La nuit l’avait recouvert comme un seau d’eau.
Tobie regardait le ciel percé d’étoile. Pas de nuit plus noire ou plus éclatante que celle qui s’étalait par flaques entre les énormes feuilles rousses.
Quand la lune n’est pas là, les étoiles dansent. Voilà ce qu’il se disait. Il se répétait aussi: « S’il y a un ciel au paradis, il est moins profond, moins émouvant, oui moins émouvant… »
Tobie se laissait apaiser par tout cela. Allongé, il avait la tête posée sur la mousse. Il sentait le froid des larmes sur ses cheveux, près des oreilles.
Tobie était dans un trou d’écorce noire, une jambe abîmée, des coupures à chaque épaule et les cheveux trempés de sang. Il avait les mains bouillies par le feu des épines, et ne sentait plus le reste de son petit corps endormi de douleur et de fatigue.

Tobie Lolness, tome 1, La vie suspendue.

Promesse de l’aventure. Plaisir de lire, plaisir d’enfance. Comment pourrait-il en être autrement avec un auteur qui dit ceci:
« Les livres sont pour moi des cabanes, un peu loin du monde. Je m’évade dans l’imaginaire où je peux bricoler. J’aime le bricolage, cette dimension d’artisanat, j’aime fabriquer des objets, et le livre en est un parmi d’autres. Je me souviens de ces bateaux que je construisais, enfant, avec un bout d’écorce et un cure-dents, j’y mettais toute ma foi. Je veux garder cela dans ce que j’écris. A aucun moment je ne me demande : « Qu’est-ce que je vais leur écrire à ces gamins ? » J’écris pour moi aujourd’hui, pour moi hier, pour moi demain ; ce qui me ressemble vraiment. »

Un peu plus sur Tobie Lolness et Timothée de Fombelle
(On en vient presque à se demander quel est le nom du personnage et quel est celui de l’auteur !)

Les univers de François Place, où j’aime vraiment me perdre.

L’école idéale

Ecoliers

Comme régulièrement en France, il est question de réforme des rythmes scolaires. Journées trop longues, trop chargées ? Semaine de quatre jours ou de cinq jours ? Coupure le mercredi ou pas ? Classe le samedi matin ou pas ? Vacances écourtées ? Comment concilier tout cela avec le fait que dans une majorité de familles, les deux parents travaillent bien sûr ? Innombrables débats. Expériences sur le terrain. Discussions d’adultes.

Les enfants aussi ont des idées sur ce qui serait bon pour eux.

Transcription :
– J’aimerais bien qu’on soit un petit peu moins par classe parce qu’on pourrait plus participer et je pense qu’on apprendrait plus vite.
– On doit changer les horaires d’école. Ce serait tous les jours de la semaine, sauf le samedi et le dimanche (1). On finit à midi (2). Pour moi, ce serait ça, l’école idéale.
– Moi, j’aimerais bien que l’école, ça commence moins tôt le matin (3) parce que je suis fatiguée et j’ai du mal à me sortir du lit !
– J’aimerais que l’école, elle commence un peu plus tard : 10 heures. Et que les récrés (4) du matin, elles soient plus longues.
– Il y a vingt ans, il y avait beaucoup, beaucoup moins de notes (5). Donc moi, je serais plutôt à dire que on fasse autant de contrôles (6) mais qu’on soit moins strict sur les notes parce que… enfin, des fois, ça fait pas plaisir, les notes.
– Quand on fait des maths, j’aimerais bien qu’on .. qu’on fait* (7) souvent des petits jeux pour comprendre un peu mieux.
– Bah je crois qu’on devrait travailler un peu plus sur la science.
– J’oserais (8) bien faire de la chimie et avoir des salles où on peut faire des expériences et tout.
– J’aimerais bien qu’il y ait des cours d’astronomie.
– Qu’on apprenne un peu plus les langues et qu’il y ait un jardin où on puisse jardiner. Dans un coin, on met des clôtures, on met de la… du terreau et de la terre. Et après, eh bah on fait une petite maison où on range les graines.
– Je voudrais qu’on fasse au moins une sortie dans les musées nationaux de France, pour toutes les écoles de France, par exemple… enfin, on n’est pas allés au [Loudre]… au Louvre. Alors, je voudrais une sortie toutes les semaines.
– Faire des sorties comme un peu Mattéo, mais les vendredis, aller à la piscine par exemple, tous les vendredis.
– Ce qui serait aussi sympa, un peu, c’est que par exemple, il y ait quelqu’un dans notre classe, c’est son anniversaire, eh bah que sa mère (9) prépare un gâteau et qu’on fête l’anniversaire dans la classe, enfin, qu’on fait* (10) une petite fête (11), parce que je trouve ça sympa, des fois.

Quelques détails :
1. sauf le samedi et le dimanche : dans certaines villes, il n’y avait pas classe le mercredi en primaire mais classe le samedi matin. Ailleurs, c’était la semaine de 4 jours : pas classe le mercredi ni le samedi. Avec les essais de réforme cette année, l’idée, c’est de finir plus tôt mais d’aller à l’école le mercredi matin aussi. Les avis sont partagés !
2. À midi : la classe se termine en général à 16h30, sauf dans les écoles qui appliquent la réforme.
3. La classe commence en général à 8h30 en primaire. (Et souvent plus tôt au collège et au lycée : les premiers créneaux de cours sont à 8h)
4. la récré : abréviation de la récréation, cette coupure pendant laquelle les enfants peuvent jouer dans la cour de récréation.
5. Il y a 20 ans… : On dirait qu’elle en a eu l’expérience, ce qui est amusant à entendre. Et franchement, je ne sais pas s’il y avait moins de notes avant ! L’école française a toujours été le lieu où les enfants ont des notes pour le travail qu’ils font, ce que certains pédagogues critiquent, en disant que c’est un système trop compétitif et stressant pour certains enfants.
6. Les contrôles = les tests = les interrogations = les évaluations, qui donnent donc des notes.
7. qu’on fait… : il faut bien sûr employer le subjonctif et dire : j’aimerais bien qu’on fasse… Les enfants mettent plus ou moins longtemps à assimiler ce temps, qu’ils entendent dès leur plus jeune âge puisqu’il est très ordinaire en français.
8. J’oserais bien… : c’est un peu bizarre de dire ça comme ça. Il faut dire: J’aimerais bien… Elle veut sans doute dire que c’est une activité difficile et qui l’impressionne mais qu’elle se sent prête à faire ça.
9. Sa mère : ou son père ! Il y a des papas qui cuisinent bien sûr. Mais cette petite remarque montre qu’il y a encore des rôles féminins et des rôles masculins…
10. qu’on fait : là aussi, il faut dire : qu’on fasse. (à cause de : ce qui serait sympa…)
11. Il y a des écoles où on fête les anniversaires. C’est le cas à la maternelle en tout cas. Ce qui est intéressant, c’est que cette petite fille parle de gâteau fait maison. Mais récemment, on a inventé un règlement qui interdit normalement d’apporter du fait maison à l’école, pour de soi-disant problèmes d’hygiène ! Comme si les gâteaux faits par les familles allaient provoquer des gastros (ou intoxications alimentaires) chez les enfants ! Comme si c’était mieux de manger des gâteaux industriels…