Histoires pour grandir

AlbumsEnfant, il aimait lire. Puis il a aimé raconter des histoires à sa fille. Et il s’est mis à les écrire et à les dessiner lui-même.

Ce sont des livres qui habitent toujours sur mes étagères ! Impossible de m’en séparer, même si mes fils ont passé l’âge qu’on leur lise des histoires. Un univers de couleurs et de mots, de jeux avec les mots, l’univers de Claude Ponti. Ce sont de beaux voyages à chaque lecture.

Transcription:
Le peloton de la troupe (1) est un peu mièvre (2). Mais c’est aussi une demande. Les temps étant vraiment très durs, des gens ont du mal à prendre des livres pour leurs enfants qui soient pas un peu édulcorés (3) parce que ils croient protéger leurs enfants en leur donnant du doux, du tendre, du facile. Il y a des grands, grands en ce moment mais il y a un retour à la « cucunerie » (4), au bleu pour les garçons, au rose pour les filles, que je déteste.

Vous vous souvenez des illustrations (5) qui accompagnaient les histoires que vous lisiez, ou qu’on vous lisait quand vous étiez petit, ou pas ?
– Oh bah oui ! Oui, oui. Alors, déjà, il faut dire que je suis relativement jeune !
Oui !
– Et quand j’étais très, très jeune, il y avait beaucoup moins de livres quand même qu’aujourd’hui. Donc… Alors, j’avais…
Il y avait Le Père Castor (6), il y avait…
– Oui, il y avait tout ça mais j’avais aussi une mère enseignante (7). Donc j’avais accès à plus de livres que… que d’autres, de… de par (8) l’école. Mais j’ai eu à peu près les mêmes chose qu’avaient les autres: des Père Castor, des… des je sais plus quoi (9), machin Argent et truc (10), et tout ça. Et puis… A ma fille, j’ai beaucoup lu. J’ai beaucoup lu d’histoires. Je lui en ai inventé beaucoup. D’ailleurs, ce qui est… Elle m’a dit il y a pas longtemps que c’est… Elle s’est mise à (11) lire tard. Elle m’a dit: « C’est normal, tu me racontais des histoires tous les soirs et… Pourquoi veux-tu que… que j’aie envie de lire… »
Que j’aille les chercher ailleurs, c’est ça ?
– Moi je considère que ce que je fais est… est une simple transcription de la réalité. Donc je… je cache…
Ah oui ?
– Oui. Je cache rien. Bah il y a… il y a de la mort, il y a de l’accident, il y a des tas de (12) choses. Je cache (13) rien de… Mais je… je mets tout… C’est-à-dire, moi, ce qui m’intéresse, c’est que… c’est de considérer l’enfant évidemment comme une personne mais comme une personne en développement, c’est-à-dire que toute… toute l’activité d’un… d’un enfant, dès le départ, c’est… c’est de chercher à acquérir, comprendre, expérimenter et grandir. Donc moi, je travaille… je travaille…enfin (14), je fais… Je raconte de l’histoire que là-dessus. Donc… et pour montrer que… que quels que soient les problèmes, il y a toujours un moyen d’y arriver et de s’en sortir.
C’est vrai ! Parce que il y a des… Il y a des peurs, il y a des peurs terrifiantes dans… dans vos livres ! Il y a des monstres dévoreurs d’enfants.
– C’est normal d’avoir peur. C’est plutôt bien, si on y arrive, de la surmonter. Si on n’y arrive pas, on peut trouver des biais, contourner les murs, etc… Mais… Je pense qu’aux enfants et à voir comment… et leur dire que, non, c’est pas vrai, c’est-à-dire même si on te coupe les deux jambes au départ, tu arriveras à faire un truc. Il y a pas… Personne n’a pas d’enfance. C’est pas vrai, c’est de la mythologie. On dit: « Ah, j’ai pas eu d’enfance. » Mais si, tu as eu une enfance ! Elle était peut-être un peu merdique (15) mais tu en as eu une.Puis c’est… Il y a pas de quoi s’énerver (16) ! Tu arriveras à faire autre chose plus tard ou… Voilà, c’est… !

Des explications:
1. le peloton de la troupe: cela signifie la majorité, la plupart (ici, il parle de la majorité des auteurs pour enfants). En fait, on dit plus souvent: Le gros de la troupe.
2. mièvre: gentil et fade mais pas très intelligent.
3. édulcoré: adouci artificiellement, en gommant la réalité.
4. la cucunerie: je connais plutôt la cucuterie mais c’est pareil ! Cela désigne tout ce qui est « cucul« , c’est-à-dire pas méchant mais pas très intelligent. C’est la façon familière de dire mièvre, niais. On dit aussi: gnangan.
5. les illustrations: les dessins
6. Le Père Castor: c’est une collection d’histoires pour les enfants.
7. une mère enseignante: sa mère était institutrice.
8. de par: grâce à
9. des je sais plus quoi: façon familière de dire qu’il ne se souvient pas des titres.
10. machin Argent et truc: Il veut parler d’une collection qui s’appelait « Les petits livres d’argent ». Mais il ne se souvient pas précisément, donc les mots familiers « machin » et « truc » (très vagues) lui servent à suggérer ça.
11. se mettre à faire quelque chose: commencer à faire quelque chose.
12. des tas de: beaucoup de (familier)
13. je cache rien: on entend plutôt « Je casse rien », mais il ne se corrige pas.
14. je travaille… enfin… : l’utilisation de « enfin » signifie qu’il se corrige, qu’il veut nuancer le mot qu’il vient juste d’employer, pour mieux exprimer son idée.
15. merdique: raté (très familier, puisque basé sur « merde »).
16. Il y a pas de quoi s’énerver: on emploie cette expression pour dire à quelqu’un de rester calme, de prendre les choses, les problèmes tranquillement.

Voici un extrait que j’ai enregistré, pour que vous fassiez connaissance avec Hipollène, au cours de son voyage.
(J’aime les noms de toutes ses grand-mères. Et j’aime les miroirs qui réfléchissent !)

On fait une cabane ?

Cet épisode de la série Bref ne ressemble pas tout à fait aux autres. L’humour y est plus mitigé, emprunt d’une légère amertume et au fond cache une certaine poésie. Légèreté de l’amour à ses débuts. Puis retour à la réalité quand on n’est pas capable d’aller plus loin ensemble. Jamais facile de rompre avec la personne qui nous semblait représenter le plus au monde.

Cliquez ici pour regarder.

Transcription:
Bref, la première fois que j’ai vraiment été en couple, c’était avec mon ex.
Un jour, elle m’a dit: « Tu fais quoi ce soir ? » (1)
J’ai dit: « Rien. »
Elle m’a dit: « Moi non plus. »
J’ai dit: « On le fait ensemble ? »
Elle m’a dit: « OK »

Voilà. Etre en couple pour moi, c’est pas se marier, emménager ensemble, ou changer de statut facebook, c’est décider que quand on n’a rien à faire, on le fait à deux.
La première fois qu’on n’a rien fait ensemble, on n’a rien fait. Mais c’était bien, parce qu’on était amoureux. Les dix fois suivantes, on s’est avoué des trucs (2).
« Des fois dans ma tête… une voix… qui va vite. »
La onzième fois, on a rigolé (3).
Et puis un jour: « Viens, on fait une cabane (4). »
« Oui ! »
On a fait les gamins (5).
« Bonjour madame, c’est très beau chez vous. »
« C’est pas chez moi, c’est chez l’Ours. »
« Chut ! (6) »

Quand tu es en couple, tu retombes en enfance. On passait nos journées à jouer.
« Hop ! »
On jouait avec la nourriture.
« Je vais appeler l’Ours. »
On regardait des films qui font peur en mangeant des bonbons. On jouait à chat (7), à la barbichette (8) et à n’importe quoi.
« Attends. Allo oui ? Oui, bah j’arriverai à 8 heures lundi. C’est pas très grave (9). Mais arrête (10) ! Oui, voilà, au revoir. Tu m’as embêtée (11), je vais appeler l’Ours. »
C’était les meilleurs moments. Et puis un jour, on a trop fait les adultes.
« Putain (12), mais grandis, quoi ! »
« Tu sais quoi ? Je t’ai jamais aimée. »
« Attends, c’est pas ce que je voulais dire ».

Allez, viens ! »
Bref, on était des gamins.

« Putain, mais tu es con (13) ! Tu es comme les gamins des fois, putain ! »
« Ça va, c’est… »
« Elle aime pas trop, elle. »

Quelques détails:
1.Tu fais quoi ce soir ?: question uniquement orale, familière. De façon neutre, on dit: Qu’est-ce que tu fais ce soir ? L’autre forme interrogative: Que fais-tu ce soir ? est d’un style plus soutenu, qu’on entend très peu à l’oral).
2. des trucs: des choses (familier)
3. rigoler: rire (familier)
4. une cabane: tous les enfants jouent à se construire des cabanes, avec n’importe quoi.
5. faire les gamins: faire les enfants, donc ne pas se comporter comme des adultes mais comme des enfants qui jouent.
6. Chut: c’est l’onomatopée avec laquelle on demande le silence.
7. jouer à chat: c’est se courir après pour s’attraper, comme un chat court après les souris.
8. jouer à la barbichette: on se tient mutuellement le menton et on dit cette comptine: « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Le premier de nous deux qui rira aura une tapette. » c’est ce qu’on voit juste avant de démarrer la vidéo. Le but, c’est de ne pas rire. Sinon, on reçoit une petite tape (une tapette) sur la joue. La barbichette, c’est une petite barbe. Jeu d’enfant classique.
9. c’est pas très grave: ce n’est pas vraiment un problème / ça ne fait rien.
10. Arrête !: normalement, on ne prononce pas le « e » final. Mais quand on veut insister parce qu’on est énervé par exemple, on prononce toutes les syllabes de ce mot, en insistant même sur la dernière.
11. embêter quelqu’un: taquiner quelqu’un, lui faire quelque chose qui lui déplaît légèrement. (familier). Les garçons jouent souvent à embêter les filles ! (ou l’inverse.)
12. Putain ! : exclamation qui exprime des émotions comme l’agacement ou la surprise, etc… (courant mais plutôt vulgaire, à ne pas dire dans n’importe quelle situation.)
13. con: ici, c’est vraiment une insulte. (vulgaire et pas gentil du tout !)