Le goût du théâtre


Marseille a la mer, son équipe de foot et… ses théâtres. Côté culture, c’est à peu près le seul point positif ! On peut se faire plaisir en prenant un abonnement. Variétés des spectacles et des répertoires selon le théâtre choisi. On y voit des classes de lycéens amenés par leurs enseignants de français qui tentent de leur donner le goût du théâtre. C’est que le théâtre, on n’y va pas comme ça ! Il faut souvent que quelqu’un vous le fasse découvrir.
Voici une toute petite conversation où une jeune femme raconte comment elle est entrée dans cet univers qu’elle n’a plus quitté ensuite.


Transcription:
Et… et vous, du coup, vous avez eu accès au théâtre assez vite ? Vous y alliez par exemple quand vous étiez… ?
– Ouais, moi j’y allais beaucoup parce que j’avais… Ma grand-mère m’avait pris un abonnement à la Comédie Française, donc elle m’emmenait. Et j’avais la honte (1), parce qu’elle récitait les vers en même temps que les acteurs ! C’était horrible ! J’avais honte ! Mais bon… (2)
Elle disait…
– Ouais !
Tout haut ?
– Tout haut !
Elle faisait l’écho.
– Ouais. Ah non, c’était atroce ! Et je pouvais pas faire semblant que j’étais venue seule (3), j’avais huit ans ! J’étais niquée (4). Et puis après, mes parents avaient une amie que j’aime beaucoup, Marie Langlois, qui tenait la librairie du Théâtre des Amandiers (5) justement. Donc là-bas, j’ai vu, à l’époque de Chéreau, j’ai vu plein de spectacles, et des ateliers d’élèves et donc ouais, j’allais beaucoup au théâtre, bien plus que je n’y vais maintenant d’ailleurs.

Quelques explications:
1. j’avais la honte: normalement, on dit juste : j’avais honte. Cette expression est plus familière et plus forte aussi. On entend aussi juste: La honte ! (avec le ton bien expressif qui va avec.)
2. Mais bon: on utilise souvent cette expression pour conclure ce qu’on vient de dire, comme si on se résignait. En disant ça, c’est comme si on acceptait la situation. Cela signifie: Mais bon, voilà, c’était comme ça, ce n’était pas si grave que ça.
3. je ne pouvais pas faire semblant que… : ce n’est pas parfaitement correct de dire ça comme ça ! Il faut dire: Je ne pouvais pas faire semblant d’être venue seule. (Ou alors: Je ne pouvais pas faire comme si j’étais venue seule.)
4. j’étais niquée: c’est très, très familier. Elle veut dire qu’elle était coincée, qu’elle ne pouvait pas  échapper à cette situation.
5. Le Théâtre des Amandiers: il se trouve à Nanterre dans la banlieue parisienne et est un des grands théâtres en France. (J’y ai vu des pièces classiques dans des mises en scène inoubliables, grâce à ma prof de français du lycée qui nous y emmenait, là et à la Cartoucherie de Vincennes, autre grand lieu théâtral. Grande découverte du théâtre !)

Stendhal, Astérix, ou comment grandir avec les livres

Souvenirs d’enfance, souvenirs de lectures.
Stendhal, Astérix: des classiques, chacun à leur manière !
Mais le même pouvoir, la même capacité à susciter l’envie et à donner le plaisir de lire, très tôt.
Ce serait si étrange une vie sans livres, qu’ils soient de papier ou un peu magiques sur nos liseuses aujourd’hui. Etre riche de tous ces univers, de tous ces mots, de tous ces possibles.
Voici ce que disent ces deux grands lecteurs.

Transcription
En fait, si on me demandait le combustible de ma vie, je dirais: ce sont les bouquins (1). Au gré des (2) lectures, on est amenés finalement à… à s’augmenter de la pensée des autres, hein, à être prolongés en quelque sorte. Moi, les livres, ils me prolongent. Je dirais que le théâtre aussi, hein, hein. Mais le livre, il a un avantage énorme, c’est qu’on l’a. Vous voyez, j’en ai amenés avec moi. Mais j’aime bien, je souligne, je marque des choses. Ça… ça fait vraiment partie de ma vie et des fois, je me dis: Mais d’où ça me vient, ça ? Familialement, je peux pas dire que ma famille était riche, riche en livres. Mais enfin, maman (3), elle considérait qu’on devait lire. Pour elle, c’était comme une espèce de code pour être un homme ou une femme, puisque j’ai des soeurs.On devait lire. Et ça a été un… un immense bonheur. Moi je dirais que le premier livre – j’avais douze ans, peut-être treize – que j’ai lu et qui m’a marqué pour la vie et que je relis d’ailleurs, c’est Le Rouge et le Noir de Stendhal. Je suis tombé amoureux de Mme de Raynal. Je me demande si je ne le suis pas toujours.

Maman est allée à l’école. Papa, il est allé travailler à la mine, il avait quatorze ans, donc c’était le plus jeune mineur du bassin de Charleroi (4). Et maman est allée à l’école jusque (5) quinze ans quand même. On habitait dans les anciens camps de prisonniers allemands. C’était des baraques (6). Donc c’était vraiment la… Le seul moyen de s’en sortir (7), c’était les livres. Voilà pourquoi ils ont décidé que leurs enfants seraient parfaitement intégrés par la culture. Donc ils nous ont inscrits en bibliothèque (8). Le jour où j’ai détesté ma mère le plus au monde, c’est quand elle m’a inscrite à la bibliothèque parce que en fait, à l’époque, pour pouvoir avoir un roman ou une histoire rigolote (9), il fallait prendre deux documentaires – un livre sur la vie animalière ou sur l’histoire des planètes ou…enfin peu importe (10), sur le Moyen Age (11), enfin peu importe. Et puis après, bah, j’ai découvert les bandes dessinées. Et j’ai découvert Astérix (11) et là, je me suis plongée… Enfin c’était délicieux. D’ailleurs je vais toujours en rechercher de temps en temps.

Quelques détails:
1. un bouquin: un livre (familier)
2. au gré de… : au hasard de… / en fonction de…
3. maman: je trouve toujours ça touchant quand un adulte dit « maman » en parlant à quelqu’un d’autre de sa mère. C’est intime. La plupart du temps, quand on parle aux autres de ses parents, on dit: Mon père, ma mère.
4. Charleroi: en Belgique. C’est un bassin houiller. (donc avec des mines de charbon, qui ont fermé.)
5. jusque 15 ans: on dit normalement Jusqu’à 15 ans.
6. des baraques: ce n’était pas des maisons en dur, juste des constructions en planches par exemple. Dans ce sens, ce mot n’est pas familier du tout. Mais dans d’autres contextes et très familièrement, il peut signifier « maison »,comme dans: Ils ont une belle baraque.
7. s’en sortir: réussir dans la vie
8. en bibliothèque: on dit aussi plus souvent: à la bibliothèque.
9. rigolo (rigolote au féminin): drôle, amusant (familier)
10. peu importe: ça n’a pas d’importance, ce n’est pas ça qui est important.
11. le Moyen Age: la période de l’histoire après l’Antiquité et jusqu’à la Renaissance.
12. Astérix: c’est ce Gaulois très malin qui fait partie de la culture française, avec ses aventures en compagnie d’ Obélix et du chien Idéfix et qui triomphe toujours des Romains. Tous les Français connaissent Astérix. (par les BD ou par les films qui en sont tirés.) Incontournable comme on dit aujourd’hui !