Les richesses du web (5) : neo tv

Il y a un mois, j’avais en préparation plusieurs articles pour ce site. Puis très brutalement, l’actualité a bouleversé, encore une fois, la marche du monde, rendant futiles toutes ces petites choses qui font nos vies ordinaires. Cette fois, c’est une guerre, une de plus, une guerre qui a réveillé les souvenirs des guerres mondiales passées et a jeté, comme toujours, les civils dans la terreur et le malheur, pendant que des dirigeants, bien en sécurité, eux, font mourir les jeunes soldats, simple chair à canon, encore et toujours. Encore une fois, on voit se déployer l’arsenal de toutes ces armes conçues pour tuer et détruire – et d’ailleurs, la France peut s’enorgueillir d’être à la pointe de leur développement et de leur fabrication ! Triste gloire. Mais dans quel monde vivons-nous toujours, au XXIè siècle !

Je reviens vers vous pour continuer à partager ces sites qui peuvent vous aider dans votre pratique de notre langue. Cette fois-ci, il s’agit de Néo TV, auquel on peut accéder facilement, directement ou grâce à leur compte Instagram par exemple – sauf dans certains pays bien sûr… Toutes sortes de très courts reportages, bien sous-titrés. Je suis sûre que vous y trouverez votre bonheur car c’est c’est un regard plein de variété sur les Français.

Mais j’avais choisi, il y a environ deux semaines, ce reportage sur un jeune Français qui a des attaches familiales avec l’Ukraine, mais aussi avec la Russie depuis ses études. Beau portrait, qui témoigne de l’imbrication des peuples, des nationalités. Une petite dose d’espérance. Et comme toujours, de jolies expressions, avec mes quelques explications si cela vous aide.

Des explications :

  1. aux aurores : très tôt le matin. L’aurore, c’est le moment où le soleil se lève. On utilise souvent cette expression avec les verbes partir, se lever par exemple.
  2. des produits de première nécessité : c’est l’expression consacrée pour désigner les produits estimés indispensables pour manger, se laver, s’habiller, mais aussi pour faire marcher son ordinateur, etc. On a beaucoup utilisé ce terme pendant les différents confinement dûs au Covid, pour définir les commerces qui pouvaient rester ouverts, par rapport aux commerces dits « non-essentiels », dont les produits n’étaient pas considérés comme de première nécessité.
  3. des plaques internationales : il s’agit des plaques d’immatriculation des voitures et des camions. En les voyant, on sait de quel pays est un véhicule.
  4. ça met un peu de baume au coeur / ça met du baume au coeur : cela réconforte, cela remonte le moral
  5. une petite dizaine de km : environ 10 km, mais pas beaucoup plus en tout cas. On peut utiliser cette expression avec le mot centaine et le mot millier par exemple : une petite centaine de personnes, un petit millier de réfugiés.
  6. l’enlisement de l’armée russe : ce terme indique qu’il n’y a pas de progression décisive et que le conflit s’installe pour durer.
  7. ça me désole : ça me rend très triste
  8. des voitures de convoi : des voitures qui avancent ensemble, en formant donc un convoi
  9. des protections hygiéniques : on dit aussi des serviettes hygiéniques, que les femmes utilisent pendant leurs règles chaque mois.
  10. ça nous a fait un petit déclic : cela nous a tout d’un coup décidés à agir. (Ils ont pris conscience de ce qui se passait.) On dit souvent par exemple : Il a eu le déclic / un déclic et s’est enfin mis à travailler en classe.
  11. anxiogène : qui cause beaucoup d’angoisse
  12. faire un échange : dans le contexte scolaire, cela signifie que des élèves français sont partis passer quelque temps dans un pays étranger, puis les jeunes étrangers sont venus en France. (ou l’inverse)
  13. des amis de longue date : des amis qui se connaissent depuis longtemps
  14. une famille d’accueil : une famille qui a décidé d’accueillir, d’héberger des enfants ou des ados. On utilise ce terme dans le cadre des échanges scolaires et aussi pour désigner les familles qui sont habilitées à s’occuper d’enfants dont les parents ont perdu la garde. Et bien sûr en temps de guerre, hélas.
  15. tant que la guerre durera : aussi longtemps que la guerre durera

Pour terminer, voici aussi le lien d’un podcast de Radio France : Guerre en Ukraine.
Des journalistes de Radio France, envoyés spéciaux pour couvrir cette guerre, publient tous les jours un podcast d’une dizaine de minutes. Du beau travail de journalisme.

Les richesses du web (2) : Génération 2022, sur France Info

France Info est sur les réseaux sociaux bien sûr. Sur leur compte Instagram, on trouve toute une série de courtes interviews de jeunes Français, regroupées sous le titre Génération 2022. Manon Mella, la journaliste, est jeune aussi et fait ça très bien, de manière vivante. Ce qui est vraiment intéressant, c’est qu’elle part à la rencontre de jeunes de tous horizons, à travers la France, avec en toile de fond les élections présidentielles qui approchent à grands pas. Donc c’est varié, plein de naturel et au plus près de ce que pense cette génération accusée, à tort, par certains de vivre dans sa bulle individualiste et matérialiste.

Si vous ajoutez à ces qualités le fait que ces mini-reportages sont sous-titrés, qu’ils ne durent que quelques minutes, mais des minutes où les échanges sont riches, vous avez les ingrédients parfaits pour entendre parler des préoccupations des jeunes Français, dans un français authentique.

Sur le compte instagram, on repère facilement cette série : des portraits où s’affichent un prénom – Camille, Jordan, Martin, Alexandra, etc – un âge – ils ont en gros entre 17 et 28 ans – leur métier ou leur statut et le nom de leur ville. Alors, partez à la recherche des photos avec des taches jaunes sur la mosaïque des publications de France Info ! ( Il y en a juste deux ou trois sur fond rouge au tout début de la série en septembre 2021. )

Je vous laisse en compagnie de Lucien (tiens, ce vieux prénom revient à la mode), qui est bien parti pour reprendre la boulangerie familiale dans un petit village dans l’ouest. J’ai choisi cette publication à cause de la boulangerie ! Typique de la France, non ? 😉

Pour ceux qui préfèrent écouter cette présentation :

Des explications :

  1. ça bouge pas beaucoup : il ne se passe pas grand-chose, la vie n’est pas hyper excitante
  2. les gros titres : les titres des articles dans la presse
  3. repousser quelque chose : remettre à plus tard quelque chose qu’on veut ou qu’on doit faire
  4. compter faire quelque chose : avoir vraiment l’intention de faire quelque chose
  5. reprendre un commerce : prendre la succession de quelqu’un à la tête d’un commerce
  6. une grande surface : un supermarché
  7. voter écolo : voter pour les écologistes, qui défendent l’environnement
  8. on est dans tout ce qui est naturel : on se préoccupe d’avoir un mode de vie sain et respectueux de l’environnement
  9. vachement : très / beaucoup (familier)
  10. le bio : tous les produits issus de l’agriculture biologique par exemple
  11. faire gaffe à quelque chose / de ne pas faire quelque chose : faire attention à quelque chose (aprce qu’il y a un risque) ou prêter attention à quelque chose, remarquer quelque chose (familier)
    On dit par exemple :
    Fais gaffe de pas tomber ! C’est glissant ici.
    – Tu as vu ce qu’ils ont annoncé aux infos ?
    Ah non ! J’ai pas fait gaffe.
  12. sensibiliser quelqu’un (à quelque chose) : lui faire prendre conscience de certains problèmes en lui en parlant et en lui expliquant ce qui se passe. On parle de campagnes de sensibilisation. (sur le harcèlement scolaire, sur les problèmes environnementaux, etc.)

J’espère que vous avez tous la possibilité d’accéder à ce site, où que vous viviez.
Et en allant sur la page de Manon Mella sur France Info, vous retrouverez tous ces portraits ainsi que d’autres, au rythme de un par jour. On peut s’abonner à ce podcast pour être sûr d’écouter tous les jours. C’est du beau travail !
A bientôt.

Tout pour ses animaux

Là où j’habite à Marseille, c’est bien sûr la ville. Mais autour de nous, il y a beaucoup de jardins, parce qu’il y a beaucoup de maisons. Des jardins plus ou moins grands, où pas mal de propriétaires ont trouvé la place de caser des piscines particulières, toutes petites. Mais certains ont préféré installer un poulailler. Et ça, ça a posé des problèmes ! Leurs voisins se sont plaints : les poules caquètent trop tôt le matin. Querelle de voisinage. Alors quand j’ai entendu ce petit reportage à la radio sur une famille qui vit aussi en ville et a des animaux – beaucoup, vraiment beaucoup ! – qu’on imagine plutôt dans un village à la campagne, je me suis dit que cette famille n’aurait pas fait long feu ** ici !

Transcription

On est dans un lotissement (1), ce qui est quand même incroyable, on va dire, parce que c’est vrai, quand on passe devant chez moi, on se doute pas (2) de ce qui se cache derrière. On a vraiment de la chance parce qu’on est en fait entourés par des voisins qui sont adorables, qui adorent les animaux. Donc du coup, ça se passe très, très bien (3).

On prépare les gamelles (4) pour emmener aux cochons ?
– Ouais.
– Bon.

C’est-à-dire que moi, je suis un peu tombée dedans (5) quand j’étais bébé. J’ai été élevée par mon arrière-grand-mère. Donc j’ai vécu entourée de chats, de chiens, de tortues, de pigeons, de poissons, de tout, quoi (6). J’ai toujours eu ce besoin existentiel d’avoir un animal à mes côtés (7). Autant (8) les humains, j’ai pas un besoin existentiel d’être à côté d’eux, mais aller ramasser (9) des chiens partout, ça oui, ça… ça, ça marche (10). Plus ils sont bancals (11), plus ils sont vieux et plus ils sont malades, et plus je les aime. Ça veut pas dire que j’aime pas les jeunes qui sont en bonne forme, c’est pas ça. Mais j’ai toujours eu une attirance vers les délaissés, vers ceux qui ont un peu moins de chance que les autres, quoi.

Rien que (12) les gamelles, je passe minimum deux heures, entre (13) les préparer, les donner, parce que là, on a fait les cochons, les chèvres, les poules mais il y a les chiens aussi. Là, en l’occurrence – oui, mon coco -, je travaille à la maison, donc je ne suis jamais loin. Je fais des pauses toutes les heures parce que, voilà, faut que j’aille voir si les cochons, ça va, si les poules, ça va et tout ça. Donc ils sont accompagnés tout le temps. Il y a des gens qui choisissent de voyager, de faire le tour du monde. Moi, j’ai fait, c’est bon (14), je ne pars pas. Mon compagnon part avec les enfants et moi, je reste là.

C’est bon les fifilles ? On va donner aux autres fifilles. Allez. Salut poulette !

Des explications

  1. un lotissement : C’est un ensemble de terrains sur lesquels on construit des maisons. Les communes créent des lotissements, c’est-à-dire un ensemble de lots pour lesquels elles donnent le permis de construire. Les terrains ne sont en général pas très grands, donc on a des voisins proches.
  2. on ne se doute pas… : on ne peut pas imaginer que…
  3. ça se passe très bien : il n’y a aucun problème, tout va bien
  4. une gamelle : un récipient dans lequel on met de la nourriture pour les animaux, et aussi pour les humains qui veulent emporter leur repas. (Mais aujourd’hui, les jeunes qui emportent de quoi manger le midi ont des « bentos », ce qui est plus à la mode que les gamelles des ouvriers par exemple.)
  5. je suis tombée dedans quand j’étais bébé : cela signifie que les animaux sont devenus sa passion à ce moment-là. (familier) On peut dire : Je suis tombé dans la marmite ou juste : Je suis tombé dedans.
  6. quoi : ce mot termine les phrases à l’oral mais ne veut rien dire. C’est un tic de langage qu’on entend souvent.
  7. à mes côtés : avec moi
  8. Autant… : normalement, on attend un deuxième « autant » un peu plus loin, pour introduire l’idée qui est en parallèle et qui va contraster avec le début. Ici, il y a contraste entre le fait pour elle de ne pas avoir besoin de vivre entourée des autres et le fait qu’elle est toujours prête à s’occuper de chiens perdus ou d’autres animaux.
    Par exemple : Autant d’habitude il est patient, autant hier il s’est énervé !
  9. aller ramasser des chiens : recueillir des chiens
  10. ça marche : ça me convient
  11. bancal : normalement, cela décrit un meuble qui n’a pas les pieds de la même hauteur, donc qui n’est pas très stable, qui penche. Au sens figuré, cela décrit quelque chose qui n’est pas parfait.
    Par exemple : C’est une solution bancale. Et ici, cela veut dire que ces chiens qu’elle adopte ne sont pas en parfaitement en forme.
  12. rien que… : seulement, uniquement.
  13. entre les préparer, les donner : dans ce genre de tournure, entre introduit une énumération, ce qui permet d’insister, de montrer qu’il y a beaucoup de choses dans cette liste.
  14. c’est bon : ça me suffit

** ne pas faire long feu : ne pas tenir longtemps, ne pas rester longtemps, ne pas durer longtemps

L’interview est ici. (Par curiosité, allez voir combien ils ont d’animaux, dans cette maison qui n’est pas une ferme et où les voisins ne sont pas ni fermiers ni agriculteurs.)

La lettre bleue

Je voulais partager cette lecture avec vous le 11 novembre dernier – et même le 11 novembre de l’année précédente ! Mais je n’avais pas pris le temps de préparer ce petit billet. Le voici donc aujourd’hui quand même, parce que ce petit livre tout simple, dans son joli format carré, est magnifique et que dans le fond, il parle de toutes les guerres et de ce qu’elles font aux enfants, directement ou indirectement. Les vies ôtées, les vies bouleversées. La vie qui continue aussi, à jamais changée pour tous ces petits qui n’ont pas eu ou n’ont pas la chance de grandir dans un monde en paix.

On est en 1917, c’est l’automne, dans un village tranquille, loin des tranchées. Rosalie a cinq ans et demi, l’âge où on ne sait pas encore lire mais où on comprend tout. Elle grandit sans son père, envoyé au front comme des millions de jeunes hommes, dont la présence ne se manifeste qu’à travers les lettres qu’il envoie à sa femme et à sa fille.

Les mots de Timothée de Fombelle disent l’absence, le manque, la tristesse. Ils disent aussi, comme toujours, les espoirs et la vitalité propres à l’enfance, les petits bonheurs imprévus, le grand pouvoir de l’imagination. Et on comprend peu à peu ce qui anime cette petite fille très émouvante, entourée de sa mère, ouvrière, d’un instituteur revenu de la guerre amputé et du grand Edgar qui « n’écoute rien » en classe. Comme toujours avec cet auteur, le texte est très beau, entremêlé aux illustrations si justes d’Isabelle Arsenault. Et c’est tout ce monde d’un autre siècle qui surgit, par petites touches délicates.

Pour découvrir tout ça, vous n’avez plus qu’à aller feuilleter le début de ce livre ici et si ça vous dit, j’ai enregistré ces premières pages ( ainsi que ma présentation ) pour que vous puissiez suivre en même temps :

Et parce que Timothée de Fombelle est aussi agréable à écouter qu’à lire, voici sa courte présentation à lui de son histoire. (C’est bien sous-titré !)

En 2018, il en parlait aussi ici, à François Busnel, dans son émission la Grande Librairie. Il y était question de vérité, d’amour, du pouvoir de la lecture, des mots et de l’imagination, toujours au coeur de ce qu’écrit Timothée de Fombelle, livre après livre.

Les petits bonheurs

A bientôt !

Dans la forêt

Dans ce grand album, les illustrations emplissent la page de droite et celle de gauche, en miroir, pour dire deux histoires qui se font écho. Deux histoires d’une même forêt et de ses animaux. Deux histoires parce que deux frères s’installent là, chacun de son côté, chacun à sa manière.

Se faire une petite place

Faire de la place

Ils arrivent, au milieu des grands sapins, sur un rivage sauvage. Et les saisons, puis les années passent. L’un choisit de se faire une petite place, l’autre fait de la place. Et cela change le paysage. On tourne les pages, émerveillé par tous les détails de cette histoire, racontée presque sans paroles afin que chacun de nous y déroule son propre récit.

J’ai toujours beaucoup aimé observer les photos et surtout les dessins qui montrent le passage du temps sur des lieux transformés par les hommes, les multiples variations qui font qu’un jour, on ne reconnaît plus le paysage originel. Yukiko Noritake peint magnifiquement ce qu’il advient de cette forêt de grands arbres. Deux frères, deux itinéraires, deux paysages, deux façons d’être au monde. C’est vraiment très beau.

Voici le lien vers la page de la maison d’édition.

Et l’univers de Yukiko Noritake est ici.

Mais qu’est-ce que ça peut bien leur faire !

Plaisir de pouvoir choisir quoi regarder et quand, grâce à la télévision en « replay », comme on dit maintenant.
J’ai donc regardé il y a deux ou trois jours un très beau film / documentaire de Sébastien Lifshitz : Petite fille. Si vous avez accès à Arte ou Arte TV, ce film est disponible jusque fin janvier. Ne laissez pas passer cette occasion car Sasha et sa famille sont inoubliables, grâce à la caméra pleine de délicatesse et de pertinence du cinéaste.

Cette petite fille de sept-huit ans est née garçon mais se sait fille. Seulement, la vie est compliquée pour ces enfants. Sasha a l’amour inconditionnel de ses parents, de ses deux frères et de sa grande soeur. Mais il y a aussi, encore et encore, de la malveillance, de l’intolérance, de l’incompréhension qui mène à la cruauté et au rejet dans notre monde. Des avancées essentielles existent pourtant, portées par des hommes et des femmes comme cette médecin d’un grand hôpital parisien qui accompagne et illumine le chemin de cette famille.

Si vous pouvez regarder Arte, le film entier est ici. Allez regarder cette petite fille qui pleure, qui rit, qui joue et qui danse, petit papillon léger et tellement attachant des dernières images du film. Comment pourrait-on ne pas comprendre ?

Voici un lien vers une bande annonce.
Et au cas où vous ne pourriez pas y accéder, voici juste le son.

Transcription:
“Quand je serai grand, je serai une fille.”
Je lui dis : “Mais non, Sasha, tu seras jamais une fille.”
Et là, Sasha s’est mise à pleurer. C’était vraiment le pleur de… Je venais de foutre toute sa vie en l’air. (1)
… qu’elle est juste pas née dans le bon corps et c’est pas elle qui l’a choisi. Quand je vois à l’école qu’on lui dit: “Non, tu es née en tant que garçon. Tu es pas née en tant que fille, donc tu es un garçon.” Et ça, je comprends pas.
Les larmes aux yeux (2), c’est quand tu penses à l’école ?
Parce que c’est épuisant (3) de devoir aller à l’école et se battre tout le temps. En fait, il y a des enfants qui l’acceptent parfaitement comme ça. J’aimerais bien que les adultes ausssi.
Je vois pas en quoi ça dérange les gens. Qu’est-ce que ça peut leur faire ? (4) Ma gamine (5), elle passe à côté de (6) son enfance. Je trouve ça dégueulasse (7).
C’est pas une question de tolérer. Pour moi, c’est… Sasha, point. (8)
Comme je dis, de toute façon, c’est son combat, mais c’est le mien aussi. Ça sera le combat de ma vie.
Tu n’es pas la seule pour qui c’est comme ça. On en voit d’autres, des enfants, dans cette situation.

Des explications:
1. foutre sa vie en l’air : On n’entend pas bien du tout dans cet extrait, mais c’est ce qui est dit dans le film. Foutre est synonyme de mettre dans un style très familier et donc cette expression signifie : anéantir, détruire. D’ailleurs dans le film, al mère de Sasha parle juste après d’avoir détruit les rêves de sa fille.
2. Avoir les larmes aux yeux: c’est avoir très envie de pleurer. Les larmes montent aux yeux, avant de couler sur les joues.
3. Épuisant : très fatigant
4. Qu’est-ce que ça peut leur faire ? : on emploie cette expression familière quand on ne comprend pas pourquoi il y a des gens qui se permettent de juger quelqu’un d’autre. On se demande pourquoi ils se mêlent de ce qui ne les regardent pas.
5. Ma gamine : ma fille (familier)
6. passer à côté de quelque chose : ne pas vivre pleinement cette expérience
7. dégueulasse : révoltant (très familier)
8. point = un point c’est tout = Il n’y a rien a dire de plus, rien à expliquer de plus.

Sébastien Lifshitz parle ici de son travail sur ce film et de Sasha. C’est profondément humain. En voici des passages, au cas où vous n’y auriez pas accès depuis votre pays :

Transcription:
Petite fille, c’est l’histoire en fait de Sasha, qui est née garçon et qui depuis l’âge de ses trois ans, se vit comme une petite fille, ressent au plus profond d’elle qu’elle est une petite fille. Et j’ai eu cette chance de la rencontrer et de pouvoir la filmer entre ses sept ans et ses huit ans, l’espace d’un an (1), elle et sa famille au quotidien. Et le film donc raconte en fait à la fois sa vie, au jour le jour (2), et aussi les combats que la famille doit mener pour faire comprendre, pour faire accepter autour d’elle qui elle est.

La transidentité, ça n’a rien a voir (3) avec la sexualité, ça n’a rien à voir avec la puberté, ça n’a rien à voir avec l’adolescence comme souvent les gens s’imaginent. C’est quelque chose qui apparaît souvent très tôt, au plus profond d’un individu, qu’il exprime comme il peut et je trouvais important du coup d’essayer de trouver aujourd’hui un enfant qui puisse raconter cette histoire.

J’espère que le film va faire comprendre ce que c’est que l’identité transgenre. Mais au-delà (4) même de la transidentité, je pense que le film parle aussi de la différence, c’est-à-dire, dans le fond, beaucoup de parents ont des enfants qui sont pas forcément dans la norme, qui ont une différence, qui souvent les stigmatise (5) et leur attire parfois beaucoup de problèmes, de la souffrance. Les enfants peuvent être cruels entre eux, mais pas qu’eux (5). Les adultes aussi peuvent être redoutables (6). Et j’espère que le film fera prendre conscience justement de qu’est-ce que c’est… qu’est-ce qui se vit à l’intérieur du corps et de la tête d’un enfant aussi jeune, parce que les enfants ont pleinement conscience de ce qu’ils sont en train de vivre et ils observent tout ce qui se passe autour d’eux, comment on les regarde, si on les juge ou non. Ils sentent tout ça.

Des explications:
1. l’espace d’un an : pendant un an. On peut employer cette expression avec toute sorte de durées : (en) l’espace d’une seconde, (en) l’espace d’un instant, (en) l’espace d’une semaine. Cela attire davantage l’attention sur cette durée que lorsqu’on dit juste : pendant…
2. au jour le jour : jour après jour
3. ça n’a rien à voir (avec… ) : c’est totalement différent (de…)
4. au-delà de… : en plus de…
5. stigmatiser quelqu’un : présenter quelqu’un comme responsable de quelque chose de coupable, de répréhensible.
6. Redoutable : effrayant, à craindre vraiment, donc très méchant.

Connaissez-vous How to be a girl ?
Je suis ce podcast américain depuis 2014, où on grandit avec Marlo Mack et sa fille, née garçon elle aussi.
Si vous aimez l’anglais bien sûr!

Et aussi, ce roman dévoré au début des années 2000, et traduit depuis en français :
« I was born twice: first as a baby girl […] in January of 1960 and then again as a teenage boy […] in August of 1974. My birth certificate lists my name as Calliope Helen Stephanides. My most recent driver’s license records my name simply as Cal. »

Et le très beau film de Lukas Dhont, Girl, comme un écho à ce que vit Sasha, qui elle aussi veut danser.