Mais qu’est-ce que ça peut bien leur faire !

Plaisir de pouvoir choisir quoi regarder et quand, grâce à la télévision en « replay », comme on dit maintenant.
J’ai donc regardé il y a deux ou trois jours un très beau film / documentaire de Sébastien Lifshitz : Petite fille. Si vous avez accès à Arte ou Arte TV, ce film est disponible jusque fin janvier. Ne laissez pas passer cette occasion car Sasha et sa famille sont inoubliables, grâce à la caméra pleine de délicatesse et de pertinence du cinéaste.

Cette petite fille de sept-huit ans est née garçon mais se sait fille. Seulement, la vie est compliquée pour ces enfants. Sasha a l’amour inconditionnel de ses parents, de ses deux frères et de sa grande soeur. Mais il y a aussi, encore et encore, de la malveillance, de l’intolérance, de l’incompréhension qui mène à la cruauté et au rejet dans notre monde. Des avancées essentielles existent pourtant, portées par des hommes et des femmes comme cette médecin d’un grand hôpital parisien qui accompagne et illumine le chemin de cette famille.

Si vous pouvez regarder Arte, le film entier est ici. Allez regarder cette petite fille qui pleure, qui rit, qui joue et qui danse, petit papillon léger et tellement attachant des dernières images du film. Comment pourrait-on ne pas comprendre ?

Voici un lien vers une bande annonce.
Et au cas où vous ne pourriez pas y accéder, voici juste le son.

Transcription:
“Quand je serai grand, je serai une fille.”
Je lui dis : “Mais non, Sasha, tu seras jamais une fille.”
Et là, Sasha s’est mise à pleurer. C’était vraiment le pleur de… Je venais de foutre toute sa vie en l’air. (1)
… qu’elle est juste pas née dans le bon corps et c’est pas elle qui l’a choisi. Quand je vois à l’école qu’on lui dit: “Non, tu es née en tant que garçon. Tu es pas née en tant que fille, donc tu es un garçon.” Et ça, je comprends pas.
Les larmes aux yeux (2), c’est quand tu penses à l’école ?
Parce que c’est épuisant (3) de devoir aller à l’école et se battre tout le temps. En fait, il y a des enfants qui l’acceptent parfaitement comme ça. J’aimerais bien que les adultes ausssi.
Je vois pas en quoi ça dérange les gens. Qu’est-ce que ça peut leur faire ? (4) Ma gamine (5), elle passe à côté de (6) son enfance. Je trouve ça dégueulasse (7).
C’est pas une question de tolérer. Pour moi, c’est… Sasha, point. (8)
Comme je dis, de toute façon, c’est son combat, mais c’est le mien aussi. Ça sera le combat de ma vie.
Tu n’es pas la seule pour qui c’est comme ça. On en voit d’autres, des enfants, dans cette situation.

Des explications:
1. foutre sa vie en l’air : On n’entend pas bien du tout dans cet extrait, mais c’est ce qui est dit dans le film. Foutre est synonyme de mettre dans un style très familier et donc cette expression signifie : anéantir, détruire. D’ailleurs dans le film, al mère de Sasha parle juste après d’avoir détruit les rêves de sa fille.
2. Avoir les larmes aux yeux: c’est avoir très envie de pleurer. Les larmes montent aux yeux, avant de couler sur les joues.
3. Épuisant : très fatigant
4. Qu’est-ce que ça peut leur faire ? : on emploie cette expression familière quand on ne comprend pas pourquoi il y a des gens qui se permettent de juger quelqu’un d’autre. On se demande pourquoi ils se mêlent de ce qui ne les regardent pas.
5. Ma gamine : ma fille (familier)
6. passer à côté de quelque chose : ne pas vivre pleinement cette expérience
7. dégueulasse : révoltant (très familier)
8. point = un point c’est tout = Il n’y a rien a dire de plus, rien à expliquer de plus.

Sébastien Lifshitz parle ici de son travail sur ce film et de Sasha. C’est profondément humain. En voici des passages, au cas où vous n’y auriez pas accès depuis votre pays :

Transcription:
Petite fille, c’est l’histoire en fait de Sasha, qui est née garçon et qui depuis l’âge de ses trois ans, se vit comme une petite fille, ressent au plus profond d’elle qu’elle est une petite fille. Et j’ai eu cette chance de la rencontrer et de pouvoir la filmer entre ses sept ans et ses huit ans, l’espace d’un an (1), elle et sa famille au quotidien. Et le film donc raconte en fait à la fois sa vie, au jour le jour (2), et aussi les combats que la famille doit mener pour faire comprendre, pour faire accepter autour d’elle qui elle est.

La transidentité, ça n’a rien a voir (3) avec la sexualité, ça n’a rien à voir avec la puberté, ça n’a rien à voir avec l’adolescence comme souvent les gens s’imaginent. C’est quelque chose qui apparaît souvent très tôt, au plus profond d’un individu, qu’il exprime comme il peut et je trouvais important du coup d’essayer de trouver aujourd’hui un enfant qui puisse raconter cette histoire.

J’espère que le film va faire comprendre ce que c’est que l’identité transgenre. Mais au-delà (4) même de la transidentité, je pense que le film parle aussi de la différence, c’est-à-dire, dans le fond, beaucoup de parents ont des enfants qui sont pas forcément dans la norme, qui ont une différence, qui souvent les stigmatise (5) et leur attire parfois beaucoup de problèmes, de la souffrance. Les enfants peuvent être cruels entre eux, mais pas qu’eux (5). Les adultes aussi peuvent être redoutables (6). Et j’espère que le film fera prendre conscience justement de qu’est-ce que c’est… qu’est-ce qui se vit à l’intérieur du corps et de la tête d’un enfant aussi jeune, parce que les enfants ont pleinement conscience de ce qu’ils sont en train de vivre et ils observent tout ce qui se passe autour d’eux, comment on les regarde, si on les juge ou non. Ils sentent tout ça.

Des explications:
1. l’espace d’un an : pendant un an. On peut employer cette expression avec toute sorte de durées : (en) l’espace d’une seconde, (en) l’espace d’un instant, (en) l’espace d’une semaine. Cela attire davantage l’attention sur cette durée que lorsqu’on dit juste : pendant…
2. au jour le jour : jour après jour
3. ça n’a rien à voir (avec… ) : c’est totalement différent (de…)
4. au-delà de… : en plus de…
5. stigmatiser quelqu’un : présenter quelqu’un comme responsable de quelque chose de coupable, de répréhensible.
6. Redoutable : effrayant, à craindre vraiment, donc très méchant.

Connaissez-vous How to be a girl ?
Je suis ce podcast américain depuis 2014, où on grandit avec Marlo Mack et sa fille, née garçon elle aussi.
Si vous aimez l’anglais bien sûr!

Et aussi, ce roman dévoré au début des années 2000, et traduit depuis en français :
« I was born twice: first as a baby girl […] in January of 1960 and then again as a teenage boy […] in August of 1974. My birth certificate lists my name as Calliope Helen Stephanides. My most recent driver’s license records my name simply as Cal. »

Et le très beau film de Lukas Dhont, Girl, comme un écho à ce que vit Sasha, qui elle aussi veut danser.

Juste une petite question

Que fait un enfant plein de vivacité que tout intéresse autour de lui ? Il pose des questions toute la journée – dès 6h43 du matin! De très jolies questions, qui nous embarquent dans toutes sortes de directions.

Auprès de qui cherche-t-il des réponses? De ses parents, bien sûr. Et ses parents sont formidables car ils ont réponse à tout. Ils ne sont jamais vraiment pris de court. Sauf…
Sauf soumis à la dernière question, qui les laisse perplexes! Il faut dire que cette question est fondamentale, au moins une fois par jour, dans les familles françaises. Voici une publicité sympathique, pleine du charme d’une vie quotidienne toute simple.
(Et la musique est empruntée au film de François Truffaut, Les quatre cents coups. Alors…)

Cette publicité est à regarder ici. (Version longue)

Transcription
L : Maman. Maman !
M : Oui ?
L : Juste une petite question. Comment ils font, les hippopotames*, pour se gratter ?
P : Ils demandent à un autre hippopotame.
L : D’accord.

L : Au tout début, sur internet, il y avait rien du tout ?
L : Comment on sait qu’on n’est pas tout le temps en train de rêver ?
L : Est-ce que les chauves-souris, elles* trouvent qu’on dort à l’envers (1) ?
L : Les chiffres, ça va jusqu’où ?
M : Ça va jusqu’à l’infini. Ça s’arrête jamais. Un peu comme toi !
L : Pourquoi le premier monsieur (2) qui a applaudi, il* a tapé dans ses mains ?
P : En fait, il s’est dit : « Tiens, qu’est-ce que j’ai au bout de mes bras, hein. »
L : La mer, elle* va où quand elle descend (3) ?
L : Et pourquoi  on met pas des grands parachutes sur les avions ?
P : Même avec un très grand parachute, l’avion serait quand même trop lourd, chéri.

Malheureusement, toutes les questions ne sont pas aussi simples.
L : Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?
P : Qu’est-ce qu’on mange ce soir…

Des explications
1. à l’envers : on pourrait dire aussi la tête en bas
2. le monsieur : on emploie souvent ce terme à la place de « homme ». Par exemple : On va demander au monsieur là-bas. / C’est qui le monsieur à côté de toi, là ? (sur une photo par exemple). Au féminin, il faut utiliser : la dame. Cela donne un côté moins impersonnel que les termes homme / femme.
3. la mer descend : elle se retire lors des marées basses. Elle monte à marée haute.

* Des questions orales :
– On utilise le nom et le pronom qui le remplace dans la même phrase, en commençant par l’un ou l’autre:
Comment ils font, les hippopotames?
Est-ce que les chauves souris, elles… ?
Pourquoi le premier monsieur, il…
La mer, elle va où?
On pourrait dire aussi : Elle va où, la mer ?
Les pronoms sont inutiles mais on fait ça très souvent oralement, dans un style familier.

– On n’est pas obligé d’utiliser « Est-ce que… » ou de faire une inversion sujet-verbe.
C’est le ton de la voix qui change une phrase à la structure affirmative (= sujet en premier puis verbe) en question.

Qu’est-ce qu’on mange ?
Eh oui, ça peut être une vraie question, puisque dans la majorité des familles françaises, on partage au moins un repas par jour – le dîner par exemple – assis autour de la même table, surtout quand on a des enfants. Alors, choix des menus, courses, et préparation (plus ou moins rapide), tout cela fait partie de ce rituel. Et ça revient souvent! Beaucoup s’en sont bien rendu compte pendant le confinement… 😉

Un amour impossible

Me voici à nouveau pour partager avec vous ce très beau film que j’ai vu il y a quelque temps. Certains d’entre vous le connaissent probablement puisqu’il est sorti en 2018. Tout est réussi pour servir cette histoire adaptée du roman de Christine Angot (que je vais lire) sur l’amour impossible entre ses parents.
Virginie Effira est magnifique dans ce rôle d’une femme digne, malmenée parce que issue d’une autre classe sociale que celle de celui qu’elle aime, parce que femme, parce que née à dans une certaine époque. Malmenée, mais ce qu’on retient d’elle, c’est l’image d’une femme qui a la tête haute, qui élève sa fille (désirée et chérie) hors mariage en un temps où cela ne se faisait pas et qui reste debout, quels que soient les obstacles sur son chemin. Les sentiments sont forts mais exprimés avec une grande sobriété et une profonde justesse. L’histoire de Rachel, de Philippe, de Chantal leur fille est bouleversante. C’est l’histoire éternelle et banale d’amours difficiles, pour ne pas dire impossibles, entre une femme et un homme, entre une mère et sa fille, une fille et son père, entre cette jeune fille et elle-même.

La bande annonce est ici. C’est une très belle bande annonce car elle donne exactement l’ambiance du film, avec cette chanson qui va et vient, pour incarner cet amour entre Rachel et Philippe, avec cette belle lumière qui enveloppe une histoire où se mêlent beauté et laideur. Et elle sait ne pas dire tout de ces vies qu’on va suivre sur de longues années. Mais comme d’habitude, les sous-titres automatiques sont ratés ! Donc en voici la transcription.

Transcription :
Ma mère et mon père se sont rencontrés à Châteauroux, dans la cantine qu’elle fréquentait.
– Il y a trois sortes d’amours : l’amour conjugal, c’est celui que tout le monde veut. Ensuite, il y a la passion. Et ensuite, il y a ce que j’appelle la rencontre inévitable.
– Tu veux être une femme ?
– Oui.
– Pourquoi ?
– Parce que je suis à toi.
Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour…
Il était rentré dans sa vie. Elle ne le voyait pas en sortir.
– Je t’aime, Rachel.

– Tu veux te marier ?
– Je sais pas. Et toi ?
– Moi ? Non. Moi, je veux pouvoir faire ce que je veux.
C’est l’histoire d’un amour, éternel et banal*…
– Je sais que tu es enceinte, Rachel, mais ça ne change rien. Tu sais très bien que je ne t’épouserai pas. Je te l’ai toujours dit. Evidemment, si tu avais été riche, ça aurait été différent.
celle où l’on se dit adieu.
– J’aimerais bien que tu reconnaisses Chantal. Je demande pas d’argent, ça m’intéresse pas.
– Votre fils Philippe et moi avons un bébé de six mois.
– Oui, je sais.
– Et je voudrais pouvoir lui donner des nouvelles de sa fille.
– Olé, hop là !

– Tu as pas peur que ça te fasse mal de le revoir ?
– Non, puis c’est pour Chantal. Je voudrais qu’il la reconnaisse.
– Je veux pas reconnaître Chantal. Je me suis marié.

– C’est trop dur, la vie ! C’est trop dur.
– J’élève ma fille seule depuis qu’elle est petite. Quand elle était petite, elle connaissait quasiment pas son père. Il a repris contact avec elle.
– Ça fait longtemps !
– C’est un homme cultivé qui lui apporte beaucoup de choses. Il l’emmène en weekend.
– Tu te rends compte, si j’avais vécu avec lui, tout ce que j’aurais appris !
– On n’est pas une famille ! Deux personnes dans une maison, c’est pas une famille !

– Et nous, tu sais ce que c’est ?
– C’est une passion.
– Non. C’est une rencontre inévitable.
C’est l’histoire d’un amour.

Evidemment, quand le film s’achève, on reste longtemps avec cette chanson dans la tête !
Il ne reste plus qu’à se replonger dans les multiples versions de cet air qui fait partie de ceux que nous avons tous entendus un jour, quelque part, dans une langue ou une autre.
Deux fameuses versions classiques, ici, ou ici, ou reprise par les plus jeunes, comme Zaz ici.
Alors, ça y est, elle vous trotte dans la tête ? 😉

* Question de français :
Je me suis demandé comment écrire: c’est l’histoire d’un amour éternel et banal.
Faut-il accorder avec amour ou avec histoire, et dans ce cas écrire : éternelle et banale ? Je penchais pour cet accord féminin qui me semblait avoir plus de sens. Mais sur tous les sites de paroles, c’est le masculin qui a été choisi.
Je ne sais pas si la version d’origine en espagnol permet de trancher. Peut-être savez-vous ?

Le 03 février: mise à jour.
Merci à Eduardo d’avoir expliqué qu’en espagnol, c’est bien l’amour qui est éternel et banal et de partager avec nous l’interprétation de Luis Miguel.

A bientôt.

Ces chiffres inimaginables

Voici les chiffres officiels présentés par Public Sénat sur leur compte instagram.
C’est direct, sans discours et terriblement glaçant.
Cela se passe en France, au XXIè siècle.
Cela se passe partout dans le monde.
Encore et toujours.

Violences faites aux femmes – les chiffres

Ce n’est pas inéluctable. Ce n’est pas le destin des femmes, dans aucun pays.

Je pense souvent à une de mes petites étudiantes dont je ne sais pas ce qu’elle est devenue et pour qui j’espère que la vie a repris le bon chemin. Elle était arrivée un jour en cours le bras en écharpe et avait fini par nous faire savoir par ses amies qu’elle avait été frappée par son jeune compagnon. Avec ses amies et ma collègue Julie, nous avions essayé de la convaincre que ce n’était pas acceptable, qu’elle était en danger et que des femmes et des hommes dans des associations pouvaient l’aider à partir, parce que ce n’est jamais facile, qu’on ait 19 ans ou ou qu’on en ait 50. Qu’il n’y avait pas de « c’est juste arrivé une ou deux fois », « il s’est excusé et ça va maintenant », « il regrette son geste »,  » on s’aime » qui tiennent. Que ce n’était pas de sa faute à elle et qu’il s’agissait bien de violence, pas d’un simple différend – différend familial comme on l’entend encore. C’était la fin de l’année universitaire, elle a bifurqué vers d’autres études, nous avons perdu le contact. J’espère qu’elle va bien et qu’elle se sent plus forte, épaulée par ce mouvement qui a pris de l’ampleur, enfin.


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En tout cas, si vous suivez l’actualité en France, vous avez donc dû entendre parler du Grenelle des violences conjugales. C’était dans tous les journaux hier, sur toutes les chaînes.

Etrange expression qui s’est vraiment imposée depuis une quinzaine d’années, pour désigner l’organisation d’un grand débat sur un problème majeur de notre société, avec l’idée que des mesures concrètes doivent en découler.
Un Grenelle de l’environnement, un Grenelle des retraites, un Grenelle de la santé, etc.

L’origine de cette expression très à la mode aujourd’hui remonte à mai 1968, lorsque des accords avaient été trouvés entre le Gouvernement et les syndicats sur les salaires et la durée du temps de travail notamment. Ces négociations, au coeur des grandes grèves de mai 68, avaient eu lieu au Ministère du Travail, rue de Grenelle à Paris et sont restés dans notre histoire sous le nom des Accords de Grenelle.

Les mesures du Grenelle des violences conjugales 2019…
Peut mieux faire. Il y a du pain sur la planche !

L’heure des mamans

L’heure des mamans…

Ce n’est pas juste le titre de cet album, mais une expression très courante qui nous plonge  instantanément dans l’atmosphère de l’école maternelle en France : c’est l’heure de la sortie des classes, à 16h30, l’heure où on vient chercher les enfants. Evidemment, en maternelle, les enfants ne rentrent pas tout seuls à la maison car ils sont vraiment petits : ils ont entre trois et six ans.

Mais l’heure des mamans, annoncée ainsi depuis toujours par les maîtresses (et les maîtres aujourd’hui) à la fin de la journée de classe, peut-elle vraiment continuer à s’appeler ainsi ? C’est la question que pose à sa manière le petit héros de ce bel album très coloré, qui fourmille de détails et reflète les changements dans la place des femmes et dans l’organisation et la composition des familles.

Il est bien sympathique, ce petit raton laveur plein de bon sens. Et il est heureux, très entouré et bichonné par tous ses proches qui ont chacun leur jour, et par sa maman bien sûr ! Alors il fait bien de pointer du doigt* cette expression devenue inadaptée mais qui a la vie dure* : les mots qu’on emploie ont leur importance dans les représentations des rôles féminins et masculins que se construisent très tôt les enfants.

Voici un tout petit extrait de ce grand album écrit par Yaël Hassan et très joliment illustré par Sophie Rastégar.


(Mettez en HD et en plein écran pour pouvoir lire le texte.)

J’ai enregistré cet extrait :
L heure des mamans

Quelques détails :
1. se mettre en rang : les enfants se mettent en rang deux par deux en sortant de la classe pour rejoindre dans le calme le portail de l’école. Cela prend du temps, surtout dans les écoles où les parents ne sont plus autorisés à entrer, par crainte de laisser les écoles trop ouvertes à des intrus mal intentionnés. Nous vivons hélas à l’ère des attentats.
2. N’importe quoi ! : on emploie cette exclamation quand on trouve que quelque chose n’a pas de sens, est stupide. (familier) Elle s’est étoffée pour devenir aussi : C’est du grand n’importe quoi !
3. une baby-sitter : on emploie cet anglicisme, prononcé à la française,  pour parler d’une étudiante qui garde des enfants. Si c’est quelqu’un de plus âgé (et dont c’est le métier), on emploie le nom : une nounou.
4. papi : c’est le nom le plus souvent donné aujourd’hui aux grands-pères par leurs petits-enfants. Dans certaines familles, on dit aussi : Grand-père, suivi du prénom ou non: Grand-père Albert, par exemple. Pour les grands-mères, c’est mamie. Dans l’histoire, il y a un des jours de la semaine où on rencontre Mamie Lune, qui est parfois un peu dans la lune, c’est-à-dire un peu distraite !
5. le goûter : à la sortie de l’école, les enfants prennent un goûter : des gâteaux, ou un pain au chocolat, ou un petit pain aux raisins, ou du pain avec du beurre et du chocolat, ou un fruit, etc. C’est en général quelque chose de facile à transporter – d’où tous ces gâteaux en emballages individuels ou ces gourdes de compote qui génèrent aujourd’hui beaucoup d’emballages à jeter.
6. C’est carrément énervant: c’est très agaçant. (Carrément est familier) On peut dire aussi : ça m’énerve! (avec le ton agacé qui va avec, bien sûr.)
7. Pardi ! : Bien sûr ! / Naturellement ! Cette expression, qui vient de « Par Dieu », insiste sur le côté évident de quelque chose.

* pointer du doigt : dénoncer
* avoir la vie dure : cette expression s’emploie pour parler de quelque chose qui résiste, qui a du mal à disparaître. On l’utilise souvent à propos de croyances, de préjugés, dont on a du mal à se débarrasser. C’est le cas de tout ce qui relève du rôle des femmes et des hommes !

Et si la façon dont est organisée l’école maternelle en France vous intéresse, voici ici tous les détails.

Vous pourriez aussi aller écouter la conversation que j’ai eue avec Hanane, une jeune maman qui travaille, sur France Bienvenue, ici et ici.

En tout cas, un album à offrir, à s’offrir, à lire et regarder avec nos petits.

A bientôt !

Comment elle parle, Chantal !

Allez, encore une publicité cette fois-ci, parce qu’elle m’a surprise à la fin. Pas par ce qu’elle montre.
Mais par la façon de parler de Chantal, parce que je n’aurais pas imaginé ce mot-là dans sa bouche à elle !
Je vous laisse faire la connaissance de la dynamique Chantal et de sa grande tribu et on en parle juste après ! 😉

Transcription
– Oh, coucou !
– Bonjour, les chéries ! Super, les petites-filles !
Je m’appelle Chantal. J’ai plein de (1) petits-enfants, dans toute la France. Je ne les vois pas assez souvent et ça, ça me manque (2) énormément. Et pour moi, tout ça va bientôt changer. Et je vais me faire un plaisir (3) d’aller les voir.
– C’est mamie Chantal !
– Oh coucou !
– Bonjour ma […] !
– Comment tu vas, mamie ?
– Super, les petites-filles! Ah bah, très simple. Oui, sans souci.
Je suis ravie de voir mes petites-filles.
J’ai pu revoir tous mes petits-enfants en même temps.

– ça va, Nina ?
– C’est quoi, ça, ma chérie ?
J’avais peur que ce soit un peu relou (4). Mais en fait, c’était très simple.

Quelques détails :
1. plein de : beaucoup de (familier). Ne faites pas la faute qu’on rencontre de plus en plus souvent chez certains Français. Ils écrivent pleins de avec un « s » de pluriel au bout de plein, pour deux raisons je suppose: parce que cette expression indique une grande quantité et aussi parce que lorsque plein est un adjectif, il s’accorde: Les paniers sont pleins de fruits. / Les carafes sont pleines de jus d’orange. Mais ici, quand il signifie beaucoup de, ce n’est pas un adjectif, donc il ne s’accorde jamais.
2. ça, ça me manque : on répète « ça » pour insister. Et attention au verbe manquer: On ne se voit pas souvent. ça me manque. / Elle n’est pas partie en vacances depuis longtemps. ça lui manque. / C’est l’hiver, il n’y a pas de cerises. ça nous manque !
3. se faire un plaisir de faire quelque chose : être très content (souvent par avance ) de faire quelque chose. (Style assez soutenu) Par exemple :
Je me fais un plaisir de te revoir.
Il se fait un plaisir de nous accueillir chez lui.
Nous nous ferons un plaisir de vous faire visiter la région.
Il se fera un plaisir de t’aider.

On peut l’employer aussi pour parler du passé: Ils se sont fait un plaisir de les inviter au restaurant.
4. relou: c’est lourd, en verlan, c’est-à-dire en inversant les sons. (Personnellement, j’ai toujours un peu de mal à comprendre comment lourd, dans lequel il n’y a pas le son « e » devient relou!) Donc c’est très familier.

Quand j’ai vu cette pub, j’ai été surprise par le fait que cette grand-mère emploie ce terme ! Cela ne me semblait pas aller avec le personnage, même si c’est le portrait d’une grand-mère pleine d’allant et qui fait jeune. « Relou » fait partie des termes à la mode plutôt chez les jeunes, dans un style de langue très familier. Ici, comme ce n’est même pas pour produire un effet humoristique, c’est peut-être le signe que « relou », comme certains mots d’argot, a fini par passer dans le langage courant et être adopté par tous ou presque.

Dans une langue étrangère, je trouve que c’est un peu compliqué de savoir qui peut dire quoi, qui peut utiliser de façon naturelle quels mots familiers ou d’argot. Quand je vois des listes, juste des listes, de ces mots ou de ces expressions sur instagram par exemple, je me dis qu’il manque vraiment des explications. Voici quatre exemples:
kiffer : on entend beaucoup ce verbe, ou plutôt, on l’a beaucoup entendu, car j’ai bien l’impression qu’il est en train de passer de mode. Il est synonyme d’aimer en argot. Mais entendre un adulte, ou quelqu’un dans un contexte pas particulièrement décontracté, employer ce verbe fait vraiment bizarre ! Il y a des mots qui vont à certains, qui marchent dans certains contextes mais pas n’importe comment. Ne pas les employer au bon moment produit l’effet d’une fausse note.

faire gaffe : ici, pas de problème d’âge pour l’utiliser mais on ne peut pas employer cette expression dans n’importe quelle situation car elle est vraiment familière. Je ne l’utiliserai jamais avec mes étudiants par exemple, à qui je dirai : Faites attention, alors que je l’emploie dans d’autres contextes sans problème.

être à la bourre : c’est être en retard. J’en avais déjà parlé à propos d’un de mes étudiants qui m’avait demandé de l’excuser d’être à la bourre. On ne peut pas dire ça à tout le monde.

filer quelque chose, dans le sens de donner, est de l’argot, donc familier : on peut dire File-moi ton numéro de téléphone à ses copains mais pas à quelqu’un avec qui on a des relations professionnelles par exemple.

Ce qui ne simplifie pas la tâche non plus, c’est que certains mots familiers ou d’argot se démodent ! Ils reviendront peut-être un jour. Il y a des cycles. Bref, il y a toujours du travail pour qui veut parler une autre langue !