Un amour impossible

Me voici à nouveau pour partager avec vous ce très beau film que j’ai vu il y a quelque temps. Certains d’entre vous le connaissent probablement puisqu’il est sorti en 2018. Tout est réussi pour servir cette histoire adaptée du roman de Christine Angot (que je vais lire) sur l’amour impossible entre ses parents.
Virginie Effira est magnifique dans ce rôle d’une femme digne, malmenée parce que issue d’une autre classe sociale que celle de celui qu’elle aime, parce que femme, parce que née à dans une certaine époque. Malmenée, mais ce qu’on retient d’elle, c’est l’image d’une femme qui a la tête haute, qui élève sa fille (désirée et chérie) hors mariage en un temps où cela ne se faisait pas et qui reste debout, quels que soient les obstacles sur son chemin. Les sentiments sont forts mais exprimés avec une grande sobriété et une profonde justesse. L’histoire de Rachel, de Philippe, de Chantal leur fille est bouleversante. C’est l’histoire éternelle et banale d’amours difficiles, pour ne pas dire impossibles, entre une femme et un homme, entre une mère et sa fille, une fille et son père, entre cette jeune fille et elle-même.

La bande annonce est ici. C’est une très belle bande annonce car elle donne exactement l’ambiance du film, avec cette chanson qui va et vient, pour incarner cet amour entre Rachel et Philippe, avec cette belle lumière qui enveloppe une histoire où se mêlent beauté et laideur. Et elle sait ne pas dire tout de ces vies qu’on va suivre sur de longues années. Mais comme d’habitude, les sous-titres automatiques sont ratés ! Donc en voici la transcription.

Transcription :
Ma mère et mon père se sont rencontrés à Châteauroux, dans la cantine qu’elle fréquentait.
– Il y a trois sortes d’amours : l’amour conjugal, c’est celui que tout le monde veut. Ensuite, il y a la passion. Et ensuite, il y a ce que j’appelle la rencontre inévitable.
– Tu veux être une femme ?
– Oui.
– Pourquoi ?
– Parce que je suis à toi.
Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour…
Il était rentré dans sa vie. Elle ne le voyait pas en sortir.
– Je t’aime, Rachel.

– Tu veux te marier ?
– Je sais pas. Et toi ?
– Moi ? Non. Moi, je veux pouvoir faire ce que je veux.
C’est l’histoire d’un amour, éternel et banal*…
– Je sais que tu es enceinte, Rachel, mais ça ne change rien. Tu sais très bien que je ne t’épouserai pas. Je te l’ai toujours dit. Evidemment, si tu avais été riche, ça aurait été différent.
celle où l’on se dit adieu.
– J’aimerais bien que tu reconnaisses Chantal. Je demande pas d’argent, ça m’intéresse pas.
– Votre fils Philippe et moi avons un bébé de six mois.
– Oui, je sais.
– Et je voudrais pouvoir lui donner des nouvelles de sa fille.
– Olé, hop là !

– Tu as pas peur que ça te fasse mal de le revoir ?
– Non, puis c’est pour Chantal. Je voudrais qu’il la reconnaisse.
– Je veux pas reconnaître Chantal. Je me suis marié.

– C’est trop dur, la vie ! C’est trop dur.
– J’élève ma fille seule depuis qu’elle est petite. Quand elle était petite, elle connaissait quasiment pas son père. Il a repris contact avec elle.
– Ça fait longtemps !
– C’est un homme cultivé qui lui apporte beaucoup de choses. Il l’emmène en weekend.
– Tu te rends compte, si j’avais vécu avec lui, tout ce que j’aurais appris !
– On n’est pas une famille ! Deux personnes dans une maison, c’est pas une famille !

– Et nous, tu sais ce que c’est ?
– C’est une passion.
– Non. C’est une rencontre inévitable.
C’est l’histoire d’un amour.

Evidemment, quand le film s’achève, on reste longtemps avec cette chanson dans la tête !
Il ne reste plus qu’à se replonger dans les multiples versions de cet air qui fait partie de ceux que nous avons tous entendus un jour, quelque part, dans une langue ou une autre.
Deux fameuses versions classiques, ici, ou ici, ou reprise par les plus jeunes, comme Zaz ici.
Alors, ça y est, elle vous trotte dans la tête ? 😉

* Question de français :
Je me suis demandé comment écrire: c’est l’histoire d’un amour éternel et banal.
Faut-il accorder avec amour ou avec histoire, et dans ce cas écrire : éternelle et banale ? Je penchais pour cet accord féminin qui me semblait avoir plus de sens. Mais sur tous les sites de paroles, c’est le masculin qui a été choisi.
Je ne sais pas si la version d’origine en espagnol permet de trancher. Peut-être savez-vous ?

Le 03 février: mise à jour.
Merci à Eduardo d’avoir expliqué qu’en espagnol, c’est bien l’amour qui est éternel et banal et de partager avec nous l’interprétation de Luis Miguel.

A bientôt.

Ces chiffres inimaginables

Voici les chiffres officiels présentés par Public Sénat sur leur compte instagram.
C’est direct, sans discours et terriblement glaçant.
Cela se passe en France, au XXIè siècle.
Cela se passe partout dans le monde.
Encore et toujours.

Violences faites aux femmes – les chiffres

Ce n’est pas inéluctable. Ce n’est pas le destin des femmes, dans aucun pays.

Je pense souvent à une de mes petites étudiantes dont je ne sais pas ce qu’elle est devenue et pour qui j’espère que la vie a repris le bon chemin. Elle était arrivée un jour en cours le bras en écharpe et avait fini par nous faire savoir par ses amies qu’elle avait été frappée par son jeune compagnon. Avec ses amies et ma collègue Julie, nous avions essayé de la convaincre que ce n’était pas acceptable, qu’elle était en danger et que des femmes et des hommes dans des associations pouvaient l’aider à partir, parce que ce n’est jamais facile, qu’on ait 19 ans ou ou qu’on en ait 50. Qu’il n’y avait pas de « c’est juste arrivé une ou deux fois », « il s’est excusé et ça va maintenant », « il regrette son geste »,  » on s’aime » qui tiennent. Que ce n’était pas de sa faute à elle et qu’il s’agissait bien de violence, pas d’un simple différend – différend familial comme on l’entend encore. C’était la fin de l’année universitaire, elle a bifurqué vers d’autres études, nous avons perdu le contact. J’espère qu’elle va bien et qu’elle se sent plus forte, épaulée par ce mouvement qui a pris de l’ampleur, enfin.


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En tout cas, si vous suivez l’actualité en France, vous avez donc dû entendre parler du Grenelle des violences conjugales. C’était dans tous les journaux hier, sur toutes les chaînes.

Etrange expression qui s’est vraiment imposée depuis une quinzaine d’années, pour désigner l’organisation d’un grand débat sur un problème majeur de notre société, avec l’idée que des mesures concrètes doivent en découler.
Un Grenelle de l’environnement, un Grenelle des retraites, un Grenelle de la santé, etc.

L’origine de cette expression très à la mode aujourd’hui remonte à mai 1968, lorsque des accords avaient été trouvés entre le Gouvernement et les syndicats sur les salaires et la durée du temps de travail notamment. Ces négociations, au coeur des grandes grèves de mai 68, avaient eu lieu au Ministère du Travail, rue de Grenelle à Paris et sont restés dans notre histoire sous le nom des Accords de Grenelle.

Les mesures du Grenelle des violences conjugales 2019…
Peut mieux faire. Il y a du pain sur la planche !

L’heure des mamans

L’heure des mamans…

Ce n’est pas juste le titre de cet album, mais une expression très courante qui nous plonge  instantanément dans l’atmosphère de l’école maternelle en France : c’est l’heure de la sortie des classes, à 16h30, l’heure où on vient chercher les enfants. Evidemment, en maternelle, les enfants ne rentrent pas tout seuls à la maison car ils sont vraiment petits : ils ont entre trois et six ans.

Mais l’heure des mamans, annoncée ainsi depuis toujours par les maîtresses (et les maîtres aujourd’hui) à la fin de la journée de classe, peut-elle vraiment continuer à s’appeler ainsi ? C’est la question que pose à sa manière le petit héros de ce bel album très coloré, qui fourmille de détails et reflète les changements dans la place des femmes et dans l’organisation et la composition des familles.

Il est bien sympathique, ce petit raton laveur plein de bon sens. Et il est heureux, très entouré et bichonné par tous ses proches qui ont chacun leur jour, et par sa maman bien sûr ! Alors il fait bien de pointer du doigt* cette expression devenue inadaptée mais qui a la vie dure* : les mots qu’on emploie ont leur importance dans les représentations des rôles féminins et masculins que se construisent très tôt les enfants.

Voici un tout petit extrait de ce grand album écrit par Yaël Hassan et très joliment illustré par Sophie Rastégar.


(Mettez en HD et en plein écran pour pouvoir lire le texte.)

J’ai enregistré cet extrait :
L heure des mamans

Quelques détails :
1. se mettre en rang : les enfants se mettent en rang deux par deux en sortant de la classe pour rejoindre dans le calme le portail de l’école. Cela prend du temps, surtout dans les écoles où les parents ne sont plus autorisés à entrer, par crainte de laisser les écoles trop ouvertes à des intrus mal intentionnés. Nous vivons hélas à l’ère des attentats.
2. N’importe quoi ! : on emploie cette exclamation quand on trouve que quelque chose n’a pas de sens, est stupide. (familier) Elle s’est étoffée pour devenir aussi : C’est du grand n’importe quoi !
3. une baby-sitter : on emploie cet anglicisme, prononcé à la française,  pour parler d’une étudiante qui garde des enfants. Si c’est quelqu’un de plus âgé (et dont c’est le métier), on emploie le nom : une nounou.
4. papi : c’est le nom le plus souvent donné aujourd’hui aux grands-pères par leurs petits-enfants. Dans certaines familles, on dit aussi : Grand-père, suivi du prénom ou non: Grand-père Albert, par exemple. Pour les grands-mères, c’est mamie. Dans l’histoire, il y a un des jours de la semaine où on rencontre Mamie Lune, qui est parfois un peu dans la lune, c’est-à-dire un peu distraite !
5. le goûter : à la sortie de l’école, les enfants prennent un goûter : des gâteaux, ou un pain au chocolat, ou un petit pain aux raisins, ou du pain avec du beurre et du chocolat, ou un fruit, etc. C’est en général quelque chose de facile à transporter – d’où tous ces gâteaux en emballages individuels ou ces gourdes de compote qui génèrent aujourd’hui beaucoup d’emballages à jeter.
6. C’est carrément énervant: c’est très agaçant. (Carrément est familier) On peut dire aussi : ça m’énerve! (avec le ton agacé qui va avec, bien sûr.)
7. Pardi ! : Bien sûr ! / Naturellement ! Cette expression, qui vient de « Par Dieu », insiste sur le côté évident de quelque chose.

* pointer du doigt : dénoncer
* avoir la vie dure : cette expression s’emploie pour parler de quelque chose qui résiste, qui a du mal à disparaître. On l’utilise souvent à propos de croyances, de préjugés, dont on a du mal à se débarrasser. C’est le cas de tout ce qui relève du rôle des femmes et des hommes !

Et si la façon dont est organisée l’école maternelle en France vous intéresse, voici ici tous les détails.

Vous pourriez aussi aller écouter la conversation que j’ai eue avec Hanane, une jeune maman qui travaille, sur France Bienvenue, ici et ici.

En tout cas, un album à offrir, à s’offrir, à lire et regarder avec nos petits.

A bientôt !