Grands-parents pour la vie

Quand les parents divorcent, ce sont de grands changements qui interviennent dans la vie des enfants ou des ados. Pas toujours facile à gérer et à vivre, surtout quand le couple règle ses conflits par enfants interposés. Et que se passe-t-il du côté des grands-parents ? Quelle place ont-ils dans tout ça ?

C’est ce que racontent Thomas et Eve, enfants de divorcés.

Transcription:
– Alors moi, mon père ne parlait plus avec son père.
Ah ! Bon !
– Donc… Donc déjà là, j’avais plus trop de lien pa[…] paternel vers mon grand-père, sauf que ma mère, elle, a toujours voulu que j’ai un lien avec mon grand-père paternel. Donc c’est elle qui m’emmenait voir mon grand-père, mais vu que mon grand-père parlait plus avec tous ses enfants, à chaque fois, bah…. voilà, il me demandait comment ça se passait et tout ça, quoi.
Ça… ça te donne envie peut-être de créer toi-même ta propre famille ? Tu… Tu t’imagines ? Tu te projettes dans l’avenir et tu te dis: « Moi, j’aimerais, voilà, avoir une famille qui ressemble à ci ou à ça » ?
– Moi, je… Moi qui ai eu (1) des parents séparés, j’aimerais pas avoir mes enfants qui aient leurs parents séparés, quoi. Je voudrais… Je voudrais pas qu’ils vivent la même chose que moi en fait.
Eve ?
– Bah moi, mes grands-parents ont été tous très sympas et super compréhensifs. Mes grands-parents du côté maternel ont toujours respecté mon père, ont toujours eu de bons rapports avec lui, ont jamais balancé sur lui (2), ont toujours été gentils avec lui, et vice-versa pour les parents de mon père… m’ont toujours demandé des nouvelles de… de maman, comment elle allait, sans jamais rien dire.
Et vous étiez contente d’aller les rencontrer ?
– Et j’étais contente d’aller les voir (3) sachant qu’il y avait aucune… aucun parti-pris (4), pardon, que ça soit les oncles, les tantes, personne n’a pris parti (5), ce qui est assez… même très agréable.

– Ce sont des éléments de permanence, au fond, c’est-à-dire, c’est ça qui est très rassurant dans les grands-parents, c’est qu’ils sont toujours déjà là, d’une certaine façon. Ils sont toujours là comme ressource. Et alors que on a cette idée quand il y a une séparation, une recomposition (6), qu’on est un peu au temps zéro, c’est-à-dire c’est comme si on recommençait une nouvelle vie, on recommençait quelque chose qui est très déstabilisant pour un… pour un enfant encore une fois, il faut bien le dire, et que au moins, les grands-parents, ils sont inscrits dans cette histoire depuis l’éternité.

Quelques détails:
1. moi qui ai eu…: l’accord du verbe se fait à la première personne du singulier, comme si on disait « Je ». Certains Français se trompent, notamment avec le verbe être. Il faut dire: Moi qui suis…, et non pas comme on entend parfois: Moi qui est… C’est la même chose aux autres personnes: Nous qui sommes / Nous qui avons / Vous qui êtes / Vous qui avez
2. balancer sur quelqu’un: dire du mal de quelqu’un, le critiquer. (familier)
3. aller voir quelqu’un: c’est la façon normale de dire qu’on rend visite à quelqu’un. Mais on emploie très peu « rendre visite » en français. De même, « aller les rencontrer » qui est employé juste avant n’est pas très naturel. C’est pour ça qu’Eve, dans sa réponse, utilise l’expression la plus habituelle. (et d’un niveau de langue normal, ni familier, ni recherché)
4. du parti-pris: c’est le fait de se mettre dans le camp de quelqu’un mais de façon pas très objective.
5. prendre parti pour quelqu’un: soutenir cette personne et montrer qu’on approuve ses actes ou ses pensées.
6. une recomposition: c’est le fait que les gens divorcet,  se remarient et ont d’autres enfants, au sein de familles qu’on qualifie de recomposées.

Coup de coeur

La télévision réserve encore parfois des surprises. Bizarre comme on peut tomber par hasard sur un vrai petit bonheur. Je regarde peu la télé. Je ne me souvenais même pas d’avoir entendu parler de ce film à sa sortie (dans trop peu de salles, avec trop peu de publicité). Juste un prénom pour titre: Stella.
D’autres choses à faire ce soir-là. Et pourtant, je me suis assise et je n’ai plus quitté Stella !

Fin des années 70. Stella a 11 ans, elle entre en sixième dans un établissement parisien qui n’est pas dans son quartier. Elle a un père Chti, une mère qui fait tourner le café familial, une chambre d’où on entend le juke-box et les habitués du bar. Elle n’est pas vraiment à sa place dans son collège de filles à papa. Elle est fragile. Elle est forte. Tout ça à la fois.
Il n’y a rien de trop dans ce beau film, juste de la grâce, la justesse des regards, des silences et des mots.
Stella est comme nous.
Stella n’est comme personne.

Transcription:
Bien. Classe de 6è5 (1). Quand j’appelle vos noms, vous vous mettez devant. Vous vous mettez en rang par deux.

Il paraît que ce lycée (2), c’est une chance. Je me suis installée à côté de la fille de La Petite Maison dans la Prairie (3). Peut-être que si je me mets tout le temps à côté d’elle, je deviendrai aussi belle, aussi sage, aussi propre qu’elle.

– C’est du vrai ?
– Ouais.
– C’est du quoi ?
– Du lapin.
– C’est dégueulasse (4) !

– Mais arrête !
– Eh! Eh ! Vous deux, non mais oh, ça va pas ou quoi (5)!
– Eh, c’est quoi ton oeil, là ? Ça commence bien pour un premier jour d’école ! Bravo ! Que je me retrouve pas (6) tous les deux jours chez la dirlo (7), hein !

(Ne fais pas sur un coup de tête…
tanguer le bateau…) (8)

– Papa, je peux dormir chez Gladys vendredi soir ?
– Elle a dit quoi, ta mère ?
– « Demande à ton père. »
– Fais chier ! (9)

– Déjà été amoureuse ?
– Ça va pas ! (5)
– Mais c’est pas une honte !
– Je sais, mais non.

– Zéro (10) ! Et vous êtes fière de vous ?
– C’est toi qui vois, ma cocotte (11) ! Moi, je vais pas me battre pour que tu bosses (12) à l’école. Je te le dis, hein ! Pour faire serveuse, on n’a pas besoin d’école.

Il y a un truc dont je m’aperçois de plus en plus. C’est que j’ai pas les connaissances qu’il faut. Je suis pourtant incollable (13) sur le championnat de foot, le Ballon d’or et tout. Incollable sur la variété (14), les paroles des chansons, incollable sur les cocktails, le flipper (15), incollable sur les gens fiables, pas fiables. Pour le reste, je suis nulle (16).

– Mademoiselle Vlaminck, vous pouvez me répéter ce que je viens de dire ?

– Donc je prendrai malgré tout une sanction. Je pense m’orienter vers la sanction d’un avertissement, un avertissement écrit, madame.
– Elle mériterait une bonne tarte (17) dans sa gueule (18) !

Quelques détails:
1. la sixième: c’est la première classe après l’école primaire (au collège)
2. le lycée: normalement, le lycée va de la seconde à la terminale. Avant, on est au collège. Mais jusque dans les années 80, le lycée allait de la sixième à la terminale. Certains grands lycées parisiens ont gardé cette structure ou en tout cas le nom.
3. La petite maison dans la prairie: c’est la série américaine que plein d’enfants et d’ados ont regardée aussi en France.
4. dégueulasse = dégoûtant, répugnant. (très familier)
5. Non mais oh ! ça va pas ou quoi ! = Mais vous êtes complètement fous / folles ! On dit ça pour marquer sa désapprobation. (familier). Parfois, on rajoute: Ça va pas la tête !
6. Que je ne retrouve pas… : C’est un ordre et comme une menace. Cela signifie: « Fais en sorte que je ne sois pas convoquée à ton école. » / Débrouille-toi pour que je ne sois pas convoquée. »
7. la dirlo: abréviation de directrice. (On le dit aussi au masculin pour le directeur: le dirlo.(familier)
8. C’est une chanson de Sheila, chanteuse française très populaire à partir des années 60.
9. Fait chier ! = Elle m’énerve / ça m’énerve. (vulgaire)
10. Zéro: le travail scolaire des élèves français est en général noté de 0 à 20.
11. ma cocotte: normalement, c’est un petit surnom affectueux. Mais pas trop ici !
12. bosser = travailler (familier)
13. être incollable sur un sujet: c’est tout savoir sur ce sujet. On ne peut pas vous coller, c’est-à-dire vous poser une question à laquelle vous ne savez pas répondre. On ne peut pas vous poser une colle. (familier)
14. la variété: l’ensemble des chansons qui ne sont pas classées dans d’autres catégories comme le rock, le reggae, le rap, etc…
15. les cocktails, le flipper: c’est parce que ses parents tiennent un café.
16. être nul(le): ne pas être bon du tout dans un domaine. Ne rien savoir faire.
17. une tarte = une gifle (argot). Et une bonne tarte, c’est une vraie gifle !
18. dans sa gueule: sur sa figure. (argot, vulgaire)

Et pour écouter la chanson de Stella, c’est ici. 
On reste à écouter même quand le film est fini et que le générique défile.

Voici les paroles de cette chanson murmurée:
J’ai ma vie qui va comme elle va.
J’ai mon coeur qui s’endort quelquefois.
J’ai la vie qui part contre moi.
J’ai mon coeur, ton coeur pour moi.

J’ai 11 ans. Je suis grande. Je m’appelle Stella.
Je vais vite, vite.
Je ne veux pas en rester là.
Soi-disant je suis grande
Heureusement que tu es là.
Je vais loin, loin. Je suis loin.
Je n’ai pas peur.

J’ai la tête qui va comme elle va.
J’ai les yeux qui brillent quelquefois
J’ai la tête qui tourne avec toi.
J’ai mes yeux, tes yeux pour moi.

Ce film repasse sur Arte le 10 et le 19 octobre. Si vous avez accès à cette chaîne.
Il existe aussi en DVD.
Si vous avez l’occasion…