Père au foyer (1)

A la naissance d’un enfant, beaucoup de choses changent, pour les mères comme pour les pères. Alors, quand on devient papa, on a droit à un congé de naissance de 3 jours et également à un congé de paternité de 11 jours. Mais la grande nouveauté de ces dernières années, c’est que les pères comme les mères peuvent prendre un congé parental d’éducation: il est accordé jusqu’aux 3 ans de l’enfant. On peut donc rester à la maison un, deux ou trois ans pour élever son enfant, sans être payé.

Et « on » maintenant, ce n’est plus nécessairement la mère. On voit donc un certain nombre de jeunes papas qui décident de rester auprès de leurs enfants en bas-âge, pendant que les mamans vont au travail.
Mathieu racontait l’autre jour sa vie de père au foyer et ce qui avait motivé ce choix.
(à suivre)


Transcription:
– Régulièrement, j’appelle des copines (1) pour savoir si elles veulent aller au parc, et ce matin, la copine avec qui je devais aller au parc, son fils est malade. Donc… donc je suis tout seul.
– C’est rigolo (2), l’expression « des copines », c’est que vous êtes le seul, quoi.
– Ouais, ouais.
(à sa fille) Tu vas pas trop vite, hein.
– Je suis souvent le seul garçon, donc souvent, je vois bien que elles ont un regard un petit peu amusé, un petit peu… Et puis en fait, assez vite, je me fonds assez vite dans la masse (3), hein, puisque… puisque je vois bien, des fois, hein, je prends… je prends partie à des conversations qui sont pas du tout des conversations de garçon, genre (4) sur l’accouchement ou… Maintenant, j’ai l’impression que ça vient très naturellement. Ou l’allaitement, des choses où  je participe à des conversations qui sont pas… où je pense que plein de garçons seraient très mal à l’aise. Alors ça, c’est l’endroit où on fait les bulles.
(à sa fille) Tu veux faire des bulles ? D’ailleurs, j’ai remarqué, quand… quand il y a des garçons, ils sont contents de voir un autre papa avec un enfant et ils viennent assez fa[…]… (5) enfin, ils me regardent, on a des ch[…]…  des échanges de sourires, alors que avec des femmes, ça se fait pas (6) parce que moi, quand je souris… J’ai remarqué plusieurs fois, quand je souriais à des femmes, elles étaient capables de changer de banc !
(à sa fille) Ah ! Elle a pété (7), celle-là ! Tu as soufflé trop, trop fort.
– Elle est pétée.
– Elle a pété, la bulle.
– Oui.
– On rentre, on va manger.

– Donc ça fait bientôt trois ans que vous êtes père au foyer (8).
– Ça fait bientôt trois ans, oui. C’est… Elle avait trois mois quand je me suis arrêté. Du coup, on a… on a trouvé que c’était très bien comme ça, qu’on arrivait à… à survivre, entre guillemets (9), financièrement. Et financièrement, pour avoir une bonne nourrice (10), par rapport à mon salaire, il y avait pas une très grande différence.
– Ça veut dire que en gros (11), votre salaire aurait payé la nourrice, quoi.
– En gros, c’est ça. Parce qu’en plus, comme j’étais vendeur, je finissais jamais avant… on va dire 19 heures grand minimum, enfin minimum. Souvent, c’était 20 heures, 20h30, voire 22h30. Et il aurait fallu prendre une babysitter en plus le soir, ma compagne (12) finissant aussi assez tard. Et donc du coup, la nourrice plus (13) une babysitter une heure ou deux par jour, je crois qu’on n’y gagnait rien.

Je manque un peu de vie sociale du coup. Après, j’ai… j’ai envie de dire d’indépendance financière, parce que j’ose moins dépenser, étant donné que (14) c’est pas moi qui rapporte le plus d’argent, loin de là puisque je rapporte rien ! Mais du coup, on… on culpabilise un peu.
(à sa fille) Qu’est-ce que tu vois ?
– Il y a une mouche.
– Il y a une mouche ?
– Oui.
– Ah bon.
– Ah ! On la voit plus.
– Elle est partie ?
– Oui.

Quelques explications:
1. des copines: des amies (familier)
2. rigolo: amusant (familier). C’est comme « marrant », qui est familier aussi.
3. se fondre dans la masse: ne pas être différent au milieu des autres et passer inaperçu.
4. genre: comme par exemple (familier)
5. assez fa… : il allait dire « assez facilement ».
6. ça se fait pas = ça ne se fait pas: ce n’est pas dans la norme.
7. péter: ici = éclater.
8. père au foyer: un père qui ne travaille pas, pour s’occuper de ses enfants. D’habitude, on parle de « mère au foyer » ou de « femme au foyer », à cause de la répartition traditionnelle des rôles dans la famille. Mais les choses changent !
9. entre guillemets: on utilise cette expression quand on veut nuancer et atténuer un terme qu’on vient d’utiliser. Ici, évidemment, le mot « survivre » n’est pas utilisé dans son sens fort. Donc Mathieu éprouve le besoin de l’atténuer.
10. une nourrice: aujourd’hui, c’est une femme qui garde des enfants à son domicile. Familièrement, on dit aussi « une nounou ». Le terme officiel, c’est « une assistante maternelle. »
11. en gros: pour résumer, sans entrer dans les détails.
12. ma compagne: ils ne sont pas mariés. Donc c’est le terme qu’on emploie souvent à la place de « ma femme », plutôt réservé aux couples mariés officiellement. En France, beaucoup de couples ne se marient pas.
13. une nourrice plus une babysitter: il additionne les deux. Donc dans ce cas, on prononce « plus » avec un « s » qu’on entend à la fin. C’est différent de la négation « ne… plus » où on ne prononce pas le « s ».
14. étant donné que: comme, puisque

Alexandre, sa mère, son frère, son père et son beau-père

Beaucoup de couples se défont et se séparent. Pas facile à vivre sans doute pour les adultes qui prennent ces décisions. Mais pas simple non plus pour les enfants.

C’est ce qu’on devine en écoutant Alexandre, qui raconte sa nouvelle vie avec ses mots d’enfants.
Entre Paris et Avignon, entre un vrai papa qui lui manque et un beau-père qui s’occupe de lui dans la vie quotidienne.


Une petite conversation touchante entendue l’autre jour à la radio.
Transcription:
– Bonjour, je m’appelle Alexandre. J’ai 6 ans. Ma maman, elle s’appelle Claire. Mon beau-père, il s’appelle Pierre. Aurélien, c’est mon petit frère, alors, il a un an et demi, environ deux ans. Et j’ai mon vrai papa qui s’appelle Jean-Paul et il habite à Avignon.
– Il habite à Avignon. C’est ça ?
– Oui, c’est ça.
– Est-ce que Aurélien, tu dis que c’est ton petit frère ou est-ce que tu dis que c’est ton demi-frère ?
– Je dis que c’est mon petit frère.
– C’est pas un demi ?
– Non, c’est pas un demi-frère. C’est un petit frère.
– Et Pierre, est-ce que tu le considères un peu comme ton papa? Est-ce que ton beau-père, c’est un peu comme ton papa ?
– Non, je trouve pas du tout…[…] du tout (1). Je trouve qu’ils ont de grosses différences. Un (2), mon beau-père, il est plus jeune. Deux, je vois plus mon beau-père parce que moi, j’habite à Paris. Mon papa, il habite Avignon. Et il faut prendre le train. Ça, par contre, c’est dur, parce que des fois je vois mon beau-père. Après, ça change tout de suite et je vois mon vrai papa. Et ça… ça m’embrouille partout. (3)
– Qu’est-ce que tu aimes bien chez ton beau-père ?
Ce que j’aime bien, c’est qu’il me fait des g[…], qu’ il me fait des des glissades, il me fait jouer à l’ordinateur. Et il me fait même des guilis (4). Il me lance en l’air et tout ça. J’aimerais bien vivre que avec (5) mon papa et ma maman.
– Et ton petit frère ?
– Et mon petit frère, oui.
– Est-ce que toi, tu es heureux dans ta famille ?
– Oui. Mais par contre, quand je pense à mon papa, il y a quelque chose que je sais pas et qui se cache. (6)
– Il y a quelque chose qui se cache.
– Hm. Je sais pas ce que c’est.
– Là, tu vas me les présenter?
– Qui?
– Ta mère, ton beau-père, ton petit frère.

– Alors, voici ma maman qui s’appelle Claire. Ensuite là, Pierre.
– Le beau-père.
– Le petit bonhomme (7), là, c’est Aurélien. Et pour vous, Pierre, comment vous l’appelez, Alexandre? C’est votre beau-fils ?
– Devant autrui (8)… pour officialiser. Mais c’est rare.
– Par contre, Alexandre, il t’a donné un nom, parce qu’il avait besoin d’avoir un nom tendre, gentil, pas de l’appeler Pierre. Pas… Il voulait pouvoir appeler papa mais il veut pas l’appeler papa. Donc il fallait trouver un mot gentil. C’était au retour de… d’un voyage chez son papa…
– C’est Baba, et ça veut dire papa en russe… en turc.
– Ça veut dire papa en turc ?
– Oui.
– On s’aime bien tous les deux.
– Euh oui. Beaucoup. Mais par contre, il me gronde (9). C’est ce qui m’énerve.(10)
– C’est ça qui montre que je t’aime.
– Ah bah ça y est, on t’entend ! C’est Aurélien.
– Merci Alex. On fait un bisou (11) ?

Quelques détails:
1. pas du tout… : on ne comprend pas bien ce qu’il dit exactement parce qu’il s’embrouille un peu dans les mots.
2. Un… Deux… : il est très logique, ce petit garçon !
3. ça m’embrouille partout: ce n’est pas très correct de dire ça comme ça. Mais on comprend bien qu’il veut dire que ce n’est pas très facile de s’y retrouver dans cette situation.
4. faire des guilis: c’est le mot familier et enfantin pour dire qu’on chatouille quelqu’un.
5. vivre que avec… : seulement avec (familier)
6. quelque chose qui se cache: je ne sais pas ce qu’il veut dire exactement en utilisant ce verbe, un peu bizarre ici. Mais on sent qu’il y a une certaine tristesse.
7. un petit bonhomme: c’est une expression affectueuse pour parler d’un petit garçon.
8. autrui: les autres (style plus assez soutenu)
9. gronder un enfant: disputer un enfant quand il fait une bêtise.
10. c’est ce qui m’énerve = c’est ce que je n’aime pas du tout.
11. un bisou: une bise, un baiser (familier et gentil) C’est un mot enfantin et qu’on utilise avec les enfants. Faire un bisou = embrasser – faire une bise