Vocation d’actrice. Souvenirs, souvenirs…

– Je veux être actrice.
– Actrice ? Pas question ! Ce n’est pas un métier, ça ! Et puis de toute façon, passe ton Bac d’abord !

Chez Marina Foïs, ça a dû ressembler à ça quand elle a annoncé à 16 ans que c’était ça ou rien, et tout de suite. De quoi donner des sueurs froides à ses parents qui n’avaient pas vu les choses tout à fait sous cet angle. Pas simple d’élever des enfants ! Surtout une fille comme Marina, une fille avec du caractère, comme on dit. Elle a fait du chemin depuis. Mais elle parle de ses 16 ans comme si c’était hier, avec son franc-parler habituel !


Transcription:
Moi, j’avais mon baby-sitter de quand j’avais 5 ans… (C’est… c’est grâce à lui que je voulais être actrice et tout), qui m’avait dit : « Quand tu auras 16 ans, je te ferai monter sur scène. » Et en fait, et je vous jure que c’est la vérité, je vous le jure, même si ça paraît tellement cucul (1) et con (2), une semaine avant mes 16 ans, il a eu ma mère. Il a dit « On monte L’Ecole des Femmes (3) et je voudrais auditionner Marina pour le rôle d’Agnès. » Et ma mère a répondu non. Donc… Enfin mes parents ont répondu non.
Donc je suis devenue dingue (4). Mais je crois que j’ai jamais été en colère comme ça de ma vie ! Et j’ai cessé de regarder mes parents. Mais vraiment je pouvais plus, quoi ! Je pouvais plus parce que… ils étaient pas cohérents. Je pouvais pas comprendre parce qu’ils m’avaient toujours autorisé l’idée de devenir actrice. Et quand il a été question que je devienne actrice, c’était plus possible ! Donc je comprenais pas, avec l’intransigeance de mes 16 ans.
Donc j’ai fait en sorte qu’une semaine après, ils cèdent. Mon père, il est revenu du boulot, je m’en souviens, il tournait comme un lion en cage. Il me disait, parce qu’il avait un accent italien très fort, il disait : « Je te donne ta majorité (5). Ne me parle plus jamais de ton théâtre. Prends tes décisions toute seule. Demande-moi du fric (6), je te donnerai du fric. Je ne te ferai pas crever (7). Mais prends tes décisions. » Et moi, j’avais 16 ans, je me… je me la suis pétée (8). J’ai enten(du)… J’ai écouté leur laïus (9) jusqu’à la fin. J’ai dit : « Très bien, je vais rappeler le metteur en scène. » Je suis montée dans ma chambre et j’ai pleuré pendant une heure, parce que évidemment, j’étais terrorisée, quoi !
Mais en même temps, avec le recul, je comprends évidemment que il était question… Nous, on habitait à Pa(ris)… en banlieue parisienne. Laisser partir sa fille à 16 ans vivre à Toulouse avec un couple de deux mecs (10), de 30 ans, avec tout ce qu’on peut imaginer que c’est la vie de deux trentenaires à Toulouse, parce que c’était le cartel de Medellin de la drogue là-bas, hein ! Mes parents, ils le savaient pas mais ils sont pas complèment cons ! Moi j’ai goûté à tout, et tout, machin (11)…
Donc effectivement, ça doit être effrayant. Mais ils ont eu raison de me faire confiance. J’ai eu mon Bac (12), je me suis engagée à avoir mon Bac, j’ai fait mon Bac par correspondance, j’ai fait tout comme il fallait. J’ai respecté le… les engagements. Mais bon voilà, après, après, les choses sont rentrées dans l’ordre. Ils sont venus me voir jouer, et ils ont été très contents, et voilà.

Quelque détails :
1. cucul : niais, un peu ridicule (familier)
2. con : idiot (très familier)
3. L’Ecole des Femmes : pièce de Molière dans laquelle le rôle d’Agnès est tenu par une très jeune actrice. Grand classique pour les actrices de théâtre débutantes.
4. dingue : fou / folle (familier)
5. la majorité : on l’obtient à l’âge de 18 ans. On est alors responsable de ses actes et on devient un citoyen à part entière.  Les parents peuvent décider de la donner avant, à partir de l’âge de 16 ans.  C’est ce qu’on appelle l’émancipation, accordée par un juge.
6. le fric : l’argent (familier)
7. crever : mourir (familier)
8. se la péter : faire le fier, se montrer prétentieux
9. un laïus : un discours qui donne des leçons. (familier)
10. un mec : un homme (familier)
11. et machin : on peut dire ça quand on ne veut pas donner plus de détails pour montrer que ce n’est pas tout. (familier)
12. Le bac : le baccalauréat, qu’on passe à la fin des études secondaires et qui permet d’entrer à l’université par exemple.

Maman fait la cuisine, papa lit le journal

C’est en déchiffrant ce genre de phrase que les petits Français (et les petites Françaises !) ont pendant longtemps appris à lire. Les manuels de lecture reflètaient bien la réalité des familles. Reflètaient…? Au passé ? Tout a donc changé ?
Pas sûr, d’après les résultats d’une enquête très sérieuse sur le partage des tâches domestiques ! Maman fait toujours la cuisine, papa lit peut-être moins le journal, mais c’est juste parce qu’il regarde la télé ou allume son ordinateur.

C’est ce que David Pujadas, le présentateur du journal télévisé de France 2 ( Le 20 heures ), expliquait l’autre jour, chiffres à l’appui. Le débat revient régulièrement en France car aujourd’hui, la majorité des Françaises ont un emploi, comme les hommes, et ne sont donc plus des femmes au foyer… Mais les journées ne font toujours que 24 heures !

Petit reportage sur le terrain et à travers le temps.

Pour le regarder, c’est là.

Transcription :
David Pujadas : D’abord donc, un chiffre. Regardez-le : 80 % – quatre-vingts pour cent – des tâches ménagères (la cuisine, la vaisselle, vider la machine, repasser le linge et tout le reste) sont toujours exécutées par les femmes. En clair, les années passent et rien ne bouge vraiment. C’est ce qu’indique donc ce rapport de l’INED (1) qui a interrogé des milliers de couples à quelques années d’intervalle. Un rapport qui indique aussi que l’arrivée d’un enfant accentue encore le déséquilibre. Antoine G., Hervé P.

Alors comme ça, il paraît que les hommes ne s’occupent pas des tâches domestiques ? Eh bien, nous sommes allés vérifier. Dans la rue, une table à repasser, un fer, une chemise propre mais froissée et quelques cobayes. Démonstration :
– On appuie, je ne sais trop où.(2) Voilà. Un peu d’air.
– Allez, faut y aller après, Alexandre !
– Et après ?
– Allez !
– Allez, une note sur 10, madame ?
– Oh, un six, six sur dix. Ouais non, c’est quand même pas terrible, terrible !(3)

– Vous n’avez pas l’habitude, vous Monsieur, de repasser les chemises ?
– Non, non. J’ai jamais repassé.
– Vas-y.
– Moi je veux bien l’aider. Je veux bien repasser. Je veux… Mais elle me laisse jamais. Elle me dit : « C’est mon… C’est mon domaine. »
– Ah ! C’est de sa faute alors, si vous repassez pas.
– Voilà.
– Non, c’est pas sa faute. C’est chacun…

Pas vraiment convaincant. Heureusement quand même que certains sauvent l’honneur :
Je repasse chaque pan de la chemise devant, en commençant par… par un côté. Et ensuite, je vais faire le… le col.

« Tes mains, je ne veux plus les voir du matin jusqu’au soir éplucher les légumes. »
On le chantait déjà en 1952. Et pourtant, côté partage des tâches, ça n’a pas beaucoup évolué.
Mais ça c’est fini.
Madame Dupont (4) consacre au moins 65 heures par mois au nettoyage de son appartement.
Encore aujourd’hui, la femme s’occupe du repassage dans 80% des couples, des repas dans 70%, et elle passe l’aspirateur dans plus de la moitié.

– La femme en fait plus que l’homme, hein. Ça a toujours été depuis la nuit des temps, je pense, hein. Faut pas… Faut pas se mentir, hein.
– C’est des choses qui les intéressent pas forcément. Donc du coup, derrière, il y a une petite éducation à faire.

En cause, justement, les stéréotypes qui persistent dans l’éducation des plus jeunes.
– Regarde celle-là.
– C’est une maman.
– Parce que elle a un…un tablier.
– Là, c’est un papa parce qu’il regarde le journal.

Dès le départ, garçons et filles seraient conditionnés. Et mauvaise nouvelle, le déséquilibre s’accentue à l’âge adulte avec l’arrivée des enfants.

Les tâches domestiques sont déjà mal partagées entre les hommes et les femmes. Quand arrive un enfant, la spécialisation s’accroît et donc la femme en fait encore plus, l’homme un petit peu moins. Et ça va…ça… ça gonfle, comme ça, je dirais, avec l’âge des enfants et le nombre des enfants.

Allez, on termine quand même sur un peu d’espoir. Au moins aujourd’hui, on n’entend plus ceci au journal télévisé. « Perfectionner le métier de mère de famille, n’est-ce pas créer un peu plus de bonheur pour chacun ? »
David Pujadas : Heureusement !

Quelques détails :
1. l’INED : l’Institut National des Etudes Démographiques
2. je ne sais trop où : il fait une liaison qui tue ! Il n’y a pas de « s » à la fin de trop. C’est une erreur assez fréquente!
3. C’est pas terrible : ce n’est pas vraiment bien. Le résultat n’est pas terrible, c’est-à-dire pas vraiment satisfaisant.
4. Mme Dupont (ou Dupond) : c’est un des noms de famille les plus communs en France. Donc cette femme est censée représenter la Française typique. Elle aurait pu s’appeler aussi Mme Durand !