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A quoi bon ?

C’est dans l’air du temps : ne pas polluer, respecter la planète.
Alors, publicitaires et entreprises adaptent leur messages et adoptent ce discours, pour continuer à vendre.
Ils jouent la carte de la sécurité de leurs produits, qu’on espère effectivement plus « propres », moins nocifs pour notre environnement et nous-mêmes.

Parce que sinon, c’est sûr, A quoi bon?
Cette expression signifie toujours qu’on se demande à quoi ça sert.

A quoi cela sert-il de nettoyer sa maison de fond en comble si les produits qu’on nous vend pour ça sont dangereux pour l’air, l’eau, la terre ? Il paraît que l’intérieur de nos maisons est très pollué. Tant mieux si cela change !

Dans d’autres contextes, cette expression, qui pose toujours la question de l’utilité et du sens de nos actions, apparaît dans la bouche de ceux qui se disent et nous disent qu’on ne pourra rien changer : les défaitistes. Les à-quoi-bonistes ou aquoibonistes.
Elle exprime le découragement, un sentiment d’impuissance.
Elle est souvent un alibi pour ne rien tenter. Dire A quoi bon, c’est avoir renoncé, pour toutes sortes de raisons.
C’est baisser les bras.

Dans d’autres situations, elle peut aussi exprimer la position de ceux qui ne veulent pas créer davantage de problèmes:
A quoi bon remuer toutes ces vieilles histoires de famille ?
– A quoi bon revenir là-dessus ? Nous ne serons jamais d’accord.

Et ces derniers jours, ce terme, aquoibonisme, est revenu en force dans les médias français, à propos des femmes qui se sont longtemps dit :
A quoi bon porter plainte contre le harcèlement masculin, contre les viols, contre les violences conjugales ? A quoi bon ?
Adèle Haenel, l’actrice qu’on a vue dans Portrait de la jeune fille en feu, magnifique Héloïse, a cessé, il y a quelques jours, de se dire : A quoi bon ?

Allez, sur une note plus légère, j’espère en tout cas que vous ne vous direz jamais :
A quoi bon continuer à apprendre le français ! C’est trop difficile. C’est trop long. Je n’y arriverai jamais.
L’ampleur de la tâche peut parfois sembler trop grande, c’est certain, mais on avance tous les jours quand on apprend une autre langue, tranquillement, patiemment, et c’est passionnant !

A bientôt

L’heure des mamans

L’heure des mamans…

Ce n’est pas juste le titre de cet album, mais une expression très courante qui nous plonge  instantanément dans l’atmosphère de l’école maternelle en France : c’est l’heure de la sortie des classes, à 16h30, l’heure où on vient chercher les enfants. Evidemment, en maternelle, les enfants ne rentrent pas tout seuls à la maison car ils sont vraiment petits : ils ont entre trois et six ans.

Mais l’heure des mamans, annoncée ainsi depuis toujours par les maîtresses (et les maîtres aujourd’hui) à la fin de la journée de classe, peut-elle vraiment continuer à s’appeler ainsi ? C’est la question que pose à sa manière le petit héros de ce bel album très coloré, qui fourmille de détails et reflète les changements dans la place des femmes et dans l’organisation et la composition des familles.

Il est bien sympathique, ce petit raton laveur plein de bon sens. Et il est heureux, très entouré et bichonné par tous ses proches qui ont chacun leur jour, et par sa maman bien sûr ! Alors il fait bien de pointer du doigt* cette expression devenue inadaptée mais qui a la vie dure* : les mots qu’on emploie ont leur importance dans les représentations des rôles féminins et masculins que se construisent très tôt les enfants.

Voici un tout petit extrait de ce grand album écrit par Yaël Hassan et très joliment illustré par Sophie Rastégar.


(Mettez en HD et en plein écran pour pouvoir lire le texte.)

J’ai enregistré cet extrait :
L heure des mamans

Quelques détails :
1. se mettre en rang : les enfants se mettent en rang deux par deux en sortant de la classe pour rejoindre dans le calme le portail de l’école. Cela prend du temps, surtout dans les écoles où les parents ne sont plus autorisés à entrer, par crainte de laisser les écoles trop ouvertes à des intrus mal intentionnés. Nous vivons hélas à l’ère des attentats.
2. N’importe quoi ! : on emploie cette exclamation quand on trouve que quelque chose n’a pas de sens, est stupide. (familier) Elle s’est étoffée pour devenir aussi : C’est du grand n’importe quoi !
3. une baby-sitter : on emploie cet anglicisme, prononcé à la française,  pour parler d’une étudiante qui garde des enfants. Si c’est quelqu’un de plus âgé (et dont c’est le métier), on emploie le nom : une nounou.
4. papi : c’est le nom le plus souvent donné aujourd’hui aux grands-pères par leurs petits-enfants. Dans certaines familles, on dit aussi : Grand-père, suivi du prénom ou non: Grand-père Albert, par exemple. Pour les grands-mères, c’est mamie. Dans l’histoire, il y a un des jours de la semaine où on rencontre Mamie Lune, qui est parfois un peu dans la lune, c’est-à-dire un peu distraite !
5. le goûter : à la sortie de l’école, les enfants prennent un goûter : des gâteaux, ou un pain au chocolat, ou un petit pain aux raisins, ou du pain avec du beurre et du chocolat, ou un fruit, etc. C’est en général quelque chose de facile à transporter – d’où tous ces gâteaux en emballages individuels ou ces gourdes de compote qui génèrent aujourd’hui beaucoup d’emballages à jeter.
6. C’est carrément énervant: c’est très agaçant. (Carrément est familier) On peut dire aussi : ça m’énerve! (avec le ton agacé qui va avec, bien sûr.)
7. Pardi ! : Bien sûr ! / Naturellement ! Cette expression, qui vient de « Par Dieu », insiste sur le côté évident de quelque chose.

* pointer du doigt : dénoncer
* avoir la vie dure : cette expression s’emploie pour parler de quelque chose qui résiste, qui a du mal à disparaître. On l’utilise souvent à propos de croyances, de préjugés, dont on a du mal à se débarrasser. C’est le cas de tout ce qui relève du rôle des femmes et des hommes !

Et si la façon dont est organisée l’école maternelle en France vous intéresse, voici ici tous les détails.

Vous pourriez aussi aller écouter la conversation que j’ai eue avec Hanane, une jeune maman qui travaille, sur France Bienvenue, ici et ici.

En tout cas, un album à offrir, à s’offrir, à lire et regarder avec nos petits.

A bientôt !

De beaux portraits de jeunes femmes

J’avais aimé Tomboy. Céline Sciamma sait faire des portraits qu’on oublie pas. Elle a aussi collaboré à la naissance de Courgette, dans Ma vie de Courgette, ce si beau film d’animation. Portraits d’enfants, d’adolescents.
Cette fois-ci, ce sont les portraits de trois jeunes femmes – et de la mère de l’une d’elle – à la fin du 18è siècle. Certaines sont enfermées, prisonnières de la condition qu’on faisait aux femmes, d’autres ont des libertés qu’on n’imagine pas forcément quand on pense à cette période de notre histoire. Toutes sont passionnées. C’est un film sur les amours impossibles, les libertés entravées, l’art et la création. Les images sont de toute beauté, véritables tableaux. La façon de filmer les visages, les gestes, les émotions, les lieux est magnifique. On est transporté par le cinéma de Céline Sciamma et sa manière de nous raconter des histoires éternelles. Quel plaisir !

La bande annonce est à regarder ici.

Transcription
– L’homme intéressé par ma fille est milanais.Nous partirons là-bas si le portrait lui plaît.
– Vous partirez.
– Il faut que vous sachiez une chose. Elle a épuisé déjà un peintre avant vous. Elle a refusé de poser. Il n’a jamais vu son visage.
– Pourquoi refuse-t-elle d’être peinte?
– Parce qu’elle refuse ce mariage. Vous allez devoir la peindre sans qu’elle le sache. Elle pense que vous êtes une compagne de promenade pour quelques jours.
– Elle pense que je suis là pour la surveiller.
– Et vous, vous la regardez. Vous vous sentez capable de faire le tableau de cette manière ?
– Je suis venue pour vous peindre.
– C’était donc ça, vos regards.
– Quel en est le titre ?
– Portrait de la jeune fille en feu.

Voilà. Les sous-titres automatiques sont loin d’être parfaits. Une transcription s’imposait donc.
A bientôt ! Je suis toujours là, même si c’est de loin en loin. Sinon, vous pouvez toujours aller faire un tour sur France Bienvenue, que nous remettons à flot avec la nouvelle équipe d’étudiants. Travail régulier, qui m’a l’air bien parti cette année !

Connaissez-vous cette jeune fille ?


J’ai découvert en juin un film d’animation à nul autre pareil et il faut que je vous en parle ! La jeune fille sans mains est une adaptation d’un conte de Grimm. Comme tous les contes, on peut y lire énormément de choses sur la nature humaine, les rapports familiaux, la place des femmes et leurs relations avec les hommes. L’histoire elle-même a la puissance des contes, où se côtoient cruauté, violence, peur, cupidité, amour, débrouillardise, sincérité, pureté. Il y a un Diable qui est vraiment… diabolique bien sûr.

Mais surtout, l’animation est incroyable. C’est comme si les dessins se faisaient sous nos yeux, avec des couleurs et des traits qui s’animent, sans jamais être figés ni finis. Cela donne une plongée dans une aventure toujours mouvante, qui décrit parfaitement la fuite de la jeune fille, son parcours vers la liberté et le choix qu’elle devient capable de faire de sa vie. On a peur avec elle, on est heureux avec elle, on palpite avec elle.

Si vous avez accès à Arte TV, vous pouvez regarder ce film ici jusqu’au 9 septembre. Dépêchez-vous !

Bref, une histoire qui nous emporte, dans un ailleurs qui parle à nos sentiments humains et nous fascine par la façon dont elle a été créée par Sébastien Laudenbach. Parce que ça aussi, c’est incroyable !

Voici une très belle interview de Sébastien Laudenbach, où il explique la genèse de ce film et sa façon de travailler, dessin par dessin. Tout y est passionnant, sur la couleur, l’animation, les voix des comédiens choisis, la façon dont les enfants et les adultes reçoivent les contes. J’en ai choisi – avec difficulté !- quelques passages.
C’est à regarder ici, dans la dernière vidéo tout en bas de la page.

La jeune fille sans nom – interview – extraits

Transcription de deux extraits:
(à partir de 3’55)
– Et puis…Bah et alors, je m’étais dit : «  Bon, il faut que tu te préserves parce que vraisemblablement, ce film peut-être va pas se faire »… enfin bon, je redoutais (1), donc je me suis dit : « Ne mets pas tes tripes (2) sur la table », parce que sinon, tu vas beaucoup souffrir si le film ne se fait pas. Donc quand le film a été arrêté, je n’ai pas beaucoup souffert mais j’y repensais quand même régulièrement…
– Il ne vous quittait pas, il voulait pas vous quitter.
– Voilà, il y avait quelque chose d’assez… d’assez profond. Il faut dire que (3) ce conte m’avait particulièrement touché aussi, dans toutes ses versions. Et alors, en fait, moi, j’ai continué à faire des courts-métrages (4) et puis j’ai continué à mener une sorte de recherche théorique et esthétique parallèlement à ça. Et en 2012, je fais, à l’initiative (5) d’un de mes anciens élèves et d’un producteur à Toulouse, une expérience assez singulière où j’arrive à produire un film de douze minutes en dix jours, d’animation, en mettant en place, issue de ces recherches théoriques, une écriture particulière, pas forcément nouvelle mais où… avec une direction assez affirmée. Bon, c’est un film très étrange, hein, qui a pas du tout marché (6) en festivals, mais qui est très intéressant et qui est en fait une sorte de prémices (7) à ce que va devenir La Jeune fille Sans Nom, mais à cette époque-là, je ne le sais pas encore.
– C’est ça.
– Et la même année, ma …
– Quel est le substrat qui va tout à coup émerger dans cette expérience, disons, un peu secrète ?
– Alors, qu’est-ce qui émerge ? En fait, il y a une direction assez importante, c’est de me dire : « je peux faire un film fini à partir de dessins qui sont tous pas finis. » Partant de l’idée que le cinéma, c’est une succession d’images fixes et que c’est le cerveau qui va donner le mouvement là où il y en a pas, le cerveau reconstitue, par l’intermédiaire du mouvement, des formes qui n’existent pas en fait. – Alors, ça, c’est quand même génial ! (8)
– C’est quand même génial, mais c’est quand même effectivement… la genèse, là, elle est là.
– Voilà. C’est une genèse en terme d’écriture, de production et en termes techniques aussi enfin, parce que c’est très concret.
– Et d’un appel à une certaine liberté.
– Oui, parce que, résultat (9), donc quelques mois après, ma femme, qui est cinéaste (10), passe le concours de la Villa Médicis (11) et donc m’annonce que nous allons partir pendant un an…
– En résidence.
– En résidence. Alors c’est elle qui part en résidence et moi, je la suis avec les enfants et tout ça, mais résultat, j’ai une plage de temps incroyable, que je n’ai jamais eue.
– Et un confort, disons, matériel relatif… Voilà, c’est pas la peine de ramener l’argent à la maison. On est à la maison, qui n’est pas une vilaine maison d’ailleurs, la Villa Médicis !
– Exactement. Donc c’était un moment extraordinaire, exceptionnel et sans doute unique et que je ne revivrai sans doute (12) jamais. Et donc je me suis dit : «  Bah voilà, mon gars, c’est le moment. Ressors la jeune fille et… » Mais alors, j’avais plus les droits d’Olivier Py, j’avais pas de producteur, et j’avais un an et il fallait que je fasse toute l’animation en un an. Quand on sait que…
– Ah oui, c’était un grand pari.
– Voilà, donc il fallait que je fasse quinze secondes d’animation par jour.
– Alors qu’en général, c’est…
– C’est trois.
– Oui, c’est ça.
– Voilà.
– Oui, c’est énorme.
– Quelque chose comme ça, oui, à peu près (13). Enfin ça dépend de la complexité de l’animation et du style graphique, mais…
– C’est un pari fou,tout ça, au départ, c’est un pari fou.
– Oui, mais je l’ai pas vécu comme ça. Je l’a vécu comme un désir. Je l’ai vécu en fait… En fait, résultat, c’est là où j’ai mis mes tripes sur la table !
– Voilà.
– Et je me suis jeté complètement…
– C’est maintenant ou jamais.
– Exactement. Et j’avais une vraie nécessité. Je me sentais comme un sprinter, voyez, j’étais vraiment sur les starting blocks. Et on était à peine arrivés en Italie que je me suis mis à dessiner comme un fou. Et résultat, j’ai pas utilisé le scénario, j’ai pas utilisé la pièce d’Oivier Py, j’ai pas utilisé les recherches graphiques, j’ai pas utilisé le story board et j’ai improvisé le film du premier plan jusqu’au dernier. Et donc c’est un film écrit avec des dessins, ce qui est très singulier (14), et c’est vrai qu’il y a pas d’autres longs métrages d’animation, je crois, à ma connaissance (15), qui aient été faits comme ça.
– Non mais c’est ce qui donne cette vie. Chaque dessin, même s’il est inachevé, appelle l’autre et donc le mouvement se crée, et voilà, et on le suit.
– Résultat, ça met le geste, en fait mon geste finalement au coeur du processus d’écriture visuelle et cinématographique, j’étais pris dans le film, j’étais pris dans son rythme, donc je… j’avais juste deux plans d’avance dans la tête. Quand je faisais un plan, je me disais : «  Bon, après je vais faire ça, puis après, voilà, c’était un peu comme aux échecs, voyez, puis après, on verra, quoi. » Et en même temps évidemment, tout le travail, toute cette année a nourri et donc moi, je portais cette histoire, j’étais la jeune fille, j’étais le prince, j’étais le meunier (16), j’étais le Diable, j’étais un peu tout le monde. Et d’ailleurs, ce qui est assez curieux (17), c’est que finalement, on m’a coupé les mains au bout de sept ans en me disant : «  Tu vas pas t’occuper de cet enfant que tu as commencé à faire grandir » et il a fallu, comme la jeune fille, que je m’isole, il a fallu, comme la jeune fille, que je fasse avec mes propres moyens et il a fallu, comme la jeune fille, que je fasse pousser mon propre jardin qui, de fait, n’appartient qu’à moi.

(à partir de 14’57) Et pour rebondir (18) sur ce que vous disiez tout à l’heure (19) sur la couleur des personnages, moi, ce qui m’intéresse dans l’animation, on en parlait tout à l’heure, c’est que, bon, il y a pas de visages, il y a pas la puissance des visages, il y a pas la puissance du corps humain, mais on est obligé de passer donc par des chemins de traverse (20). Et moi, l’animation m’intéresse à partir du moment où elle parle de choses profondément humaines – et les contes parlent de la psyché et de choses profondément humaines qu’on traverse tous, en prenant justement des chemins de traverse. Et j’aime bien parler du corps – j’ai fait beaucoup de courts-métrages qui mettent le corps au centre – j’aime bien parler du corps avec l’animation justement parce qu’il y a pas de corps. Et la couleur, pour moi, fait partie de ça, c’est-à-dire que la couleur, c’est un moyen de transmettre des sensations et que je suis… que je n’ai pas une approche, en tout cas pour ce film, je n’ai pas une approche de la couleur descriptive (21). Mes arbres n’ont pas un tronc brun avec un feuillage vert. C’est des arbres qui véhiculent de la sensation.
– Oui, et qui sont très, très importants.
– Oui. Oui, oui. J’aime beaucoup dessiner les arbres. C’est très agréable à dessiner. Et… Non mais en fait, je me suis fait plaisir (22), hein, sur le film. Le film est guidé par un désir extrêmement fort…

Des explications :
1. redouter quelque chose : avoir peur de quelque chose par anticipation
2. les tripes : normalement, ce sont les viscères, l’intérieur du ventre. Donc l’expression (familière) « mettre ses tripes sur la table » signifie qu’on expose ses sentiments, sa sensibilité.
3. Il faut dire que = c’est important de dire que…
4. un court-métrage : un film court, par opposition aux films qui font 1h30 ou plus, qui sont donc des longs-métrages.
5. À l’initiative de : cela veut dire que c’est son élève qui a lancé l’idée, qui a pris l’initiative de travailler sur ce film. C’est lui qui est à l’origine de ce projet.
6. Ne pas marcher : être un échec, ne pas avoir de succès
7. les prémices de quelque chose : un prélude à quelque chose, des signes qui annoncent quelque chose
8. génial : super, merveilleux
9. résultat : employé seul de cette manière, ce mot indique la conséquence de quelque chose.
Par exemple : Il n’a pas assez plu. Résultat, le jardin est très sec. On entend aussi très souvent: Résultat des courses, …, qui est plus familier.
10. un(e) cinéaste : quelqu’un qui fait des films
11. la Villa Médicis : c’est une institution artistique française installée dans la Villa Medicis à Rome, qui accueille des artistes en résidence pour des périodes allant de 6 à 18 mois. Le site est ici.
12. sans doute : probablement
13. à peu près : environ
14. singulier : original, jamais vu ou fait avant
15. à ma connaissance : d’après ce que je sais
16. un meunier : un homme qui fait fonctionner un moulin. (Dans ce conte, le père de la jeune fille est meunier.)
17. c’est curieux = c’est bizarre, surprenant
18. rebondir sur quelque chose (qui a été dit) : en reparler et aller plus loin
19. tout à l’heure = précédemment. Cette expression, selon le contexte, peut renvoyer à un passé très proche ou à un futur proche, mais toujours dans une même journée. C’est le temps du verbe qui indique le sens.
Par exemple : Je l’ai vu tout à l’heure = il n’y a pas longtemps aujourd’hui. / Je le vois tout à l’heure = un peu plus tard dans la journée.
20. Des chemins de traverse : des chemins qui ne sont pas directs, qui ne sont pas les chemins principaux
21. descriptive : cet adjectif porte sur le nom « approche », pas sur « couleur ». On peut dire aussi : Je n’ai pas une approche descriptive de la couleur, ce qui enlève toute ambiguïté.
22. Je me suis fait plaisir : j’ai vraiment fait ce qui était important pour moi.

La bande annonce, qui est ici, ne rend pas justice à cette histoire. Centrée sur une partie de ce conte, elle est trop réductrice, alors que le film est d’une très grande richesse. Donc il faut absolument que vous voyiez le film en entier, en vous laissant emporter par les couleurs, les mouvements et les voix !

Et ici, vous trouverez un dossier complet et des outils d’analyse de ce film.

A bientôt!

La beauté, depuis toujours

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, Michel Ocelot dessine. Comme tous les enfants d’abord à qui on donne de la couleur et du papier, et aujourd’hui, à sa manière singulière, dans ses films d’animation qui touchent autant les enfants que les adultes.
Son dernier film, Dilili à Paris, a été récompensé par un César cette année.
Voici un petit extrait qui conclut une belle interview par de belles idées.

La beauté depuis toujours

Transcription

– Quand est-ce que vous avez commencé à dessiner, vous ? Vous vous souvenez ? Vous dites « j’ai toujours dessiné » mais…
– Oh, bah, je sais pas. Il faudrait demander aux parents qui ont des tout petits enfants à quel âge on saisit un crayon et on gribouille (1) sur le mur. Et à partir de ce moment-là, j’ai pas arrêté. Bon allez, on va dire je travaille à mon métier depuis l’âge de un an et demi.
– Mais quel art est-ce que c’est pour vous, Michel Ocelot, le dessin ?
– C’est un des arts, c’est… c’est… Pour moi, c’est celui que je pratique le mieux, mais c’est un des arts et… Mais c’est aussi la… l’humanité, une trace de l’humanité, très importante. Elle a existé dès les temps préhistoriques. Mais il y a eu des chefs-d’oeuvre (2) tout de suite. Et…
– Je vous pose la question parce que j’ai l’impression que votre film, c’est un hommage à cela, justement, aux beaux-arts, à la musique, à la littérature, au théâtre, à l’architecture, au Beau, en réalité.
– Oui, mais c’est aussi un hommage aux techniques, à Santos-Dumont qui a fait toutes sortes de machines extraordinaires et aux techniciens, aux médecins. Non, c’est à tout le monde. Mais évidemment, j’ai une petite fixation (3) sur la beauté. Est-ce grave, docteur ? (4)
– Diriez-vous que le beau et le bien sont indissociablement liés, Michel ?
– Pour moi, ça se ressemble. Et quand j’essaye de faire un film beau (5), c’est… Il faut qu’il soit beau physiquement et moralement.
– C’est-à-dire qu’il peut dénoncer par exemple l’obscurantisme et la barbarie ?
– Oui, oui, nous le dénonçons.
– Par ce film. Précisément.
– Oui, c’est le sujet. C’est le sujet du film, de dénoncer des choses qu’on ne doit pas faire, qu’on fait dans le monde entier. Quand on… Il faut se renseigner, les chiffres sont effrayants. Et il y a de… Et si vous vous renseignez sur la maltraitance des femmes, vous perdez le sommeil (6). Et c’est révoltant et il ne faut pas faire comme si on ne savait pas. Et j’essaie aussi de… donc d’en parler. Et je voudrais aussi qu’on en parle après le film.
– Merci, Michel Ocelot, d’être venu faire un tour dans cette émission. Je rappelle que Dilili à Paris sort demain, que c’est un émerveillement de tous les instants (7). Allez-y en famille.

Des explications
1. gribouiller : faire des traits, des lettres, ou des dessins maladroitement. Par exemple : Il a gribouillé son nom sur un bout de papier. Quand c’est mal dessiné ou mal écrit, on dit que ce sont des gribouillis ou des gribouillages. Par exemple : Qu’est-ce que c’est que ce gribouillis ? Applique-toi quand tu écris !
2. Un chef-d’oeuvre : une œuvre magnifique, qui touche à la perfection. Deux problèmes avec ce mot composé : la prononciation – on ne prononce pas le F – et le pluriel – c’est chef qui prend le S du pluriel. On peut employer ce mot aussi de façon plus ordinaire, par exemple quand on est content de quelque chose qu’on a fabriqué. En le montrant à quelqu’un, on dit, avec un peu d’auto-dérision et de fierté en même temps : Et voilà le chef-d’oeuvre !
3. Avoir (ou faire) une fixation sur quelque chose : être obsédé par quelque chose
4. Est-ce grave, docteur ? : en fait, on se sert de cette phrase hors du contexte habituel de la médecine et pas en s’adressant à un médecin, plutôt avec humour, pour se faire en quelque sorte pardonner quelque chose ou parce qu’on a une manie. Par exemple : Je ne range pas mes affaires. C’est grave, docteur ?
5. Un film beau : normalement, beau ne se met pas après le nom. On dit un beau film. Ici, cela permet à M.O. d’insister sur ce qu’il veut faire avec ses films. Cela met en évidence son objectif de beauté.
6. Vous perdez le sommeil : cette expression signifie que vous êtes tellement bouleversé, horrifié, perturbé par quelque chose que cela vous empêche de dormir. (au sens propre ou au sens figuré). Normalement, on dit : J’en perds le sommeil. (avec en).
7. De tous les instants : constant, continuel, permanent. On l’associe souvent à certains noms :
C’est une responsabilité de tous les instants.
C’est un souci de tous les instants.
Il faut une vigilance de tous les instants / une surveillance / une attention de tous les instants.

L’interview entière est ici.

Pour en savoir plus sur le film Dilili à Paris, cliquez ici.
La bande annonce est bien sous-titrée en français.
Et il y a un dossier pédagogique pour les enseignants.

A bientôt !

La vie qu’il lui rend

Je reviens avec ce livre, Laëtitia, écrit magnifiquement par Ivan Jablonka. C’est un livre bouleversant, d’abord parce qu’il s’agit de la mort d’une jeune fille, assassinée en 2011, mais aussi parce qu’Ivan Jablonka y fait un travail remarquable. On en sort avec le sentiment que même au milieu des horreurs les plus incompréhensibles, il y a toujours des hommes de bien qui vibrent d’intelligence et d’humanité. En aidant Laëtitia à réintégrer la communauté des hommes, cet écrivain nous aide aussi à ne pas désespérer complètement. Depuis, j’ai lu aussi En camping car, plus léger par son sujet mais tout aussi riche et dont je parlerai plus tard. Et je veux maintenant lire Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus. Lire tout ce qu’a écrit Ivan Jablonka.

« Laëtitia Perrais n’a pas vécu pour devenir une péripétie dans la vie de son meurtrier, ni un discours à l’ère Sarkozy. Je rêve Laëtitia comme si elle était absente, retirée dans un lieu qui lui plaît, à l’abri des regards. Je ne fantasme pas les morts; j’essaie d’enregistrer à la surface de l’eau, les cercles éphémères qu’on laissés les êtres en coulant à pic. »

Il faut lire ce livre.
Et ensuite, (dans cet ordre à mon avis), il faut écouter le très bel entretien mené par Laure Adler au moment où ce livre est sorti, entendre les voix d’Ivan Jablonka, de Michel Foucault, de Florence Aubenas, les chansons qu’écoutait Laëtitia. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle ait aimé Véronique Sanson, parce que ce n’est pas son époque du tout. Ivan Jablonka a retrouvé toutes ces traces pour dessiner ce beau portrait.

Ce portrait, passionnant parce qu’il est mis en perspective, est aussi celui d’une époque, d’une France des petits, d’« un monde où les femmes se font injurier, harceler, frapper, violer, tuer », où des enfants grandissent dans des familles déglinguées.
C’est le portrait de la justice, des magistrats en grève contre Nicolas Sarkozy, alors président de la République, qui les accusait, dans un élan populiste et sécuritaire, de ne pas faire leur travail et de laisser courir des meurtriers d’enfants. Il accusait des hommes et des femmes d’une conscience et d’une humanité exemplaires, qui disent en parlant de leur enquête menée sans relâche pour retrouver Laëtitia, tout entière : « On produit un discours vérifié, étayé par des preuves. Apporter des bribes de vérité, c’est ce qu’on doit à la société et aussi à la victime. »

Ce livre est le travail minutieux d’un sociologue et d’un historien. Mais cette enquête, tout à la fois enquête sur une enquête criminelle, enquête de vie et enquête de sciences sociales, est écrite avec toute l’empathie et l’humanité d’un homme qui a décidé ceci:
« Mon livre n’aura qu’une héroïne: Laëtitia. L’intérêt que nous lui portons, comme un retour en grâce, la rend à elle-même, à sa dignité, à sa liberté. »
C’est ce qu’il fait, dans ce récit porté par une construction et une langue parfaites où rien n’est inutile.

On pense au livre d’Emmanuel Carrère, L’Adversaire ou à De sang-froid, de Truman Capote, deux livres qui m’avaient beaucoup marquée.
Mais le propos est autre, auquel je n’avais pas pensé:
« Je ne connais pas de récit de crime qui ne valorise le meurtrier aux dépens de sa victime. Le meurtrier est là pour raconter, exprimer des regrets ou se vanter. De son procès, il est le point focal, sinon le héros. Je voudrais au contraire délivrer les hommes et les femmes de leur mort, les arracher au crime qui leur a fait perdre la vie et jusqu’à leur humanité. Non pas les honorer en tant que « victimes », car c’est encore les renvoyer à leur fin: simplement les rétablir dans leur existence. Témoigner pour eux. »

Je n’oublierai jamais ce livre.
Je n’oublierai jamais Laëtitia.
Et si j’étais étudiante, je m’inscrirais aux cours d’Ivan Jablonka et je ne deviendrais pas prof d’anglais.

Voici un petit extrait au début de l’entretien évoqué plus haut :

Laetitia

Transcription:
Bonsoir. Il faut que je commence par raconter un petit peu la manière dont j’ai rencontré Laëtitia. C’est bien sûr une rencontre par delà la mort. J’ai rencontré Laëtitia si je puis dire, comme tout le monde, en lisant la presse, parce qu’elle a été la victime et l’héroïne, bien malgré elle, d’un fait divers dans lequel elle a disparu en janvier 2011. Et puis, je lisais ces compte-rendus, un peu horrifiques, comme tout le monde, avec un mélange de tristesse, et un peu de distraction aussi, comme on fait avec les faits divers. Et puis je me suis dit tout à coup : Quelle est… Qui est cette jeune fille ? Qu’est-ce qu’on sait d’elle ? Et la réponse était: rien, on ne sait rien d’elle. Elle a complètement disparu dans le crime qui l’a aspirée, qui l’a dévorée. Et j’en ai ressenti une espèce de scandale personnel et sans doute, c’était lié au fait que ce… cette révolte m’a déjà traversé. Elle traverse ma famille. C’est une révolte à la fois historique et morale, celle qui m’a saisi quand j’ai compris que mes grands-parents, avant d’être assassinés, avaient eu une vie, tout simplement. Alors ça pourrait sembler banal mais moi, j’ai eu l’impression que mes grands-parents avaient toujours été morts. Et puis tout à coup, j’ai compris qu’ils avaient eu une vie. Eh bien, Laëtitia aussi, elle a eu une vie.

Ça suffit vraiment maintenant

En ce moment, plusieurs courtes vidéos sont diffusées à la télévision, au cinéma et sur les réseaux sociaux, avec pour slogans : Ne rien laisser passer, et Réagir peut tout changer.

Il s’agit d’une campagne du gouvernement français contre le harcèlement sexiste et les violences faites aux femmes. Plusieurs situations sont dépeintes, au travail, au sein du couple, en milieu scolaire, dans les transports en commun, avec à chaque fois un message de conclusion très clair et abrupt, qui fait réfléchir.

Nécessité d’éduquer, de faire que chacun se sente responsable et solidaire, pistes pour réagir quand on est témoin des telles situations au lieu de passer son chemin et de tolérer ces comportements d’un autre âge ! Allez les regarder ici. (Elles sont sous-titrées.)

Il y aussi des témoignages de femmes et d’hommes qui ont vécu, en témoins ou en victimes, ces situations.

Puissent enfin les petites filles grandir sans avoir à intégrer dans leur inconscient qu’elles doivent apprendre à se protéger, juste parce qu’elle sont du sexe féminin, ou qu’elles doivent vivre cachées, notamment vestimentairement ou en restant chez elles ! Il y a encore du travail pour changer les mentalités, à des degrés divers selon les pays. Mais tous les mouvements actuels qui expriment ces idées font chaud au coeur et finiront bien par triompher. Alors toutes les Paloma du monde pourront explorer le vaste monde à leur guise.

Voici un petit montage d’un reportage entendu à la radio il y a quelque temps et de certains de ces témoignages.
Ils sont à regarder ici, et s’affichent au fur et à mesure quand vous commencez à regarder une des vidéos. (Laissez-les s’enchaîner automatiquement.)

Violences sexistes contre les femmes

Transcription

– Donc là, il est 16h13, place de Clichy (1), il commence à y avoir une forte affluence (2), des hommes avec une proximité un peu dérangeante et ils bougent, frottent leur pénis. La première fois, j’ai pas bougé, j’ai pas réagi, j’en ai même pas parlé à mon copain en rentrant (3) et j’étais un peu dans un état bizarre.

La commissaire Matricon-Charlot dirige la Sûreté des transports en Ile-de-France (3) : C’est tellement ancré dans l’opinion publique, pour les usagères (4), il s’agissait d’incivilités (5). Ce n’est pas une incivilité et, mesdames, vous devez déposer plainte. Beaucoup ne déposent pas plainte par crainte, par manque de temps, parce qu’elles croient aussi que ça ne servira pas à grand chose, à tort (6).

Frédéric est chef de groupe.
– Ça commence à 12-13 ans et les records sont jusqu’à 83 ans.
– Donc là, on a un mur de photos, ce sont les gens que vous recherchez ?
– Effectivement (7), là, voyez, vous avez le jeune cadre sur le secteur de la Défense. Là, vous avez un très jeune qui sort de soirée.
Cette cellule a traité cette année 350 plaintes. 80 % des hommes arrêtés ont été présentés à un juge.

Extraits de la campagne nationale « Ne rien laisser passer » :
Toutes les filles que j’ai côtoyées m’ont dit : « Ouais,  ça m’est déjà arrivé de me faire emmerder (8) dans la rue. » Quand… je sais pas… ma copine va me dire : « Ouais, je me suis fait emmerder aujourd’hui, mais bon, c’est rien. », moi, moi ça me touche, etc. Mais elle, elle me dit : « C’est normal ». Moi je dis : « Bah non, c’est pas normal ! Je me fais jamais emmerder, ça m’arrive jamais ! Ça me blesse en fait de voir que les femmes vivent ça, et de savoir, bah voilà, que des femmes que j’aime vivent ça aussi. De manière biologique, tu viens d’une femme. Déjà, juste pour ça, je veux dire, on vient tous d’une femme et on a des sœurs, on a des mères. Je pense qu’on change tous le monde à son échelle (9). Toi-même, tu peux juste changer le… ton pote (10) qui est en train de faire une remarque et qui fait une remarque sexiste, tu peux le reprendre (11). Ta pote qui est en train de se dénigrer parce que toute sa vie, on lui a dit que je sais pas quoi, tu peux lui inverser ses croyances. En fait, faut être actif. Et c’est si on était tous actifs, eh bah là, on changerait les choses.

C’est des paroles à connotation sexuelle. Et souvent, pour faire passer la pilule (12), on présente ça comme une plaisanterie. Dans la mesure où effectivement, où dans la société on accepte quand même plus ou moins, en tout cas sans le… sans le sanctionner, ces… ce harcèlement verbal, tous ceux qui ont un sens moral peu développé, effectivement, eux sautent le pas (13). Pour eux, c’est une invite, le palier qui permet de passer à des affaires, à des choses beaucoup plus graves. Ce sexisme ordinaire effectivement, il faudrait que beaucoup plus d’hommes réagissent, les pères, les frères, tous les hommes, les sportifs, vous mêmes, vous devez être les acteurs de ce respect.

L’individu avait coincé cette jeune femme dans un coin. Elle était totalement tétanisée, crispée. Elle avait les larmes aux yeux. Nos regards, ils se sont croisés et je me suis imaginé un quart de seconde à la place de cette femme. Je pouvais pas la laisser seule avec cet individu qui était face à elle, en train de se toucher le sexe. Je me suis approché de cette fille et je lui ai dit : « Salut Sarah. Comment tu vas ? », tout simplement. Elle a compris que… qu’elle était pas seule et j’ai regardé l’individu. Il a vu que j’avais compris ce qu’il avait l’intention de faire et ça l’a fait fuir. Et à la prochaine station (14), il est descendu illico presto (15), et j’ai eu aucun contact physique et verbal avec l’individu, avec l’agresseur. On a tous des mères, des amies, des cousines. Si on agit plus, les agresseurs agiront moins.

Des explications
1. Place de Clichy : une place à Paris et le nom de la station de métro correspondante (dans le nord-ouest de la capitale)
2. une forte affluence : beaucoup de monde
3. en rentrant : en rentrant à la maison / en rentrant chez moi. En général, on se contente de dire en rentrant : Je l’appellerai en rentrant. = quand je serai à la maison
4. un usager / une usagère : quelqu’un qui prend le métro par exemple, qui utilise ce mode de transport, un service.
5. une incivilité : un mauvais comportement qui ne respecte pas la vie en société, en collectivité. Ce sont par exemple les nuisances sonores, le manque de respect, les dégradations de lieux, de matériel.
6. À tort : elles ont tort de penser que ça ne sert à rien de porter plainte, elles se trompent en pensant que c’est inutile.
7. Effectivement : on utilise cet adverbe pour approuver ce que vient de dire quelqu’un, ou pour répondre à une question posée. Par exemple :
– J’ai l’impression que c’est compliqué.
– Effectivement, c’est très compliqué.

8. Se faire emmerder : subir un harcèlement plus ou moins poussé de la part de quelqu’un. (dans n’importe lieu : dans la rue, les transports, au travail, etc.) (très familier)
9. à son échelle : chacun à son niveau peut changer les choses.
10. Ton pote, ta pote : ton ami(e) (familier)
11. reprendre quelqu’un : lui dire clairement qu’il a un comportement inacceptable ou des paroles incorrectes, impolies, déplacées.
12. Pour faire passer la pilule : pour faire accepter quelque chose qui est difficile à supporter. (expression familière)
13. sauter le pas : se décider à faire quelque chose après avoir hésité en général, même s’il y a un risque. Par exemple : Il ne voulait pas vivre à l’étranger. Mais il a finalement sauté le pas quand on lui a offert un travail passionnant.
14. À la prochaine station : normalement, on utilise cette expression si on est soi-même dans le métro, à la station juste avant. Ici, il faudrait dire : A la station suivante, puisqu’au moment où il parle, il n’est plus le métro.
15. illico presto : immédiatement, vite, sur le champ. Par exemple : Tu vas me ranger ta chambre illico presto !

Il y avait déjà eu une campagne en 2015 sur la sécurité des femmes dans les transports en commun, avec une vidéo qui simulait une ligne de métro. On y retrouve quelques-unes des phrases typiques utilisées par les harceleurs. Bien vu ! Et hélas, toujours d’actualité. Mais bon, on progresse !
Elle est ici.

Bonne journée!

Pas tranquilles

Elles ont 14-15 ans.
Elles ont gagné un prix dans un concours sur les médias et les clichés sexistes.
En quelques mots, elles mettent le doigt sur le fonctionnement de notre société quant aux rapports hommes-femmes.
Peut-être les choses vont-elles changer. Car effectivement, pourquoi faudrait-il que les femmes et les jeunes filles aient à intégrer que le monde est plus dangereux pour elles que pour la majorité des garçons ? Depuis le plus jeune âge, les filles apprennent à se méfier. Et en tant que mère de garçons, j’ai parfois pensé qu’ils couraient moins de risques que des filles en rentrant tard le soir par exemple, qu’ils étaient moins exposés. Je me suis fait moins de souci, je pense, que mes amies mères de filles. Il faut que cela change!
Pourquoi faudrait-il que les filles ne soient pas tranquilles* ?

Pas tranquilles

Transcription
– Qu’est-ce qu’il y a de plus dur par rapport au sexisme aujourd’hui ?
– Je pense ce qui me dérange le plus, c’est les insultes ou tout ce genre de choses, le fait qu’on puisse pas s’habiller comme on veut, le fait qu’on puisse pas être qui on veut. Etre une femme, c’est pas facile, mais je le reconnais que je pense aussi qu’être un homme, ça ne doit pas être facile. Mais être une femme dans cette société, c’est très compliqué.
– Qu’est-ce qui est le plus compliqué pour vous ?
– La peur permanente. On va rester tard à Paris ce soir. Au début, j’avais assez peur, parce que déjà (1), c’est Paris, mais aussi, on n’est que des filles.
– En fait, on a tellement l’habitude de voir au journal (2) ou à la télé qu’il y a des problèmes entre les femmes et les hommes, des femmes qui se font agresser, violer que on se dit bah ça va nous arriver. A Chambéry aussi, ça arrive souvent, surtout dans le parc du Vernet. Et juste marcher dans ce parc, ça fait très peur. On a tout le temps (3)… On a tout le temps… En fait, on se méfie de tout le monde.
– Est-ce qu’il y en a une parmi vous cinq qui a eu un problème ?
– Oui.
– Moi, une fois (4), je rentrais bah justement par ce parc et il y a des gens qui m’ont sifflée (5). J’ai un peu paniqué, je suis partie en courant mais j’ai eu vraiment très peur.

Quelques détails :
1. déjà : on emploie souvent cet adverbe comme synonyme de « premièrement ». Cela signifie qu’on va ajouter autre chose, une autre raison par exemple.
2. au journal : il s’agit du journal télévisé, notamment celui de 20h, sur les grandes chaînes publiques, que regardent beaucoup de Français. Si c’était un journal papier, on dirait : dans le journal.
3. On a tout le temps : elle ne finit pas sa phrase. Elle voulait dire quelque chose comme par exemple : On a tout le temps des problèmes. / On a tout le temps des infos sur des femmes qui se font agresser / On a tout le temps peur.
4. Une fois = un jour
5. siffler quelqu’un : ici, ce sont les sifflets que certains Français adressent à une femme pour manifester leur intérêt. C’est du harcèlement sexiste car seules les femmes se font siffler.

* Pas tranquille :
Lorsqu’on dit : Je ne suis pas tranquille, cela signifie qu’on est inquiet, qu’on se fait du souci. Ces jeunes filles ne sont pas tranquilles parce qu’elles doivent rentrer tard et savent qu’elles peuvent être importunées, c’est à dire que certains pourraient ne pas les laisser tranquilles.
Par exemple : Ils sont partis en montagne pas très bien équipés. Je ne suis pas tranquille.

Pour écouter le petit reportage à la radio en entier, c’est ici.

Pour aller sur la page du concours contre les clichés et stéréotypes sexistes pour lequel elles ont reçu un prix, c’est ici et ici aussi.

Bonne suite d’été et/ou de vacances à vous.

Alors, vous n’avez rien compris à ce que je suis

Je vous avais dit que je vous reparlerais du film de Xavier Giannoli, Marguerite. Je ne suis pas en avance, ni par rapport à la sortie de ce film en salle ( qui remonte à 2015), ni par rapport à ce que je vous en avais dit il y a quelques mois ! Mais il fait partie de ces oeuvres qu’on n’oublie plus, qui ressurgissent en entendant la voix de Catherine Frot ou celle de Michel Fau, en écoutant l’air de la Reine de la Nuit de la Flûte Enchantée ou le Duo des Fleurs de Léo Delibes, en pensant aussi à toutes ces femmes empêchées, parce que femmes à des époques ou en des lieux peu favorables.

Vous le savez, Marguerite chante absolument faux. Mais elle ne veut qu’une chose dans sa vie aisée : chanter les grands airs du répertoire lyrique. Je connaissais l’histoire dans ses grandes lignes et je pensais que j’allais souffrir d’écouter cette pauvre voix impossible et poser un regard de moquerie et de pitié sur Marguerite. La magie de ce film, c’est que ce n’est absolument pas ça : on a envie de protéger Marguerite de tous ces gens sans coeur qui l’exploitent et la ridiculisent. On chemine avec ceux qui peu à peu la comprennent et la respectent. Il y a des choses drôles dans cette drôle d’histoire, il y a de la beauté dans les scènes, les cadrages, les regards, le rythme impeccable de la narration, il y a du tragique et de la sobriété. Il y a Catherine Frot, qui donne à sa Marguerite une profonde humanité.
Voici une scène où on la sent frémir, même sans les images.

Marguerite

Transcription :
– Je vais organiser un vrai concert, George, devant un vrai public.
– Comment ça (1), un vrai concert ?
– Mais cette fois-ci, dans les règles de l’art (2) : un récital classique, dans une grande salle classique.
– On ne peut pas se donner en spectacle* comme ça du jour au lendemain (3) !
– Mais je travaille depuis des années, mon chéri.
– Alors, on peut organiser un grand concert ici, avec nos amis du Cercle, comme d’habitude, mais alors plus…
– Mais ils viennent de nous claquer leur porte au nez (4), vous étiez là, hein !
– Non, non, ça va pouvoir s’arranger. N’allez pas vous risquer sur une vraie scène. Ça n’a pas de sens !
– George, toute ma vie, je vous ai obéi. Je me suis occupée de notre intérieur (5), je vous ai aidé dans vos affaires, je vous ai accompagné dans des dizaines de dîners assommants (6) sans jamais me plaindre. Maintenant, je voudrais être plus que ça.
– Ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi.
– Mais je ne vais pas faire n’importe quoi ! Je vais trouver un vrai professeur, avec des gens qui m’entourent, qui me conseillent.
– Eh bien, je vous l’interdis !
– Mais de quoi avez-vous peur exactement ?
– C’est pour vous que j’ai peur, figurez-vous (7). Tout le temps.
– Mais pourquoi ?
– Mais qu’est-ce que c’est ? C’est de l’orgueil ? Vous voulez vous faire applaudir ? Jouer les divas, comme une gamine ?
– Alors, vous n’avez rien compris à ce que je fais, rien compris à ce que je suis. Il n’y a que la musique qui compte pour moi. La musique. C’est tout ce que vous m’avez laissé. Mais je suis prête à chanter encore une fois devant votre fauteuil vide. C’est ça, ou devenir folle, vous m’entendez ? Folle. Folle !

Des explications :
1. Comment ça ? : on pose cette question familière quand on ne comprend pas quelque chose ou quand on est surpris par ce que quelqu’un affirme. Cela signifie qu’on veut des explications.
Par exemple :
– Il a vendu sa voiture.
– Comment ça, il a vendu sa voiture ?
(Cette façon de parler exprime l’incrédulité. )
2. faire quelque chose dans les règles de l’art : faire quelque chose parfaitement, pas en amateur.
3. Du jour au lendemain : très rapidement, sans transition
Par exemple :Du jour au lendemain, ils ont changé d’attitude envers nous.
4. Claquer la porte au nez de quelqu’un: refuser d’écouter quelqu’un, rejeter quelqu’un brutalement, l’exclure d’un cercle, d’une communauté. Opposer un refus à quelqu’un.
Par exemple : Quand elle les a contactés pour un stage, ils lui ont claqué la porte au nez.
5. S’occuper de son intérieur : s’occuper de sa maison, de toutes les tâches ménagères. (c’est comme dans l’expression : une femme d’intérieur = une femme qui ne travaille pas à l’extérieur, ou qui se consacre énormément à sa maison.)
6. Assommant : très ennuyeux
7. figurez-vous : cette exclamation sert à insister sur une affirmation qu’on fait. C’est comme si on demandait à cette personne de bien se rendre compte de quelque chose, d’en prendre conscience.
Par exemple : – Je me suis fait du souci pour toi, figure-toi ! Alors arrête de me parler sur ce ton.
Il est trop tard, figure-toi ! Voilà pourquoi je ne peux plus rien faire pour toi.

Une expression employée au sens propre et au sens figuré : se donner en spectacle
– Au sens propre, cela signifie qu’on monte sur scène, pour danser, ou chanter, ou jouer la comédie devant un public.
– Mais le sens figuré est le plus fréquent: cela signifie qu’on expose aux yeux des gens une façon d’être qui n’est pas tout à fait convenable, qui ne respecte pas la bienséance.
Par exemple : Il avait trop bu à ce dîner. Et il s’est donné en spectacle. On était gêné pour lui.

Marguerite assassine l’air de la Reine de la Nuit. Alors, après le film, on a envie de réécouter les femmes qui savent chanter une telle musique.
Mais je vous laisse avec ce qui ouvre le film, le duo des fleurs, de Léo Delibes, dans une belle version. (Cliquez ici.)
Je ne suis pas une inconditionnelle des voix lyriques féminines en fait mais dans cet air que j’ai rencontré enfant, j’attends toujours ce silence suspendu qui vient au bout d’une minute, puis la communion de ces deux voix si harmonieuses qui se posent et s’épousent. Et je comprends Marguerite.

Je vous souhaite un bon début de semaine.
A bientôt.

En avril 2018

Le mois de mai commence tout juste.
C’est donc l’heure de revenir un peu sur mon mois d’avril, pour compléter ce que j’ai partagé avec vous dans les semaines passées.
Un temps estival, un film marquant où se mêlent plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs époques et un petit tour dans ma vie de prof. Et des expressions, parce que finalement, on en emploie beaucoup spontanément !


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Juste l’enregistrement :
Avril 2018

Transcription
Alors, pour le mois d’avril, je vais commencer par faire un petit petit point météo (1) quand même, parce que, bon il y a un proverbe qui dit : En avril, ne te découvre pas d’un fil. En mai, fais ce qu’il te plaît (2). Et là, en avril, il a fallu se découvrir, c’est-à-dire sortir les vêtements d’été, les vêtements légers, parce qu’il a fait vraiment chaud avant l’heure (3). Alors, à Marseille, on n’est pas très surpris en général d’avoir du beau temps comme ça, et puis d’autant plus que, à cause de la Méditerranée, ça se réchauffe un tout petit peu plus lentement. Mais quand même, il a fait… On est passé d’un coup (4) de l’hiver en quelque sorte à des températures vraiment d’été. Et c’était surtout surprenant dans d’autres régions de France, notamment dans le nord, dans le nord-ouest, parce qu’ils ont eu vraiment des températures très élevées et c’est venu d’un coup, donc tout le monde était très surpris. Et quand c’est comme ça, bah c’est vrai que tout le monde dit : Oh là, là ! On va le payer ! (5) Et c’est vrai que ça peut arriver parce que notamment s’il fait un petit peu chaud et que les… la végétation, les arbres fruitiers démarrent, parfois, après, bah il refait froid derrière (6), et évidemment, c’est pas très bon pour les fruits par exemple, les fleurs qui gèlent, ce genre de choses et… Mais bon, on peut toujours se dire que, après tout, c’est toujours ça de pris ! (7)
Pour passer à un autre sujet, je voulais vous parler d’un film que j’ai vu, début avril, qui s’appelle Razzia et qui est un film marocain, de Nabil Ayouch, qui est vraiment pour moi… enfin qui m’a vraiment beaucoup marquée. Et… La seule chose, c’est que je pense que il faut que chacun voie ce film et se fasse sa propre opinion parce que, après, j’ai lu des critiques qui n’étaient pas bonnes, qui n’étaient pas très, très bonnes, en disant que c’était un film compliqué, où tout se mélangeait, etc., et justement, par définition (8), moi, c’est ce qui m’a beaucoup plu. Donc c’est un film qui se passe au Maroc, dans les années 80, en partie, au départ, dans l’Atlas marocain et avec un instituteur qui fait vraiment aimer l’école à ses élèves et qui subit l’arabisation forcée et qui, bah, ne sait plus très bien comment faire, parce qu’on lui demande d’enseigner d’une manière qui ne lui convient pas. Et ensuite, on suit les destins d’autres personnages, qui sont plus proches de nous, dans les années 2000… enfin en 2015, et… des destins différents. Et en fait, pour moi, ça n’a pas été du tout gênant parce que on suit très, très bien toutes ces histoires, et il y a un point commun, c’est-à-dire entre eux, c’est la… finalement, la lutte pour la liberté, contre l’intolérance, contre le sexisme, contre l’homophobie. Et c’est… Je n’ai pas trouvé… enfin, je pense que c’est très, très réussi, justement, parce que tout s’enchaîne de façon très subtile et très souple. En même temps, les personnages sont quand même liés les uns aux autres de différentes manières et franchement, enfin, c’est un film qui m’a marquée parce que ça montre la condition des femmes au Maroc, la condition des jeunes au Maroc. Et c’est quand même très, très… enfin très politique. Mais en même temps, c’est très, très beau. Si vous avez l’occasion, allez le voir et faites-vous une idée par vous-même (9), parce que je vous dis, j’ai lu des critiques qui étaient très négatives. Mais honnêtement, moi, c’est un des films qui me reste et qui m’a marquée.
A part ça, je voulais vous parler aussi de ce que font les étudiants à la fin de chaque semestre, et là, on arrive à la fin du deuxième semestre bientôt. Donc les étudiants vont avoir à évaluer les enseignements qu’ils reçoivent dans mon IUT. Et ça existe depuis… je sais pas… deux-trois ans peut-être, pour les étudiants de première et deuxième année. Ça existait avant pour les étudiants plus âgés, en licence et en formation continue. Et puis ça s’est étendu donc aux étudiants de première et deuxième année. Et alors, ce qui est vraiment terrible (10)… Donc c’est… Ils sont… Ils doivent donner leur avis sur les différents cours qu’ils ont suivis, et c’est fait de façon anonyme, par internet. Et ensuite, bah chaque prof reçoit les comptes-rendus de ce qu’ils ont dit. Donc bah ils ont à mettre des notes de zéro à cinq, des choses comme ça. Et puis, ils ont aussi la possibilité de laisser des commentaires, d’ajouter des commentaires rédigés. Donc ce qui est terrible, c’est que certains n’ont vraiment qu’un but, c’est de dégommer (11) les profs ! Et tout le monde en prend pour son grade (12), vraiment avec des commentaires très… qui n’ont rien à voir… enfin…. comment dire ? C’est pas ce qu’on attend d’eux. On attend d’eux qu’ils nous donnent leur avis sur ce qui a pu leur manquer, ce qui pourrait être amélioré, etc. Et en fait, ils règlent leurs comptes (13), c’est vraiment un règlement de comptes ! Ils se permettent de faire des réflexions (14) sur certains profs, sur la façon dont ils parlent, la façon… enfin, leur attitude, en disant… je sais pas… D’une collègue par exemple, ils ont dit qu’elle était hautaine (15). Mais quel rapport ? (16) Enfin, alors qu’elle est en plus… elle est très dévouée à ses étudiants. Mais à partir du moment où on les contrarie, en fait, certains, on devient hautain ! On devient inintéressant, méchant. Et en fait, ça fait vraiment penser à ces émissions à la télé, de téléréalité, des choses comme ça, où le seul but, c’est d’être le plus agressif possible, de porter des jugements vraiment définitifs et sans nuance, et puis sans la plus élémentaire courtoisie. Donc dans ces comptes-rendus, en fait, enfin dans les commentaires qu’ils laissent, on lit absolument tout et son contraire, c’est-à-dire que vous pouvez avoir : Ah, j’ai beaucoup aimé ce cours, c’était vraiment très intéressant, le professeur s’intéresse beaucoup à nous, il nous aide à tout comprendre. Et puis, sur le même prof, vous allez avoir quelqu’un qui dit : Ce prof est absolument nul, il s’intéresse pas aux étudiants. Donc c’est vraiment très, très particulier quand on lit ça et il faut être… disons assez détaché pour pas se laisser atteindre parce que par moment, c’est quand même très… Ce sont des attaques personnelles et évidemment, selon que les étudiants aiment la matière, selon les rapports qu’on a pu avoir avoir avec eux, et selon le fait qu’ils sont tout simplement bien ou mal élevés, bien élevés ou mal élevés (17), voilà, on va avoir des avis très, très différents. Et je voulais vous parler de ça parce que en fait, au contraire, à l’opposé de ça, j’ai eu… J’ai terminé un cours avec une licence, des étudiants de licence et une étudiante est venue me voir à la fin, est venue me dire : Voilà, je voulais vous remercier, parce que bon, voilà, votre cours m’a vraiment réconciliée avec l’anglais et c’était vraiment bien, etc. Et c’est vrai que c’est très rare finalement qu’on ait des étudiants, des jeunes qui viennent nous dire si… quand ça leur a apporté quelque chose, et c’est un métier un peu ingrat quand même, quand on est prof, parce que on ne peut jamais vraiment mesurer l’impact qu’on a sur les… sur nos étudiants et puis sur la façon dont ça a pu leur apporter quelque chose. C’est assez compliqué en fait ! Et donc quand certains étudiants ont assez de maturité pour venir remercier, dire les choses, bah je trouve que c’est bien, quoi, ça fait du bien aussi. Voilà, je ne sais pas comment c’est chez vous, dans votre pays ou dans votre propre expérience. Ça m’intéresse de savoir, si vous avez des commentaires à faire et bah, pour le moment, je vais vous laisser parce que sinon, ça va être un petit peu trop long. A bientôt !

Des explications :
1. faire le point : analyser une situation à un moment donné. Cette expression vient du domaine nautique où on fait le point sur un bateau pour savoir où on est exactement.
Par exemple : Je voudrais faire le point avec toi sur ta situation professionnelle.
Ici, faire un point météo, c’est récapituler ce qui s’est passé.
2. Le proverbe : le fil dont il est question évoque le tissu des vêtements, donc les vêtements.
3. Avant l’heure : plus tôt que normal.
Par exemple : On a fêté son anniversaire avant l’heure car ensuite, il partait en voyage.
Ou encore : Tous ces cadeaux ! C’est Noël avant l’heure !
4. D’un coup : brutalement, sans transition, de façon soudaine
5. On va le payer : après une période favorable, on va subir des conséquences négatives.
6. Derrière : ici, ce n’est pas le sens spatial. Cela signifie après.
7. C’est toujours ça de pris ! : expression familière qui signifie que si une situation favorable ne se prolonge pas, il faut en profiter avant.
8. Par définition : précisément
9. se faire une idée (par soi-même) : se faire son opinion, réfléchir personnellement à quelque chose. Par exemple : Je ne veux pas les influencer. J’aimerais qu’ils se fassent une idée par eux-mêmes. / C’est un peu difficile de se faire une idée en lisant juste le résumé de ce livre.
10. Terrible : cet adjectif exprime une idée négative en français. Par exemple : Il y a un vent terrible aujourd’hui.
11. Dégommer : c’est de l’argot, qui signifie abattre, tuer, éliminer. Donc ici, c’est l’idée que certains étudiants s’en prennent verbalement aux enseignants de façon agressive.
12. En prendre pour son grade : être critiqué, subir des critiques. (argot)
13. régler ses comptes (avec quelqu’un) : dire tout ce qu’on pense de négatif sur quelqu’un, se venger d’une situation qu’on a subie.
14. Faire des réflexions (sur quelqu’un) : critiquer cette personne et le dire aux autres.
15. Être hautain(e) : exprimer clairement qu’on se sent supérieur aux autres
16. Mais quel rapport ? = Quel est le lien ? On pose cette question quand on ne voit pas le lien logique entre deux choses.
17. Bien élevé / mal élevé : poli / impoli

Bon, je me rends compte que je dis souvent vraiment, etc. et très, très. Vous pouvez compter ! Ah, ces tics de langage qu’on a !
Bonne journée à vous.

Allez, les filles !

Comme l’annonçait Edelweiss dans son commentaire il y a deux jours, c’était hier la journée internationale des droits des femmes. On avance, comme le prouvent les mouvements récents de dénonciation du harcèlement vis-à-vis des femmes. Mais il y a encore (et toujours) du travail à faire, à tous les niveaux, à en croire ne serait-ce que les termes de recherche tapés par certains pour arriver sur ce blog !
Pour l’anecdote, voici ce qu’on trouve ces derniers jours :


– Tout d’abord, apprendre à ( à, accent grave, pas a ) parler (parler -er et pas ) et écrire correctement le français, c’est ça qui serait nécessaire!
– Et comme toujours, je reste perplexe devant ce qui attire le plus de personnes sur ce blog, c’est-à-dire la recherche des mots vulgaires et des insultes – et souvent celles à utiliser avec des femmes – en français ! Mes quelques pages là-dessus ont toujours du succès. J’avais déjà évoqué ce fait il y a quelques années ici.
Cela dit-il quelque chose de nos rapports humains ?

On y arrivera bien un jour, et partout ! Aujourd’hui, dans certaines parties du monde, nous allons à l’école, nous lisons, nous choisissons d’avoir des enfants ou pas, nous ne restons pas à la maison, nous travaillons, nous explorons le monde, nous avons notre mot à dire et notre vie à décider.

Allez, pour inverser un peu les rôles, je vous laisse aujourd’hui en compagnie d’un homme qui fait ce qui est encore souvent traditionnellement réservé aux femmes !

Père épuisé

Transcription
– Qu’est-ce que je ressens ? Un mélange d’amour, bien sûr, évidemment, et c’est bien en premier lieu, mais aussi d’énervement profond quand ils ne… n’obéissent pas. Et… Il y a plusieurs choses en fait. C’est que quand * je les ai deux par deux, c’est beaucoup plus simple que de les* avoir tous les quatre ensemble, bon, en étant seul à les gérer, bien sûr. D’une part parce qu’il y a les deux aînés qui se* tirent la bourre (1), je* dirais, pour savoir qui fera* le plus de bazar (2) et qu’il y a beaucoup plus d’interactions, avec quatre enfants, entre eux. Et ça crée un brouhaha (3) incessant et finalement, dans… dans vingt-quatre heures, j’ai très peu de moments où je n’ai pas d’enfant qui soit hurle, crie, ou vienne me solliciter (4) pour donner à manger, donner un verre d’eau, faire ceci, l’aider à s’habiller, se déshabiller, l’aider à quelque chose. Donc je suis… je suis* pris en fait… je suis hyper sollicité, du matin 7-8 heures jusqu’au soir, 22-23 heures pour les… les plus grands le weekend.
– Et ça crée chez vous un sentiment d’épuisement ?
– Ah mais bien sûr ! Evidemment ! Oui, je suis épuisé, oui, de… d’être hyper sollicité comme ça en permanence, oui !

Quelques explications :
1. se tirer la bourre : être en compétition, rivaliser pour être le meilleur. (argot). Par exemple : Quand ils font du vélo ensemble, ils finissent toujours par se tirer la bourre !
2. le bazar : le désordre. Ici, faire du bazar signifie faire des bêtises, ne pas être sage. (familier)
3. le brouhaha : du bruit confus où se mêlent beaucoup de voix, un bruit qui constitue comme un fond sonore envahissant. (par exemple, on parle du brouhaha de la rue, d’une foule, etc.)
4. solliciter quelqu ‘un : demander quelque chose à quelqu’un. Donc être très sollicité veut dire que les autres vous demandent sans cesse de l’aide, de l’attention.

La prononciation qui mange les syllabes:
* On l’entend lorsque ce jeune père dit : que quand.
Je ne sais pas si vous entendez « que », mais pour une oreille française, ce petit mot, à peine prononcé, est cependant perceptible.
* que de les avoir: il dit « d’les », en raccourcissant « de ».
* qui se tirent : il dit « s’tirent »
* je dirais : il prononce « j’dirais »
* fera : est prononcé « f’ra »
* le plus : est prononcé « l’plus »
* je suis pris : devient « chuis »

N’oubliez pas que vous n’êtes pas obligés de manger les syllabes comme ça pour avoir un français qui sonne « vrai ». Ici, dans le sud de la France, la majorité des Français prononcent distinctement ces syllabes escamotées ailleurs. Tous ces accents sont complètement authentiques et naturels. A vous de choisir votre prononciation !
A bientôt.

Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

cite-orientee

metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

cite-orientee-magaly

Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

A l’ancienne ?

balade

Elle vit simplement.
Elle en parle bien, avec son accent du sud-est.
Elle aime sa vie.
Elle marche.

Elle n’a jamais travaillé.
Cela s’est trouvé comme ça, ça aurait pu être l’inverse, elle au travail et son mari à la maison, pourquoi pas, dit-elle.

Mais ça, je n’y crois pas vraiment.
Et elle non plus dans le fond, je pense.

Jamais travaillé

Transcription :

– J’ai jamais travaillé en fait. J’ai jamais travaillé, eh oui ! Elle est pas belle, la vie ? (1)
– Jamais de job ?
– Non, jamais. Si vous appelez « travailler », quand j’étais gamine (2), si… Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai vendu des bonbons, mais… j’ai vendu ça une semaine, pour me payer les tours de manège (3) ou des trucs comme ça. Mais sinon, non, de vrais jobs, j’ai pas… j’ai jamais travaillé vraiment.
– Et comment vous vous en sortez (4) financièrement ?
– Bah j’ai mon mari qui a une petite retraite (5), 2400 euros par mois, allez on va dire, en gros (6). Mais on s’en sort bien, on n’est que tous les deux maintenant, donc ça va.
– Et avant ?
– Avant aussi. Je me suis occupée de mes enfants, mes deux enfants, et voilà. On s’est débrouillé (7). On vivait pas avec des gros moyens (8), mais bon.
– Vous avez jamais voulu travailler ?
– Non, bah non. Ça m’a pas manqué. Je suis très indépendante aussi.
– Comment vous pouvez justement être indépendante ?
– Ah non, mais financièrement non, évidemment que non. Mais bon. Les femmes de nos jours… je suis à 1000 % féministe, mais je trouve que c’est un peu dommage que les femmes, elles soient obligées de bosser (9), quoi, parce qu’elles élèvent pas leurs enfants. Puis il faut voir l’éducation qu’ils reçoivent, hein ! Il y a plus d’enfants (10), quoi. Ils sont un peu livrés à eux-mêmes (11), quoi, vu que la maman, elle est pas présente.
– Ça pourrait être vous qui travaillez et votre mari qui travaille pas.
– Pourquoi pas ? Ça me gênerait pas. Ça s’est pas trouvé comme ça (12). Là, voyez, en me promenant, j’ai pas besoin de gros moyens. J’achète un petit truc à manger, je fais des photos, je me balade (13), je… Voilà. C’est ça, la vie, hé, c’est profiter. Je marche beaucoup, trente, quarante kilomètres, on va dire, par semaine. Et ça coûte rien. J’ai jamais eu de gros besoins, quoi. C’était mes enfants en premier, quoi. Moi je me contente de (14) ce que j’ai, hein. De toute façon, l’argent appelle l’argent, et voilà. Je crois qu’il y a beaucoup de personnes qui ont la folie des grandeurs (15) un peu, hein ! Qui vivent au-dessus de leurs moyens, ça, il y a beaucoup d’endettement et tout ça, qu’on voyait pas avant, hein. Moi je sais que je suis d’une famille de quatre enfants, on était six, mon père était mineur de fond (16), et je vous garantis, le salaire était pas faramineux (17) ! Eh bah ma mère, elle a toujours su gérer, hein. Ma mère, c’était le pilier, le pilier de la maison. C’est vrai. Et voilà, elle a jamais travaillé non plus, hein. On s’en est bien porté (18), hein.
– Est-ce que vous êtes une femme à l’ancienne (20)?
– Non, non, pas du tout ! Au contraire, je suis très, très moderne, très !

Des explications :
1. Elle est pas belle, la vie ? : c’est devenu une expression, pour dire que tout va bien, qu’on se sent bien dans une situation particulière. On peut aussi l’employer pour commenter la situation de quelqu’un, qu’on trouve facile, sans stress, etc. Par exemple, un ami est installé dans une chaise longue, bien tranquille, et vous lui dites : Elle est pas belle, la vie !
2. Quand j’étais gamine : quand j’étais enfant (familier)
3. un tour de manège : dans les fêtes foraines, il y a des manèges. Et quand on monte sur un manège, on dit qu’on fait un tour de manège.
4. S’en sortir : y arriver, réussir. Quand on dit qu’on s’en sort financièrement, cela signifie qu’on n’a pas de problèmes d’argent, même si on n’a en fait pas beaucoup d’argent. Inversement, on ne s’en sort pas financièrement, quand on a un trop petit salaire ou trop de charges.
5. Une petite retraite : c’est l’argent qu’on touche quand on a pris sa retraite. Ce peut être une petite retraite ou une retraite confortable, une bonne retraite, une grosse retraite.
6. En gros : sans entrer dans les détails, sans être parfaitement précis dans les chiffres qu’on donne.
7. Se débrouiller : trouver des solutions même si ce n’est pas toujours facile. (familier)
8. ne pas avoir de gros moyens : ne pas avoir beaucoup d’argent.
9. Bosser : travailler (familier)
10. Il y a plus d’enfants ! : elle déplore le fait que les enfants ne se comportent pas comme ils le devraient. Elle les trouve mal-élevés.
11. Ils sont livrés à eux-mêmes : personne ne les surveille, ne les guide, et ce n’est pas bien.
12. Ça ne s’est pas trouvé comme ça : ce n’est pas ce qui s’est passé. Le hasard, la vie ont fait que ce n’est pas arrivé de cette manière.
13. Se balader : se promener (familier).
14. Se contenter de quelque chose : ne pas avoir besoin de plus.
15. Avoir la folie des grandeurs : cette expression signifie qu’on a des besoins de luxe, on cherche à avoir toujours plus, et plus que ce qu’on peut s’offrir : une voiture, une maison très chères, etc. ( Elle ajoute : un peu, ce qui fait bizarre car on ne peut pas avoir la folie des grandeurs à moitié en fait ! Ce « un peu » sert en fait à atténuer ce qu’elle vient de dire.)
16. un mineur de fond : un mineur qui travaille au fond de la mine.
17. Faramineux : énorme, exagéré. On parle souvent de prix faramineux.
18. on s’en est bien porté = cela nous a été bénéfique et nous n’avons pas souffert de cette situation, au contraire.
19. À l’ancienne : traditionnel, comme dans le passé. Et donc pas moderne.

Sur France Bienvenue, il n’y a pas longtemps, avec mes étudiantes, nous avons discuté des femmes et du travail.

Courir le vaste monde

Paloma CouvertureLes enfants ont la chance qu’on mette entre leurs mains des albums aussi beaux que celui-ci.

Il est beau par sa taille et la qualité de l’impression: c’est vraiment un grand livre, dans lequel les dessins de l’illustratrice, Jeanne Detallante, prennent toute leur force. C’est comme si on avait sous les yeux les dessins originaux, aux couleurs éclatantes comme des peintures de Frieda Khalo, ou dans des teintes de gris et de noir pour raconter le passé. Un bel objet à manipuler, à lire ensemble, penchés sur des pages où on peut en quelque sorte s’immerger.

Cet album est beau parce que les mots de Véronique Ovaldé sont riches, pour dire la belle histoire de Paloma, la petite fille qui sentait que le monde était là, à portée de main. C’est une histoire qui dit la présence du père disparu, la vie de famille dans des lieux où on a toujours vécu, l’amour d’une mère, le besoin d’aventure et de liberté. L’histoire d’une fille qu’on laisse partir – et qu’on aide à le faire – pour qu’elle ne devienne pas poussière. Une histoire qui dit que les filles aussi peuvent aller courir le vaste monde. De quoi donner des ailes à nos enfants. C’est un conte lumineux, qui, comme tous les contes, posent les questions essentielles. De ces livres qu’on garde précieusement.

Paloma Album

Si vous voulez écouter cette histoire (avec le bruit de ces grandes pages que je tourne!):
Paloma

Paloma Les 3 soeurs

Paloma Aventure

Courir le monde, courir le vaste monde, aller courir le vaste monde:
Cette expression signifie qu’on part à l’aventure, pour découvrir le monde, avec curiosité et l’envie de vivre des expériences dans des endroits qu’on va vraiment explorer.

PS: A mes lecteurs fidèles: Excusez-moi pour mon absence un peu prolongée sur ce blog ces derniers temps. Mais je ne vous oublie pas et me voici de nouveau avec ce que je veux partager avec vous !

La lionne

La lionne 1Couverture

Je ne connaissais que des bribes de la vie de Karen Blixen, à travers Out of Africa, lu il y a longtemps. J’ai lu d’une traite ce bel album, dont le sous-titre est Portrait de Karen Blixen. J’y ai découvert une vie étonnante, une vie de femme en un temps qui leur faisait la vie dure parce que nées femmes. Je me suis plongée dans cette vie racontée et dessinée avec beaucoup de poésie, de créativité et de talent.
Mais rien à voir avec une biographie ordinaire. A travers les mots et les aquarelles des auteurs, cette vie devient une histoire qu’on nous raconte comme un conte et où tous les détails prennent peu à peu leur sens, celui qu’y a mis Anne Caroline Pandolfo. Un beau livre (avec juste la petite frustration, comme toujours avec les BD et leurs pages lisses, de n’avoir sous les yeux qu’un reflet des aquarelles originales du dessinateur, Terkel Risbjerg.)

Un livre qui célèbre la puissance libératrice de la lecture :

La lionne 3 Lire

Un livre où certaines jeunes femmes se rebellent pour vivre autre chose que ce que la société avait prévu pour elles:

La lionne 4 Besoin d'air

LGL Karen BlixenUn livre d’aventure, d’amour, de voyage, de malheurs et de bonheurs. Ses auteurs en parlent ici, dans une émission qui passe le jeudi soir à la télévision et qui donne des tas d’idées de lecture. François Busnel sait y faire parler les écrivains qu’il invite, parce qu’il lit en profondeur leurs oeuvres. Il ne bouscule pas ceux qui ne sont pas des bavards mais rebondit sur leurs silences avec beaucoup de justesse. C’était le cas avec Anne Caroline Pandolfo.
Allez les regarder autant que les écouter!

La lionne LGL

Voici la transcription du début de cet entretien:
– Alors là, c’est le coup de cœur (1) ! J’adore les autres, mais là, je vous assure que j’ai été absolument scotché (2) quand j’ai lu – et relu d’ailleurs – La Lionne, le portrait de Karen Blixen, Anne Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg. Vous signez tous les deux cet album donc, La Lionne, un portrait de Karen Blixen. C’est aux Editions Sarbacane. Scénario, c’est vous, Anne Caroline Pandolfo, et puis le dessin,Terkel Risbjerg. Alors je dis « dessin », je devrais peut-être dire plutôt les aquarelles.
– Aussi, mais il y a quand même du dessin derrière.
– C’est plus un livre adapté en bande dessinée, c’est une BD biographique. Pour quelle raison avez-vous choisi Karen Blixen, cette romancière danoise, dont la vie a été une succession d’aventures ?
– Déjà, c’est pas… Pour moi, c’est pas vraiment une biographie. Je suis pas sa biographe. C’est un portrait que j’ai fait de Karen Blixen, un portrait intuitif. Et j’ai dû passer par la biographie parce qu’elle a un parcours exceptionnel. Et pourquoi elle ? C’est un hasard, c’est le hasard d’une rencontre. Je dessinais, j’écoutais une émission de radio qui parlait d’elle, la journaliste visitait Rungstellund, sa maison qui est devenue un musée près… dans la banlieue de Copenhague et racontait à grands traits (3) ce… ce parcours incroyable d’une femme qui… que la société a essayé d’étouffer finalement depuis le début, qui était complètement enfermée et…
– Rafraîchissez-nous un peu la mémoire (4), Anne Caroline Pandolfo.
– Danemark.
– On est à la toute fin (5) du dix-neuvième – début du vingtième siècle, au moment où elle est adolescente, au Danemark.
– Un Danemark…
Vous écrivez à un moment (6) : « C’est un pays replié sur lui-même. »
– Oui.
– « Et une famille repliée sur elle-même. »
– Religieuse, protestante, luthérienne, qui a la morale en tête comme… Elle a…. Bon, c’était une femme aussi à une époque où les femmes étaient des pots de fleurs (7). Donc elle était…
– Famille nombreuse (8).
– Famille nombreuse. On lui apprenait la musique, le dessin, le chant, pour faire un beau mariage. Et… Et puis, elle s’est dit très vite : A quoi bon ? (9) Et elle a eu envie de vivre, de s’exprimer et…
– Alors, vous avez raison de dire que c’est un portrait plus qu’une biographie. Ce qui m’a beaucoup, beaucoup intéressé, c’est ce que l’on voit là, magnifiquement dessiné, c’est-à-dire que pour raconter sa vie, vous passez par ses fées (10), les fées qui se penchent sur son berceau. C’est vrai qu’on pourrait pas dire ça dans une biographie très sérieuse, universitaire. Mais non, là, en bande dessinée, on peut tout s’autoriser ! Les fées s’appellent, regardez, William Shakespeare, Frédéric Nietzsche, ah, le Diable ! Eh oui, je vois le Diable ici. Et puis un lion bien sûr, l’Afrique, l’Afrique encore et une cigogne. Comment est venue…
– Et Shéhérazade.
– Et Shéhérazade, bien sûr. La raconteuse d’histoires. Comment avez-vous eu l’idée… j’allais dire de transgresser un petit peu les codes, pour en faire un monde onirique (11) ?
– Je crois que c’est un personnage qui a été très seul, enfin, une personne qui a été très seule, Karen Blixen, et qui avait une vie intérieure très riche. Et elle a eu des influences littéraires, philosophiques, mais pas seulement. Elle a eu aussi une passion nourrie pour la nature, une passion pour son père qu’elle a perdu tôt et qui n’est pas une fée mais qui l’accompagne comme un fantôme tout au long de sa vie (12).
– Qui se suicide, hein. Alors c’est un suicide non dit. Personne n’ose raconter la vérité. Elle l’apprendra (13) bien plus tard.

Quelques détails :
1. un coup de cœur : c’est lorsqu’on découvre quelque chose et qu’on trouve ça magnifique. On dit qu’on a / on a eu un coup de cœur pour quelque chose, ou que C’est / ça a été un coup de cœur, un vrai coup de cœur.
2. être scotché : cette expression signifie qu’on est totalement surpris et qu’on ne peut plus arrêter de lire ou de regarder quelque chose qui nous plaît. (Au sens propre, scotcher signifie qu’on colle quelque chose avec du scotch, c’est-à-dire du ruban adhésif.)
3. Raconter quelque chose à grands traits : c’est raconter quelque chose dans les grandes lignes, sans entrer dans tous les détails. Mais ça suffit pour donner une idée de ce que c’est, comme un dessin esquissé.
4. Rafraîchir la mémoire de quelqu’un : c’est lui rappeler quelque chose, lui remettre un événement en mémoire.
5. À la toute fin : complètement à la fin. On dit plus souvent: tout à la fin.
6. à un moment : quelque part dans le livre, à un moment donné du récit
7. un pot de fleurs : les femmes étaient en quelque sorte juste décoratives. On dit aussi : une potiche.
8. Une famille nombreuse : une famille dans laquelle il y a beaucoup d’enfants. Elle venait d’une famille de cinq enfants.
9. A quoi bon ? = A quoi ça sert de faire tout ça ? Cette expression exprime le découragement, un sentiment d’impuissance.
10. Ses fées : ou Ces fées. Je ne sais pas quelle orthographe choisir car on ne peut pas savoir ce qu’il veut dire : soit les fées de Karen Blixen (ses fées) ou les fées qu’il est en train de montrer, dont il parle (ces fées).
11. Un monde onirique : un monde irréel, comme dans un rêve, pas réaliste.
12. Tout au long de sa vie = pendant toute sa vie
13. elle l’apprendra : en français, on peut utiliser le futur pour faire un récit historique, au lieu d’employer un temps du passé, comme le passé composé ou le passé simple.

Pour avoir un avant-goût de ce bel album, allez le feuilleter ici.

La lionne 2Titre

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