Ah, les Françaises !

Mère et fils
Le verdict était sans appel dans l’émission dont je vous ai parlé la semaine dernière: pour ces Allemandes installées en France depuis longtemps, nous ne sommes pas les rois en matière de propreté des rues. Ce n’est pas donné à tous les petits Français d’apprendre à jouer d’un instrument de musique. Nous avons des progrès à faire pour rendre nos villes et nos habitations plus écologiques. La ponctualité et nous, ça fait deux. Bref, peut mieux faire !
Néanmoins, elles nous ont toutes reconnu une qualité essentielle. Et celle-ci fait plaisir ! C’était l’occasion de ne pas oublier que ce qui paraît si évident ici et dans d’autres pays ne l’est pas partout.

Etre mère et travailler

Transcription
– Bonjour Laure.
– Oui, bonjour.
– Nous vous écoutons.
– Oui, merci. Alors voilà, j’ai fait une année Erasmus (1) en 2004-2005 à Berlin. J’ai gardé contact (2) avec ma colocataire d’alors (3) et lorsque nous échangeons (4), nous avons toujours un point sur lequel nos avis divergent, c’est sur le travail de la femme, à savoir que moi, il y a quelques années, je travaillais à temps complet, et j’avais mis ma fille cinq jours par semaine, dix heures par jour à la crèche (5), et ma colocataire ne comprenait pas que je n’aie pas réduit mon temps de travail pour m’occuper de ma fille. Et aujourd’hui, j’ai un second enfant, je travaille à la maison, j’ai créé mon entreprise. Et là, je l’ai mise chez la nounou (6) pour pouvoir travailler. Et là encore, elle ne comprend pas que je ne garde pas mon enfant à la maison en fait, pour… pour m’occuper de lui.
– On va soumettre votre cas à Michaela Wiegel.Qu’en pensez-vous ?
– Oui, Laure, merci beaucoup pour votre contribution, parce que effectivement, pour moi, je suis quand même allemande, mais ça reste quand même un des énigmes (7) : pourquoi la femme allemande doit encore se justifier quand elle veut travailler ET avoir des enfants. Et là, il faut dire que la France n’est pas assez fière du modèle qu’elle a créé, parce que vraiment, je trouve, en France, il y a déjà absence de pression sociale quand les femmes veulent continuer à travailler, et ça, c’est formidable (8) ! En Allemagne, on est en permanence, encore aujourd’hui, soumis à un regard un peu désapprobateur et quand on a un problème avec un enfant, ah bah c’est certainement parce que la maman travaillait. Et donc là, c’est vrai, on a instauré ce qu’on appelle le , c’est-à-dire les femmes après la naissance de leur enfant peuvent s’arrêter un an de travailler et sont remboursées, en quelque sorte rémunérées par l’Etat à 80 % de leur ancien salaire. C’est formidable mais c’est aussi une façon de… de dire : Voilà, vous êtes mieux auprès de votre enfant. Ne recommencez pas trop vite à travailler. Et ça renforce encore, à mon avis, une mentalité qui est à dire les enfants ne grandissent bien que quand la maman est là le plus de temps possible. Et ça, je trouve (9) en France, on a bien réussi quand même à réconcilier vie familiale et vie professionnelle.

Quelques détails :
1. une année Erasmus : c’est le programme européen qui permet de partir étudier à l’étranger, dans un pays de l’Union Européenne. Rappelez-vous le film L’auberge espagnole, dans lequel Xavier s’installe à Barcelone pour un an !
2. Garder contact avec quelqu’un : on peut dire aussi rester en contact avec quelqu’un : Je suis resté(e) en contact avec ma colocataire / Nous ne sommes pas restés en contact.
3. D’alors : de cette époque-là.
4. Échanger : correspondre
5. la crèche : c’est une structure dans laquelle les petits sont gardés en collectivité par du personnel qualifié. (entre la fin du congé de maternité, donc vers deux mois, et le début de l’école maternelle, à trois ans.)
6. une nounou : c’est comme ça qu’on appelle les femmes qui gardent les enfants à leur domicile. Ce terme vient du nom une nourrice. Le terme officiel pour désigner cette profession (reconnue et encadrée) est une assistante maternelle.
7. Une énigme : ce nom est féminin. Mais on entend « un ». Cette expression est courante pour dire qu’on ne comprend pas quelque chose. On dit aussi : ça reste / c’est un mystère pour moi.
8. C’est formidable ! : c’est vraiment très, très bien.
9. Je trouve : on utilise très souvent ce verbe pour donner son opinion, plutôt que Je pense, qui ne produit pas exactement la même impression.

La touche personnelle:
J’ai toujours travaillé, comme toutes mes amies. Je n’aurais jamais imaginé renoncer à ma vie professionnelle ni à mon indépendance financière pour élever nos enfants, même temporairement. D’ailleurs, mon conjoint n’aurait jamais accepté ! Mais j’ai bien sûr bénéficié des congés légaux mis au bout des vacances quand ça a été possible, nous avons jonglé avec nos emplois du temps, à égalité, nous avons eu la chance de pouvoir compter sur des nounous de toute confiance, nous avons aimé que nos enfants aillent à la maternelle dès que possible, avec des maîtres et des maîtresses formidables, nous avons choisi d’habiter près de notre lieu de travail pour ne pas perdre un temps précieux dans les transports et ne pas avoir à bousculer nos petits gars, que nous avons eu le temps de voir grandir.

L’émission entière est à écouter ici.

Non, non, ma fille

RugbyNon, non, ma fille, tu n’iras pas jouer au rugby !

Encore tant de préjugés sur ce qui est « pour les filles » et ce qui est « pour les garçons ». Plus ou moins forts selon les pays et les cultures.
Et c’est comme ça dans la vie en général et dans le sport en particulier. Mais comme c’est bien que dans la tête des filles (et dans celles des garçons), il y ait désormais cette idée qu’elles peuvent tout faire ! Plus ou moins ancrée selon les pays et les cultures.
Et comme le XV de France n’est pas au meilleur de sa forme dans le tournoi des six nations, les filles seraient-elles l’avenir de l’homme ?

Les filles et le rugby

Transcription :
A douze ans, j’avais demandé à ma mère de faire du rugby. Elle avait dit non, parce que j’étais une fille. Voilà. Mes frères en faisaient et revenaient souvent un peu abîmés (1). Elle voulait vraiment pas que je me fasse mal (2), quoi.

C’est parti. (3)
Arrache, arrache, arrache !

Les contacts, faut apprendre à les encaisser (4), faut apprendre à tomber, faut… enfin, tout s’apprend, quoi. C’est pas plus dangereux que la danse.

Et une idée directrice à défendre, comme un besoin de toujours se justifier:
C’est pas parce qu’on joue au rugby qu’on n’est pas féminine.
Mais les mentalités ont évolué. Il y a quelques mois, le grand public s’est pris d’affection pour (5) des Françaises qui jouaient au rugby : la Coupe du Monde a changé bien des choses (6).
Ouais, beaucoup de bien. Ouais, ouais. Je me rappelle, la première diffusion (7), j’étais dans un café à Céret, que de mâles (8). Et quand le match a commencé, ils regardaient pas forcément les écrans. Puis, bah une action ou deux, et ils ont accroché à l’écran. Et après, on a vu, ouais, ils regardaient ça vraiment comme un match masculin, voilà. Ça nous a fait vraiment plaisir.

Quelques détails :
1. abîmé : normalement, ce terme s’emploie plutôt à propos d’objets. Mais employé ici à propos du corps humain, cela renforce ici l’idée qu’on peut se faire mal au rugby, prendre des coups et revenir amoché.
2. Se faire mal : se blesser, physiquement. C’est toujours involontaire. Ne pas confondre avec se faire du mal, qui implique une action dans laquelle on joue davantage un rôle : Il se fait du mal en fumant autant.
3. C’est parti ! : on dit ça pour marquer le début d’une action. (oral)
4. Les encaisser : le pronom « les » remplace ici le mot «contacts ». On dit en général qu’on encaisse un coup, c’est-à-dire qu’on le reçoit mais on résiste.
5. Se prendre d’affection pour quelqu’un : commencer à vraiment apprécier cette personne.
6. Bien des choses : beaucoup de choses.
7. La première diffusion : la première retransmission à la télévision.
8. Que de mâles : il n’y avait que des hommes dans ce café. En français, le nom « mâle » s’emploie pour les animaux. Quand on l’utilise pour un homme, c’est vraiment pour insister sur le côté viril de cet homme. Donc ici, elle veut dire que c’était un public très masculin à tout point de vue. (physiquement et dans la tête!)

Donc ça va mal chez les rugbymen français ! Voici ce qu’en disait leur entraîneur, dépité, après leur défaite du weekend.

Pas content le sélectionneur

Transcription :
– C’est les moments les plus difficiles que vous vivez en tant que sélectionneur ?
– En tant que sélectionneur… en tant qu’entraîneur ! Ça fait dix-sept ans que j’entraîne, bah j’ai jamais eu… voilà, des… des périodes difficiles comme ça.
– Vous avez l’impression que votre discours ne passe pas auprès (1) des joueurs ?
– Le discours passe pas… Le discours on est en train de le muscler !
– Vous ne quitterez pas le navire ? (2)
– Ah non, non ! C’est ce que j’ai dit, j’ai pas… j’ai pas l’habitude de… de quitter le navire. Je l’ai jamais quitté. On m’a donné une responsabilité, c’est de préparer cette équipe, point (3). La Coupe du Monde, je peux vous assurer qu’on va se préparer, on va bosser (4) , on va travailler comme des fous, pour y arriver avec ceux qui ont envie et ceux qui ont envie de… de porter fièrement le… le maillot de l’équipe de France.
En attendant, les Français ont du mouron à se faire (5) : leur prochain adversaire, l’Italie, est en forme. Les Italiens viennent de battre l’Ecosse, 22 à 19.

Quelques explications :
1. le discours ne passe pas : ce qu’il essaie de faire avec eux ne donne aucun résultat, comme s’il n’était pas entendu. Il y a vraiment mésentente entre eux.
2. Quitter le navire : cette image du capitaine qui abandonne son bateau dans la tempête exprime l’idée de renoncer.
3. Point : il s’agit du point qu’on met au bout d’une phrase. Cela signifie que préparer l’équipe est son objectif unique.
4. Bosser : travailler (familier)
5. avoir du mouron à se faire : avoir du souci à se faire, avoir des raisons de s’inquiéter. (familier) Se faire du mouron, c’est s’inquiéter.

Petite remarque sur ma photo pour terminer: la mode en matière de maillot de rugby a changé! Celui-ci, longtemps porté – il y a une culture du rugby dans cette maison – n’était pas moulant comme ceux d’aujourd’hui.