Je te suis, tu me suis

Rosalie BlumUn moment de fantaisie avec ce film qui est à l’affiche en ce moment.

Une petite ville, avec une épicerie, un salon de coiffure désuet, des rues calmes, comme un décor imaginé pour quelqu’un qui aurait demandé : Dessine-moi une petite ville française. Un coiffeur trentenaire à l’air désuet lui aussi, dans sa vie bien réglée entre son salon et son appartement juste en-dessous de celui de sa mère plutôt envahissante. Une épicière au drôle de sourire un peu crispé et désenchanté. Une jeune fille qui trimballe son envie d’une autre vie sans oser y croire. Ses copines un peu foldingues et sympathiques. Des vies qui se croisent et s’entrecroisent, où les uns suivent les autres, puis l’inverse, comme ces histoires faites de mystères que les enfants aiment se raconter et se faire raconter. Tout commence lorsque Vincent Machot le timide demande à Rosalie Blum : On s’est pas déjà vu quelque part ?

On se laisse embarquer dans ce film où tout se dérègle puis se remet en place peu à peu, au travers de trois regards et de trois moments qui se recoupent. Il y a de l’humour, des émotions toutes simples, une touche de poésie et de très bons acteurs. C’est agréable !

La bande annonce est à regarder ici, pour découvrir vincent Machot, Rosalie Blum, Agathe et les autres.

Et juste le son :
Rosalie Blum-bande annonce

Transcription :
– Tu trouves qu’elle est bien, ma vie (1), maman (2) ? Que j’ai l’air épanoui, heureux ?
– Heureux ! Qu’est-ce que ça veut dire ? On dirait un magazine féminin à la con (3) !
– Ma vie est palpitante : (4)
– On a opté pour de la moquette dans toute la maison, même dans la salle de bains. (5)
-Ah oui !
– Ma mère est adorable.
– Mais tu peux pas faire un petit peu attention, espèce d’empoté (6)!
– Trous du cul ! (7)
– J’aurais jamais imaginé que les choses pouvaient changer.
– 8€40, s’il vous plaît.
– On s’est pas déjà vu quelque part ?
– Non, je crois pas.
– J’ai dû aller jusqu’à Montplaisir.
– Ah bon ?
– Tu la connais, l’épicière (8), là-bas ?
– Je suis sûr que je l’ai déjà vue. Rosalie Blum…
– Rosalie, tu te rends bien compte que c’est pas normal ! Depuis quand (9) on suit (10) les gens comme ça !
– Ça t’embêterait de le suivre ?
– Quoi ?
– Ce type, je vais le suivre avec toi. Dis oui, dis oui, dis oui.
– A vrai dire, ça m’intrigue plus que ça ne m’inquiète.
– Si ça se trouve (11), le type, c’est un serial killer.
– Mais vous êtes complètement malades (12)!
– Parce que suivre une femme inconnue, c’est pas un truc de malade ?
– Hé, il y en a qui taffent (13), là !
– Si on lui offrait un peu d’aventure, au psychopathe ? (14)
– Tu penses à quoi ?
– A des trucs.
– Je sais bien qu’il y a pas de hasard.
– Vous croyez ?
– Sois pas jaloux (15). Je m’amuse un peu. Ça me change. (16)

Quelques détails :
1. elle est bien, ma vie ? : un des signes qui montre qu’on est dans un style oral, c’est par exemple le fait de répéter le sujet du verbe, en commençant en plus par le pronom et non pas par le nom : elle vient avant ma vie. Normalement, il suffit de dire : Tu trouves que ma vie est bien ? Mais nous faisons ça tout le temps oralement. Cela donne plus de force à ce qu’on dit en général.
2. maman : il prononce M’man.
3. à la con : stupide, débile (très familier et péjoratif)
4. une vie palpitante : une vie passionnante.
5. de la moquette : en fait, la moquette n’est plus à la mode en France, et encore moins dans les salles de bains !
6. empoté : pas très doué, qui ne fait pas bien les choses, maladroit. (familier). Espèce de… ! est une insulte, une critique qu’on adresse directement à quelqu’un : Espèce d’imbécile ! Espèce de crétin !
7. Trou du cul ! : c’est bien sûr une insulte. (Dans le film, elle traite de trous du cul des gens qui sont entrés chez elle par effraction, pensant qu’elle n’était pas là. Elle les fait fuir en leur hurlant des insultes.)
8. Tu la connais, l’épicière ? : c’est la même chose que dans la remarque 1. Répétition cette fois du complément, en commençant par le pronom « la », qui annonce « l’épicière ».
9. Depuis quand…. ? : au sens figuré, les questions qui commencent par ces mots indiquent que quelque chose n’est pas normal, que ça ne se fait pas. Ce n’est pas une vraie question mais plutôt une exclamation qui exprime une critique. Par exemple : Depuis quand les enfants parlent-ils à leurs parents comme ça ?
10. On suit : ici, « on » a bien son sens totalement impersonnel. Suivre quelqu’un = suivre quelqu’un sans qu’il le sache, pour l’espionner.
11. Si ça se trouve : peut-être que…
12. malade : fou/folle (familier)
13. taffer : travailler (argot)
14. Même remarque qu’en 1 et 8. Le pronom « lui » annonce le nom « psychopathe ».
15. Sois pas jaloux : style oral et familier uniquement. La forme négative de l’impératif est normalement : Ne sois pas jaloux.
16. ça me change : en français, on ajoute le pronom (me, les, nous, etc.) dans cette expression qui exprime l’idée qu’il y a du nouveau, que la vie n’est plus aussi routinière.

Comme il pleuvait

Parlez-moi de la pluieJ’ai emprunté ce film à la bibliothèque de mon quartier. Petite séance de rattrapage puisqu’il est sorti il y a quelques années déjà.

Voici donc une comédie douce-amère pour passer un bon moment, avec de très bons acteurs, à condition de ne pas être agacé par le débit de parole de chacun d’entre eux ! Parce qu’il faut reconnaître que ça va vite et que les répliques fusent, comme toujours avec Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.

Et quand en plus, Jamel Debbouze fait partie de la troupe, ça va vraiment très vite, pour raconter cet enchevêtrement de relations humaines et familiales bien observées et dépeintes avec humour. Avec, dans un des petits rôles, un troupeau de moutons très drôle, dans un épisode burlesque !

Voici le premier extrait, à regarder en cliquant ici.

Et pour écouter juste le son:
Parlez-moi de la pluie 1

Transcription :
– Je voulais te voir pour te parler mais je… Je sais pas, tu as pas le temps, là ?
– Mais si, vas-y, vas-y (1), dis-moi.
– Je sais pas, là, comme ça, on peut pas… ?
– Je… Je peux te rappeler dans… dans cinq minutes ? Hein, je te rappelle. Vas-y, je t’écoute.
– C’est à propos d’un documentaire, parce que en ce moment, je travaille avec un reporter… enfin, un documentariste.
– Quoi ? Tu travailles avec un reporter ? Tu travaillais pas dans… dans un restaurant, ou dans… dans un hôtel ?
– Dans un hôtel. Je suis réceptionniste dans un hôtel. Mais je fais ça pour vivre, c’est pas une vocation. A côté de ça, je fais des petits films depuis pour…
– Ah bon ! Tu fais des petits films ? Mais c’est bien, ça ! Quel… Quel rapport avec moi ?
– C’est une série de films sur les femmes qui ont réussi.
– Les femmes qui ont réussi ? C’est ridicule !
– Voilà. Et on pense à toi.
– Plus elle sera à l’aise et plus elle parlera volontiers.
– Donc là, quand elle arrive, je lui dis pas : « Dis-donc grosse connasse (2), tu te prends pour qui (3) de nous faire attendre une demi-heure »? Je lui dis pas, ça.

Quelques explications :
1. Vas-y : c’est ce qu’on dit pour encourager quelqu’un à faire quelque chose ou à parler. Le « s » au bout du verbe à l’impératif n’est là que pour faire la liaison avec « y ». Dans les autres cas, à l’impératif, il n’y a pas de « s » : Va chercher du pain.
2. connasse: c’est le féminin de connard, qui vient de con et encore plus péjoratif. C’est donc une insulte. Très souvent, les termes d’argot qui se terminent par -asse sont péjoratifs.
3. Tu te prends pour qui ! : cette exclamation sert à exprimer la désapprobation, face à quelqu’un dont on critique l’attitude. On peut l’employer aussi indirectement : Non mais il se prend pour qui, celui-là !

Voici un second extrait à regarder ici.
Agriculture, politique, Union Européenne et gars du terroir, avec l’accent et le franc-parler ! Pas facile pour Agathe, parachutée pour cause de parité hommes-femmes pour faire campagne dans cette région qu’elle a quittée depuis un bon moment.

Pour écouter juste le son:
Parlez-moi de la pluie 2

Transcription:
– Alors comme ça, il paraît qu’elle (1) fait de la politique ?
– Failli ! (2) Merci, hein, au fait, de nous accueillir comme ça. On vous envahit , là.
– Il faudrait peut-être un peu leur remonter les bretelles (3) aux technocrates, là-haut, à Bruxelles (4) ! Parce qu’ils y comprennent rien à l’agriculture. Il faut quand même qu’ils viennent nous emmerder (5), là, hein !
– Il y a pas que des technocrates à Bruxelles. Et puis ils y comprennent peut-être rien mais ils donnent d’énormes subventions pour l’agriculture, vous savez bien !
– Des subventions ? Mais j’ai rien du tout, moi ! Les subventions, c’est pour les gros (6) ! Avec mon frère, on se tape quinze heures par jour (7), sept jours par semaine. Vous savez ce qui nous reste à la fin ? Il y a plus personne qui voudrait travailler comme ça. Ça, de toute façon, tout le monde s’en fout (8) ! Nous, on compte pas (9), nous, on est des misérables. Et puis ce temps pourri, là, hé, depuis trois semaines, vous croyez que ça m’arrange (10), ça ?
– Enfin, le temps qu’il fait, c’est quand même pas la faute de la politique !
– Autrement dit, c’est jamais de votre faute !

Quelques explications:
1. elle : il lui parle en utilisant ce pronom au lieu de lui dire : Il paraît que vous faites de la politique. Cela donne l’impression qu’il met un peu de distance. Il a un ton méfiant. (envers elle, qui est une femme, et qui plus est une femme qui fait de la politique !)
2. Failli : tournure très elliptique ou qu’on entend très mal tellement Agathe parle vite. Elle veut dire qu’elle a failli faire de la politique. Dans le film, elle vient de manquer un rendez-vous important dans sa campagne de terrain et pense donc que sa carrière politique va s’arrêter là.
3. Remonter les bretelles à quelqu’un : critiquer quelqu’un de façon virulente, montrer qu’on n’est pas d’accord du tout. (familier). Cet agriculteur ne porte pas l’Union Européenne dans son coeur ! On dit aussi : Je me suis fait remonter les bretelles, pour dire qu’on s’est fait disputer par quelqu’un pour quelque chose qu’on n’a pas fait correctement.
4. Là-haut, à Bruxelles : Bruxelles, siège et symbole de la politique européenne, est « en haut » sur une carte par rapport à cette région du sud de la France. Il emploie ce terme qui insiste sur le fossé entre les décideurs et les agriculteurs.
5. Emmerder quelqu’un : causer des problèmes à quelqu’un, embêter quelqu’un (très familier)
6. pour les gros : pour les gros agriculteurs, pour ceux qui ont de l’argent et font des bénéfices.
7. On se tape 15 heures par jour : on fait 15 heures par jour, on est obligé de faire 15 heures par jour. (familier) Ce verbe argotique indique que c’est une contrainte, quelque chose qu’on subit. Par exemple, on dit : C’est moi qui me tape tout le boulot et lui, il ne fait rien !
8. Tout le monde s’en fout = tout le monde s’en fiche, ça n’intéresse personne, personne n’y prête attention. (très familier)
9. On ne compte pas : on n’a pas d’importance, personne ne s’occupe de nous.
10. Ça m’arrange : ça me convient, c’est bien pour moi.

Si vous avez envie d’en lire un peu plus sur ce film, voici un article paru dans Télérama en 2008.