Comment savoir quand on est vieux !

Il suffit de regarder cet épisode de la série Bref.
Où il est question en un peu plus d’une minute de ce qui se passe quand on fête… ses 30 ans ! C’est un tournant dans la vie d’un homme ! Il y a des signes qui ne trompent pas.

Dans cette série, tout va vite. Moins de deux minutes par épisode.
Alors, la diction est identifiable entre toutes, les mots, les images et l’humour se bousculent.
Bref, on est (presque) tous fans !
Une grande leçon de français comme on le parle. Un peu vite quand même ! Ne vous désespérez pas !

Bref, c’est bien sûr un adjectif qui signifie « court ».
Mais c’est aussi un adverbe qu’on utilise souvent quand on veut conclure ou résumer ce qu’on vient de raconter ou d’expliquer. C’est ce que fait à chaque fois le héros de cette mini-série.

Cliquez ici pour regarder cet épisode.

Sinon voici juste le son:

Transcription:
« Happy birthday ! »
Bref, un jour, j’ai eu 30 ans. Tout le monde m’a répété: « Ça y est, tu es vieux. »
Et je crois qu’ils ont pas tort, parce que:
J’ai un pote (1) qui a eu un enfant, un pote qui est devenu médecin (2) et un pote qui est parti du jour au lendemain dans un pays étranger.
J’ai eu quatre pannes sexuelles très exactement.
Je me suis demandé ce que je voulais faire de ma vie.
J’ai dit: « Non, je préfère pas (3) me coucher tard » à des potes.
Je suis rentré chez moi, j’ai pris un bain et en plus, j’ai mis de la mousse.
J’ai dit à quelqu’un: « Tu dis ça maintenant, mais tu verras plus tard. »
Quand je vais aux toilettes, j’attends 1, 2, 3 4 secondes avant de pouvoir pisser.
Mes potes me parlent de crédit d’impôts (4) et de retraite (5).
Quand je joue avec mes Transformers, on me demande si je suis un collectionneur.
One more time des Daft Punk à 11 ans, Jurassic Park à 19 ans et les Simpsons en 23 ans.
L’hiver, je prends des vitamines.
J’ai déjà marché près de la mer avec un pull autour du cou (6) et j’ai aimé ça.
J’ai dit: « Baisse le son » à quelqu’un qui écoutait de la musique.
J’ai dit: « Oh, ça monte ! », essoufflé, dans une rue qui montait.
J’ai entendu des jeunes parler entre eux: « Trop […]. Elle voulait cé-su mais j’avais ap de pote-ca. » (7) Et j’ai rien compris. Je me suis rendu compte que je les appelais « des jeunes ».
Un dimanche, j’ai brunché. (8)
J’ai pris un taxi (9) parce que j’avais la flemme (10) de prendre le métro.
J’ai trouvé qu’un jeu vidéo allait trop vite.
J’ai acheté une théière et j’ai une marque de thé préférée (11).
Je suis trop vieux pour la carte 12-25 et pas assez vieux pour la carte senior. (12)
J’ai acheté des boîtes pour ranger.
Je mélange plus les couleurs quand je fais une machine (13) et je comprends l’étiquette de mes pulls. (14)
Je suis déjà parti en vacances pour me reposer et j’ai utilisé le mot « Farniente ».
Une bougie est restée allumée et j’ai hésité à la souffler. Kheiron l’a éteinte.
Bref, j’ai eu 30 ans.
Oh ! « Découverte autour du vin. Votre forfait oenologie« . (15) Depuis le temps que je dis qu’il faut qu’on le fasse ! Pas vrai, ma chérie ? Allez, je fais la bise à tout le monde !

Quelques commentaires:
1. un pote: un copain (familier)
2. être médecin: il faut  entre 8 et 12 ans d’études après le bac pour devenir médecin. Donc on le devient à la trentaine.
3. je préfère pas me coucher tard: il manque « ne » =  Je préfère ne pas me coucher tard. (style oral)
4. quand on est jeune, avant de travailler, on ne paie pas d’impôts évidemment. Donc ce n’est pas un sujet de conversation entre jeunes. C’est le truc des parents.
5. la retraite: quand on commence à travailler et qu’on a donc un salaire, les banques, les assurances vous contactent pour vous proposer des plans d’épargne retraite.
6. L’idée, c’est qu’il s’embourgeoise, va au bord de la mer quand il ne fait pas si chaud que ça (et fait attention à ne pas prendre froid), ou se balade en marchant le long de la plage le soir au lieu d’aller en boîte par exemple. Marcher pour le plaisir n’est pas si souvent que ça une activité de jeune!
7. Ils parlent en verlan: il est question de se faire sucer par une fille et de ne pas avoir de capotes (c’est-à-dire des préservatifs). (Conversation très crue bien sûr, pour épater les copains.)
8. bruncher: quand on est jeune, on se lève en début d’après-midi le dimanche pour récupérer d’une nuit blanche à faire la fête avec ses potes ou à jouer en réseau (toujours avec ses potes), donc trop tard pour un brunch.
9. Les taxis sont chers en France. Les jeunes ne les prennent pas, d’autant plus qu’avec le métro, à Paris, on va partout.
10. avoir la flemme: ne pas avoir le courage de faire quelque chose parce qu’on a l’impression que c’est un effort.
11. le thé: ce n’est pas la boisson la plus répandue chez les Français, notamment chez les hommes, et encore moins chez les jeunes. Boire du thé est souvent perçu comme une habitude de plus vieux, de quelqu’un qui fait attention à la qualité de sa vie, qui se tourne vers un certain raffinement dont ne se préoccupent pas les plus jeunes.
12. Ce sont les cartes de réduction de la SNCF pour voyager en train. Il y en a une pour les jeunes entre 12 et 25 ans. Donc après 26 ans, on n’y a plus droit. On entre dans l’âge adulte !
13. faire une machine = faire la lessive.
14. C’est donc la fin de la période des catastrophes de lavage où on faisait déteindre ses vêtements parce que ce n’était plus maman qui le faisait ! Savoir lire les symboles de lavage sur les vêtements est un des signes qu’on a vieilli !
15. Votre forfait oenologie: ce sont les boîtes cadeau qu’on offre (grande mode quand on est en panne d’inspiration) et qui donnent droit à des séjours quelque part, ou des cours de quelque chose, comme la découverte du vin. Quand on est jeune, le vin n’est pas la boisson alcoolisée qu’on consomme. Et apprendre à déguster les vins est un loisir qui coûte cher, donc qui vient en général quand on est un peu plus installé dans la vie.

La grosse tête ou pas ?

Vous connaissez déjà Norman si vous avez écouté par exemple ce qu’il a à dire sur ceux qui sont toujours en retard.
C’est très à la mode en ce moment de faire ce genre de vidéos – solitaires – avec des moyens limités. Et ensuite, si ça fait rire, elles circulent sur internet, notamment parmi les ados ou les jeunes.
Il y a un côté sympathique à ce que les choses puissent se faire – parce que la technique accessible à tous les rend possibles – sans passer par les circuits habituels de production. Chacun peut tenter sa chance ! Et la notoriété peut venir très vite. A condition d’être plutôt bon. Mais gloire éphémère, comme tout ce qui va vite et qu’on consomme dans l’instant ?
Petite interview sympathique donc de Norman, à qui le succès n’est pas encore monté à la tête ! (et qui parle, vite, de tout ça.)

Transcription:
– C’est ici que se font vos vidéos alors, dans cet appartement.
– Alors tout à fait. C’est mon petit appartement du 93 (1), plutôt moyennement entretenu, me direz-vous.
– Combien de personnes ont vu vos vidéos ? Vous savez ça aujourd’hui ?
– Mais en terme de vues, il y a à peu près 120 millions de vues, hein, déjà sur You Tube. 120 millions en un an et demi.

Alors il faut savoir que les gens du Code de la Route, ils ont un vocabulaire bien à eux, tu vois. Eux, ils disent pas « voiture ». Eux, ils disent: « Pour la série de questions qui suit, nous imaginons que vous utilisez un véhicule de tourisme citadin de catégorie A ».

– Quand on a ses vidéos vues 120 millions de fois, est-ce qu’on prend pas un peu la grosse tête (2) ?
– Ma vie est toujours la même, j’habite toujours dans le même endroit. J’ai toujours les mêmes amis. Après, j’ai pas l’impression d’avoir accompli quelque chose d’héroïque ou quoi que ce soit, quoi, hein. Ce que je fais, on va dire que ça… ça plaît aux gens. J’en suis content mais ça s’arrête là. Et puis, on va dire que c’est simplement que les projets, du coup, sont de plus en plus imposants. En ce moment, j’ai des… des portes ouvertes (3) au cinéma. Mais sinon, le reste de ma vie, les choses ne bougent pas.
– Est-ce qu’on vous demande des autographes, dans la rue ?
– Ouais, ça… ça… ça arrive, en effet. Ils me prennent comme un vieux pote (4), quoi ! Genre limite, ils me disent « Hé Norman! Ça va? Qu’est-ce qui se passe ? » Ils me serrent la main: « Je te checke (5), je te paye un verre », alors que moi, du coup, pour moi, c’est des parfaits inconnus (6). Le seul point négatif là-dedans, c’est peut-être que du coup, je mets peut-être plus de temps à aller à certains endroits ! Mais c’est pas un problème.
– Et avec les filles, c’est mieux ?
– Je suis en couple, n’est-ce pas (7) ? Donc la question, je ne me la pose pas. On va dire qu’il y a pas non plus des centaines de bimbos en bikini qui viennent devant la porte chaque jour. Pour le moment en tout cas, j’ai… j’ai pas de problème avec la gent féminine (8).

J’ai l’impression que les bilingues, ils ont une sorte de besoin de te foutre la honte (9). Et ils aiment bien te mettre dans des situations de manière à te rappeler que tu es une merde (10) à côté d’eux.
… Boiling water and let it cook for two or three minutes, approximately. Yeah
Je… je suis désolé. J’ai… j’ai pas compris, je parle pas… pas bien l’anglais comme toi.
Tu parles pas anglais ? C’est génial ! Tu parles quelle langue ?

– Est-ce que c’est pas (11) une notoriété précaire ? Une célébrité qui risque de (12) partir aussi vite qu’elle est venue ?
– Ouais, c’est-à-dire que les cas où en effet, c’est… la notoriété a fait… on va dire un aller et retour, c’est un cas de figure où les créatifs qui faisaient ça justement étaient pas forcément des créatifs mais plus des gens qui ont fait un… un buzz (13) sans le faire exprès. Moi, dans mon cas, c’est quelque chose que je travaille, et c’est vraiment une activité que je revendique. J’ai pas fait un petit sketch pour m’amuser, qui a marché une fois, point (14). Des sketches, j’en ai fait des centaines, voire (15) des milliers.
– Pour vous, quelle est la particularité de la célébrité, de la notoriété sur internet, par rapport à d’autres médias ?
– Contrairement à la télévision, le piston (16) est impossible sur internet. Donc en fait, le seul… la seule arme qu’on a, c’est la créativité, et surtout l’innovation qui va surprendre les gens et donner envie de… de partager et d’en parler, quoi. Parce que un buzz, avant tout, faut pas (17) oublier que c’est ça, hein. Le principe du buzz, c’est que quelqu’un… il y a quelqu’un qui lui-même dit à quelqu’un et en fait, ça fait une… une tache d’encre (18) et ça fait ensuite… comment dire… un retour massif, quoi.
– Est-ce que vous avez peur que tout ça s’arrête un jour ?
– Mais non, c’est pas quelque chose qui me fait peur parce que j’ai rien à perdre, quoi. C’est que… c’est que du bonus (19), ce qui m’arrive. Pour l’instant, le seul truc (20) que je sais, c’est que j’ai envie de faire plein de trucs, j’ai plein de portes ouvertes. Et on va dire que j’ai encore du pain sur la planche (21).

Quelques explications:
1. le 93: c’est le département de la Seine-Saint-Denis, dans la banlieue parisienne.
2. prendre la grosse tête: devenir prétentieux, se croire supérieur aux autres parce qu’on a du succès, ou parce qu’on a de bons résultats. (familier) On dit de quelqu’un: Il a la grosse la tête. (Ou l’inverse: il n’a pas la grosse tête, s’il est resté simple et modeste malgré sa réussite.)
3. des portes ouvertes: il ne fait pas la liaison entre portes et ouvertes, alors que beaucoup d’autres Français la feraient, ce qui est correct. (Personnellement, l’absence de liaison ici me gêne un peu !)
4. un pote / un vieux pote: un copain (familier)
5. je te checke: je te regarde. (argot des jeunes, basé sur le mot anglais check)
6. des parfaits inconnus: là non plus, il ne fait pas la liaison, alors qu’elle est normalement courante. Ce qu’on constate, c’est que les liaisons ont tendance à reculer, dans un langage plus familier.
7. n’est-ce pas : c’est relativement rare de dire « n’est-ce pas » en français, surtout dans un style familier. Donc il le fait de façon un peu ironique, un peu appuyée, justement pour souligner le fait qu’il n’est pas libre.
8. la gent féminine: le groupe constitué par les femmes, par opposition à la gent masculine. Ce terme est ancien et donne un côté désuet à sa phrase.
9. foutre la honte à quelqu’un: faire / ou dire quelque chose qui cause un sentiment de honte à cette personne. (très familier)
10. une merde: un minable, quelqu’un de nul. (vulgaire)
11. Est-ce que c’est pas… : omission de ne, comme d’habitude dans un style oral familier. (= Est-ce que ce n’est pas…?)
12. qui risque de partir = qui pourrait partir. (Risquer exprime l’idée que c’est une possibilité).
13. un buzz: cet anglicisme a envahi le français ces derniers temps ! On fait le buzz, on crée le buzz, c’est un buzz, etc… Légèrement agaçant… Non, très agaçant et pas très joli en français qui déforme tout… Mais bon !
14. point = et c’est tout / et c’est terminé.
15. voire = et même
16. le piston = le favoritisme. Quand on obtient un poste parce qu’on connaît des gens bien placés et non pas pour ses compétences, on dit qu’on est pistonné. (familier).
17. Faut pas oublier = il ne faut pas oublier (oral uniquement et familier). Même quelqu’un qui parle comme ça (et c’est très fréquent) n’écrira pas de cette manière.
18. ça fait une tache d’encre: l’image la plus habituelle n’est pas celle de l’encre mais celle de l’huile. On entend plus souvent: faire tache d’huile, c’est-à-dire se propager peu à peu comme l’huile (ou l’encre) une fois répandue.
19. c’est que du bonus: ça ne peut être que positif de toute façon puisqu’il ne s’attendait pas à ce succès.
20. un truc = une chose (familier)
21. avoir du pain sur la planche: avoir du travail / plein de choses à faire. (familier)