Communication difficile !

Entre père et fille, entre parents et ados, le courant ne passe pas* toujours très bien ! La vie quotidienne n’est pas de tout repos. Rien de surprenant, rien de nouveau. En voici une petite illustration où chacun est dans son rôle, entre nécessité d’encadrer et désir de voler de ses propres ailes**.
Ce qui est rassurant, c’est qu’un jour probablement, la « petite » Juliette d’aujourd’hui, 16 ans et agacée par ses parents, tiendra les mêmes propos à ses propres enfants, qu’elle agacera tout autant !


Transcription :
– C’est toujours : « Dans cinq minutes », ou « Oui, oui, d’accord ». Mais ça se fait pas (1), donc les cinq minutes deviennent vingt minutes, deviennent une demi-heure. Et bah c’est les yeux levés (2), « Pfff », une espèce de respiration exaspérée, dès qu’on demande quelque chose, dès qu’on…, « Ah ». On passe (3) vraiment pour des vieux cons (4)! On est dans ce… dans ce rapport-là, une espèce de communication qui devient… qui devient de plus en plus difficile.
C’est l’ordinateur : «Reste pas (5) trop longtemps sur l’ordinateur.» C’est la télé bien sûr : « Reste pas trop longtemps devant la télé. » C’est… pas que pour elle mais pour sa sœur : « Tu peux sortir de la douche » ou « Mets la table », «Débarrasse la table», « Fais ceci, fais cela ». « Fais pas ci, fais pas ça », voilà.
– Non mais c’est vrai, mais c’est parce que eux, je pense qu’ils se rendent pas compte que (6) nous, on a nos trucs (7) et eux, ils font partie de notre vie de la maison. Forcément, eux, ils pensent que moi j’ai… je pense qu’à vider les poubelles ou des choses comme ça, alors que moi, j’y pense jamais! Quand papa, il (8) veut pas me laisser sortir, je comprends pas pourquoi. Je lui dis : «Voilà, j’ai fait mes devoirs. J’ai eu des bonnes notes.» Il me dit : « Non, ce sera comme ça. » Alors moi, j’aime pas, parce que je peux pas négocier. Et ça finit tout le temps en cris, en pleurs, et voilà, on peut rien faire.
– Non mais c’est pas ça. Toi tu dis : « Je veux sortir tous les samedis soirs. » Bah je dis non. Ça peut pas être un postulat (9). Tu peux pas dire « Je veux sortir tous les samedis soirs. » C’est pas possible. Enfin tu as seize ans ! On dit : « Une fois de temps en temps », et on négocie à chaque fois. Et donc après, c’est « 3 heures du mat’ »(10), mais non, c’est 2 heures. Tout ça devient une discussion où je perds mes nerfs (11) assez facilement, là-dessus. Parce qu’en plus, c’est des salades (12), c’est-à-dire qu’elle dit : «J’ai ma copine machin (13) qui sort jusqu’à 3 heures ». En fin de compte (14), après, on a la mère de machin qui appelle, qui dit « Oui, bah nous, il faudrait qu’elle soit rentrer à minuit. » Donc elle nous… A chaque fois, elle va… elle va nous prendre l’excès absolu pour nous en faire une espèce de règle. Donc voilà, on négocie, et puis le ton monte (15), et puis voilà. C’est ça un peu le rapport à… à l’adolescence. Vous essayez de frapper à la porte sans…sans succès, quoi.

– A table ! Les loulous (16), à table, c’est prêt. Les enfants, à table, ça va être froid. Non, j’ai dit « A table ». J’ai dit « A table ! »
– Euh, c’est pas la peine de gueuler (17), maman. Oh, c’est bon, on n’est pas sourds.

Quelques explications :
1. ça se fait pas : ici, ça signifie qu’elle ne fait pas ce qu’on lui demande de faire.
2. les yeux levés : normalement, on dit « Lever les yeux au ciel ». Quand quelqu’un fait ça, c’est pour exprimer son agacement. Ce n’est évidemment pas poli.
3. on passe pour… : on est considéré comme…
4. des vieux cons : un con, c’est quelqu’un de nul, d’idiot. (grossier)
5. Reste pas trop longtemps… : Il manque la négation complète : « Ne reste pas…», comme très souvent à l’oral. (familier)
6. se rendre compte que : comprendre que
7. on a nos trucs : on a nos préoccupations, nos centres d’intérêt, etc… Le mot «truc » est très vague et familier.
8. Papa, il veut pas : on met souvent deux sujets (ici : papa et il) au lieu de dire «Papa ne veut pas ». (familier et oral)
9. un postulat : une affirmation qui ne se discute pas.
10. 3 heures du mat’ = 3 heures du matin. (abréviation orale courante mais familière)
11. perdre ses nerfs : perdre son calme, s’énerver.
12. des salades : des mensonges, des choses pas claires. (familier)
13. machin : c’est le mot qu’on emploie quand on ne veut pas ou peut pas citer le nom de quelqu’un. (familier)
14. en fin de compte : finalement
15. le ton monte : on s’énerve, on se fâche, on se met à crier.
16. les loulous : les enfants (familier et affectueux)
17. gueuler : crier, hurler (familier)

* Le courant ne passe pas : il n’y a pas de compréhension, d’entente entre deux ou plusieurs personnes. (familier)
** voler de ses propres ailes : devenir indépendant, avoir sa propre vie d’adulte, sans dépendre de ses parents.

657 amis sur Facebook

Vous êtes bon en géographie ? Vous connaissez tous les pays ?
Pourtant, il y en a un dont vous n’avez peut-être pas encore entendu parler: Groland.
Mais c’est où, ça ?

C’est sur Canal +, une des chaînes de télévision française (payante, mais certaines émissions ne sont pas cryptées). Et donc, c’est un pays imaginaire – mais qui ressemble bizarrement à la France – dont on peut suivre l’actualité tous les samedis (en clair). Cette émission est devenue absolument culte car elle est totalement irrévérencieuse et souvent « grossière » dans les situations et les mots, mais avec beaucoup d’à-propos !

Voici donc un des reportages de la télé grolandaise. Quand on commence à en regarder un, on se demande toujours quelle va être la chute, c’est-à-dire comment ça va se terminer ! (Pas d’inquiétude, cette fois-ci, c’est plutôt gentil.)

Pour regarder, c’est ici.

Transcription :
[…]Gilbert Bécaud, la solitude, ça n’existe pas (1). Surtout depuis qu’il y a Facebook. Mais ça, il pouvait pas le savoir parce qu’il est mort tout seul et avant l’invention d’internet.

Jivenchy Laroute (2) est fier.
« Je suis fier. »
Il a 657 amis sur Facebook.
« J’ai 657 amis sur Facebook ! » (3)

Mais aujourd’hui, il a un souci. Il doit déménager.
« Aujourd’hui, j’ai une galère (4). Je dois déménager mes meubles, mes affaires, tout ça. »

Jivenchy n’a pas d’argent pour payer des déménageurs. Mais heureusement, pour l’aider, il a 657 amis.
« Hier, j’ai envoyé 657 messages. »
Malheureusement aujourd’hui, il a eu zéro réponse.
« Merde (5)! 0 réponse ! »

Eh oui, bizarrement ce jour-là, Audrey était sur MSN, Castor était sur World of Warcraft, Nini sur Google Earth, Golga sur Limewire, Hull sur Call of Duty, Coro sur Digital Effects, Miska sur Jamendo. Tous avaient une bonne raison pour ne pas répondre à Jivenchy.

Alors Jivenchy Laroute s’est souvenu de Bruno, un vague copain (6) de sixième (7), avec qui il faisait du ping-pong, un vague copain qui n’a pas d’adresse internet mais qui a une adresse dans la rue à côté. Bruno, un vague copain de sixième qui n’a pas de PC mais qui a deux bras et deux jambes. Bruno, un vague copain pas très causant (8) mais qui vaut finalement mieux que 657 amis à la con(9).

Quelques détails :
1. La solitude, ça n’existe pas : ce sont les paroles d’une chanson de Gilbert Bécaud dans les années 70.
2. Jivenchy Laroute : les personnages de Groland ont toujours des noms idiots, mais qui pourraient presque être vrais.
3. La répétition des mêmes petites phrases très sommaires est une parodie de vrais reportages où le journaliste se contente de redire ce que la personne interrogée explique, sans rien apporter de plus.
4. une galère : un problème, une situation difficile. (argot)
5. Merde ! : plus poliment, on peut dire « Zut ».
6. un vague copain : un ami pas vraiment proche. Ils se connaissaient un peu.
7. la sixième : c’est la première classe au collège. Les élèves ont à peu près 11 ans. Donc cette « vague » amitié remonte vraiment à loin !
8. pas très causant : pas très bavard. Un peu ours, c’est-à-dire pas très sociable.
9. à la con : nul. (C’est péjoratif et plutôt grossier bien sûr.)