Dédicaces

Louise est étudiante.
La littérature, c’est son domaine. Elle aime donc lire.
Mais elle aime aussi rencontrer les auteurs des romans qu’elle lit.
Et se faire dédicacer ces livres. Brèves rencontres.
Alors, il y a quelques semaines, elle était au Salon du Livre qui a lieu tous les ans à Paris au printemps.


Transcription:
– Je suis étudiante en anglais à la Sorbonne Nouvelle. Je dévore les livres, vraiment. Bon j’en ai souvent donc qui sont imposés donc par la fac (1), que donc je suis obligée de lire. Parfois, j’ai de bonnes surprises. Parfois, c’est un peu plus pénible. Mais quand je lis vraiment pour mon plaisir un livre que j’ai choisi, ça se passe très, très rapidement. J’aime bien relire les livres aussi. Et donc en attendant la prochaine dédicace (2) qui va se passer à côté avec Nicolas Fargues, j’attends en lisant Cédric (3).
– Qu’est-ce qui vous plaît dans la dédicace ?
– La rencontre avec les auteurs. On a quand même… Alors, ça dépend avec lesquels, mais on a quand même le temps de leur parler, d’essayer de discuter avec eux.
– Alors, Nicolas Fargues, par exemple, qu’est-ce que vous avez perçu dans son écriture que vous avez retrouvé dans… en… en le rencontrant ?
– J’ai[…]… j’aime beaucoup comment il écrit. Donc j’ai eu l’occasion (4) de le rencontrer plusieurs fois. Souvent on a eu le temps de discuter un peu de comment (5) il est arrivé a écrire son dernier bouquin (6), donc « Tu verras ».
– Qu’est-ce qui vous plaît dans son univers, dans ce qu’il raconte ?
– C’est quelqu’un d’assez moderne, en fait. J’aime beaucoup. Et dans la façon dont il écrit, je trouve qu’il… qu’il est assez proche de ses lecteurs. Il a une façon de narrer (7) son histoire en fait qui inclut le lecteur dans sa narration. Par exemple dans son livre « J’étais derrière toi », enfin (8), c’est vraiment un personnage qui s’adresse à son lecteur comme si c’était son ami. On a l’impression d’être avec lui et d’être autour d’un café et qu’il nous raconte son histoire en fait, du début jusqu’à la fin.
– Pour vous la littérature, c’est donc une… une rencontre avec… avec un univers et avec l’auteur, le créateur ?
– Voilà, exactement. En fait, c’est à chaque fois un univers différent. Donc moi, je me suis spécialisée en littérature. Donc j’ai écrit un mémoire sur Emily Brontë, qui elle, pareil (8), a un univers assez… assez fascinant et très particulier. Bon évidemment, je ne pourrai jamais lui poser de questions, en fait, et je suis plutôt dans les recherches de ce qu’elle a voulu nous faire passer comme message. Et… oui, c’est pour ça que je m’intéresse particulièrement aux livres.
– Quand vous lisez, vous voyagez en leur compagnie ?
– Voilà, c’est ça, exactement.

Quelques détails:
1. la fac: c’est la façon courante et plutôt familière de parler de l’université. (C’est l’abréviation de « faculté », qu’on utilise rarement en entier.) Louise est donc en fac d’anglais.
2. une dédicace: c’est lorsqu’un auteur signe ses livres pour les lecteurs qui le lui demandent. On dit qu’il dédicace ses livres.
3. Cédric: c’est une BD.
4. j’ai eu l’occasion: beaucoup d’anglophones qui parlent français disent: « J’ai eu l’opportunité de… », mais c’est « occasion » qui est le plus naturel pour nous. Cependant, l’influence de l’anglais sur le français fait que vous entendrez des Français utiliser « opportunité ».
5. discuter de comment: style familier et oral, pour dire « discuter de la façon dont il est arrivé… »
6. un bouquin: un livre (familier). On utilise aussi le verbe « bouquiner » au lieu de « lire ».
7. narrer: raconter (style soutenu)
8. enfin: on entend à peine ce mot, mais il est là, comme très souvent en français oral.
9. qui elle, pareil…: qui elle aussi / qui elle, même chose…

Ecran ou papier ?

J’aime les ordinateurs, quand ils ne sont pas gros et qu’on peut les emporter avec soi.
J’aime mon iPhone, mais pas particulièrement pour téléphoner.
Je n’ai pas spécialement envie d’avoir un iPad. Je suis étonnée par le poids !
Je ne suis pas très attirée par les livres électroniques. Il leur manque du corps, de la densité, de la permanence.
Et pourtant…
Cette petite conversation entendue l’autre jour m’a fait entrevoir d’autres perspectives. Affaire à suivre !

Mais au fait, comment ça s’appelle ?
On trouve plusieurs mots pour désigner ces nouveaux petits appareils:
un lecteur de livres numériques: c’est long ! Et on ne peut pas dire juste un « lecteur », car un lecteur, c’est une personne en chair et en os.
– alors pour faire plus court, autant se tourner vers l’anglais, toujours plus apte à créer de nouveaux mots: on trouve donc le mot « e-reader« , prononcé à la française, je suppose, avec des « r » bien durs et bien moches !
– pour éviter l’anglais, on trouve aussi « une liseuse« , mot féminin, sans doute parce qu’on pense à une tablette, féminin aussi. Mais honnêtement, je trouve ça bizarre parce qu’une liseuse, c’est déjà ça, et j’ai du mal à voir autre chose derrière ce mot pour le moment:
* veste de femme, souvent en tricot, qu’on porte à la maison.
* petite lampe destinée à la lecture.

Comme quoi, le français peine toujours à nommer ce qui est nouveau, coincé entre longueur de nos expressions et recours à l’anglais.
Alors, c’est sans doute le nom des marques qui va s’imposer, comme le souhaitent d’ailleurs les différentes entreprises qui ont chacune sorti leur propre modèle !


Transcription:
– Bonjour.
– Vous êtes parisien ? Non? Pas du tout?
– Non, pas du tout. Saint Max, une ville près de Nancy.
– Près de Nancy. Vous possédez un fnacbook, celui que j’ai entre les mains. Est-ce que vous en êtes satisfait? On essaye de voir un peu quels sont les avantages et les inconvénients du… du livre électronique ce matin.
– Bah très satisfait. Ça fait quelques années que je m’intéressais au domaine et puis, je me suis enfin décidé. C’était un beau cadeau d’anniversaire que j’ai eu là !
– Ça coûte combien, un fnacbook, pour avoir une idée?
– 200.
– Oui, d’accord, 200 euros. Un iPad? Environ ? Dans les 400…
– 450 euros.
– 400, 400 euros. D’accord. Minimum.
– Par contre, j’ai pris… J’ai choisi celui-ci parce que je tenais vraiment à (1) avoir une tablette à encre électronique dédiée à la lecture et pas une tablette multimédia avec des écrans rétro-éclairés parce que, bon vous n’en avez peut-être pas encore parlé, mais il y a des gens qui vont lire au coup par coup (2), alors qu’il y a encore des gens, bah comme moi, qui préfèreront lire des gros livres, qui préfèreront lire longtemps, et pour ça, c’est plus avantageux d’avoir une tablette dédiée avec une encre électronique qui fatigue moins les yeux que les écrans numériques.
– Mais, Cédric, je suis désolée de vous demander des précisions, mais quel intérêt, quel avantage y trouvez-vous ? C’est vraiment une histoire de (3) poids ? Vous n’avez plus besoin de transporter des livres avec vous ?
– […] Mais en fait, j’ai… J’avais arrêté de lire, quasiment (4), parce que en fait, ce qui me gênait dans le livre – et je vais faire rire, je crois, le… le… la personne de Hachette (5) qui est avec vous – c’est le livre ! Ce qui me gêne, c’est le livre, c’est de tourner les pages, c’est le poids, c’est le papier, c’est la manipulation de l’objet. Je m’étais détourné du livre pour ça. Et alors… Et moi ce qui m’intéresse, ça n’est pas l’odeur du papier, ça n’est pas le toucher. Moi, ce qui m’intéresse dans le livre, c’est le texte.
– C’est très original, comme point de vue !
– Mais justement, le fait aussi, même si n’étant pas (6) parisien, d’avoir un encombrement réduit (7) pour y mettre tous mes livres, c’est un avantage. Tout le monde n’a pas des étagères et une bibliothèque. Mais vraiment, le fait de plus avoir à manipuler le… l’objet, le livre, qui pour moi était très gênant, maintenant, je n’ai… J’ai juste à appuyer sur un bouton pour changer de page. Et j’ai mes centaines de livres sur moi, et…
– Ouais. Et c’est tellement simple que vous lisez plus (8)? Qu’est-ce que vous avez lu d’ailleurs récemment sur votre fnacbook ?
– Eh ben, quelques ouvrages que évidemment, je… j’ai téléchargés sur… sur le site de … de la Fnac, mais également, sur d’autres sites. Bah, des auteurs peu connus, des auteurs indépendants, des auteurs non édités, qui font paraître en version livre électronique sur leur site leurs ouvrages. Il y a beaucoup de gens qui ne se font pas éditer qui sont très talentueux. Et je prends beaucoup de plaisir, mais comme d’autres personnes j’imagine, à lire des gens dont personne ne veut parler, que personne ne veut éditer et qui pourtant écrivent des histoires très intéressantes, qui écrivent bien, qui écrivent de belles histoires, qui écrivent des histoires intéressantes. Je suis passé à peu près de trois-quatre livres par an à trois-quatre livres par mois.

Quelques explications :
1. je tenais vraiment à (+ verbe) : c’était vraiment important pour moi de…
2. au coup par coup : de temps en temps, pas régulièrement.
3. c’est une histoire de poids ? = la raison, c’est le poids ?
4. quasiment : presque complètement
5. Hachette : une des grandes maisons d’édition en France
6. même si n’étant pas… : cette phrase n’est pas très correcte. Soit on dit : « même si je ne suis pas parisien », soit on dit : « tout en n’étant pas parsisien ». En fait, il y a télescopage dans sa tête des deux constructions.
7. un encombrement réduit : le fnacbook ne prend pas de place.
8. plus = davantage. Il faut prononcer le « s » final quand il a ce sens là, alors qu’on ne l’entend pas dans la négation « ne… plus ».

La FNAC : c’est la chaîne de librairies la plus connue en France. (On prononce ce nom comme un mot, pas lettre par lettre.)  On y trouve livres, CD, DVD et matériel audio-visuel. Ils ont donc sorti récemment leur fnacbook.