Ah ! Le temps n’est plus ce qu’il était…

La France a un climat tempéré qui la met normalement à l’abri de phénomènes météorologiques comme les tornades. Normalement…

Mais dimanche, ce n’était pas un orage ordinaire qui s’est formé sur Toulouse et sa proche région. De quoi surprendre, inquiéter, ou fasciner tous ceux qui ont observé la supercellule – c’est le nom de ces énormes nuages d’orage – qui est apparue dans le ciel et a donné naissance à une tornade.

Endroit bien choisi puisque c’est à Toulouse que se trouve Météo France, le centre météorologique national !
Moment bien choisi aussi car les élèves de l’Ecole de Météo France avaient eu un cours là-dessus vendredi – j’ai mes sources ! – cours dont la conclusion était que c’est un phénomène très rare en France. Gâtés donc, les jeunes météorologues: ils ont eu la théorie dans la semaine et le TP* d’observation sur le terrain le weekend !

Mais ce n’est pas un bulletin météo que vous allez regarder maintenant.
Petite vidéo amateur. Et réactions à chaud dans la voiture !
Exactement le genre de conversation difficile à suivre mot par mot dans une langue étrangère: peu de vocabulaire pourtant, mais des émotions exprimées sans filtre et comme elles viennent, avec l’accent toulousain. La vie, donc !


Transcription:
– Elle… Elle est solide, votre voiture ?
– Regarde, regarde, il y a des trucs (1) qui tombent, là, hé ! On va pas rester là, hein !
– Non. Bah non, parce que ça va déglinguer (2) la carrosserie…
– Regarde, regarde ! C’est de la neige !
– Non, c’est des grêlons.
– Va (3) par là-bas. Au soleil, au soleil, au soleil !
– Bon vas-y (3), avance ! J’ai… J’ai trop… J’ai la trouille (4) quand même.
– Mais non. Mais non.
– C’est de la neige. C’est pas des grêlons. C’est de la neige.
– Si on passe dedans, ça craint pas (5). C’est pas comme aux Etats-Unis.
– Oh oh oh ! Attends ! Là, il y a un sacré truc (6) quand même ! Regarde-moi ça (7) ! Tu as filmé ?
– Je filme.
– Arrête-toi, arrête-toi ! Je vais filmer. Attends, je sors l’appareil.
– Vous êtes sûrs que vous voulez traîner (8) là ? ça sert à rien, oh putain (9) !
– Il y a une voiture qui arrive derrière. ça vient vers nous, on peut attendre si vous voulez. On le voit…
– Regarde les trucs ! Regarde, on voit les trucs dedans !
– On avance, on avance ! C’est pas tranquille, là !
– On va être en plein dedans, ça va être sympa.
– Regarde dedans: on voit les trucs qui volent. Mais là, c’est… il y a des maisons, non ?
– Tu filmes, Mimine (10) ou pas ?
– Oui, oui, je filme, là.
– Mais qu’est-ce que c’est que ce truc de branques (11), là ?
– Mais attends, mais on n’est pas aux Etats-Unis !
– Mais qu’est-ce que c’est que ce pays ? Nous sommes bien à Toulouse, ne vous inquiétez pas.
– Regarde. Il y a des trucs qui sont pris dedans qui tournent.
– Elle se termine, là.
– Ouais, elle se termine.
– Regarde-moi ça !
– ça y est, elle s’arrête.
– ça y est, c’est parti…
– Ah, mais c’est au milieu d’un champ, ou il y a des maisons quand même ? C’est impressionnant, hein!
– C’est impressionnant. C’est la première fois de ma vie que je le vois en vrai, hein.
– Une tornade, quoi.
– Première fois. Ouais. Moi aussi, ouais.
– Tu as filmé, Mimi ?
– Ouais, ouais, j’ai filmé.
– C’est la première fois que… Et parce que si on le dit par chez nous (12), ils vont nous prendre pour des tarés (13) !
– Non, non, mais c’est clair (14), hein !
– Ils vont… Ils vont nous prendre… C’est comme aux Etats-Unis, hé !
– J’en avais jamais vu de ma vie !
– Mais c’était impressionnant quand même, hein !
– Ouais, franchement ! Franchement ouais, impressionnant, quand même!
– Regarde les enfants ! Ils ont les oreilles bouchées tous les deux.
– Regarde le mec (15), c’est pareil, il regarde. Je crois qu’il a jamais vu ça de sa vie non plus, hein.
– Bah non mais attends ! (16)
– J’ai le coeur qui a battu super vite, moi. J’imagine ma baraque (17) là-bas et tout ! Allez, on s’en va.
– Non, non (18), mais impressionnant quand même !

Quelques détails:
1. des trucs: des choses (familier)
2. déglinguer: casser (argot)
3. Va par là / Vas-y: à l’impératif, Va, qui est la forme normale, prend un « s » pour faire la liaison avec « y ».
4. avoir la trouille: avoir peur (argot) Quelqu’un qui a la trouille est un trouillard (ou une trouillarde.)
5. ça craint pas: ce n’est pas dangereux. (argot) Le contraire, c’est : ça craint.
6. un sacré truc: on utilise le mot sacré pour renforcer le mot qui suit. Ce n’est pas un truc ordinaire, c’est quelque chose d’incroyable.
7. Regarde-moi ça: c’est comme « Regarde ça », mais le fait d’utiliser « moi » montre que la personne qui parle exprime une vraie émotion.
8. traîner là: s’attarder là.
9. Putain ! : cette exclamation, qui exprime toutes sortes d’émotions (la peur, la surprise, la satisfaction) selon les situations, est très fréquente dans le sud de la France. Style très familier, pas très poli.
10. Mimine: surnom affectueux.
11. un branque: un fou (abréviation de branquignol) (argot)
12. par chez nous: ce « par » est très toulousain.
13. un taré: un fou / un idiot (familier)
14. c’est clair = c’est vrai / c’est sûr.
15. le mec: l’homme (familier)
16. Bah non mais attends ! : il ne faut surtout pas prendre les mots séparément, avec leur sens habituel. Il n’est pas question d’attendre, mais et non ne sont pas employés dans leur sens ordinaire. C’est donc juste une exclamation (courante) qui sert à commenter ce qui a été dit avant. Ici, ça signifie quelque chose comme: « c’est normal » (que le gars n’ait jamais vu ça de sa vie.)
17. une baraque: une maison (familier)
18. non, non mais… : très souvent, dans les conversations familières, non n’a pas son sens habituel de refus ou de dénégation. Ici, la personne ne refuse pas de partir. Ce non sert à enchaîner et à renforcer la réaction qu’on a. C’est comme auparavant, dans la note 14: « Non non mais c’est clair« , qui au contraire sert à approuver ce qui a été dit juste avant. (« Ils vont nous prendre pour des tarés. »)

* TP : abréviation de travaux pratiques. On l’utilise comme un nom à part entière, plus souvent que l’expression entière. Donc on peut dire: un TP, des TP. (Vous avez remarqué, il n’y a jamais de « s » de pluriel au bout des abréviations, contrairement à l’anglais.)

Et pour conclure, petit clin d’oeil, dans la rubrique culture:
Si vous regardez attentivement la page de La Dépêche – le quotidien régional du sud-ouest – en haut de ce billet (cliquez dessus pour mieux lire), vous verrez des publicités régionales.
Très régionales…
Pas de doute, on est bien dans le sud-ouest.

Le sud-ouest, pays du foie gras

Ça fait quelque chose

Il a fait froid en février. Un froid qui s’était installé pendant plusieurs jours. Vent qui transperce, températures négatives. La végétation méditerranéenne a accusé le coup*. Ici, ce sont les palmiers qui ont le plus souffert. Et dans les endroits où on a avoisiné les -10°, les oliviers ont gelé.
Les nôtres vont bien, il n’a fait que -7° au pied du massif de l’Etoile, côté sud. Ils sont encore jeunes, plantés il y a une quinzaine d’années. Ce ne sont pas ces gros oliviers très vieux qu’on transplante pour se donner l’illusion d’un jardin déjà ancien. Ils prospèrent tranquillement, sous nos yeux patients.

Mais près de Montpellier, dans l’arrière-pays, ça a été plus dur pour les oliveraies. Et pour ceux qui en vivent, c’est l’inquiétude des récoltes compromises pour plusieurs années puisqu’il faut couper et tailler les arbres touchés.

Transcription:
– Vous faites pas ça de gaieté de coeur (1), hein.
– Ah non, non, sûrement pas, parce que c’est quand même mon grand-père qui a planté ça en 56 (2). De repartir de si bas, c’est… ça fait quelque chose (3) comme on dit, hein. Concrètement, ça veut dire que pendant trois à cinq ans, on va… on va s’efforcer de remettre le domaine en état pour pouvoir avoir une production de… Sur certains arbres, ça va être dans deux ans, sur d’autres dans cinq ans.

Il y a des arbres donc où les écorces se sont fendues, déchirées dans le sens de la longueur et y compris même jusqu’au tronc parfois. Donc les écorces sont éclatées.

Pour l’instant, nous n’avons pas eu encore de retours mais donc nous attendons et nous espérons évidemment qu’il va… qu’il y aura des retours positifs de l’Etat (4).

On espère être classés en catastrophe naturelle (5) pour justement geler (6) tous les emprunts que l’on a parce que le plus dur, c’est pas de manger, c’est surtout de rembourser la banque, comme tout le monde le sait.

Quelques détails:
1. ne pas faire quelque chose de gaieté de coeur: ne pas faire quelque chose volontiers / faire quelque chose mais parce qu’on y est contraint.
2. en 56: il a fait très froid d’un coup cet hiver-là, après un mois de janvier très doux et les oliviers ont tous gelé en Provence. Beaucoup ont dû être arrachés et ça a été un coup d’arrêt à l’oléïculture dans le sud de la France pendant de longues années.
3. ça fait quelque chose: c’est triste / ça rend triste / ça nous touche.
4. des retours de l’Etat: les agriculteurs attendent des aides de la part de l’Etat en cas de problème. (ce qui est parfois paradoxal car certains agriculteurs par ailleurs critiquent le gouvernement français, notamment parce qu’ils trouvent qu’il y a trop d’impôts. Alors, l’Etat quand on en a besoin ?… )
5. classer en catastrophe naturelle: cette décision de l’Etat oblige les assurances à rembourser les dégâts causés par des phénomènes naturels (inondations, gel, grêle, etc…), à condition bien sûr que vous soyez assuré contre ces catastrophes naturelles. Il faut qu’un arrêté ministériel soit publié.
6. geler les emprunts: il n’y a pas que les plantes qui gèlent ! Mais attention, geler quelque chose, c’est au sens figuré, à propos d’argent, c’est-à-dire arrêter quelque chose. (geler la dette / les remboursements / les crédits) Au sens propre, on dit faire geler quelque chose: le froid a fait geler les oliviers / les canalisations d’eau. Ou alors, on emploie le verbe geler sans complément: Les oliviers ont gelé. / Les canalisations ont gelé.

* accuser le coup: être affecté, touché par quelque chose (moralement ou physiquement)

Les températures:
-7°C = 19.4°F
-10°C = 14°F