Le meilleur ami de l’homme

Petits et gros chiens. Chiens de salon. Chiens jamais autorisés dans la maison. Chiens obéissants ou pas. Chiens qui gardent les troupeaux. Chiens qui participent à des concours de beauté. Il y a vraiment toutes sortes de chiens.
Leur point commun, c’est probablement leur attachement à leur maître. Et quand celui-ci est un professionnel du sauvetage de vies humaines, ils sont irremplaçables pour l’assister dans ses missions. C’est ce que raconte un de ces hommes: histoire d’apprentissage, de partage et de confiance réciproque. Une très belle histoire.

Transcription:
– Concrètement, on se tourne vers des chiens qui ont une… une bonne olfaction (1). Donc c’est vrai que le… le… les chiens de races bergères (2) ont une très bonne… très bonnne olfaction, les chiens de chasse aussi. On se tourne vers les chiens qui sont des chiens rustiques, résistants, endurants parce que derrière, il y a une composante physique…
Ouais.
– … en particulier pour nous, dans le domaine de la recherche en décombres (3), hein. Nos… nos chiens sont des athlètes au plan physique aussi.
Vous allez nous raconter comment vous les entraînez.
– Oh bah, ils sont… Si on prend ceux des pompiers de Paris (4), c’est un entraînement qui est… qui est quotidien. Il y a une partie entraînement physique spécifique, exactement… enfin, exactement… pratiquement comme leur maître puisque les pompiers de Paris sont quand même réputés pour être assez « fit » (5) physiquement. Donc le matin, ils vont courir avec le maître ou ils vont faire du vélo, pas eux, mais à côté du maître. Ça, c’est la partie physique. On ajoute des petites montées de buttes (6), des descentes, des choses comme ça pour les habituer à positionner leurs pattes sur des environnements hostiles comme le décombre (7). On leur apprend aussi à… à évoluer (8) dans des environnements qui sont stressants. Parfois, dans une explosion, un tremblement de terre, il faut aller en profondeur, donc travailler dans le noir, ou il faut aller en… en hauteur avec des vides qui peuvent être parfois assez vertigineux. On leur apprend à descendre d’un hélicoptère au bout d’un… au bout d’un câble. On fait d’ailleurs régulièrement des entraînements de… de descente en rappel depuis le premier étage de la Tour Eiffel par exemple, ou le toit du Stade de France (9), pour que les chiens s’habituent au vide. Ça, c’est la partie physique et comportementale. Et puis la deuxième partie de l’entraînement, c’est l’aspect spécifique, c’est-à-dire apprendre, d’abord, comprendre qu’on va chercher une personne humaine pour avoir sa récompense et jouer, et que la personne humaine, bah, elle peut ne pas être seule, il peut y en avoir plusieurs, ça peut durer longtemps, ça peut être difficile. Donc ça, c’est un processus qui se fait sur… allez, on va dire 18 mois pour un chien standard.
Vous parlez des chiens des sapeurs pompiers. Chaque chien pompier a son maître ? Comment ça se passe ?
– Chaque chien a son maître et on fait surtout en sorte de ne pas dissocier le… le binôme, parce que comme je le disais tout à l’heure, le chien, il… il travaille avant tout pour son maître. Donc on cherche à avoir un binôme qui soit, au plan relationnel, le plus fort possible, et avec quelque chose qui passe entre l’homme et le chien. Le chien ressent parfaitement ce que ressent l’homme et on veut que l’homme en vienne aussi à ressentir et à savoir lire son chien dans le… dans le moindre détail. On pourrait penser que… et c’est le cas parfois, hein: on a des chiens qui connaissent tellement bien leur… leur travail, on les met tout seuls sur le décombre et ils trouvent sans problème les victimes.Mais parfois, il peut y avoir des situations de doute, et les situations de doute, le maître du chien va être capable de… de manière très, très fine d’apprécier le fait que le chien s’intéresse à… à un endroit mais c’est peut-être un point chaud, c’est peut-être un endroit où quelqu’un était couché, et puis il est parti aux toilettes à l’autre bout de l’appartement, donc c’est peut-être pas forcément le bon endroit, vous voyez, le… le genre d’exemple qu’on peut avoir en situation réelle.Ça, ça peut marcher qu’avec un binôme très fort.
Pour donner un exemple totalement opposé, former un chien à trouver des truffes (10), c’est beaucoup plus facile.
– Bah, les vieux chercheurs de truffes vous diront que le… la manière la plus simple de procéder, c’est… c’est de badigeonner les mamelles de la mère, de la chienne, avec du jus de truffe. Et puis les petits chiots vont venir téter le lait de la mère et ils s’habituent à… à l’association d’idée entre le fait d’avoir à manger et puis l’odeur de truffe. Et après, ça devient naturel pour eux d’aller chercher des truffes. Le défaut est que, quand on fait comme ça, si le chien trouve une truffe, il la mange ! Donc on peut aussi procéder différemment en… en imprégnant par exemple un jouet, dès le plus jeune âge, avec une odeur de truffe et puis en jouant avec ce… ce jouet, et le chien va, de lui-même (11), aller vers cet… cet effluve (12) de truffe dans le futur.

Quelques explications:
1. l’olfaction: l’odorat
2. les races bergères: on les appelle les chiens de berger, c’est-à-dire ceux qui gardent les troupeaux.
3. les décombres: ce sont les bâtiments en ruine après un séisme, une explosion, etc…
4. les pompiers de Paris: c’est un corps spécial de l’armée de terre mis à la disposition de Paris et sa région pour la lutte contre les incendies et toutes les opérations de secours aux personnes.
5. fit: il utilise le mot anglais pour indiquer qu’ils sont en bonne condition physique. Nous n’avons pas de mot aussi court que le mot anglais pour exprimer cette idée !
6. une butte: une petite colline
7. le décombre: normalement, ce mot est toujours utilisé au pluriel. Là, c’est un peu le jargon du spécialiste qui définit une catégorie de lieu d’intervention.
8. évoluer: ici, c’est le sens de se déplacer.
9. le Stade de France: c’est le grand stade dans la banlieue parisienne où ont lieu les grands matchs de foot, de rugby (et des concerts).
10. les truffes: ce sont ces champignons qui poussent dans la terre, très recherchés pour une cuisine gastronomique et qui valent très cher. Les chiens dressés pour ça les détectent grâce à leur odorat.
11. de lui-même: tout seul, de sa propre initiative.
12. un effluve: une odeur un peu subtile qui se dégage de quelque chose. (On l’emploie souvent au pluriel: des effluves) C’est un mot assez soutenu, littéraire.

Des livres et des voyages

Les livres qui peuplent votre enfance. Puis ceux qu’on écrit.
Les voyages qui vous sortent de vous-même. Partir. Ailleurs.
Une vie où rien n’est tracé d’avance.
Une femme libre.
Elle est tout cela dans les mots qui la racontent.

Transcription:
– Moi, il m’est indispensable de voyager et d’écrire. Et je pense que j’aurais jamais écrit si j’avais pas voyagé, même si j’écris pas de récits de voyage, hein (1). Mais pour moi, c’est un peu le même état. Si je… Si… Si demain, pour une raison ou une autre, je n’écrivais plus, bon, il faudrait quand même que je voyage. Bah par exemple, quand on voyage, enfin, quand on voyage vraiment et tout ça, on a des galères (2). Tout d’un coup, plus rien ne va. On devait prendre telle voiture, bon, on est plantés dans un encombrement en Inde, on sait pas où on est, enfin bon, etc… Et on attend la récompense ! Enfin je veux dire, avec Kriss, c’était tellement important pour nous quand on avait une galère comme ça, c’était: « Tu sais ce qui se passe quand on est dans une galère comme ça. Vive la galère, parce que là, on va avoir la récompense. » Par exemple, plantées sur une route, je veux dire, je sais pas quoi (3), il y a des moustiques, il fait chaud, je veux dire, on a presque plus rien à boire et tout ça. Et tout d’un coup, on va rencontrer le type qui va changer tout le voyage, quoi ! Et en fait, je pense que moi, j’ai appris ça enfant (4), bah à… Parce que j’étais fille unique (5), je m’ennuyais, bon… Donc c’était des rêves, c’était des livres, c’était lire, c’était m’imaginer ailleurs, aller ailleurs. Et donc il y a toujours l’idée que il faut aller ailleurs pour que ça se passe (6).
Vous êtes la seule écrivain de la famille, vous ?
– Ah oui ! Moi je dirais même que je suis la seule lectrice de la famille, oui. Oui. Oui, oui, moi, c’est les… Les livres, ils ont débarqué chez moi par… ben je sais pas, par les prix que j’ai gagnés à l’école (7), quoi. Donc… Ou les livres que je prenais à la bibliothèque, etc… Donc oui, oui, oui, moi, c’est l’école qui m’a appris à lire. Enfin je veux dire au sens…Pas à lire A B C D, mais lire… lire des livres. M’échapper.
Est-ce que du coup, le fait que vous, vous écriviez et que vous lisiez, c’était bien vu (8)?
– Alors, que je lise, c’était bien vu, parce que de toute façon, on me demandait de bien travailler à l’école parce qu’il fallait que je m’en sorte (9) et il fallait pas que je sois dans la précarité (10) où mes parents s’étaient trouvés quand ils étaient jeunes, disons… enfin bon, faut dire que, bon, ils étaient jeunes pendant la guerre, donc évidemment. Mais après, quand… quand j’ai écrit, c’est-à-dire que j’ai… j’ai décidé de pas avoir une vie tranquille avec un métier, mais d’être à la fois comédienne, écrivain, bon etc…, c’était évidemment très mal vu. Mais bon par chance, comme j’ai… j’ai… ça s’est passé plutôt bien assez rapidement, donc mes parents ont été rassurés assez vite, donc finalement, après, c’était… Et même, ils se sont rendus compte que dans toutes les décennies qui sont passées avec toutes les crises qu’il y a eu de gens qui ont été au chômage, qui avaient des boulots, qui les ont perdus, etc… Moi, comme j’en avais jamais, je pouvais pas le perdre ! Il fallait… Moi je passais mon…. mon temps à inventer mon travail. Donc bon, bah… Oui, bah des fois, c’était… ça a été particulièrement difficile de l’inventer. Et beh des fois, c’était très facile. Bon, enfin, je veux dire, c’était… c’était comme ça.

Quelques explications:
1. Les formes négatives sont toutes incomplètes, comme très souvent à l’oral.
2. une galère: une difficulté, un problème dans la vie. (familier)
3. je sais pas quoi: elle dit ça car elle cherche des exemples qui vont illustrer ce qu’elle décrit.
4. j’ai appris ça enfant = quand j’étais enfant. (Raccourci très fréquent dans ce cas.) On peut faire la même chose avec les autres âges de la vie: il a vécu ça bébé. Il a découvert ça ado. Il a compris ça adulte.
5. fille unique: elle n’avait pas de frères et soeurs.
6. pour que ça se passe: pour qu’il se passe quelque chose.
7. les prix gagnés à l’école: c’étaient des livres en récompense du travail ou du comportement. Ils étaient donnés aux enfants à la fin de l’année scolaire en juin pendant la cérémonie de remise des prix.
8. c’était bien vu: c’était estimé, considéré comme important, apprécié. (Le contraire, c’est être mal vu)
9. s’en sortir: réussir.
10. la précarité: la pauvreté, dans laquelle tout équilibre est très fragile. Ça veut dire qu’on ne sait jamais de quoi le lendemain sera fait.