Métiers de garçons, métiers de filles ?

Fin janvier en France, les jeunes qui sont en terminale au lycée mettent en route le processus administratif qui leur permettra de s’inscrire dans l’école ou l’université de leur choix. Mais le choix est souvent difficile ! C’est l’heure des grandes questions quand on n’a pas de vocation particulière ou qu’on est au contraire attiré par des domaines variés. Sur le site Cité orientée, on trouve une multitude de témoignages de jeunes qui se cherchent et d’autres qui ont déjà un pied dans la vie professionnelle. Paroles de leurs parents aussi, de leurs proches, de leurs professeurs, de leurs tuteurs de stage. C’est riche !
Les auteurs de ce projet étaient interviewés par Hervé Pauchon pour la radio.

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metiers masculins et féminins

Transcription :

– Donc j’ai fait un petit tour (1) de qui a une idée de ce qu’ils veulent faire – c’était des 4èmes – donc il y en a beaucoup qui avaient vraiment pas d’idées. Mais dans ceux qui ont dit, il y en a quatre… filles qui ont dit puéricultrice (2). Voilà. Et ce serait bien qu’il y ait des garçons puériculteurs (2) aussi, du coup, de pas s’arrêter que là parce que c’est que des filles.
[…]
– Ouais, et du coup, je suis très sensible à cette question en plus, c’est vrai. On en croise peu (3), hein !
– Pourquoi ? Vous êtes puériculteur ?
– Non, mais je suis très engagé dans le soutien au développement des métiers de la petite enfance, voilà. Donc je pense que c’est important qu’on offre aux enfants la possibilité de s’épanouir (4) dans des métiers qui sont pas forcément orientés sexuellement,justement, parce que beaucoup d’enfants pensent que… Voilà, ils reproduisent ce qu’ils entendent, ce que les parents peuvent vivre eux-mêmes, les métiers très féminins, les métiers très masculins. Donc il y avait des agricultrices qui réussissent aussi bien que des agriculteurs, et c’est ce que tu montres, je crois, dans le… Il y a un des enfants qui est intéressé par les métiers de l’espace vert (5) ou… je sais plus… enfin, il y a des profils qui sont très différents. Il faut casser un peu les préjugés sur les métiers en fait.
C’est vrai que dans le projet, il y a justement une fille – je sais pas si elle est là ce soir, Magaly – mais qui s’est retrouvée à … qui voulait être électricienne, et quand elle a appelé le… pour trouver du travail, donc c’est une fille, elle appelle au téléphone des sociétés d’électricité pour se faire prendre en apprentissage et tout le monde lui dit : Ah, c’est pour votre fils ? Alors… et à chaque fois, elle doit expliquer : Non, non, c’est pour moi ! Et elle s’est pris un nombre de refus avant de trouver sa place. Et elle est seule dans sa classe. Et elle est… Elles sont trois filles sur cinq cents élèves, je crois. C’est vraiment des ratios… et c’est pas facile de les dépasser. Et pourtant, chaque fois qu’ils les dépassent, chaque fois qu’ils rencontrent des gens, les gens se disent soit ça fait du bien d’avoir des filles dans ce métier de mecs (6), ou à l’inverse, ça fait du bien d’avoir des mecs dans ce métier de filles puisque c’est dans les deux cas – il y a aussi… Dans le projet, il y avait un infirmier qui disait que c’était pas évident parce qu’il avait l’impression que les médecins traitaient mieux les infirmières que les infirmiers. Et c’est vrai que c’est un projet…enfin qui nous unit et qui est… qui nous touche beaucoup d’essayer de dépasser le plafond de verre qui fait qu’on ne s’autorise pas ce métier-là.
– Moi, je me souviens pas ce que je voulais faire, mais c’est pas du tout ce que je fais aujourd’hui, ça, c’est sûr !
– Donc finalement, ça sert à rien de se prendre la tête (7) ! Il faut juste profiter de la vie et puis… !
– Je pense que les gamins (8), il faut effectivement leur laisser le temps de choisir et puis surtout, on est dans une période où les métiers, on ne va plus en avoir un seul dans une vie professionnelle. Donc il faut aussi accepter que les gamins, ils puissent à la fois et douter, s’interroger, tâter le terrain (9) et puis derrière ça, c’est aussi leur donner des opportunités pour découvrir des métiers qu’ils n’auraient pas forcément découverts.

Des explications :
1. faire un petit tour de quelque chose : au sens figuré, c’est explorer un peu une question. Ici, c’était interroger quelques-uns des jeunes sur leurs futurs métiers.
2. Une puéricultrice : c’est une femme qui s’occupe des bébés et des très jeunes enfants dans une crèche par exemple. Le masculin puériculteur n’existait pas puisque ce métier était considéré comme uniquement féminin.
3. On en croise peu = on rencontre peu d’hommes qui exercent ce métier, puisqu’ils sont encore très peu nombreux.
4. S’épanouir : être heureux, se réaliser
5. l’espace vert : normalement, on dit plutôt : les espaces verts, c’est-à-dire tout ce qui concerne l’aménagement des jardins, des parcs dans les villes.
6. Un mec : un homme (très familier)
7. se prendre la tête : s’angoisser à cause de quelque chose, se poser plein de questions, douter (familier)
8. les gamins = les enfants, les jeunes (familier)
9. tâter le terrain : faire des essais, expérimenter quelque chose avant de prendre une décision, avant de faire vraiment quelque chose, parce qu’on n’est pas très sûr. (familier)

J’ai donc écouté le témoignage de Magaly, 17 ans, qui fait des études d’électricité et veut être domoticienne. Allez regarder ce petit reportage.
Sur le site, dans la section « Je rencontre les habitants », cliquez sur la photo de Magaly.
C’est vraiment bien fait, c’est du beau travail documentaire.
Et cette jeune fille est bien sympathique !
(J’espère que vous avez accès au site de là où vous vivez. Dites-moi !)

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Et vous souvenez-vous de Franck sur France Bienvenue ?

Une vie à pêcher

Marin pêcheur

En allumant la radio un midi de la semaine dernière, je suis tombée sur ces enfants qui posaient des questions à un marin pêcheur, avec le naturel et le sérieux des petits que tout intéresse. J’ai compris ensuite qu’il s’agissait d’un extrait d’un film qui raconte la vraie histoire d’une vraie famille, jouée par les membres de cette famille eux-mêmes.

Marin pêcheur – Tempête

Transcription:
– Est-ce que ça vous arrive de vous blesser en mer ?
– Alors, oui. Oh, ça m’est arrivé, hein ! J’ai… Parce que c’est quand même… Un bateau, ça bouge tout le temps. C’est toujours en train de bouger. Et notre outil de travail, c’est un couteau. Donc c’est quand même très dangereux, quand vous êtes comme ça, comme ça. Le bateau, il fait hop, hop, hop ! (1) Quand on est en train de travailler, on se loupe (2). Voyez, moi, j’ai des cicatrices plein les doigts (3), j’en ai… Je me suis mis un coup de couteau là, je me suis mis un autre coup de couteau ici. C’est très, très dangereux. Vaut mieux (4), des fois (5), quand on voit qu’on tombe, moi, je sais que je jette mon couteau par terre. Je préfère perdre mon couteau que me couper un bras, quoi. Donc faut faire… Faut faire gaffe (6). Eh oui, ça arrive souvent.
– Est-ce que ça vous est déjà arrivé de… de penser que vous allez mourir, dans une tempête ?
– Ça m’est déjà arrivé, oui, pendant des grosses tempêtes, bah où, tu vois, la vague, elle est très, très haute, elle nous pousse et le bateau, il surfe, comme ça. Donc bah, tu as un peu peur que le bateau, il se mette sur le côté, puis qu’il chavire, comme ça. Mais donc oui, ça m’est arrivé plein de fois (7). Dans les tempêtes, à partir du moment que (8) le vent, il y a plus de 90 km/h, on commence à avoir un peu peur. Faut (9) simplement avoir vraiment confiance dans le bateau, quoi ! Tu vois.
– Mais c’est que vers quel âge, vous avez aimé… bah… pêcher ?
– Oh, je crois que j’ai toujours aimé pêcher. Quand j’étais tout petit, j’étais déjà avec ma canne à pêche. Avant, j’étais déjà avec mon épuisette en train de pêcher des petites crevettes. Après, je suis passé avec ma canne à pêche pour pêcher des plus gros poissons. Et après, je voulais absolument aller à la pêche avec mon papa (10), et du coup, je suis parti. J’ai toujours aimé la pêche. Toujours, toujours !

Quelques détails :
1. le bateau fait hop, hop, hop : cette onomatopée exprime l’idée de sauter. Donc il mime le bateau en train de sauter à cause des vagues.
2. Se louper : rater ce qu’on veut faire, ne pas le faire correctement. (argot) Louper quelque chose signifie manquer quelque chose ou rater ce qu’on fait.
3. Plein les doigts = partout sur les doigts
4. vaut mieux = il vaut mieux (style oral)
5. des fois = parfois, quelquefois. Des fois est plus familier, plus oral.
6. faire gaffe : faire attention (argot)
7. plein de fois = très souvent (familier, style oral)
8. à partir du moment que : il faut normalement dire : à partir du moment où (= si)
9. Faut = il faut (style oral)
10. mon papa : normalement, on dit « avec mon père ». Mais comme il s’adresse à des enfants, il utilise le terme qu’ils emploient.

L’émission entière est à écouter ici, avec le réalisateur qui explique comment il a travaillé.

Tempête bande annonce

La bande annonce du film est à regarder ici.
Histoire de famille. Histoire de divorce et de garde d’enfants.
Histoire de mer.
Histoire vécue et rejouée par ses protagonistes.
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Transcription:
– Tu restes combien de temps ?
– Quarante-huit heures. Je repars lundi matin.
– OK, super…
– Je croyais que tu avais changé de bateau et que tu allais rentrer tous les soirs.
– Bon, arrête tes conneries ! C’est moi qui ai la garde. Tu vas me la chercher, la gamine, avec ses affaires !
– Elle va nulle part ! Chez toi, elle est toujours toute seule !
– Moi, j’ai pas le choix ! Je vais à la mer. Tu vas me chercher la gamine, elle revient avec moi.
– Laisse-moi, tu me fais chier !
– Tu me fais quoi, là !
– Ah mais je suis pas sûre que le juge, cette fois-ci, aille dans votre sens, si vous ne changez pas votre organisation au niveau du travail.
– Non mais c’est vraiment important, faut vraiment que je reste à terre.
– Si tu viens pas, c’est pas la peine de revenir. Je prends quelqu’un d’autre.
– Si je dois m’acheter quelque chose, je vais m’acheter un petit bateau, pour justement être là tous les jours, avec mon gars, avoir un minimum de vie de famille.
– Il faut que tu le fasses. Il faut que tu te motives pour le faire bien comme il faut.
– Tu me fais confiance ?
– Oui.