Allez, les filles !

Comme l’annonçait Edelweiss dans son commentaire il y a deux jours, c’était hier la journée internationale des droits des femmes. On avance, comme le prouvent les mouvements récents de dénonciation du harcèlement vis-à-vis des femmes. Mais il y a encore (et toujours) du travail à faire, à tous les niveaux, à en croire ne serait-ce que les termes de recherche tapés par certains pour arriver sur ce blog !
Pour l’anecdote, voici ce qu’on trouve ces derniers jours :


– Tout d’abord, apprendre à ( à, accent grave, pas a ) parler (parler -er et pas ) et écrire correctement le français, c’est ça qui serait nécessaire!
– Et comme toujours, je reste perplexe devant ce qui attire le plus de personnes sur ce blog, c’est-à-dire la recherche des mots vulgaires et des insultes – et souvent celles à utiliser avec des femmes – en français ! Mes quelques pages là-dessus ont toujours du succès. J’avais déjà évoqué ce fait il y a quelques années ici.
Cela dit-il quelque chose de nos rapports humains ?

On y arrivera bien un jour, et partout ! Aujourd’hui, dans certaines parties du monde, nous allons à l’école, nous lisons, nous choisissons d’avoir des enfants ou pas, nous ne restons pas à la maison, nous travaillons, nous explorons le monde, nous avons notre mot à dire et notre vie à décider.

Allez, pour inverser un peu les rôles, je vous laisse aujourd’hui en compagnie d’un homme qui fait ce qui est encore souvent traditionnellement réservé aux femmes !

Père épuisé

Transcription
– Qu’est-ce que je ressens ? Un mélange d’amour, bien sûr, évidemment, et c’est bien en premier lieu, mais aussi d’énervement profond quand ils ne… n’obéissent pas. Et… Il y a plusieurs choses en fait. C’est que quand * je les ai deux par deux, c’est beaucoup plus simple que de les* avoir tous les quatre ensemble, bon, en étant seul à les gérer, bien sûr. D’une part parce qu’il y a les deux aînés qui se* tirent la bourre (1), je* dirais, pour savoir qui fera* le plus de bazar (2) et qu’il y a beaucoup plus d’interactions, avec quatre enfants, entre eux. Et ça crée un brouhaha (3) incessant et finalement, dans… dans vingt-quatre heures, j’ai très peu de moments où je n’ai pas d’enfant qui soit hurle, crie, ou vienne me solliciter (4) pour donner à manger, donner un verre d’eau, faire ceci, l’aider à s’habiller, se déshabiller, l’aider à quelque chose. Donc je suis… je suis* pris en fait… je suis hyper sollicité, du matin 7-8 heures jusqu’au soir, 22-23 heures pour les… les plus grands le weekend.
– Et ça crée chez vous un sentiment d’épuisement ?
– Ah mais bien sûr ! Evidemment ! Oui, je suis épuisé, oui, de… d’être hyper sollicité comme ça en permanence, oui !

Quelques explications :
1. se tirer la bourre : être en compétition, rivaliser pour être le meilleur. (argot). Par exemple : Quand ils font du vélo ensemble, ils finissent toujours par se tirer la bourre !
2. le bazar : le désordre. Ici, faire du bazar signifie faire des bêtises, ne pas être sage. (familier)
3. le brouhaha : du bruit confus où se mêlent beaucoup de voix, un bruit qui constitue comme un fond sonore envahissant. (par exemple, on parle du brouhaha de la rue, d’une foule, etc.)
4. solliciter quelqu ‘un : demander quelque chose à quelqu’un. Donc être très sollicité veut dire que les autres vous demandent sans cesse de l’aide, de l’attention.

La prononciation qui mange les syllabes:
* On l’entend lorsque ce jeune père dit : que quand.
Je ne sais pas si vous entendez « que », mais pour une oreille française, ce petit mot, à peine prononcé, est cependant perceptible.
* que de les avoir: il dit « d’les », en raccourcissant « de ».
* qui se tirent : il dit « s’tirent »
* je dirais : il prononce « j’dirais »
* fera : est prononcé « f’ra »
* le plus : est prononcé « l’plus »
* je suis pris : devient « chuis »

N’oubliez pas que vous n’êtes pas obligés de manger les syllabes comme ça pour avoir un français qui sonne « vrai ». Ici, dans le sud de la France, la majorité des Français prononcent distinctement ces syllabes escamotées ailleurs. Tous ces accents sont complètement authentiques et naturels. A vous de choisir votre prononciation !
A bientôt.

C’est pas beau de mentir !

Grâce à une question de Svetlana qui « m’accompagne » sur ce blog depuis longtemps maintenant, j’ai découvert une émission humoristique où les enfants sont amenés à mentir ! Et à dire des gros mots. Cela donne des échanges plutôt drôles, avec des surprises. Et c’est bien d’écouter parler ces petits ! Certains réagissent avec beaucoup d’humour et répondent du tac au tac, avec un naturel désarmant. D’autres prennent les choses très au sérieux et trouvent injuste qu’on les accuse de mentir. (Cela met parfois un peu mal à l’aise, je trouve.)
J’ai regardé plusieurs de ces petites vidéos. Il y a l’embarras du choix ! Voici donc Louna, parce qu’elle fait des réponses un peu loufoques, parce qu’elle « trahit » sa maman qui est donc démasquée et parce qu’elle sait déjà la valeur des mots.
(J’ai repéré un ou deux autres épisodes, que je commenterai dans un autre billet. On a beaucoup à apprendre de ces petits !)

La vidéo est à regarder ici.

Voici aussi juste le son, mais c’est mieux de regarder les mimiques de chacun!
Détecteur de mensonges – Louna

Transcription :
– Bonjour mademoiselle.
– Bonjour.
– Ça va ?
– Hmm/
– Oui ? Comment t’appelles-tu ?
– Je m’appelle Louna.
– Je m’appelle Détective Benoît. Je te présente la Fée de la Vérité. Ça va ? Tu es contente d’être avec nous, Louna ?
– Oui.
– Alors, regarde, il y a un joli casque. Hop (1), sur la tête. En fait, à chaque fois que tu vas dire quelque chose, si tu dis quelque chose qui est pas vrai, il sonne. Est-ce que tu as un amoureux ?
– Non, je…
(sonnerie)
– Houp houp houp… (2)
– Tu as un amoureux ? (3)
– Oui.
– Ah ! Alors, comment il s’appelle, ton amoureux ?
– Il s’appelle Fernando.
– Ah !
– Et est-ce que tu vas te marier avec Fernando ?
– Oui, mais il peut pas.
– Mais tu vas te marier quand ?
– A 10 heures. (4)
– A dix heures ?
– Hmm.
– Et il est grand, ton amoureux, ou il est petit ?
– Il est grand et petit.
– Il mesure combien ?
– Il peut pas attraper des ballons.
– Il peut pas attraper des ballons ?
– Oui.
– Et quand il est grand, il mesure combien ?
– J’en sais rien. Il…
– Un mètre ? Deux mètres ?
– De quelle heure ? (5)
– Hein ? Ah, de quelle heure ?
– Oui.
– Eh bah dix mètres de huit heures. (6)
– Bah moi, j’aime bien manger des saucisses avec des légumes.
– Bah moi aussi, je trouve ça normal, surtout à huit heures moins dix mètres. Et c’est un légume, la saucisse ?
– Non. C’est…
(sonnerie)
– Ça pousse dans les arbres, les saucisses ?
– … Oui.
– Oui ? Comment ça s’appelle, l’arbre à saucisses ?
– Saucissier. (7)
– Un saucissier ?
– Oui. Et il y en a beaucoup dans le… dans ton jardin, des saucissiers ?
– Oui.
– Ça doit être très joli, un saucissier, non ?
– Oui.
– Et toi, parfois, tu dis des gros mots ? (8)
– Non, je dis : Punaise. (9)
(sonnerie)
– Tu dis des gros mots ?
– Non !
(sonnerie)
– Oh !
– C’est quoi le pire des gros mots ?
– Bah… C’est : Ta gueule ! (10)
– Ah, c’est pas mal !
– Oui, ta gueule, maman, elle dit ça.
– Ah, elle dit ça à qui ?
– Bah, aux monsieurs quand on est dans la voiture. Pour aller à l’école. Elle dit : Ta gueule !
– Et elle dit quoi encore ?
– Bah, elle dit : Je vais t’arracher les yeux, tête du cul ! (11)
– Ah ouais ! Et c’est bien de dire ça ?
– Non.
– Non ? Et tu lui as dit à maman que c’était pas bien de dire ça ?
– Euh… N[…] Oui.
– Oui ? Et qu’est-ce qu’elle dit ?
– Elle dit : Je vais t’arracher les yeux.
– Ah ouais ! D’accord. Elle aime bien arracher les yeux, ta maman.
– Bah oui.
– Est-ce que tu sais chanter des chansons ?
– Oui.
– Ouah !
– Tu veux bien me chanter une chanson, s’il te plaît ? Vas-y.
– Elle s’appelle : (?) (Elle chante)
– Bravo !
– Et c’est en français ou en anglais ?
– C’est en anglais.
– Et tu sais parler l’anglais ?
– Euh oui.
– C’est génial ! (12)
– Ça, c’est en anglais.
– Ça, c’est en anglais. Bah écoute, moi, je trouve que tu chantes très, très bien.
– Oui.
– Tu voudrais pas être chanteuse quand tu seras grande…
– Non, je voudrais être une star.
– Comme qui par exemple ?
– Bah, comme Les Winks / les Wings. (?)
– Comme les Wings.
– Oui.
– Bah évidemment. Bon, est-ce que tu t’es bien amusée avec nous ?
– Oui.
– Est-ce que tu penses que cette machine, c’est une vraie machine ou que c’est une machine qui est faite pour te faire dire des bêtises ?
– Bah c’est une bien. (13)
– D’accord. Merci beaucoup, mademoiselle. Au revoir. Tu viens me faire un bisou (15) quand même !

Quelques détails :
1. Hop : c’est une onomatopée, qui sert dans différentes situations. Ici, elle sert à accompagner un geste. (quand il met la passoire-casque sur la tête de Louna).
2. Houp houp houp : autre onomatopée, qui permet ici de « critiquer » la réponse de la petite fille. Cela signifie en quelque sorte : Attends, il y a un petit problème…
3. Un amoureux / une amoureuse : c’est souvent le nom employé entre les petits à propos des relations plus fortes qu’avec de simples amis, sous l’influence des adultes. Chez les petits, on entend aussi le nom : fiancé(e): Tu as un fiancé ?
4. A 10 heures : réponse plutôt surprenante évidemment ! Elle veut peut-être faire allusion à l’heure de la récréation du matin à l’école, pendant laquelle toutes ces histoires entre enfants se jouent. C’est mon interprétation !
5. De quelle heure : cette question est totalement inattendue ! Je ne sais vraiment pas ce que Louna veut dire.
6. Dix mètres : comme il est lui aussi un peu perdu pour suivre la logique de cet échange, il enchaîne de façon aussi peu rationnelle !
7. Un saucissier : pour inventer ce mot, elle a tout compris de la façon dont sont formés les vrais noms d’arbres. (Un prunier, un pommier, un poirier, un figuier, etc.)
8. un gros mot : un mot très impoli, vulgaire, ou une insulte.
9. Punaise : elle a tout compris aussi sur les niveaux de langue! Punaise est la façon plus polie de dire Putain, qu’on emploie pour réagir à une situation. (pour exprimer sa surprise, sa colère, sa déception, etc.) Il y a une sorte d’auto-censure car Putain est grossier, même si certains l’emploient très souvent.
10. Ta gueule ! : elle a raison, c’est une insulte vulgaire et agressive.
11. Tête de cul : je pense que c’est plutôt Tête de con, mais que Louna entend ça.
12. C’est génial = c’est super.
13. C’est une bien : cette phrase n’est pas correcte, mais elle veut dire que c’est une machine qui marche bien, une vraie machine.
14. Un bisou : c’est le mot plus familier synonyme de une bise. Les enfants l’emploient beaucoup parce qu’on l’emploie en général avec eux. Et ensuite, adulte, on l’emploie avec les amis proches, la famille.

A la fin d’un message, d’un mail : Bise(s) / Bisou(s) Bref rappel sur les nuances.
– Avec quelqu’un que vous connaissez plutôt bien, y compris un ou une collègue, on peut terminer un message, un mail par : Bise(s). Cela repose sur le fait qu’en France, on se fait assez facilement la bise pour se dire bonjour ou au revoir.
– Si vous ajoutez Grosse(s) bises, ça devient réservé à vos proches, à la famille.
– Bisous est plus familier, donc utilisé avec les amis proches et la famille. (Mais j’ai une collègue qui l’emploie avec certains d’entre nous.)
– Gros bisou(s): familier et affectueux, donc réservé à vos très proches.

Avec les gens que vous n’embrassez pas dans la vie, il faut utiliser autre chose bien sûr. Aujourd’hui, on lit beaucoup dans les mails:
Cordialement
– Bien cordialement.

Histoire personnelle: j’ai aussi choisi cette vidéo pour ce qu’elle dit de nos comportements au volant !
Vous ai-je déjà raconté l’histoire de mon plus jeune fils et des gros mots quand il jouait avec ses petites voitures ? Je ne sais plus ! Il faut que je vérifie avant de radoter !

Je vous laisse pour aujourd’hui.
A venir, pour d’autres partages avec vous :
– de la danse encore.
– deux BD
– deux ou trois livres que j’ai vraiment aimés
– des publicités
– du cinéma
– le féminin et le masculin
– le familier et le « normal », etc.
Du pain sur la planche donc ! A bientôt.