Que cherchaient-ils ? semaine 1

Critères de rechercheLorsqu’on a un blog, il est possible de savoir comment certains visiteurs sont arrivés là: par quel autre site ou quels mots ils ont tapés dans leur moteur de recherche.
Je ne sais pas s’ils ont trouvé leur bonheur ici mais je trouve intéressant (et parfois drôle) de lire les requêtes qui ont été formulées.

J’ai donc envie d’en sélectionner quelques-unes à la fin de chaque semaine et de répondre aux questions qu’elles posent, lorsque j’ai l’impression de ne pas avoir vraiment abordé ces points auparavant, ou lorsque cela demande une clarification, ou si c’est l’occasion d’expliquer une nuance. On verra si c’est une bonne idée !

Voici donc quelques-unes des requêtes de la semaine. (Je vous les présente comme leurs auteurs les avaient exprimées.)

que cherchaient ils« Raptisser, cela se dit ? »
Oui, presque ! En fait, c’est le verbe rapetisser. Cela signifie devenir plus petit. Vous connaissez l’histoire de Pinocchio, dont le nez s’allonge puis rapetisse, au gré des mensonges qu’il raconte. Parfois, c’est moins magique: avec l’âge, il y a des gens qui rapetissent.

« Un mot rigolo pour désigner quelque chose »:
Je dirais un bidule, un bitouniau.

« J’ai du mal à lever le pied, français authentique »:
– Au sens propre, cela signifie qu’on a du mal à rouler moins vite: on n’arrive pas à soulever le pied de la pédale d’accélérateur en voiture.
Il adore la vitesse. Il a du mal à lever le pied.
– Et au sens figuré, on utilise cette expression pour dire qu’on a du mal à ralentir ses activités, à travailler moins.
ça a toujours été un bourreau de travail. Il a du mal à lever le pied.

« Expression avoir des miettes sur la planche »:
Ce n’est pas tout à fait ça ! C’est davantage que des miettes, c’est du pain !
– On dit donc qu’on a du pain sur la planche quand on a beaucoup de travail, quand il va falloir accomplir beaucoup de tâches pour atteindre un objectif.
Mettez-vous au travail tout de suite ! Vous avez du pain sur la planche si vous voulez avoir fini dans une semaine.
– Cela peut aussi signifier qu’il va falloir que quelqu’un fasse beaucoup d’efforts mais qu’on a des doutes sur sa capacité à réussir.
Il veut courir le marathon. Mais avec la forme physique qu’il a, il y a du pain sur la planche !

« Expression retards d’attere »:
Je suis tout d’abord restée perplexe. J’ai fini par comprendre en relisant ça à voix haute !
Il s’agit du mot un retardataire, c’est-à-dire quelqu’un qui est en retard.
On va attendre les retardataires pour commencer la réunion.

« Termes argotiques désignant la peur »:
la trouille, la pétoche (ce deuxième mot est moins fréquent aujourd’hui).
Et donc, on peut qualifier quelqu’un de trouillard ou de pétochard.

« Le courant ne passe pas »:
On dit ça quand deux personnes (ou plus) ne s’entendent pas bien, ne se comprennent pas et donc ne s’apprécient pas. C’est une image (plutôt familière) empruntée au domaine de l’électricité.

Donc si je vous dis qu’EDF (ou ERDF) est l’entreprise qui nous fournit l’électricité en France, qu’elle réclame une très grosse somme d’argent à ce couple dont le compteur apparemment était défectueux et qui refuse donc de payer cette facture, vous allez comprendre le jeu de mots dans ce journal régional:

le courant ne passe plus EDF

Parce que ça change le sens

Arbre motsLe hasard fait bien les choses ! Voici ce qu’une écrivaine disait il y a quelques jours à la radio, à propos de l’orthographe en général et de l’importance de ne pas être fâché avec les -é ou les -er en particulier. Cette fois, vous allez penser que c’est une obsession bien française.

Et en écrivant ce billet, je me suis dit aussi que certains allaient peut-être désormais hésiter à laisser des commentaires ici, par peur de faire ces fautes hors-la-loi ! Mais sachez que si elles me surprennent et me contrarient sous la plume de journalistes ou dans des publications où elles ne devraient pas avoir leur place, elles ne m’agacent jamais chez quelqu’un qui apprend le français. Et je vous admire de trouver votre chemin dans notre labyrinthe de règles de grammaire et d’orthographe !

Transcription 
Vous avez souvent tenu des propos (1), ou écrit dans des journaux, ou parlé à la radio – sur France Culture entre autres – et même écrit des livres sur la langue et sur l’enseignement, aussi. C’est quelque chose qui vous tient à cœur (2).
– Oui. Moi, ce qui m’intéresse le plus en tout cas, c’est la base, c’est-à-dire l’école primaire et les deux premières années du collège. C’est là que tout se joue (3), hein, vraiment. Regardez, l’autre jour, ouverture du journal télévisé – c’est formidable, ça, parce que c’est l’état de notre société : « Des patrons (4) se plaignent que les fautes d’orthographe font perdre de l’argent à leur entreprise ». Oh moi, j’étais contente – vous pouvez pas savoir ! (5) – que les patrons se plaignent, parce que si c’est moi, on va encore me dire que je suis attachée à des valeurs élitistes, alors que franchement, c’est le contraire, hein ! Moi, ce que je veux, c’est que ça soit pour tout le monde, justement. Enfin bon ! (6) Donc on me dira : « oui, oui, vous regrettez l’école d’avant ». Je regrette pas l’école d’avant, je déplore l’école de maintenant et je voudrais que l’école de demain soit mieux.
Alors, qu’est-ce que vous déplorez ?
– Alors, ce que je déplore, c’est qu’on pense que faire des fautes d’orthographe par exemple, c’est rien, que les… l’orthographe, c’est un truc de classe (7), que… Ce qui est faux ! Moi, je connais beaucoup de gens qui ont pas tellement fait d’études (8) et qui font pas de fautes d’orthographe. Au fond, la faute d’orthographe, c’est quoi ? C’est pas seulement parce qu’on n’accorde pas correctement un mot ou qu’on fait une faute de grammaire. Ça veut dire qu’on ne maîtrise pas forcément très bien les liens entre les mots, les rapports entre les mots, la logique de l’expression, donc la logique de la pensée. Et si vous écrivez comme la petite vignette (9) quand j’étais petite qui était… il y avait un écriteau (10) pendu à la cage : « Le dompteur a été manger ». Eh ben, si vous écrivez a été mangé -é accent aigu au lieu de a été manger -er, vous avez deux sens tout à fait différents (11). C’est arbitraire, l’accent aigu et le -er. Bah oui ! Bah oui, sens interdit, un trait blanc, c’est arbitraire aussi. Et bah, il faut l’apprendre, et puis c’est tout, et ça change le sens. C’est ça que je veux.

Quelques détails :
1. tenir des propos : dire quelque chose (style soutenu)
2. ça vous tient à cœur : c’est très important pour vous. On l’emploie à toutes les personnes: ça me tient à cœur. / C’est quelque chose qui lui tient à cœur, etc.
3. C’est là que tout se joue : c’est la période où tout se met en place. Ensuite, c’est trop tard.
4. Un patron : un chef d’entreprise (plutôt familier)
5. vous ne pouvez pas savoir ! : on utilise cette expression pour donner plus de force à ce qu’on dit. Par exemple : Je suis fatiguée, tu ne peux pas avoir ! / Tu ne peux pas savoir comme il m’agace ! (familier)
6. Enfin bon ! : c’est ce qu’on dit pour conclure en montrant qu’on se résigne à quelque chose, qu’on accepte quelque chose mais qu’on n’est pas totalement d’accord. Par exemple : Il dit qu’il fait tout pour réussir. Enfin bon…
7. c’est un truc de classe : il s’agit du mot classe au sens de classe sociale. (c’est-à-dire que la maîtrise de l’orthographe serait liée à l’appartenance à une classe sociale élevée).
8. Il n’a pas fait beaucoup d’études = il n’est pas allé longtemps à l’école, donc il n’a pas de diplôme.
9. Une vignette : une petite image.
10. Un écriteau : une pancarte
11. les deux sens différents : Le dompteur a été mangé est une voix passive, donc le lion a mangé le dompteur. Il a été manger signifie qu’Il est allé manger, dans un style oral et familier.

Une petite remarque pour finir, à propos de l’oral:
Vous avez dû entendre que Danielle Sallenave omet de dire « ne » dans ses phrases négatives. Même à la radio, même si le travail des mots est son domaine et même si elle est membre de l’Académie Française et travaille au dictionnaire. Côté oral et vivant de ses explications.

L’émission entière est ici.