Tag Archive | politique

La chair de poudre

Dans tous les villages ou les villes où on passe en cette saison, les monuments aux morts sont fleuris depuis les commémorations du 11 novembre. Enfant déjà, j’étais émue par tous ces noms gravés dans la pierre. Les Lucien, Augustin, Adrien, Victor, Camille, tous ces jeunes gens tués par la guerre, dont les prénoms sont à nouveau portés aujourd’hui par des enfants qui, je l’espère, vivront leurs vies en paix. Plus tard, il y a eu pour moi des lectures marquantes, des films inoubliables sur cette guerre-là.
Et samedi dernier, j’ai écouté une très belle émission à la radio, où Denis Cheyssoux, qui parle toutes les semaines de la nature, a témoigné de ce massacre en retournant dans la forêt de Verdun. Comme dans tous ses reportages, les mots, les bruits, les gens avec qui il discutait ont suffi à faire surgir ce souvenir. Nul besoin d’images, d’archives. C’était sobre et profondément touchant. C’est ce que je voulais partager avec vous aujourd’hui.

Verdun

Transcription
Je souhaitais vous ramener sur ce lieu. Alors, on sait que la Somme fut plus meurtrier (1) encore mais a laissé, on va dire, moins de traces mémorielles. Et donc on se rend dans une autre pompe aspirante de sang, cette broyeuse de chairs, ce tue-jeunesse irrationnel, cette fabrique d’orphelins qui donne la chair de poudre (2). Forêt de Verdun, classée forêt d’exception aujourd’hui, donc on ne peut pas… On ne peut pas depuis un siècle cultiver, hein, cette terre qui est gorgée de métaux lourds, donc c’est impossible. Vous avez des balles, des obus, des schrapnels, des baïonnettes, donc elle est lourdement polluée. Forêt zebrée, hein, de sapes, de boyaux, de tranchées. Les mares d’aujourd’hui ne savent plus qu’elles sont d’anciens trous d’obus. Et on ne cultive pas, hein, sur des morts, sur une bataille que les Allemands voulaient décisive. Et on vient y cultiver (3) maintenant la mémoire du « plus jamais ça », du « Que maudite soit la guerre ».
Et dès le printemps 1919, hein, ce qui a frappé les gens, sur ce champ de ruines, bah c’était les coquelicots – on en a parlé, là, hein – ces petites taches de sang, bien vivantes qui jouaient avec le vent, et ces coquelicots donc qui poussaient sur cette terre amendée (4) des corps de nos anciens. Et quand on dit anciens, ils étaient tellement jeunes ! Dix-huit, vingt ans ! Et, voilà, moi je pense à Louis Averouse, qui était mon grand-oncle, mort en 1915 à vingt ans et puis à ma grand-mère, qui était sa sœur, qui avait un prénom de fleur si joli, Marguerite, et qui est partie en paix, elle, hein, un 11 novembre, comme un clin d’oeil, c’était en 87, comme un clin d’oeil à son frère.
Alors, il y avait des ouvriers évidemment, des paysans, des charpentiers, des fonctionnaires, des milliers d’instituteurs qui écrivaient des lettres, au milieu des rats, et qui écrivaient aussi pour des copains, en disant : « Ma petite femme chérie, bientôt je vais revenir, mais face aux Boches (5), bah il faut tenir. La guerre, que veux-tu, c’est toujours moche. Tenir, tenir, ça, c’est les ordres. ».Et un nouvel horizon de la mythologie française a pris naissance à Douaumont.

Donc on n’était pas loin… Le temps, on va dire, il était un peu comme dans les chansons de Brel : il était plafond bas, pluie chagrine, et on va débuter avec Guillaume Rouart, qui est technicien à l’ONF, qui nous raconte sa forêt : Les plaies sous la forêt, dans votre magazine de nature et d’environnement, à Verdun.

– Et sur ces 10 000 hectares de forêt domaniale, dans les années 20, c’était… c’était quoi à peu près ?
– Peu de troncs, parce qu’il y avait peu de forêt, hein, si tu veux, mais surtout un sol bouleversé, puisqu’il a été tiré environ 60 millions d’obus pendant la bataille, donc plusieurs obus au mètre carré – on en a partout autour de nous. 100 000 hommes qui n’ont pas été retrouvés, de la bataille. Tout de suite après la guerre, l’ administration a demandé à ce qu’il y ait un grand déminage de cette zone. Bien sûr tout a été ramassé, mais en surface. On a ramassé aussi de la ferraille, on en voit encore , hein, un peu partout, des queues de cochon, des choses comme ça.
– Alors, les queues de cochon, on va rappeler que c’était quand même…
– Des espèces de tire-bouchons en métal, qui permettaient de tendre les barbelés. On n’en a pas là sous les yeux, mais on en trouvera sûrement au long du chemin. Et puis bien sûr a commencé aussi l’opération de ramassage des corps donc, d’où l’ossuaire, voilà. Donc bien sûr, tous les gens qui venaient ici qui trouvaient des ossements, tout a été ramené à l’ossuaire, donc environ 130 000 soldats qui ont été retrouvés. On dit « environ » parce que c’est difficile avec les ossements qui ont été entreposés, donc français et allemands. Et la nécropole nationale avec les soldats français.
– Alors on marche en fait sur une fosse commune qui est extrêmement émouvante parce que…
– Voilà, parce qu’on sait, surtout ici, vous êtes à l’ouvrage de Douaumont, que les bombardements étaient tellement intenses – et l’ouvrage a été pris et repris plusieurs fois entre les Allemands – on n’enterrait pas, hein, on mettait sommairement dans les trous d’obus, et on recouvrait de terre. On n’avait pas de temps de faire des grandes fosses, pour creuser ici, – même il y avait pas de tranchées. On s’imagine toujours des belles tranchées avec des sacs de sable qui protègent. Pas à Verdun ! A verdun, le bombardement était tellement intense que les soldats en fait creusaient un petit peu entre les trous d’obus pour se faire des espèces de tranchées. Donc souvent, ils étaient dans les trous avec de l’eau jusqu’à la taille, pour attendre l’ennemi. Voilà. C’était des conditions… Quand on dit l’enfer de Verdun, c’était pas une… c’est pas un mythe (6). C’est surtout que vous êtes sur des sols argileux, donc dès qu’il pleut ou qu’il y a du passage, ça se transforme en boue. Il y a beaucoup de témoignages où des soldats étaient… C’est un peu comme des sables mouvants, quoi ! La boue vous enlisait, vous ne pouviez plus en sortir sans l’aide de vos camarades.
Et donc en fait, c’est au gré (7) des intempéries que les corps, que les matières remontent.
Voilà, alors, au gré des intempéries, et aussi au gré de nos travaux, puisqu’on fait quand même beaucoup de travaux. C’est une forêt de production, la forêt domaniale de Verdun, et donc on ressort – mais il y a pas de chiffres évidents à l’année – mais plusieurs corps par an de soldats.

Quelques explications :

1. meurtrier : ce masculin est un peu bizarre à première vue car il est question de la Somme. En fait, il veut parler de ce lieu – d’où le masculin à l’oral – qui a été le théâtre lui aussi de batailles meurtrières.
2. La chair de poudre : cette expression n’existe pas. Elle vient de la véritable expression : donner la chair de poule, qui signifie que quelque chose provoque la peur, en évoquant ce qui se passe physiquement quand on a très peur. Donc ici, il y a un jeu sur les mots poule/poudre, et c’est une façon très évocatrice de dénoncer la tuerie qu’a été cette guerre. La poudre évoque les canons, les fusils, les armes en général, tout ce qui tue, tout ce qui meurtrit la chair, le corps des soldats. Oui, cela suscite l’effroi. Très belle phrase, je trouve.
3. Cultiver : ce verbe est employé au sens propre et au sens figuré dans ce beau texte. Au sens figuré, on dit qu’on cultive la mémoire de quelque chose ou de quelqu’un, c’est-à-dire qu’on entretient ce souvenir.
4. Amender une terre, c’est la fertiliser en lui ajoutant des éléments qui lui manquent, pour qu’elle devienne encore plus cultivable.
5. Les Boches : pendant longtemps, ça a été le terme péjoratif utilisé par les Français pour désigner les Allemands.
6. C’est pas un mythe : c’est la vérité, ce n’est pas une histoire qu’on a inventée ensuite.
7. Au gré de : en fonction de quelque chose. Ce sont les pluies (donc les intempéries) qui avaient le rôle principal pour faire ressortir les corps de la terre.

L’émission entière est ici.

Ça suffit vraiment maintenant

En ce moment, plusieurs courtes vidéos sont diffusées à la télévision, au cinéma et sur les réseaux sociaux, avec pour slogans : Ne rien laisser passer, et Réagir peut tout changer.

Il s’agit d’une campagne du gouvernement français contre le harcèlement sexiste et les violences faites aux femmes. Plusieurs situations sont dépeintes, au travail, au sein du couple, en milieu scolaire, dans les transports en commun, avec à chaque fois un message de conclusion très clair et abrupt, qui fait réfléchir.

Nécessité d’éduquer, de faire que chacun se sente responsable et solidaire, pistes pour réagir quand on est témoin des telles situations au lieu de passer son chemin et de tolérer ces comportements d’un autre âge ! Allez les regarder ici. (Elles sont sous-titrées.)

Il y aussi des témoignages de femmes et d’hommes qui ont vécu, en témoins ou en victimes, ces situations.

Puissent enfin les petites filles grandir sans avoir à intégrer dans leur inconscient qu’elles doivent apprendre à se protéger, juste parce qu’elle sont du sexe féminin, ou qu’elles doivent vivre cachées, notamment vestimentairement ou en restant chez elles ! Il y a encore du travail pour changer les mentalités, à des degrés divers selon les pays. Mais tous les mouvements actuels qui expriment ces idées font chaud au coeur et finiront bien par triompher. Alors toutes les Paloma du monde pourront explorer le vaste monde à leur guise.

Voici un petit montage d’un reportage entendu à la radio il y a quelque temps et de certains de ces témoignages.
Ils sont à regarder ici, et s’affichent au fur et à mesure quand vous commencez à regarder une des vidéos. (Laissez-les s’enchaîner automatiquement.)

Violences sexistes contre les femmes

Transcription

– Donc là, il est 16h13, place de Clichy (1), il commence à y avoir une forte affluence (2), des hommes avec une proximité un peu dérangeante et ils bougent, frottent leur pénis. La première fois, j’ai pas bougé, j’ai pas réagi, j’en ai même pas parlé à mon copain en rentrant (3) et j’étais un peu dans un état bizarre.

La commissaire Matricon-Charlot dirige la Sûreté des transports en Ile-de-France (3) : C’est tellement ancré dans l’opinion publique, pour les usagères (4), il s’agissait d’incivilités (5). Ce n’est pas une incivilité et, mesdames, vous devez déposer plainte. Beaucoup ne déposent pas plainte par crainte, par manque de temps, parce qu’elles croient aussi que ça ne servira pas à grand chose, à tort (6).

Frédéric est chef de groupe.
– Ça commence à 12-13 ans et les records sont jusqu’à 83 ans.
– Donc là, on a un mur de photos, ce sont les gens que vous recherchez ?
– Effectivement (7), là, voyez, vous avez le jeune cadre sur le secteur de la Défense. Là, vous avez un très jeune qui sort de soirée.
Cette cellule a traité cette année 350 plaintes. 80 % des hommes arrêtés ont été présentés à un juge.

Extraits de la campagne nationale « Ne rien laisser passer » :
Toutes les filles que j’ai côtoyées m’ont dit : « Ouais,  ça m’est déjà arrivé de me faire emmerder (8) dans la rue. » Quand… je sais pas… ma copine va me dire : « Ouais, je me suis fait emmerder aujourd’hui, mais bon, c’est rien. », moi, moi ça me touche, etc. Mais elle, elle me dit : « C’est normal ». Moi je dis : « Bah non, c’est pas normal ! Je me fais jamais emmerder, ça m’arrive jamais ! Ça me blesse en fait de voir que les femmes vivent ça, et de savoir, bah voilà, que des femmes que j’aime vivent ça aussi. De manière biologique, tu viens d’une femme. Déjà, juste pour ça, je veux dire, on vient tous d’une femme et on a des sœurs, on a des mères. Je pense qu’on change tous le monde à son échelle (9). Toi-même, tu peux juste changer le… ton pote (10) qui est en train de faire une remarque et qui fait une remarque sexiste, tu peux le reprendre (11). Ta pote qui est en train de se dénigrer parce que toute sa vie, on lui a dit que je sais pas quoi, tu peux lui inverser ses croyances. En fait, faut être actif. Et c’est si on était tous actifs, eh bah là, on changerait les choses.

C’est des paroles à connotation sexuelle. Et souvent, pour faire passer la pilule (12), on présente ça comme une plaisanterie. Dans la mesure où effectivement, où dans la société on accepte quand même plus ou moins, en tout cas sans le… sans le sanctionner, ces… ce harcèlement verbal, tous ceux qui ont un sens moral peu développé, effectivement, eux sautent le pas (13). Pour eux, c’est une invite, le palier qui permet de passer à des affaires, à des choses beaucoup plus graves. Ce sexisme ordinaire effectivement, il faudrait que beaucoup plus d’hommes réagissent, les pères, les frères, tous les hommes, les sportifs, vous mêmes, vous devez être les acteurs de ce respect.

L’individu avait coincé cette jeune femme dans un coin. Elle était totalement tétanisée, crispée. Elle avait les larmes aux yeux. Nos regards, ils se sont croisés et je me suis imaginé un quart de seconde à la place de cette femme. Je pouvais pas la laisser seule avec cet individu qui était face à elle, en train de se toucher le sexe. Je me suis approché de cette fille et je lui ai dit : « Salut Sarah. Comment tu vas ? », tout simplement. Elle a compris que… qu’elle était pas seule et j’ai regardé l’individu. Il a vu que j’avais compris ce qu’il avait l’intention de faire et ça l’a fait fuir. Et à la prochaine station (14), il est descendu illico presto (15), et j’ai eu aucun contact physique et verbal avec l’individu, avec l’agresseur. On a tous des mères, des amies, des cousines. Si on agit plus, les agresseurs agiront moins.

Des explications
1. Place de Clichy : une place à Paris et le nom de la station de métro correspondante (dans le nord-ouest de la capitale)
2. une forte affluence : beaucoup de monde
3. en rentrant : en rentrant à la maison / en rentrant chez moi. En général, on se contente de dire en rentrant : Je l’appellerai en rentrant. = quand je serai à la maison
4. un usager / une usagère : quelqu’un qui prend le métro par exemple, qui utilise ce mode de transport, un service.
5. une incivilité : un mauvais comportement qui ne respecte pas la vie en société, en collectivité. Ce sont par exemple les nuisances sonores, le manque de respect, les dégradations de lieux, de matériel.
6. À tort : elles ont tort de penser que ça ne sert à rien de porter plainte, elles se trompent en pensant que c’est inutile.
7. Effectivement : on utilise cet adverbe pour approuver ce que vient de dire quelqu’un, ou pour répondre à une question posée. Par exemple :
– J’ai l’impression que c’est compliqué.
– Effectivement, c’est très compliqué.

8. Se faire emmerder : subir un harcèlement plus ou moins poussé de la part de quelqu’un. (dans n’importe lieu : dans la rue, les transports, au travail, etc.) (très familier)
9. à son échelle : chacun à son niveau peut changer les choses.
10. Ton pote, ta pote : ton ami(e) (familier)
11. reprendre quelqu’un : lui dire clairement qu’il a un comportement inacceptable ou des paroles incorrectes, impolies, déplacées.
12. Pour faire passer la pilule : pour faire accepter quelque chose qui est difficile à supporter. (expression familière)
13. sauter le pas : se décider à faire quelque chose après avoir hésité en général, même s’il y a un risque. Par exemple : Il ne voulait pas vivre à l’étranger. Mais il a finalement sauté le pas quand on lui a offert un travail passionnant.
14. À la prochaine station : normalement, on utilise cette expression si on est soi-même dans le métro, à la station juste avant. Ici, il faudrait dire : A la station suivante, puisqu’au moment où il parle, il n’est plus le métro.
15. illico presto : immédiatement, vite, sur le champ. Par exemple : Tu vas me ranger ta chambre illico presto !

Il y avait déjà eu une campagne en 2015 sur la sécurité des femmes dans les transports en commun, avec une vidéo qui simulait une ligne de métro. On y retrouve quelques-unes des phrases typiques utilisées par les harceleurs. Bien vu ! Et hélas, toujours d’actualité. Mais bon, on progresse !
Elle est ici.

Bonne journée!

Leçon de vie

Je viens de lire un très beau livre, au titre assez étrange : Vie de ma voisine. Geneviève Brisac y fait entendre la voix de sa très vieille voisine qui dit son enfance et sa jeunesse, avec ses parents, puis sans eux, puisqu’ils ont disparu dans les camps nazis en 1942. Jenny Plocki et son petit frère ont survécu, en France. C’est un récit d’une très grande force, qui ne cède jamais au désespoir parce que les tragédies y sont dites avec « l’habituelle sobriété » de cette désormais vieille dame qui a vécu intensément et dignement. Le présent, le passé, la vie de Jenny, celle de Geneviève Brisac, s’y entremêlent, dans une parole qu’on suit comme si on était avec elles deux. Phrases courtes, sans fioritures ni désespérance, pour dire encore une fois cette histoire qui est la nôtre parce qu’elle est celle de Jenny, de sa mère et de son père, avides de liberté, d’égalité et de fraternité.

J’ai lu ce récit d’une traite, parce qu’il touche à l’essentiel et qu’il est d’une intense dignité. Le récit d’une vie tout entière éclairée par les derniers mots écrits par Nuchim Plocki dans le train de la déportation et qui sont miraculeusement parvenus à ses deux enfants: Soyez tranquilles les enfants, maman et moi nous partons ensemble. Papa. Vivez et espérez.
On voudrait qu’ils sachent tous les deux que leurs enfants ont triomphé de cette horreur, on voudrait qu’ils puissent être rassurés et fiers.

J’ai ensuite écouté Geneviève Brisac.

Geneviève Brisac – Vie de ma voisine

Transcription
J’ai entendu ce matin à la radio Florian Philippot, le porte-parole du Front National, dire qu’il souhaitait, si jamais ils arrivaient au pouvoir, que les enfants d’immigrés payent pour aller à l’école publique. D’une certaine façon, c’est à cause de phrases de ce genre-là, de propos (1) de ce genre-là que j’ai écrit Vie de ma voisine, pour que… pour qu’on comprenne à quel point il est impossible que le pays des Droits de l’Homme, le pays qui a inventé la Révolution de 1789, puisse en arriver à ce qu’on articule (2) des choses pareilles. On est quand même dans un monde effrayant et dans ce… Comme la peur est certainement le… La peur, on le voit très bien quand on lit le livre et quand on écoute Jenny Plocki, la peur est la pire des conseillères. C’est la peur qui fait dénoncer ses voisins, c’est la peur qui fait qu’on ne vient pas en aide à des réfugiés, c’est la peur qui fait qu’on ne va pas aider des enfants qui sont dans le besoin, c’est la peur qui fait qu’on se replie (3), qu’on se recroqueville (4). Or, la peur, ça ne sert à rien. Ça ne sert qu’à se compromettre finalement. Et je crois réellement que – Jenny Plocki le dit très, très bien, à un moment donné, elle dit : « Quand on a vécu ce que j’ai traversé, on ne peut plus avoir peur de rien. » Et ce serait un petit peu la leçon de tout ça. Je pense que pour toutes les petites filles, les jeunes filles, et puis les petits garçons, je pense que cette leçon de droiture (5), de courage, de culture aussi… Et je pense que pour moi, c’est la même chose, c’est-à-dire qu’il y a… Jenny Plocki, c’est une femme de culture, c’est une femme qui a lu des milliers et des milliers de livres, pour qui la culture est au cœur de la défense de notre humanité, eh bien… c’est-à-dire le théâtre, c’est-à-dire le cinéma et les livres, et les expositions, et la peinture. Et le partage. La culture pour tous, c’est… c’est notre seul rempart (6).

Quelques explications
1. des propos : des paroles
2. articuler : ici, cela signifie : prononcer / dire
3. se replier : se replier sur soi, se fermer aux autres
4. se recroqueviller : se replier complètement sur soi-même physiquement
5. la droiture : c’est le fait d’être quelqu’un de droit, c’est-à-dire toujours honnête et fidèle aux valeurs de justice
6. un rempart : au sens propre, c’est un mur qui protège une ville ou un château-fort. Donc au sens figuré, c’est ce qui nous protège contre un danger majeur. Par exemple, on emploie souvent les expressions suivantes : un rempart contre la barbarie / un rempart contre la bêtise / un rempart contre l’obscurantisme, etc.

Cette vidéo est ici, en entier.

Pour vous donner envie de lire ce livre, si riche, voici quelques passages du début:


.
.
Vie de ma voisine

J’ai aussi été touchée par ce que Jenny dit de son amitié avec Monique, l’amie de toujours:
Monique est la personne la plus fiable du monde. L’incarnation du mot Amitié. Une personne solide et bonne, dont la vie a filé comme celle de Jenny, jamais loin, en une sorte de destin parallèle, elles ont navigué de conserve sur une eau souvent mauvaise à boire, mais n’ont jamais, en quatre-vingts ans cessé de parler ensemble.
Et aussi : Souvent, lors de nos conversations, Jenny ne nomme même pas Monique. Elle dit ma copine, elle dit cela avec pudeur et humour, consciente du trésor qu’est ce dialogue profond et constant depuis trois quarts de siècle.

A l’école en 68

En mai 68, j’étais petite, je n’ai pas beaucoup de souvenirs précis. Plutôt des impressions et des images. Du beau temps à Paris, plus de classe puisque les écoles étaient toutes fermées, en grève, mes parents – instituteurs – qui allaient à des réunions. Et nous les suivions. C’est surtout ça qui me reste : nous les enfants des maîtres et des maîtresses, nous étions totalement libres de jouer dans les écoles où se tenaient ces réunions, libres dans la cour de récréation, libres d’explorer les couloirs et les classes, libres de ne plus avoir d’horaires ni de devoirs à faire ! C’était joyeux. Et pour les adultes aussi !
A la radio, il y a quelques jours, il y avait ces témoignages de gens qui étaient un peu plus âgés alors. Sur l’école, l’enseignement. Un avant et un après. Pour moi, c’est plus flou. Si, quand même, ce qui me reste de l’après, c’est la fin de l’école séparée garçons-filles.

Mai 68

Transcription
En fait, il y avait un message (1) qui était délivré par les professeurs et qu’il fallait apprendre par cœur. Il y avait aucune discussion sur l’enseignement. En fait, il fallait accumuler des connaissances et il fallait être capable de les restituer.
(Quatre et quatre huit. Huit et huit font seize.)
On pouvait poser quelques questions pour mieux se faire expliquer les choses mais il était hors de question (2) de contester quelque chose. En histoire, par exemple, on voyait bien les difficultés de la position de la France – la guerre d’Algérie (3), les questions qu’on se posait par rapport à l’immigration, etc. L’idée que l’on puisse parler des choses était impensable (4). On pouvait pas avoir son point de vue. Il y avait un point de vue qui était celui du manuel scolaire (5). La curiosité intellectuelle n’était pas du tout encouragée.
On s’alignait deux par deux au moment où se finissait la récréation et où il fallait rentrer en cours. Je me souviens de plaisanter avec un camarade de classe et le surveillant général qui passait par là m’a envoyé une gifle au passage parce que je riais.

Plus d’estrade (6)! Le professeur maintenant n’était plus au-dessus des élèves mais il était au niveau de l’élève. Les rapports avec les élèves, beaucoup plus décontractés ! Je dirais même parfois trop, puisque j’ai connu l’expérience où on tutoyait les professeurs, au grand dam (7) du chef d’établissement. Il y avait aussi le fait qu’on a fait disparaître les notes. Plus de compositions (8), puisque dans les temps anciens, chaque trimestre, il y avait des compositions dans chaque matière, et là, formidable (9), plus de compositions ! Et plus de classements (10). On s’est mis à comprendre qu’il fallait dispenser un enseignement tout à fait différent selon (11) les élèves. Et je trouve que ces jeunes professeurs se sont tous engouffrés (12) dans cette rénovation avec grand plaisir. On inventait, on créait.

On peut penser notamment à la mixité (13). En fait, la mixité est accélérée dans certains établissements (14) par mai 68 parce que mai 68 a ringardisé cette séparation des sexes, mais elle était déjà pratiquée dans beaucoup d’établissements, notamment tous les nouveaux collèges qui s’étaient construits. De ce point de vue, mai 68 n’est pas véritablement un commencement. Ce n’est pas non plus un aboutissement (15). C’est un révélateur.

Quelques explications:
1. un message : une façon de penser, d’expliquer les choses
2. être hors de question : être totalement interdit, totalement impossible.
L’expression Il est hors de question que… est suivie du subjonctif : Il est hors de question que tu fasses comme ça.
3. la guerre d’Algérie : la guerre que les Français ont faite en Algérie pour empêcher l’Algérie de devenir indépendante. « Les événements », comme les gens disaient alors. Sujet tabou.
4. Impensable : complètement exclu, interdit, impossible
5. un manuel scolaire : un livre fait pour être utilisé en classe par les professeurs, qui applique le programme scolaire de la matière et de la classe. On dit par exemple : un manuel d’histoire, un manuel d’anglais
6. une estrade : un plancher surélevé par rapport au sol. Le bureau du professeur ou de l’instituteur était sur une estrade pour dominer la classe, bien voir et être vu par tous les élèves.
7. au grand dam quelqu’un : au grand désespoir de quelqu’un. Par exemple, ici, le directeur désapprouvait ce tutoiement et cela le contrariait vraiment.
8. les compositions : c’était comme des mini examens, il y avait un côté solennel à ce genre d’évaluations.
9. Formidable : génial, super. Formidable n’est pas familier, contrairement aux deux mots cités.
10. Les classements: les élèves étaient classés en fonction de leurs résultats aux compositions et ce classement était annoncé assez solennellement.
11. Selon : en fonction de
12. s’engouffrer dans quelque chose : au sens propre, cela signifie entrer très rapidement quelque part. Au sens figuré, cela signifie qu’on se met à faire quelque chose très rapidement.
13. La mixité : c’est le fait que les hommes et les femmes, les garçons et les filles fassent les mêmes activités sans être séparés. Avant, il y avait des écoles de filles et des écoles de garçons. Les écoles n’étaient pas mixtes.
14. Un établissement : une école, un collège, un lycée.
15. Un aboutissement : le résultat d’une évolution, d’un processus

Trois remarques personnelles:
– on avait vraiment beaucoup de notes à l’école primaire ! En photo, c’est un de mes livrets, comme on appelait les relevés de notes. Tout à la main ! Pas de logiciel pour calculer ni pour remplir. C’est l’écriture de ma mère puisque j’ai été dans sa classe au CP !
– je n’ai jamais eu par la suite d’enseignant qu’on pouvait tutoyer. De toute façon, ça ne nous serait pas venu à l’idée !
– j’ai eu moi aussi un surveillant général, qui mettait des gifles, aux garçons exclusivement. Mais c’était après mai 68 ! C’était choquant.
Je vous en reparle bientôt.

L’émission est ici

Les voyages en train

Vous le savez peut-être, ou vous l’avez expérimenté personnellement en début de semaine, les voyages ou les déplacements en train se compliquent en France depuis quelques jours : il y a des grèves dans les trains et les gares, à cause des projets du gouvernement pour réformer la SNCF, sans réelle concertation et dans un sens qui ne satisfait pas une majorité d’employés de la SNCF.

Côté usagers ou voyageurs, les réactions vont du soutien à la condamnation, en fonction des idées politiques de chacun, des clichés que certains ont dans la tête sur les cheminots (qu’ils considèrent comme des « privilégiés »), de leur position sur le service public, du fait qu’ils travaillent dans le public ou le privé. Et aussi pour certains, en fonction du dérangement que la grève leur occasionne, puisque par définition, quand les gens cessent de travailler et de remplir leur mission, cela entraîne des complications !

Voici donc quelques témoignages de gens qui prennent d’habitude le train, pour aller travailler, ainsi que celui du gérant d’un magasin à la gare Saint Charles à Marseille. C’était aux infos à la radio en début de semaine. Positions variées.
(Mais je suis étonnée de ne pas avoir entendu le classique : On est pris en otage ! Choix des journalistes sans doute.)

Jours de grève- Avril 2018

Transcription

Ça va, hein. Ça pourrait être pire. C’est pour ça qu’on s’y prend tôt (1). Hier, ça a été un peu mieux que ce matin. Je sais pas, les gens sont… se sont peut-être un peu moins arrangés (2) aujourd’hui que hier.

– Bah moi, hier, moi, j’ai pris une chambre sur Paris, voilà, tout simplement, parce que c’était… c’est pas possible autrement.
– Là, c’est le deuxième jour. Ça risque de durer (3) jusqu’en juin. Comment vous le sentez ? (4)
– Bah mal, mal. Ça va être difficile. Je sais pas comment je vais faire pour les autres fois. Je vais, bon… Je vais peut-être prendre des jours de congé, enfin je vais me débrouiller, quoi.

Hier matin, j’ai… j’ai trop galéré. J’ai pas pu. J’ai laissé quatre trains passer hier, tellement c’était rempli*.

J’ai pas du tout envie d’être bousculée. Je veux dire, de toute façon, là, on parle de grève mais c’est sans arrêt (5) qu’il y a des problèmes à la SNCF. C’est tous les jours, en fait. Bah faudrait (6) peut-être qu’ils changent un peu leur système. On est dans le changement, faut (6) que tout le monde change en fait.

– Honnêtement, j’avais des gros doutes et… Mais c’est pas mal d’inquiétudes, il faut s’organiser un petit peu, voilà. Pas trop dormir, dormir moins, se lever plus tôt, partir à jeun (7) et puis voilà. Un peu une contrainte, mais enfin, moins pire que je pensais.
– La grève va durer normalement longtemps, jusqu’au mois de juin.
– Oui, c’est ça.
– Vous vous dites que ça va pas être simple ?
– Ça va pas être simple. On a vécu pire, on a vécu des travaux sur les lignes,on a vécu des grèves inopinées (8) suite à des agressions. On va faire avec (9).
– Vous comprenez, la grève ?
– Bah je pense qu’il y a une part de vérité dans ce qui est dit par rapport au statut des cheminots (10) mais il y a surtout du matériel qui est vieillissant, du matériel qui est mal entretenu, des choses qui sont mal organisées. Alors, je comprends la grève. Après, je la comprends aujourd’hui. Dans trois mois, je sais pas si je continuerai à la comprendre.

On est arrivés vers 6 heures 15 et on devait normalement partir à 6h55, sauf que là, bah le train n’est pas là. On joue aux cartes, ouais, on s’amuse. C’est galère (11), mais bon, on fait avec, hein !

Seul au monde. Catastrophe, hein ! D’habitude, c’est par centaines (12) ! Vous savez, avec les trains qui montent à Paris, les Ouigo (13). Et là, bah il y a personne, hein ! Trafic : nul, clients : nul (14). Voilà !

Des explications :
1. s’y prendre tôt : agir en anticipant, ne pas faire les choses au dernier moment.
2. S’arranger : trouver une solution
3. ça risque de durer : cela va peut-être durer. Il y a des chances que cela dure.
4. Comment vous le sentez ? : c’est une façon familière de demander à quelqu’un ce qui va se passer à son avis.
5. Sans arrêt : en permanence / tout le temps / sans cesse
6. faudrait que… / Faut que : à l’oral, il est très courant de ne pas dire : Il faudrait / Il faut. Ou alors, ce Il est juste prononcé « i ».
7. à jeun : sans avoir mangé. Voici des exemples d’emploi : Il faut être / rester à jeun avant une opération ou avant une prise de sang. (Ce mot a une drôle de prononciation !)
8. des grèves inopinées : des grèves qui n’ont pas été annoncées. Normalement, il faut déposer un préavis de grève, c’est-à-dire annoncer officiellement qu’il y aura grève. Mais il arrive que des conducteurs de bus ou de train par exemple cessent le travail par solidarité avec un de leurs collègues qui a été victime d’une agression et en signe de protestation.
9. Faire avec : cela signifie s’accommoder de quelque chose, se débrouiller face à une situation qui nous est imposée. On dit : Il faut faire avec. / On va faire avec. / On fait avec. (familier)
10. les cheminots : c’est ainsi qu’on appelle ceux qui conduisent les trains ou les entretiennent ainsi que les voies et de façon plus générale, les employés de la SNCF, parce qu’ils travaillent pour les chemins de fer.
11. C’est galère : c’est compliqué, il y a des problèmes pour faire ce qu’on avait à faire. (très familier).
12. C’est par centaines : d’habitude, il voit passer des centaines de voyageurs dans son magasin à la gare.
13. Les Ouigo : ce sont des TGV dans lesquels les places sont moins chères que dans les autres TGV.
14. Trafic nul = il n’y a pas ou presque pas de trains en circulation. La conséquence, c’est qu’il y a très peu de voyageurs, donc peu de clients dans les magasins et cafés dans les gares ou aux abords des gares.

* Un peu de français oral – Comment employer Tellement :
La phrase normale, ce serait : Il y avait tellement de monde que je n’ai pas pu monter dans le train.
A l’oral, on tourne souvent cette phrase dans l’autre sens, ce qui suppose quelques petits déplacements des mots :
Je n’ai pas pu monter, tellement il y avait de monde dans le train.

J’étais tellement en retard que je suis rentrée chez moi.
Je suis rentrée chez moi, tellement j’étais en retard.

Il a eu une attitude tellement incompréhensible que j’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement.
J’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement, tellement il a eu une attitude incompréhensible.

La gare est tellement vide qu’on n’a pas l’impression d’être un jour de semaine !
On n’a pas l’impression d’être un jour de semaine, tellement la gare est vide!

Il faisait tellement froid qu’il avait gardé son pull.
Il avait gardé son pull, tellement il faisait froid.

Et pour finir, oui, la France est un pays où on fait grève et où on manifeste dans la rue.

Encore

Une liste qu’on aimerait ne pas avoir encore à lire dans nos journaux. Et pourtant, vendredi matin, un jeune terroriste est passé à l’acte comme on dit maintenant, près de Carcassonne.
Tout a été déjà dit devant tant de gâchis et d’absurdité. J’avais gardé en mémoire un extrait d’un petit reportage de janvier 2015, dans une petite ville de l’Hérault où plusieurs jeunes s’étaient tournés vers cette violence stérile, au nom de la religion. Toujours d’actualité, hélas, même s’il y a de multiples explications à cette façon dont va notre monde.

Encore

Transcription
– Auparavant, il y avait quand même un peu plus de choses pour les jeunes, mais maintenant, c’est vrai que… il y a beaucoup… beaucoup moins, quoi, beaucoup moins. Il y a la MJC (1), mais il y a quelques petits ateliers mais moins, moins, moins qu’avant, quoi. Et là, bon, c’est vrai que les jeunes, ils sont un petit peu livrés à eux-mêmes (2), quoi. Il y a… Il y a pas grand chose, quoi. Voilà, comme les autres quartiers (3), hein, voilà, c’est… C’est… Voilà, quoi.
– Et vous, vous en êtes où ? (4)
– Moi ? Moi, ça va pour moi. L’entreprise, voilà. Bon, j’ai réussi à… à faire ma petite place, quoi ! J’ai fait mon petit chemin (5), comme on dit, voilà. Disons que, au jour d’aujourd’hui (6), bon, moi, j’ai eu la chance quand j’étais un peu plus jeune d’avoir un métier dans les mains, d’apprendre quelque chose, quoi.
– Vous faites quoi ?
– Plaquiste. (7)
– Et les jeunes qui sont morts, les petits jeunes qui sont morts au djihad ?
– Bah ça…. ça nous a quand même touchés, quoi. Des petits jeunes de chez nous, quoi, hein, c’est nos jeunes à nous, quoi, voilà. C’est sûr que ça fait mal (8), quoi, ça fait mal. Bon, ils ont fait ce choix, bon, de partir, bon, après, c’est… voilà, hein. C’est comme du suicide, quoi ! Mais bon, ils sont… Plus, ce qu’il y a, c’est que il y a certaines personnes, ils arrivent à les endoctriner, comme on dit. Voilà, il y a ci, il y a ça, ça va pas bien, tu as vu… . Eux, ils sont un petit peu rejetés de la société. Déjà, ils ont du mal déjà à trouver du boulot et tout, et eux, si vous voulez, ils se foutent (9) dans une bulle. Et une fois, qu’ils se foutent dans une bulle, de là, voilà, ils se… Ils défendent une cause qui est irréelle. Moi, pour moi. Leur place, elle est pas là. Bon, ils ont dix-huit ans, elle est pas dans une asile (10), mais bon, il faut… faut les recadrer (11), quoi, recadrer. C’est irréel. C’est irréel.
– Vous êtes dans le réel, vous ?
– Bah, j’espère quand même, voilà ! Voilà, mes parents, ils m’ont élevés, et voilà, quoi. Il y a beaucoup plus de gens que (12), pour eux, c’est pas ça, la religion. Enfin, moi, les anciens, mon père, ma mère, tout ça, voilà, moi, jamais ils m’ont appris la religion comme ça !
– La religion, elle a rien à voir avec ça. (13) Un musulman, il fait pas ça. Franchement. A ce moment-là, bon, j’ai… ça fait quarante-cinq ans que je suis là, j’ai jamais vu ça. Les jeunes, ils ont trop de la liberté (14) ! Les jeunes ? Ils ont trop de la liberté, par rapport à nous, les anciens, quand on était là. Parce qu’on n’a pas l’autorité sur les enfants. Comme on l’était avec les… avec mes grands-parents, par exemple, ou mes parents. Ils ont toute la liberté, les enfants. Les parents, ils ont pas l’autorité (15).

Quelques explications :
1. une MJC : une Maison des Jeunes et de la Culture.
2. être livré à soi-même : être seul et n’avoir aucune contrainte, aucun frein, être en quelque sorte abandonné alors qu’il faudrait des cadres, des activités, des structures pour ne pas être désoeuvré.
3. Les quartiers : quand on parle des quartiers au pluriel, cela signifie les quartiers pauvres, défavorisés.
4. Vous en êtes où ? : on pose cette question quand on veut savoir dans quelle situation se trouve quelqu’un.
5. J’ai fait mon petit chemin : cette phrase vient de l’expression : faire / suivre son petit bonhomme de chemin, qui signifie qu’on progresse tranquillement, qu’on avance dans la vie de façon régulière et positive.
6. Au jour d’aujourd’hui : cette expression est incorrecte puisqu’elle est redondante. On l’a beaucoup entendue à un moment donné. C’est devenu plus rare maintenant. Question de mode.
7. Un plaquiste : il monte les cloisons dans une maison en construction.
8. Ça fait mal : ça fait de la peine (familier)
9. ils se foutent dans une bulle : ils se mettent dans une bulle. (très familier)
10. un asile : ce mot est normalement masculin. Aujourd’hui, on n’emploie plus ce mot. C’était le lieu où on enfermait ceux qu’on appelait les fous, donc tous ceux qui ont une maladie mentale.
11. Recadrer quelqu’un : donner des cadres à quelqu’un, le remettre dans le droit chemin en lui mettant des limites très claires.
12. Des gens que, pour eux… : style très oral. Normalement, il faut dire : des gens pour qui…
13. elle n’a rien à voir avec ça : il n’y a pas de rapport entre la religion et de tels actes, ce sont deux choses totalement étrangères.
14. Trop de la liberté : il faut dire : trop de liberté.
15. Ils n’ont pas l’autorité : il faut dire : Il n’ont pas d’autorité. Ou alors : Ils n’ont pas l’autorité nécessaire.

L’émission est ici.

Demain

Demain soir, 7 mai, nous aurons un nouveau Président de la République. Nous avons eu droit à une campagne électorale polluée par les « Affaires », comme on dit en France pour parler des fraudes et malversations de nos hommes et femmes politiques. Puis nous nous retrouvons encore une fois à devoir dire non à l’accession au pouvoir de l’extrême droite, portée par Marine Le Pen et quelques millions de Français. Quel choix ! Nous avons assisté médusés (mais après tout, pas tant que ça : qu’attendre d’autre d’un parti d’extrême-droite ?) au rituel débat télévisé de l’entre-deux tours. Pitoyable, affligeant, inquiétant, avec une candidate qui se comportait comme dans un de ses meetings.

Si vous voulez, allez regarder de bonnes analyses illustrées par des extraits du débat dans l’émission  » C à vous », qui commence par cette question : « Peut-on débattre, faut-il débattre avec Marine Le Pen ? »

Mais je vous laisse plutôt écouter quelques témoignages, entendus à la radio, au fil des semaines, avant tout ce bazar électoral. Une vieille dame d’abord, qui a une étrange stratégie pour choisir !
Puis des habitants de Creil, parce qu’ils parlent de culture, du rôle qu’elle joue pour changer des vies. Et aussi parce que c’est là que j’avais eu mon premier poste de prof et que j’y ai passé quelques années! (A l’époque, il n’y avait pas le théâtre dont il est question dans ces entretiens.)

Présidentielle – Dédée

Transcription:
– Bonjour !
– On vous a peut-être interrompue. Non ?
– Non. Je suis en train de faire mon manger (1). Des rognons de porc au vin blanc et sauce tomate. Vous voulez venir voir ? Bah venez voir.
– C’est Les Feux de l’Amour ? (2)
– Voilà !
– Est-ce qu’on peut encore vous parler ou pas ?
– Oui, oui, oui. De toute manière, c’est toujours pareil. Alors… Ils s’engueulent (3), ils se marient, soit ils divorcent. Et voilà.
– Vous suivez un petit peu la campagne électorale, sur votre grande télé, là ?
– J’essaye. Mais ils me font rire. On dirait des gamins de cinq ans qui se disputent.
– Est-ce que vous avez…
– Comment voulez-vous qu’on aille voter, qu’ils (4) sont toujours en train de s’engueuler !
– Vous avez toujours voté, vous, Dédée ?
– Oui.
– Là, vous allez voter ?
– Oui. Je fais comme ma grand-mère : même si c’est le dernier, elle fait (5), je prends le plus beau, je vote pour lui.
– C’est qui le plus beau ?
– Ah, je sais pas ! Alors là !
– Vous êtes arrivée quand ici ?
– 1973. Bah j’habitais juste la porte à côté. Et quand je me suis retrouvée toute seule, j’ai pris celui-là. (6) Je paye 265 euros par mois. J’ai pas droit (7) à l’APL (8), à rien. Je dépasse un tout petit peu le plafond (9), on m’a dit. Mais bon, toute seule, j’y arrive.

Présidentielle Creil

Transcription:
Je trouve que la place de la culture, c’est un peu la dernière roue du carrosse (10). Je sais pas, j’ai pas entendu de candidats faire des propositions. Vous en avez entendu parler, vous ? Moi, pas. Si,, ce dont on parle, c’est l’éventualité de Marine Le Pen, si par malheur (11), le Front National arrivait à la présidence de la République, on se demande quand même ce que va devenir la culture, voilà.

J’ai 19 ans. C’est un peu ma mission à moi de ramener le public de cité (12), le public jeune, parce que moi, je viens de ce public-là. Je sais ce que c’est. On dit : « Non mais de toute façon, ils veulent pas », alors qu’on n’en sait rien en fait, on leur a pas posé la question. On n’a pas parlé avec eux comme à des personnes normales. J’ai fait du théâtre en première (13) grâce à une de mes profs qui venait beaucoup à la Faïencerie (14). Et j’adore ça. J’ai l’impression que c’est la seule chose qui dépasse les limites et les barrières. A partir du moment où on arrive à accéder à la culture, on s’ouvre à des opportunités énormes, parce qu’on voit plus du tout les choses de la même manière, donc on s’interdit moins de choses.

Faut surtout pas faire une sous-culture à Creil. Moi, j’ai peur que ça ferme (15). Il y a des gens qui peuvent pas aller à Paris. Donc ils iront plus au théâtre. Les politiques se rendent pas compte de ça. Ils sont ailleurs. Quand j’entends dire : « Faut travailler plus ». Mais il faudrait faire de la civilisation des loisirs, partager le travail, puis créer d’autres activités, de loisirs notamment !

Des explications :
1. mon manger : mon repas. (familier) On n’entend plus très souvent les gens utiliser cette expression.
2. Les Feux de l’Amour : elle est en train de regarder un épisode de ce feuilleton américain (The young and the restless) à la télévision.
3. S’engueuler : se disputer (très familier). On peut l’utiliser aussi comme verbe normal (non pronominal) : engueuler quelqu’un. Par exemple : Il m’a engueulée parce que j’ai oublié de lui rendre ses clés. / Il s’est fait engueuler par ses parents. Et il y a aussi le nom : une engueulade, c’est-à-dire une dispute.
4. Qu’ils sont toujours en train de s’engueuler : cette structure n’est pas correcte, juste orale. C’est un raccourci de : alors qu’ils… ou de : puisqu’ils…
5. elle fait = elle dit (familier). De plus, ce verbe devrait être à l’imparfait, vu l’âge de cette vieille dame. (Elle faisait)
6. celui-là : cet appartement-là
7. avoir droit à quelque chose : être autorisé à recevoir une aide par exemple, remplir les conditions pour obtenir quelque chose. Aujourd’hui, on entend aussi : être éligible (sous l’influence de l’anglais), alors qu’avant, être éligible, c’était simplement pouvoir se présenter en tant que candidat à une élection.
8. l’APL : c’est une aide pour payer son loyer quand on a des revenus insuffisants.
9. Dépasser le plafond : c’est avoir davantage de ressources que la somme limite prévue pour avoir droit à une allocation, à une aide.
10. La dernière roue du carrosse : la véritable expression, c’est être la cinquième roue du carrosse, c’est-à-dire une roue qui n’existe pas puisqu’un carrosse roule avec quatre roues. (familier) Cette expression est donc utilisée à propos de quelque chose ou de quelqu’un qui est inutile ou qui n’est pas pris en considération.
11. si par malheur = si malheureusement, si hélas
12. le public de cité : les spectateurs qui vivent dans les cités HLM, dans les quartiers défavorisés.
13. En première : c’est une des classes du lycée. (Il y a d’abord la seconde, puis la première, puis la terminale).
14. La Faïencerie: c’est le nom du théâtre de la ville de Creil, dans l’Oise, à une quarantaine de kilomètres au nord de Paris. Il tire son nom de sa construction sur l’emplacement d’une ancienne usine de faïence.
15. J’ai peur que ça ferme : les théâtres ont besoin de subventions (de l’Etat, des régions, des villes) pour vivre et être ouverts à tous. Quand le budget de la culture diminue, ils sont directement menacés.

L’émission avec Dédée est ici.

L’émission à Creil est ici.

Haro sur les paresseux !

Poil dans la main

Avoir un poil dans la main: être paresseux.
(expression familière)

L’extrait de l’interview est ici.
A écouter et regarder.
(Parce que la gestuelle en dit long aussi.)

Ou pour juste écouter:
Un poil dans la main

Transcription:
– […] la formation professionnelle, on a l’impression que c’est l’alpha et l’omega. C’est… C’est votre idée aussi ? Ou ça sert à déguiser les chiffres (1)?
– Je vais vous dire: la formation professionnelle, c’est indispensable. Ce qui compte le plus, c’est la motivation professionnelle. Nous avons des Français qui ont des poils dans la main (2), il faut le savoir, c’est-à-dire qui… « C’est trop dur », « C’est trop loin », « C’est pas ce que je veux. » « Vous comprenez, moi j’ai été formé pour faire du théâtre (3) et on me propose de faire du commercial. » Bah, non !
– Vous généralisez peut-être un tout petit peu ?
– Pas tant que ça ! Pas tant que ça !
– Le poil dans la main, c’est une formule qui risque de rester alors.
– C’est une vérité.
– Une vérité ?
– Tous les employeurs qui vous disent, il y a des jeunes qui viennent pointer chez moi et qui me disent: « Surtout, ne me proposez rien. J’attends plusieurs mois avant de » (4).

Quelques détails:
1. déguiser les chiffres: ce sont les chiffres du chômage. Les gens qui suivent une formation ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage.
2. des poils dans la main: ce n’est pas la bonne expression en français. On n’a pas des poils mais UN poil dans la main. Cette expression familière s’emploie à propos de ceux qu’on trouve paresseux.
3. formé pour faire du théâtre: l’exemple n’est pas choisi au hasard par cet homme politique de droite, qui a commencé sa carrière à l’extrême droite. S’attaquer à ceux qui travaillent dans la culture rencontre un écho favorable chez certains Français d’extrême-droite et de droite, qui les considèrent comme des inutiles, des parasites qu’on indemnise à ne rien faire. Le ton et le geste de ce politique expriment bien son mépris.
4. avant de: il ne termine pas sa phrase, qui est donc incorrecte. Il veut dire que certains préfèrent profiter de la période où ils ont droit aux allocations chômage pour ne rien faire plutôt que retrouver un emploi tout de suite. Il oublie de préciser qu’effectivement, les emplois proposés ne conviennent pas toujours, obligent les gens à déménager (sans leur famille), à faire de longs trajets, etc.

Un peu plus tard dans l’interview, il accuse les gens de vouloir commencer tard et terminer tôt.
Bref, le discours habituel – méprisant – sur la propension à la paresse des Français et la responsabilité des chômeurs dans leur situation.
Cela évite de parler de la responsabilité de la politique que nous font à tour de rôle ces hommes au pouvoir !

Haro ! : ce terme est utilisé pour susciter l’indignation, la réprobation des autres sur quelqu’un.

Et comment s’appelle-t-elle, cette petite fille ?

BébéDonner un prénom à un enfant a pendant longtemps été plutôt simple: le prénom d’un grand-père, d’une grand-mère, celui d’un oncle ou d’une tante faisait très bien l’affaire. Il était le reflet d’une époque, d’un milieu, d’une histoire familiale. Aujourd’hui aussi, mais il y a souvent l’envie d’être original, à nul autre pareil.

Mais parfois, on ne maîtrise pas tout !
C’est ce que racontait il y a quelques jours ce jeune papa tout frais à la radio. (J’ai découvert à cette occasion que le prénom que sa femme et lui ont choisi n’était plus exclusivement masculin en France.)
Il était question de paternité, de maturité et de manière plus inattendue d’actualité.

Ou ici: Prénom Charlie

Transcription:
Salut Charlie ! Et ce que je vous ai pas dit, c’est que la petite fille de Joseph s’appelle Charlie.
– Eh ouais ! Dire qu’on (1) croyait avoir trouvé un nom original ! Ouais… On a… On a été choqué comme tout le monde, et tout et tout (2). Mais c’est vrai que ça avait un écho particulier à cause de ce Je suis Charlie absolument partout. Moi, ça m’a fait chier (3) un petit peu parce que je me suis dit : Merde (4), maintenant on va… Son nom va devenir un symbole qu’on n’a pas choisi, et qu’elle a pas choisi. J’aurais pas appelé ma fille Liberté en 1793, voilà, je veux pas affubler (5) comme ça d’un truc politique, lourd, un enfant qui n’a pas choisi, quand bien même (6) le symbole est sympathique. Mais on va vivre avec, c’est pas un drame (7).
Et du coup, est-ce que c’est irresponsable de donner naissance à Charlie en 2015 ?
– Non, c’est pas irresponsable. Mais faut… faut arrêter. Tu imagines, là, les mecs (8) qui sont nés en… dans les années trente : il y avait Staline en URSS, il y avait Mussolini en Italie, il y avait Franco… Enfin, voilà ! Faut (9) remonter à la France des Guerres de Religions, où si tu crevais pas de faim (10), tu te faisais tuer par la énième (11) guerre. Les gens qui pensent que notre époque est la pire, alors qu’ on bouffe (12) bien, on a un toit au-dessus de nos têtes, je suis malade, j’ai la Sécu (13), notre intégrité physique est très, très rarement menacée, je veux dire, je pense pas du tout que notre époque est (14) terrible, hein. Loin de là ! Mais après, c’est… Elle a ses problèmes. Mais je suis très heureux de vivre en 2015 et de faire un enfant en 2015.
Je pense pas que ça m’a changé mais ma vie a énormément changé par contre. Donc même si c’est stupide de dire que ça rend adulte – il y a plein de choses qui rendent adulte, il y a pas que ça évidemment, et puis il y a pas besoin d’avoir d’enfant pour être adulte – mais ça fait quitter une forme d’adolescence que moi, j’ai prolongée assez longtemps, et je pense que c’est le cas de beaucoup de jeunes urbains (15), le côté sortir un soir sur deux. Moi, j’étais un mec (16) assez immature à la vingtaine. J’étais du genre à pas payer mes impôts, à payer trois plus cher (17) parce que j’avais juste oublié. J’étais pas… Je fermais les yeux sur (18) certains problèmes en espérant qu’ils disparaissent, quoi. C’est ça, être immature. Je me sens plus prêt maintenant en tout cas, c’est sûr !
Moi qui ai pas eu un père au jour le jour (19), je me suis toujours demandé ce que ça donnerait (20), si je le devenais. Ça fait partie des trucs, je pense qu’il y a beaucoup d’enfants de divorcés qui réfléchissent à ça des fois, parce que on se demande si on sera capable, soi (21), de faire quelque chose qu’on n’a pas vu, mettre l’accent sur (22) l’humour dans la vie, essayer de rire le plus possible, montrer une certaine… une certaine force. Parce que comme tout le monde, j’ai eu des moments difficiles. Effectivement, ma mère était très malade, très tôt. Et donc du coup, on avait un peu des problèmes financiers.
Tu avais quel âge, toi ?
– J’avais huit ans. Elle vivait dans une chambre stérile, je pouvais même pas la toucher, elle était dans une bulle de verre. Des trucs comme ça qui sont pas forcément faciles mais ça a été facile en fait, parce que j’étais tellement aimé – mes grands-parents chez qui je vivais m’aimaient tellement, me donnaient tellement d’affection que finalement, j’ai été bien plus heureux que beaucoup de mômes (23) qui avaient pas ce genre de soucis, en fait. Donc je vais essayer de… Je vais essayer de faire pareil à ce niveau-là.
Qu’est-ce que tu te poses comme questions sur ce qu’elle va devenir ? Elle sera comment ?
– J’en sais rien du tout. La question la plus importante, c’est : Est-ce qu’elle sera douée pour le bonheur, en fait ? Rencontrer des obstacles, avoir une vie difficile, c’est pas tant un problème si on est doué pour le bonheur. On a tous rencontré des gens qui avaient une vie difficile, qui étaient finalement beaucoup plus heureux que des gens qui n’avaient jamais rien vécu de dur mais qui avaient une inaptitude au bonheur. Voilà, ça, c’est les grandes inégalités. Elle sera ce qu’elle sera.
Et toi, tu seras son papa.
– Always !

Des explications :
1. Dire que… : Oralement, on utilise cette expression pour exprimer un regret.
2. et tout et tout : expression familière qui permet de faire allusion à d’autres choses qu’on ne développe pas, par exemple parce que celui qui nous écoute devine ce qu’on veut dire.
3. Ça m’a fait chier : ça m’a embêté, ça m’a ennuyé. (Très familier, à la limite du vulgaire, mais quand même souvent employé oralement.)
4. Merde : plus familier que Zut ou Mince, mais très courant.
5. Affubler : faire porter
6. quand bien même : même si.
7. C’est pas un drame : ce n’est pas très grave / ça n’a pas une importance majeure. On peut dire aussi : On ne va pas en faire un drame.
8. Les mecs : les gens, les hommes. (familier et oral uniquement)
9. Faut = il faut. (style oral, avec l’omission de Il) => Faut arrêter : cette expression signifie que ce n’est pas la peine d’accorder de l’importance à quelque chose qui n’en a pas vraiment.
10. Crever de faim : mourir de faim. (familier, donc ça donne un côté plus fort, plus violent à la situation.)
11. la énième guerre : on emploie ce mot pour indiquer qu’il y a eu beaucoup de guerres et que celle-ci est la nouvelle d’une longue série. Cela donne une impression de désillusion, de lassitude. Par exemple, on dit : c’est la énième fois que je lui demande de venir. / C’est la énième bêtise qu’il fait ! Je ne les compte même plus !
12. Bouffer : manger (familier)
13. avoir la Sécu : avoir la Sécurité Sociale, qui couvre nos dépenses de santé en cas de maladie. L’abréviation fait toujours référence uniquement à ce système.
14. Je ne pense pas que : ce début de phrase entraîne normalement le subjonctif : Je ne pense pas que notre époque soit terrible. Mais on entend de plus en plus l’indicatif, ce qui ne nous surprend plus vraiment.
15. Les jeunes urbains : c’est devenu le terme à la mode, à la place du mot citadin, pour parler de ceux qui vivent en ville.
16. Un mec : un gars (familier et oral). Si on veut dire la même chose de façon plus neutre, on dit : J’étais quelqu’un d’assez immature.
17. Trois fois plus cher : c’est une expression pour montrer qu’on doit payer vraiment plus cher. Si on oublie la date limite, on a une majoration de 10 % de la somme qu’on devait payer.
18. Fermer les yeux sur quelque chose : ignorer ça, faire comme si ça n’existait pas.
19. Au jour le jour : quotidiennement
20. ce que ça donnerait : comment ça serait, quel serait le résultat.
21. Soi : soi-même. C’est le pronom qui va avec On.
22. Mettre l’accent sur quelque chose : insister sur quelque chose, lui donner une place importante, comparé à d’autres choses.
23. Un môme : un enfant (familier). On peut dire aussi Un gamin.

A écouter ici en entier si vous voulez.

Tombouctou

Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? Voltaire

Timbuktu

Il y a un mois, en décembre, nous avons vu Timbuktu, un film bouleversant et d’une sobriété magnifique. J’ose à peine employer le terme « magnifique » puisque l’histoire est celle des habitants de Tombouctou au Mali qui ont vécu sous le joug des islamistes de 2012 à 2013 à peu près. Abderrahmane Sissako a voulu que nous sachions tout cela et avec ses moyens d’artiste, il en a fait une oeuvre universelle contre tous les obscurantismes, contre le fanatisme, contre la violence des hommes envers leurs semblables pour des raisons absurdes et indignes, contre la barbarie qui pervertit la beauté de toute existence humaine.

Je garde dans les yeux les couleurs du désert et du regard d’une petite fille joyeuse et paisible à qui on enlève son avenir, la résistance d’une femme, voilée, à qui on veut aussi imposer de vendre ses poissons en cachant ses mains dans des gants, la joie de chanter et jouer de la musique punie par la lapidation, la dignité et la sagesse de cet imam qui oppose les mots aux armes à l’intérieur de la mosquée, la place de misère et d’asservissement faite aux femmes.

Je garde en mémoire ce mélange de dureté et d’humour, car oui, il y a ces moments légers d’humanité où on sourit en voyant une folle grandiose arpenter les rues sans voile, sans que personne n’ose intervenir, en voyant danser magnifiquement mais en secret un des djihadistes, souvenir de sa vie passée, en regardant tous ces petits arrangements des chefs eux-mêmes avec les interdictions (de fumer par exemple), en regardant un habitant qui bataille avec l’ourlet de son pantalon pour respecter la longueur imposée, en assistant à un match de foot sublime, où des gamins jouent sans ballon puisque c’est interdit !

La bande annonce est ici.

Il faut écouter Abderrahmane Sissako.
Voici un extrait de ce qu’il disait au Festival de Cannes en juin.
Ou juste le son: A. Sissako

Transcription :
– L’être humain n’est pas seulement une chose, ce n’est pas seulement ça ou rien. Je pense que dans chaque être, il y a une complexité, il y a… il y a le mal, mais il y a le bien aussi. Donc je pense que c’est important de se dire qu’un djihadiste, c’est quelqu’un qui nous ressemble aussi en fait, et que… qui certainement, à un moment de sa vie, a basculé dans quelque chose. Et à partir de ce moment-là, quand on raconte une histoire, on essaie de l’humaniser, maximum possible (1). Quand il y a une barbarie, il faut que, à côté de ça, on puisse voir une fragilité, à chaque instant. Et pour moi, il était important que cette scène se termine par une phrase que je donne à l’acteur djihadiste (2), c’est-à-dire quand il dit… Je pense que c’est pas normal, bon, mais… (Il est submergé par l’émotion et pleure.)
– La fatigue, l’émotion. Madame au premier rang, vous vouliez poser une.. On reviendra peut-être à la… ça va ?
– Je devrais pas pleurer, mais bon… Peut-être que aussi, je pleure à la place des autres aussi, c’est ça, de ceux qui ont vécu véritablement, qui ont eu une réelle souffrance, parce que après, nous, on s’approprie tout quand même, hein. C’est ça qui est… Après, tout revient à moi, à l’équipe, etc. On devient ceux qui ont eu le courage de faire ce film, ceux qui sont forts, etc. Mais le vrai courage, c’est ceux qui vivent, qui ont vécu en tout cas au quotidien ces moments-là et qu’ils n’ont pas vécu un jour, deux jours. Ils ont vécu. Ils ont fait une… un combat silencieux. Tombouctou a été libérée pas par SERVAL, c’est une armée. Mais la vraie libération, c’est ceux qui sont restés, quotidiennement, qui chantant dans leur tête une musique qu’on leur a interdit de chanter. C’est ça, le combat, pour moi.
Parler d’un… de l’esthétisme, de son esthétisme entre guillemets, qui est la chose qui me fait le plus peur d’ailleurs, dans le cinéma, quand on devient esthétisant et quand on utilise…
[…]
Oui, mais je comprends vraiment, votre question est positive, hein, mais moi j’ai peur de ça. Et après, en même temps, je me sens très libre parce que je considère tout simplement que le cinéma, c’est un langage et que on le parle avec sa propre intonation. C’est comme une langue, hein. Moi, je suis pas… Le français n’est pas ma langue, disons, maternelle, donc je la parlerai toujours avec cet accent, qui est mon accent. Le cinéma, c’est pareil.

Quelques détails :
1. maximum possible : normalement, on dit plutôt : au maximum / autant que possible.
2. Dans la phrase à laquelle il fait référence, le djihadiste dit qu’il comprend que l’enfant de cet homme qu’il condamne à mort va beaucoup souffrir parce qu’elle sera orpheline. On sent qu’il comprend qu’elle sera une victime de ces conflits d’adultes. Mais il demande à l’interprète qui est là de ne pas traduire sa phrase à cet homme qui l’implore. Un moment où s’exprime donc toute cette ambiguïté et l’absence de réelle communication entre ces deux hommes.

Si vous voulez écouter la conférence de presse en entier, elle est ici. Il y explique aussi comment il a travaillé, comment il a trouvé les interprètes de son film. Et comment il conçoit son métier de cinéaste, qui a la responsabilité de dire tout cela avec son art, au service des autres. C’est passionnant.

EntretienEt pour finir, cet entretien à lire dans Télérama.

Leçon

Lilian Thuram BD

Les Français ont très peu voté aux élections européennes récentes. (En France, il n’est pas obligatoire d’aller voter.) Et parmi ceux qui l’ont fait, 25% ont donné leur voix au Front National, parti d’extrême-droite. Perte de repères, perte de confiance, perte de valeurs, perte d’espoir.
Alors la parole de gens comme Lilian Thuram, l’ancien footballeur champion du monde en 1998, a toute son importance. Il travaille avec sa fondation dans les écoles pour combattre les préjugés et le racisme. Une BD est sortie il n’y a pas très longtemps, qui raconte son histoire. Un joli portrait aussi de sa mère, entre autre, et de ceux qui l’ont inspiré et aidé à comprendre les sources du racisme.

Voici ce qu’il raconte de son enfance, petit gars arrivé des Antilles avec ses frères et soeurs pour rejoindre leur mère qui voulait leur donner un avenir meilleur en venant dans la région parisienne.

Lilian Thuram et la cité des Fougères

Transcription :
C’est là que vous avez grandi ?
– Oui, j’ai grandi à Avon (1), exactement dans une cité (2) qui s’appelle Les Fougères, c’est-à-dire que moi, j’arrive des Antilles (3), et puis, bah je connais pas beaucoup la géographie du monde. Et là, je découvre des personnes qui viennent du Zaïre, du Pakistan, du Portugal, de l’Espagne, du Liban, d’Algérie et d’autres encore.Et ça a été un moment extrêmement important, et qui explique que… la personne que je suis aujourd’hui, quoi, voilà.
C’est-à-dire que c’est en arrivant en France dans cette cité que vous avez découvert le monde, c’est ça que vous êtes en train de dire, vous vous êtes ouvert au monde extérieur.
– Ah bah complètement ! Lorsque j’étais enfant en Guadeloupe, si on m’avait parlé du Pakistan, je… je le connaissais pas, le Pakistan. Et… Et puis, la grande majorité des personnes aux Antilles, et notamment à Anse-Bertrand (4), avaient la même couleur de peau que moi. Donc voir toutes ces différences de couleur de peau, ou de… de coutumes – par exemple, lorsque j’allais chez mon ami Zia qui venait du Pakistan, j’étais intrigué (5) par comment sa maman était habillée, voilà. Ou même les odeurs. Lorsque j’allais par exemple chez mon ami juste en bas de chez moi, Paulin Kaganoungou, là aussi, la façon de s’habiller de la maman en pagne et les odeurs étaient complètement différentes. Ou bien quand j’allais chez Benito, sa maman était espagnole, là aussi on mangeait différemment. Et donc je trouve que vivre dans cette… dans cette diversité culturelle m’a… m’a appris très jeune qu’il y avait plusieurs façons de faire et de dire les choses. Et ça, c’est essentiel.

Quelques détails :
1. Avon : ville d’Ile de France, à environ 60 km de Paris, proche de Fontainebleau.
2. Une cité : c’est un quartier constitué essentiellement d’immeubles. (un quartier populaire.)
3. les Antilles : pour les Français, ce sont essentiellement les départements d’outre mer, la Guadeloupe, la Martinique.
4. Anse-Bertrand : c’est la petite ville de Guadeloupe où il est né et a passé les neuf premières années de sa vie.
5. Être intrigué : être surpris par quelque chose qui pique notre curiosité.

L’émission entière est là.
Il y est bien sûr question de l’esclavage, sur lequel repose notre histoire aux Antilles. De foot aussi et de travail acharné. Un beau portrait.

Déterminés

En route pour l'ecole
J’ai déjà eu l’occasion de parler de la Guyane, ce département français à des milliers de kilomètres de la métropole. Un très grand territoire dans la forêt amazonienne. Une des choses qui m’a marquée, c’est la difficulté à offrir à tous les enfants les mêmes chances qu’aux autres petits Français: pas assez d’écoles, pas assez de moyens, pas assez d’enseignants. Si vous êtes professeur et que vous demandez à partir en Guyane, vous êtes sûr d’obtenir un poste immédiatement. Un autre signe, c’est le peu de jeunes Guyanais qui viennent poursuivre leurs études supérieures ici, alors que nous avons des étudiants martiniquais, réunionnais, guadeloupéens, néo-calédoniens. Conséquence de l’éloignement peut-être, mais surtout résultat d’une scolarité qui ne permet pas toujours de réussir à un niveau plus avancé.
Alors, à Cayenne, mardi dernier, cet appel à faire grève et à manifester avait été lancé:

grève en guyane

Ils sont déterminés, et on les comprend :

Transcription :
Trois cent trente millions sur dix ans, ça signifie trente-trois millions par an, c’est-à-dire la construction de cinq lycées, dix collèges, cinq cents classes du primaire. L’Etat doit s’engager. Il est évident qu’on s’arrêtera pas là. Mais il y aura obligatoirement, même si ça doit durer six mois, un an, il y aura obligatoirement un chantier qu’on a ouvert là, parce que c’est un chantier vital pour la Guyane ! Là, on n’est pas en train de discuter de trois biscuits et deux yaourts, là, hein ! On est en train de discuter de quarante mille jeunes qui arrivent. Donc on lâchera pas le morceau  (3)!

Quelques détails :
1. 330 millions : en toutes lettres, cela donne trois cent trente millions, avec le problème de savoir comment on écrit les nombres: des traits d’union ou pas, un « s » ou pas ! Le français est très bizarre. Donc on écrit : Trois cents avec un « S » Mais s’il y a quelque chose après, le « s » disparaît ! Allez savoir pourquoi ! Heureusement, on n’écrit pas souvent les grands nombres en toutes lettres dans le fond. Cependant, il n’est théoriquement pas accepté de commencer une phrase par un nombre écrit en chiffres, donc parfois, il faut savoir comment ça s’écrit.
2. Un chantier : on emploie ce terme au sens figuré pour parler d’un grand projet. On utilise souvent ce terme à propos d’une réforme profonde, qui va prendre du temps: par exemple, on parle du chantier des retraites, du chantier de la sécurité sociale, c’est-à-dire des domaines dans lesquels il y a du travail pour apporter les changements qu’on nous dit être nécessaires.
3. On ne lâchera pas le morceau : on résistera, on se battra jusqu’au bout, on ne renoncera pas. (familier). On dit aussi par exemple: Face à la fermeture de leur usine, ils ne veulent pas lâcher le morceau.

sur le chemin de l'ecole

Petites Guyanaises

Désillusions

Dimanche prochain aura lieu le premier tour des élections municipales, au terme desquelles seront nommés les maires de toutes les communes de France – petits villages, villes moyennes, grandes villes. Election de proximité, importante pour notre vie quotidienne. Mais certains annoncent une augmentation de l’abstention, notamment chez les jeunes.
Alors tous les moyens sont bons pour les encourager à voter, y compris leur parler dans un langage qui est soi-disant le leur. Et bien sûr, hors les réseaux sociaux, point de salut !
Voici donc ce qu’on lit sur la page qui s’affiche quand on se déconnecte de Facebook:

oui je vote page facebook accès

Et ailleurs sur internet:

Oui je vote c'est tweeter liker

Alors, les Français vont-ils liker, tweeter et aller voter ?
Si on écoute la petite conversation qui suit, pas sûr que les campagnes de communication du gouvernement soient très efficaces ! Transcription :
– Au début, on fait… Ils font de la lèche (1), ils font de la lèche pour qu’on vote pour eux. Et dès qu’ils ont obtenu ce qu’ils veulent, bah on peut plus rien faire, c’est fini. J’ai plus confiance.
– Vous aussi (2), vous ne voterez pas ?
– Non, je voterai pas non plus. Je voterai pas parce que pour moi, c’est un peu… c’est un peu des charlatans (3), en fait. Moi, quand je vois, c’est hallucinant, ce qu’ils mettent dans les décorations de Noël (4), ou même juste le feu d’artifice (5), vous imaginez pas combien ça coûte ! Et il y a plein de gens qui sont dans le besoin (6) et il y a personne pour les aider.
Pour moi, je dis, il faut qu’ils aillent sur le terrain (7).
– Parce que c’est sûr, on a des jolis espaces verts (8), mais après, il y a pas que l’environnement.
– Qu’est-ce que vous attendriez par exemple ?
– Bah… qu’ils fassent vraiment des choses pour les jeunes.
– Déjà pour les logements, il y a pas assez de logements sociaux (9). Si c’est pour donner un logement au bout de trente ans (10), où est l’intérêt ? C’est-à-dire pendant 30 ans, on attend un logement avant d’avancer dans la vie.
– Moi, je vois mon cas, moi j’ai fait une demande depuis super longtemps (11), sous prétexte qu’ils me disent : Vous n’avez pas d’enfant, vous n’êtes pas prioritaire. Et pourtant, je… je gagne un salaire, je paye mes impôts, et ils ont donné le logement à quelqu’un qui est au chômage mais qui a son parent qui travaille pour la mairie. On est mis de côté (12), en fait. On est mis de côté, on fait partie des habitants mais en même temps, on en fait partie quand ils ont besoin de nos voix (13), mais une fois que les élections sont passées…
– Clairement, on est pris pour des cons (14), hein !
– Par la politique ou par les politiques (15) ?
– Bah il y a encore des politiciens qui sont bien, faut dire ce qui est (16). Mais le problème, c’est qu’ils sont peu par rapport à tous les connards (17) qu’il y a ! C’est ça le problème. La politique en elle-même, il en faut. Dans tous les pays, c’est grâce à la politique qu’on a avancé. C’est normal. Mais maintenant, aujourd’hui, les politiciens, ils pensent qu’à leur gueule (18), ils pensent qu’à leur gueule.

Des explications :
1. faire de la lèche (à quelqu’un) : flatter servilement quelqu’un pour obtenir des avantages. (argot) Cela donne aussi l’expression : être lèche-bottes, ou lèche-cul.
2. vous aussi : ici, elle devrait dire : Vous non plus, vous ne voterez pas ?, car la suite est négative. Ça aurait été correct si elle avait dit : Vous aussi, vous vous abstiendrez.
3. Un charlatan : quelqu’un qui raconte n’importe quoi, en faisant croire qu’il a des connaissances dans un domaine. Cela signifie donc ici que ce sont des gens dont les discours ne sont que des mensonges.
4. Les décorations de Noël : au moment des fêtes de fin d’année, toutes les villes illuminent et décorent les rues. Donc c’est un budget pour une commune. Cette jeune femme trouve que c’est de l’argent gaspillé et qu’il y a d’autres priorités.
5. Le feu d’artifice : le 14 juillet, jour de la fête nationale, un feu d’artifice est tiré dans la plupart des communes. Et ça aussi, ça coûte cher.
6. Être dans le besoin : ne pas avoir assez d’argent pour vivre correctement. C’est une autre manière de dire qu’on est pauvre.
7. Aller sur le terrain : aller voir comment les gens ordinaires vivent vraiment.
8. Les espaces verts : c’est l’expression utilisée pour désigner tous les jardins publics et tous les massifs fleuris d’une ville.
9. Les logements sociaux : c’est ainsi qu’on appelle des logements accessibles et reservés à tous ceux qui ont des petits salaires et qui ne peuvent pas payer un loyer élevé à un propriétaire. Il y a des conditions de ressources. Le problème des loyers est devenu très sensible car ils ont beaucoup augmenté.
10. Trente ans : il veut dire par là que la liste d’attente est longue et donc que cela prend beaucoup trop de temps pour obtenir un appartement. En fait, il n’y a pas assez de logements sociaux.
11. Super longtemps = très longtemps (familier)
12. on est mis de côté = on est négligé, personne ne s’occupe de nous.
13. Nos voix : dans le domaine des élections, les voix sont les votes exprimés par les électeurs pour les candidats. On donne les résultats en nombre de voix.
14. On est pris pour des cons = on nous prend pour des imbéciles, on se moque de nous. (très familier). On pourrait dire aussi, avec le même niveau de langue: Ils se foutent de notre gueule.
15. les politiques = les hommes politiques et les femmes, mais on ne dit pas les femmes politiques – ce qui reflète la place peu importante des femmes en politique pendant longtemps. Donc on entend de plus en plus « les politiques », qui englobe les hommes et les femmes.
16. Il faut dire ce qui est : cette expression toute faite signifie qu’il faut reconnaître quelque chose, qu’on ne peut pas le nier. (plutôt oral)
17. un connard : c’est un terme insultant, très péjoratif, plus fort et vulgaire que « un con ».
18. ils pensent qu’à leur gueule = ils ne pensent qu’à eux-mêmes, ils ne sont guidés que par leur intérêt personnel. (très familier, quasi vulgaire).

Lire la Suite…

L’espèce humaine

En 2013, certains continuent à vous traiter de singe si vous avez la peau noire. Cela s’appelle du racisme. C’est ce à quoi a dû récemment faire face Christiane Taubira, notre Garde des Sceaux (c’est-à-dire notre ministre de la Justice), née dans le département français de Guyane.

Le racisme comme réponse aux problèmes économiques et sociaux. Résurgence d’idées malsaines, qui font froid dans le dos parce qu’elles sont la négation de l’appartenance de tous à la même famille humaine, dans laquelle nous naissons, par hasard et sans mérite, blancs, noirs, grands, petits, hommes et femmes.
Voici la réponse sans compromis de C. Taubira:C Taubira

Pour regarder cette interview en entier:

En voici un extrait que j’ai transcrit, parce que tout y est dit avec dignité, détermination et fermeté:Transcription :
Bah, il faut reconnaître qu’effectivement, ce sont des propos (1) d’une extrême violence parce que ces propos prétendent m’expulser de la famille humaine. Ce sont des propos qui dénient… qui me dénient mon appartenance à l’espèce humaine. Donc ils sont violents. Et puis en plus, ils ne sont pas proférés (2) n’importe où : c’est ici, dans ce pays de France, c’est-à-dire cette nation qui s’est construite sur une communauté de destins, sur du droit, sur des lois qui s’appliquent à tous, sur une égalité entre ses citoyens. C’est dans ce pays-là que des personnes s’autorisent à proférer de tels propos. Moi, j’encaisse le choc (3). Simplement, évidemment, c’est violent pour mes enfants, c’est violent pour mes proches (4), c’est violent pour tous ceux qui me ressemblent. Ça l’est pour tous ceux qui ont une différence, mais ça l’est aussi pour ceux qui ressemblent à ceux qui les profèrent, parce qu’on peut se ressembler physiquement mais ne pas avoir la même éthique, ne pas avoir le même idéal. Donc je sais qu’il y a des personnes qui souffrent beaucoup, beaucoup de ces agressions.
C’est à nous de rappeler à tous les Français que le racisme n’est pas une opinion mais un délit puni par la loi de la République.
Comme l’a dit cet après-midi… l’a rappelé cet après-midi le Premier Ministre, ça n’est pas… Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. L’antisémitisme n’est pas une opinion, c’est un délit. La xénophobie, les discriminations, ce sont des délits punis par la loi. Donc la justice doit passer (5) mais la justice ne peut pas porter toute la charge. La société doit s’interroger. Et c’est ce qui se fait, parce qu’on voit bien que tous ceux qui ne louvoient (6) ni avec les valeurs républicaines, ni avec les principes démocratiques, ils s’expriment là. Toutes ces voix (7) qui s’élèvent rappellent que justement, elles ne louvoient pas avec ces principes et ces valeurs. D’ailleurs, vous avez vu, il y a eu une charte adoptée en… à Rome, par dix-sept pays européens, et la charte dit très clairement : il y a ceux qui sont ouvertement xénophobes. Et puis il y a ceux qui se dissimulent par exemple derrière la préférence nationale (8). Bon, c’est juste de l’hypocrisie, c’est juste de la lâcheté et ça, ça ne me trouble pas. Non, non, il y a un affrontement de valeurs profond. Cet affrontement est tout à fait normal, nous allons livrer bataille parce que nous avons des batailles sémantiques à livrer, nous avons des batailles cuturelles à livrer. Nous avons des conquêtes politiques à refaire et nous sommes bien déterminés à le faire.

Quelques détails :
1. des propos : des paroles
2. proférer des paroles, des propos : prononcer des paroles, des mots. (style soutenu). On utilise aussi ce verbe à propos de menaces : proférer des menaces
3. encaisser un choc : absorber un choc. Donc ici, faire face et réagir.
4. Les proches : la famille et les amis proches
5. la justice doit passer : il doit y avoir un jugement, un procès puisqu’il s’agit de quelque chose d’illégal.
6. louvoyer : prendre des détours. Donc ici, s’arranger avec les règles et les principes, ne pas les respecter.
7. toutes ces voix : elle fait référence à tous ceux qui ont condamné ce racisme, dans la classe politique, chez les intellectuels ou les artistes et chez les citoyens « ordinaires »
8. la préférence nationale : c’est une des idées du Front National et de l’extrême-droite, qui vise à exclure les étrangers.

Et ici, de quoi prendre peur ! Cette personne était candidate Front National à des élections. Et, bien sûr, elle a même des amis qui sont noirs ! Donc elle n’est pas raciste. Un grand classique:

candidate FN

Transcription:
– Mais justement, moi, je voulais juste vous montrer une photo et vous demander ce que vous en pensiez… de cette photo.
– Celle-ci, je l’ai vue. Et honnêtement, je l’ai mise sur mon réseau.
Justement, ouais, je l’ai trouvé effectivement sur votre facebook.
Oui. Bien sûr, bien sûr.
– Qu’est-ce que veut dire ce photo-montage exactement ?
– Bah, tout est dit entre les mots, hein ! Voilà, c’est… c’est… Elle arrive comme ça, elle débarque comme ça, c’est… franchement, c’est une sauvage, quoi. Elle prend tout le monde… Quand on lui parle de quelque chose de grave à la télé, aux informations, n’importe où , elle vous fait un sourire, mais il faut voir, un sourire du diable ! Les personnes qui ont tué, mais c’est pas grave, on va leur mettre leur bracelet, et puis çe sera déjà bien.
– Mais parce que ce genre de comparatif des noirs avec des singes, ça fait partie quand même des… voilà, de toutes les thématiques du racisme primaire.
– Non. En général, un… Non, non, ça, ça n’a rien à voir. Un singe, ça reste un animal. Un noir, c’est un être humain. J’ai des amis qui sont noirs et c’est pas pour ça que je leur dis que c’est des singes.
– Pourtant, là, vous faites ce comparatif-là avec ce genre de montage.
– C’est plus par rapport à une sauvage, que je l’ai fait. Pas par rapport à… au racisme, ou aux noirs, ou aux gris ou n’importe quoi. Là, c’est vraiment une sauvage. C’est une sauvage, voilà. A la limite, moi, je préfère la voir dans un arbre après les branches que de la voir comme ça au gouvernement, hein ! Franchement.

%d blogueurs aiment cette page :