Feux de forêt et économies de bouts de chandelles


Grand ciel bleu, chaleur, chant des cigales, odeur des pins, voici la Provence en été. Mais tous les ans, ces beaux paysages – et ceux qui y vivent – sont à la merci des incendies de forêt, favorisés par la sécheresse méditerranéenne ordinaire en cette saison, déclenchés par des imprudents ou plus fréquemment par des pyromanes, et attisés par le mistral quand il souffle sur la région.

Pendant longtemps, il a été totalement interdit de se promener dans les massifs forestiers du département en juillet et août, ce qui privait en été la population et les visiteurs d’un accès à des sites magnifiques. Depuis deux ou trois ans, l’interdiction n’est plus totale. Chaque jour, la décision est prise de limiter, d’interdire ou d’autoriser l’accès à ces zones plantées de résineux et d’arbustes adaptés à la sécheresse, en fonction de la force du vent notamment. Il faut donc consulter le site départemental avant d’aller s’y promener et bien respecter les horaires. Sinon, vous êtes vite repéré et on vient vous chercher…

Donc tout est très surveillé, depuis les vigies notamment. Toute fumée déclenche une alerte, le moindre départ de feu est signalé immédiatement, les Marins Pompiers sont envoyés ainsi que les hélicoptères et les canadairs, ces avions bombardiers d’eau orange* et jaunes basés à Marignane, au bruit si reconnaissable. Personne n’aime vraiment les entendre…
Tous ces moyens coûtent cher évidemment mais c’est ce qui permet d’éviter de gigantesques incendies comme il y en a eu par le passé. Alors quand il est question de les réduire, les protestations s’élèvent (à la française).

Transcription:
C’est assez rare pour être signalé. Les pilotes de bombardiers d’eau de la base de Marignane ont déposé un préavis de grève (1) pour cet été. La Direction Générale de la Sécurité Civile envisage de laisser au sol cet été deux canadairs sur les douze disponibles, et ce pour économiser l’argent sur la maintenance.

Les pilotes de canadairs continuent à s’entraîner mais cette réduction du nombre d’avions disponibles les inquiètent. La Direction a beau dire (2) que ces deux canadairs ne seraient pas forcément cloués au sol, qu’ils pourraient être mobilisés en urgence, ça ne tient pas (3), réplique Alain Huet, pilote de canadair, membre de l’intersyndicale:
« Tout aéronaute (4) normalement constitué (5) sait très bien qu’un avion qui est stocké pendant une semaine, même si on y fait quelques visites tous les jours, on sait très bien que cet avion quand on va le prendre pour intervenir, il sera en panne, il sera pas disponible. On fait des économies, encore une fois, des économies de bout de chandelle (6). On veut repousser des visites à l’année prochaine, c’est au détriment de la stratégie « Feux de forêts ».

A Marseille qui dispose de 120 km2 d’espaces naturels (7), cette menace de grève à Marignane inquiète les autorités. José Allegrini, adjoint au Maire délégué au bataillon des Marins Pompiers tire la sonnette d’alarme (8):
« Nous aurons deux bombardiers d’eau de moins cet été pour la campagne « Feux de forêts ». Ça, c’est grave, parce que l’économie résiduelle de deux équipages et de deux avions, comparée aux risques d’incendie colossaux, eh bien, vous imaginez ce que ça donne (9)! On fait pas d’économies sur, à la fois, la sécurité des personnes, des biens et des paysages. »

Quelques explications:
1. déposer un préavis de grève: c’est la procédure normale quand un syndicat appelle à faire grève. Toute grève doit être déclarée de façon officielle quelques jours avant son début. L’idéal, bien sûr, c’est quand un terrain d’entente peut être trouvé avant. Dans ce cas, les syndicats lèvent leur préavis de grève.
2. Ils ont beau dire que… = même s’ils disent que…
3. ça ne tient pas: ce n’est pas possible / ce n’est pas réaliste.
4. un aéronaute: ce terme n’est pas employé fréquemment. Il désigne un membre d’équipage dans un avion ou un engin qui vole.
5. normalement constitué: qui est d’une intelligence normale.
6. faire des économies de bouts de chandelles: des économies insignifiantes, qui ne se voient même pas, qui n’en valent pas la peine.
7. les espaces naturels de Marseille: l’essentiel du Massif des Calanques se trouve sur la commune de Marseille. Tous les alentours de Marseille sont particulièrement exposés aux risques d’incendie en été.
8. tirer la sonnette d’alarme: cette expression est synonyme d’alerter, avertir du danger.
9. ce que ça donne = le résultat / les conséquences

* orange: contrairement aux adjectifs de couleur, orange ne s’accorde pas quand il exprime la couleur. Encore une subtilité de la grammaire française !

Yvette, 92 ans: une vie française

Pour certains, fêter leurs 30 ans, c’est passer un cap et avoir le sentiment d’entrer dans un autre âge!
Alors, que dire d’Yvette, qui, à plus de 90 ans, a toute une vie à raconter ! Vivacité d’esprit, émotion et grande franchise pour faire surgir au détour des mots un parcours où se mêlent la guerre, l’amour, l’art, la politique, Alger, Paris. L’ombre des regrets aussi, mais avec légèreté, lucidité et humilité.

Ça vaut vraiment la peine de prendre un peu de temps et de s’embarquer pour ce voyage, en hommage avant tout à celui qui lui « a appris toutes les belles choses de la vie », comme elle le dit si joliment.

Pour l’écouter, vous pouvez cliquer en-dessous: http://download.arteradio.com/static/player/export.html?ids=616110

Ou écouter ici:

Transcription:
– C’est nous !
– Bonjour ma belle.
– Comment ça va ?
– Et toi ? Mon Dieu !
– Comment ça va, Yvette ?
– Mais quel honneur tu me fais de venir me voir !
– Et moi donc !
– Alors ? Tout va bien ?
– Oui, ça va. Enfin, j’en fais trop, comme toujours.

(en lisant l’annuaire téléphonique)
– Restaurants.
Pièges et contraditions du présent.
– 76 – 67 – 01
– Editions Sved. Achevé d’imprimer le 10 janvier 1972. Texte de Jean Maillé. Mise en page et photographies de Etienne Sved.

– Oui, bonjour. Est-ce que vous auriez trois places pour midi ? Midi et demi. Sved: S.V.E.D. C’est Marie qui est au téléphone, là ? Ah, bonjour Marie. Vous me connaissez bien. Bon. Bien placés, hein, parce que c’est des VIP. A tout à l’heure.

– Je suis Yvette Sved. J’ai eu la chance de rencontrer un monsieur qui s’appelait Etienne Sved, qui m’a appris toutes les belles choses de la vie.

Provence des Campaniles, achevé d’imprimer le 15 juillet 1969 pour les Editions Sved.

– Je n’ai pas toujours su le comprendre et je le regrette infiniment. Mais si je suis devenue assez ouverte à beaucoup de choses, c’est bien grâce à lui.
Ça, c’est la maquette du Hussard (1), qu’il n’a pas menée à bien (2). Itinéraire du Hussard sur le toit, Pierre Jean Deschêne et Etienne Sved. Bon, c’est des photos, qui illustrent le texte.
– Et c’est des photos que Etienne a fait (3) pour l’occasion ?
– Oui. Ah oui, ah oui. C’était une collaboration avec Giono, là. Quand Etienne est allé lui donner Les Campaniles (4) et que Giono a dit: « Oh, c’est la plus belle chose que j’aie vue sur la Provence ! Si vous pouvez me faire des… des illustrations dans le… le… l’esprit des Campaniles, je vous donne toutes mes… mon oeuvre à illustrer. Mais commencez par le Hussard, c’est le plus difficile. » On a donc commencé par le Hussard. Puis voilà ce que ça a donné. Non, et ça… A mon avis, ça a précipité son… son Alzheimer et c’était une obsession. C’était devenu une obsession, ce livre, pour lui.
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