L’école et les chiffres

– Le budget de l’Education est passé de 28% à 21% du budget de l’Etat entre 2007 et 2010.
– 60 000 postes ont été supprimés entre 2007 et 2011.
– 14 000 autres suppressions sont prévues d’ici fin 2012.
– 1422 classes ont été supprimées dans le primaire en 2011.
– 1407 suppressions sont prévues en 2012.

– Les effectifs dans les écoles primaires, les collèges et les lycées ont augmenté de 65 000 élèves depuis 2008.
– Les heures supplémentaires des enseignants représentent l’équivalent de 40 000 postes.

Alors, on arrive à des situations comme celle qui a fait les titres hier dans la presse:

Et à la radio:Transcription:
Une des deux annonces a été publiée le 1er avril mais ce n’était pas une blague (1). Pour la FCPE (2), ce genre de démarche est une des conséquences des suppressions de postes dans l’Education.
– Quand le rectorat n’a plus personne sous la main (3), ils essaient de faire un peu comme ils peuvent, hein, pour trouver quelqu’un. Et c’est ça qui est gênant, parce que si le rectorat (4) n’a personne à proposer, c’est que ces suppressions ont amené à faire disparaître un vivier (5) de remplaçants et de remplacements. Donc pourquoi aller sur la Toile (6) que la maison-mère (7) n’a pas ? C’est du n’importe quoi (8) ! Aller sur la Toile, ça ne répond pas aux suppressions de postes, ça ne répond pas à la casse (9) de l’Education Nationale.
– Je crois qu’il faut quand même faire attention à la nature du support et je veux dire qu’on ne recrute pas un professeur (10) comme on achète une voiture d’occasion ou une salle à manger Louis XV.
Pour la FCPE, il y a rupture de contrat dans l’obligation de transmettre la connaissance et elle envisage d’aller en justice pour obtenir réparation.

Quelques explications:
1. le 1er avril, comme vous le savez, c’est le jour des poissons d’avril, où certains annoncent des nouvelles farfelues ou font des blagues aux autres.
2. la FCPE: la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves.
3. avoir quelqu’un sous la main: avoir quelqu’un qui est disponible.
4. le rectorat: c’est l’organisme qui gère tous les établissements d’enseignement dans un département.
5. un vivier: une réserve
6. la Toile: c’est le mot français pour Web (mais qui est assez peu utilisé en fait.)
7. la maison mère: ici, c’est le ministère de l’Education Nationale, dont dépend toute l’éducation en France. (ce qui garantit un accès équivalent à l’éducation sur tout le territoire, de façon égale. C’est un des principes de la République française.)
8. C’est du n’importe quoi = c’est absolument nul.
9. la casse = la destruction
10. le recrutement des professeurs en France: il se fait sur concours (des concours bien sélectifs, exigeants et uniformes pour garantir les mêmes conditions d’enseignement dans toute la France.) Les enseignants sont des fonctionnaires, recrutés par le Ministère de l’Education Nationale et qui savent quelle est leur mission.

C’était déjà annoncé avant la rentrée:

D’un côté, un gouvernement qui applique sa politique du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux et qui rend les conditions de travail des enseignants tellement difficiles que le métier finit par perdre toute attractivité auprès des jeunes.

De l’autre, ce même gouvernement qui fait des campagnes de pub (débiles) dans les journaux et sur internet pour vanter la grandeur du métier de prof ! On n’est pas à un paradoxe près.

Ce qui, pour finir, oblige, dans l’urgence, certains chefs d’établissements publics à passer des annonces pour trouver quelqu’un – n’importe qui – à mettre en face des élèves !

Trop de profs ?

En période électorale, les candidats ne sont pas à court de bonnes idées ! Evidemment, certaines touchent à l’enseignement et à notre système éducatif.

En voici une qui va, paraît-il, résoudre tous les problèmes du collège ! Pour que les petits sixièmes réussissent, il faudrait que leurs professeurs enseignent plusieurs matières, afin que les enfants de 11-12 ans n’aient pas trop d’enseignants différents en face d’eux. Solution miracle, d’après notre président, pour qu’ils s’adaptent mieux… En fait, solution pour gérer plus facilement, entre autres, la pénurie de professeurs remplaçants, supprimés au fil des années.

Moi, j’ai d’autres idées plus simples: mettons devant nos enfants assez d’enseignants pour que les classes ne soient pas surchargées, arrêtons de dimninuer le nombre d’adultes chargés de les encadrer, de les entourer, acceptons de dépenser l’argent nécessaire pour former les jeunes professeurs. Mais pour cela, il faudrait que nos dirigeants soient convaincus de la nécessité d’offrir un vrai service public d’éducation, à tous ! il faudrait qu’ils cessent de démanteler ce qui existe. Il faudrait qu’ils y consacrent les moyens nécessaires. Tout le reste, c’est du blablabla !
Alors, des profs polyvalents ? Voici ce qu’en pensent les intéressés, côté profs et côté élèves.

Transcription:
Pour Nicolas Sarkozy, il faut réduire le nombre d’enseignants intervenant auprès des élèves de sixième et cinquième (1). Cela faciliterait la transition CM2 (2) – collège où les élèves passent d’un maître (3) à plusieurs enseignants. Ce système, c’est la polyvalence. Un même prof enseignerait le français, l’histoire et la géographie (4). Un autre enseignerait à la fois les maths et les sciences (5). Une proposition qui n’enthousiasme pas cette enseignante en histoire:
– Moi, a priori (6), je suis plutôt opposée à ce genre de bivalence parce que chaque… chaque matière demande quand même une certaine spécialisation, et le fait d’être bivalent ou polyvalent réduit obligatoirement, hein, cette spécialisation. Et on peut pas enseigner correctement toutes les matières, même deux matières. C’est déjà difficile de dominer correctement une discipline. En dominer plusieurs, c’est quelque chose d’extrêmement difficile.

De l’autre côté de l’estrade, (7) les élèves. Dans l’ensemble, ils apprécient d’avoir un prof par matière, comme Juliette, en classe de 6è:
– Chaque professeur a une personnalité qui est bien collée à sa matière. Par exemple, mon prof d’histoire est vraiment passionné par ce qu’il raconte. La prof de français tient vraiment à la langue française. Elle l’aime beaucoup. Donc, non, moi je pense qu’un professeur par matière, c’est vraiment bien. Et c’est mieux aussi parce que quand on change tout le temps de… de personne, on s’endort pas en fait, ça nous réveille à chaque fois toutes les heures. Donc par rapport au CM2, de voir toujours la même tête, c’est un peu ennuyeux !

Quelques détails:
1. la sixième et la cinquième: ce sont les deux premières classes au collège, après l’école primaire.
2. le CM2: abréviation de Cours Moyen 2è année. Mais plus personne n’utilise cette expression complète. C’est la dernière classe de l’école primaire.
3. un maître: c’est le maître d’école, ou l’instituteur. (au féminin: la maîtresse ou l’institutrice). Normalement, le terme aujourd’hui, c’est professeur des écoles. Mais tout le monde utilise encore ces mots.
4. Il y avait une catégorie de profs comme ça avant. Mais ensuite, ils ont disparu. Donc on est prof de français (ou de Lettres) par exemple. (Certains de ces enseignants enseignent aussi le latin ou / et le grec, en tant que langues mortes) Pour l’histoire et la géographie, c’est un même enseignant qui enseigne ces deux disciplines.
5. Les sciences: ce qui est groupé actuellement, c’est la physique et la chimie, deux disciplines enseignées par un même professeur. Toutes les autres sciences sont séparées.
6. a priori: au premier abord.
7. l’estrade: il y en avait souvent une dans les classes autrefois, pour que l’enseignant « domine » sa classe: c’est une sorte de plancher un peu plus haut que le reste du sol dans la classe, en-dessous du tableau.

Vous pouvez aussi aller écouter Enzo qui parle de son entrée en sixième sur france bienvenue1 avec Eve.