Un français (presque) parfait

David est anglais, Rafaela et Laura sont italiennes. Tous les trois sont étudiants à Paris. C’est très intéressant de les entendre comparer leurs pays respectifs à la France. Stages, coût de la vie, avantages accordés aux jeunes, voici quelques points qu’ils ont évoqués.

Et surtout, ils ont fait ça dans un français quasi parfait, surtout David et Rafaela : expressions, tournures de phrases très naturelles, avec juste une petite pointe d’accent anglais ou italien par-ci par-là. Ils ont dépassé le stade du français appris à l’école et adopté la manière de parler des Français. Intégration parfaite ! Bravo !


Transcription:
– Est-ce que c’est la même chose en Angleterre, les stages non rémunérés ?
– Non, en fait, c’est plus rémunéré en Angleterre, oui. Vaut (1) mieux être payé parce qu’en Angleterre aussi, il faut payer pour les études. Faut (1) payer au moins, je sais pas (2), 3 000 € par an, pour les études. Moi, j’ai (3) fait un stage ici mais j’étais pas très bien payé. Mais c’était pour l’expérience.
– Est-ce que vous avez l’impression que c’est plus facile d’être jeune en Italie qu’ en France ?
– Les loyers sur (4) Paris, c’est cher, ça c’est clair (5). Mais je pense que ça, c’est Paris. Mais par contre, c’est vrai qu’on a quand même pas mal d’aides (6) pour les étudiants : des bourses et des… Ce qui existe pas en Italie. Donc, voilà.
– La société française est plus clémente envers les jeunes que la société italienne ?
– Ouais, je pense, ouais. Je pense que oui. Après, il y a des côtés différents, c’est-à-dire que en Italie, c’est un peu plus facile peut-être de connaître des gens quand on est à la fac (7). C’est plus jeune, l’ambiance à la fac, lorsqu’ici (8), c’est un peu plus sérieux, un peu plus… Mais bon… Pour des possibilités de travailler, tout ça, c’est mieux d’être en France, je pense.
– Vous êtes d’accord avec ça ? Financièrement, c’est plus dur, l’Italie ?
– Oui, c’est plus dur, parce que le logement ici est cher, mais pour les autres choses, on a par exemple beaucoup de possibilités pour les jeunes, par exemple dans les musées, dans les cinémas, on a beaucoup de réductions. Par contre, en Italie, on n’a pas ça.
– Je pense que la France est beaucoup plus socialiste. Elle aide beaucoup plus les gens qu’en Angleterre. En France, tout  est moins cher pour les moins de 26 ans par exemple. En Angleterre, c’est jusqu’à l’âge de, je sais pas (2), 21 ans. Mais…
– On est jeune plus vieux en France, alors ?
– Oui, bah parce qu’on fait des études jusqu’à 26-27. Et après, on cherche un travail. Mais en Angleterre, c’est à l’âge de 21 ans, même avant. C’est… C’est ça, la différence aussi.
– En Italie aussi, le tarif Jeunes, c’est jusqu’à 21 ans,  pas plus ?
– Je pense jusqu’à 18 (9). Non, il n’y a pas (10) pour les musées. Pour les musées, il n’y a pas de tarif réduit pour…
– Et dans les transports , alors ? C’est jusqu’à quel âge qu’on est jeune ?
– Dans les transports, il y a (11). Si tu es un étudiant universitaire, il y a beaucoup de choix dans les transports et aussi dans les cinémas et dans les musées. Mais tu dois toujours amener ta carte et démontrer la chose (12).
– C’est pas une question d’âge, c’est une question de statut d’étudiant.
– C’est ça, c’est ça.
– Allez, on retourne voir le concert . C’est parti ! (13)

Quelques détails sur leur français: ce qui est parfait et ce qui l’est un peu moins.
1. Vaut mieux… /Faut… : comme beaucoup de Français à l’oral, David ne dit pas « Il ». Il a bien intégré la leçon ! Son français oral est très naturel.
2. je sais pas : dire « je sais pas » permet de chercher ce qu’on va dire, de faire une sorte de petite pause. Ici, c’est parce que David cherche le prix des études. Il utilise « je sais pas » exactement comme un Français et prononce ça comme nous le faisons : « Chais pas ». C’est parfait !
3. Moi, j’ai… : ça aussi, c’est très français de dire « Moi, je… »au lieu de dire juste « Je ».
4. sur Paris : c’est comme « à Paris », qui est l’expression correcte. Mais on dit  souvent ça comme le fait Rafaela. C’est une expression qui est devenue à la mode. Rafaela aussi a un français très naturel.
5. c’est clair = Expression très employée notamment par les jeunes depuis quelques années. Avant, on disait plutôt : « C’est sûr ».
6. pas mal d’aides : beaucoup d’aides (financières) = des allocations, des bourses, etc…
7. la fac : abréviation de faculté, mot que personne n’emploie jamais en entier. = l’université. (plutôt familier)
8. lorsqu’ici : un Français dira : « alors qu’ici ». Rafaela mélange les 2 expressions.
9. jusqu’à 18 : pour nous, c’est bizarre de s’arrêter après 18. Il faut dire « jusqu’à 18 ans ».
10. Il n’y a pas pour les musées : on comprend parfaitement mais ce n’est pas correct en français. Il faut dire : « Il n’y a pas de tarif Jeunes » ou « Il n’y en a pas», avec « en » qui remplace « de tarif Jeunes ». Difficile ce petit mot en en français.
11. Il y a : on ne peut pas terminer la phrase comme ça. On doit dire : « Dans les transports, il y a un tarif Jeunes ». Ou alors, pour ne pas répéter « tarif Jeunes », il faut dire « Dans les transports, ça existe ».
12. démontrer la chose : on comprend mais ce n’est pas très  naturel de dire ça comme ça. Il vaut mieux dire : « Tu dois toujours avoir ta carte avec toi pour le prouver. » Ou alors, « Tu dois toujours montrer ta carte d’étudiant ». Le verbe démontrer n’a pas ce sens. De plus, en français, on évite d’employer le mot chose trop souvent. Il y a un autre exemple un peu avant quand Laura dit:  pour les autres choses. C’est plus naturel de dire : pour le reste.   
13. C’est parti ! : on dit ça juste avant de faire une activité pour bien marquer le début de cette activité.

Transcription de mes commentaires sur leur prononciation:
Voilà, alors, juste un petit commentaire sur la façon de parler de ces trois jeunes étrangers, qui ont donc des accents français quasiment parfaits. Laura, la deuxième italienne, a un accent italien un petit peu plus marqué. Mais en ce qui concerne David et Rafaela, c’est quasiment parfait. Voilà. Et je me suis dit que ça serait peut-être intéressant de vous dire à quoi, nous, Français, on reconnaît qu’en fait, ce ne sont pas des francophones. Et voilà. Ce sont en fait de tout petits détails.

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Les liaisons à la carte

Les liaisons à la carte, ce sont celles que nous ne faisons pas tous, ou pas tout le temps, pas systématiquement. Ça dépend de la situation. Et de qui vous êtes.

Dans une conversation très familière, beaucoup de Français ont tendance à faire de moins en moins de liaisons.

Dès qu’on est dans une situation plus solennelle ou plus professionnelle, on lie davantage les mots entre eux. On surveille sa façon de parler et les liaisons font partie du «beau langage».

Selon la région de France et aussi selon le milieu social où on vit, on fait plus ou moins de liaisons. Dans le nord, on a du mal à faire la liaison dans «2 euros».

L’âge compte aussi ! Les jeunes font plutôt moins de liaisons que leurs aînés.

Si on lit un texte à voix haute, on fait davantage de liaisons. C’est pour ça qu’à la radio ou à la télé, les journalistes qui présentent les infos font souvent plus de liaisons que quand ils interviewent quelqu’un de façon plus directe : ils lisent un texte sur leur prompteur, sur un ordinateur ou sur une bonne vieille feuille de papier. On entend «Ils lisent un texte», avec une liaison entre «lisent» et «un». Pas surprenant ni bizarre. Mais beaucoup plus rare dans une conversation ordinaire.

Bref, c’est souvent plus élégant de faire ces liaisons-là. Mais pas toujours spontané !
Et pour quelqu’un qui apprend le français, pas toujours facile de reconnaître les mots quand ils sont liés entre eux.
Petite étude comparative, avec Romain dans le rôle de celui qui ne fait pas les liaisons.