Une bouffée d’oxygène

Rufin et la lectureEncore une belle définition de la lecture, par l’écrivain Jean-Christophe Rufin. Lecture ouverture, comme une nécessité, depuis le plus jeune âge. Besoin quotidien, parfois contrarié par des journées trop courtes car trop pleines de toutes les obligations de la vie d’adulte. Que ferions-nous sans tous ces mots ?

La lecture, bouffée d’oxygène

Transcription:
– Quel type de lecteur est-ce que vous êtes ? Un lecteur obsessionnel, un lecteur vorace (1), un lecteur discret ?
– Non, je suis un lecteur… comment dirais-je… qui n’a jamais eu le temps de lire, c’est-à-dire que j’ai beaucoup souffert de…
– C’est intéressant !
– Bah non mais c’est… c’est vrai, j’ai… Ça a été un combat toujours parce que j’ai fait des études qui étaient des études techniques – la médecine, c’est quand même ça, hein. Donc quand les autres lisaient La Recherche du temps perdu, moi j’apprenais les collatérales de l’artère (2) machin-chouette (3), voilà. Et donc c’était un combat, c’est-à-dire que la lecture a toujours été pour moi quelque chose que… que j’ai… Si vous voulez, j’avais pas de temps. Donc j’ai une conscience aiguë (4) de tout ce qui me manque, c’est-à-dire de tout ce que je n’ai pas lu, ça… qui m’influence presque autant que ce que j’ai lu parce que c’est… Voilà, tout ce qui me reste (5) à lire, tout ce que je devrais lire, voilà. Et puis alors, maintenant, comme j’écris des livres, c’est vrai que j’ai tendance aussi à beaucoup lire en relation avec ce que je fais, c’est-à-dire que si j’écris un livre, je vais lire énormément de choses autour du sujet que je… que je traite.
– Est-ce qu’il y a un livre quand même, en tant que lecteur, Jean-Christophe Rufin, qui a fait de vous un écrivain ?
– Bah c’est à Augustin (6) que je m’adresse et on en avait déjà parlé, mais c’est évidemment Augustin Maulnes, c’est le Grand Maulnes (7), c’était le livre culte de ma famille puisque je suis originaire du Centre, du Berry.
– Vous savez que je le déteste, moi, parce que c’est pour ça que j’appelle Augustin ! Je peux pas… je peux pas me le voir (8), ce livre !
– Ah oui ? C’est vrai ? Ah, j’imagine ! Non, mais c’est… Moi, Jean-Christophe par exemple, de Romain Rolland, j’ai jamais pu le finir à cause de ça aussi.
– La lecture, comme lieu de rencontre aussi avec l’autre quand même.
– Oui, alors après, ça a été… ça a été pour moi, évidemment, la lecture, ça a été une sorte de bouffée d’oxygène (9), c’est-à-dire dans ce métier, dans une vie très prise par des contraintes, par des devoirs, de… comment dirais-je, des devoirs (11) au sens propre pendant les études, puis ensuite des devoirs de travail, la lecture, c’était la fenêtre sur le monde, quoi, c’est-à-dire c’était ce qui me permettait d’avoir accès à une autre vie, à une autre époque, à d’autres civilisations, d’autres lieux, d’autres passions, d’autres vies, quoi, tout simplement.

Des explications :
1. un lecteur vorace : cet adjectif s’emploie normalement à propos de la façon de manger, quand on a très faim. Cela rejoint l’idée que lorsqu’on lit beaucoup, on dit qu’on dévore les livres.
2. Une artère / une collatérale : ce sont des termes médicaux pour désigner là où circule le sang.
3. Machin-chouette : façon familière de ne pas nommer précisément quelque chose ou quelqu’un. Ici, il ne veut pas entrer dans les termes trop techniques.
4. Une conscience aiguë : une conscience très forte. L’adjectif aigu au masculin devient aiguë au féminin, mais la prononciation reste la même.
5. Tout ce qui me reste : on peut dire aussi Tout ce qu’il me reste. C’est exactement la même chose.
6. Augustin : c’est le prénom de ce journaliste, prénom plutôt rare aujourd’hui.
7. Le Grand Maulnes : c’est le titre du roman célèbre d’Alain-Fournier, très lu par les jeunes à une époque. Je ne sais pas si les ados d’aujourd’hui sont toujours touchés par cette histoire parue en 1913.
8. Je peux pas me le voir : normalement, on dit juste : Je ne peux pas le voir. Cela signifie qu’on ne supporte pas quelque chose ou quelqu’un. (familier)
9. une bouffée d’oxygène : au sens figuré, cela désigne quelque chose qui permet de s’évader, de respirer, qui fait vraiment du bien dans une situation difficile par ailleurs. Par exemple: Cette heure de marche tous les jours, c’est ma bouffée d’oxygène.
10. Un devoir : pendant les études, c’est un travail qu’on a à faire, à rendre.

L’émission entière est ici.

Et pour retrouver tous les livres de Jean-Christophe Rufin, c’est ici. Si vous n’avez rien lu de lui, vous pourriez y trouver votre bonheur ! Rouge Brésil, L’Abyssin… Je ne connais pas ses autres écrits tant il y en a, mais il est des lecteurs qui ont tout lu de lui et attendent chacun de ses livres avec toujours la même impatience curieuse.

Un peu de prononciation, avec une drôle d’orthographe: aigu et son féminin aiguë.
Le tréma sur le e indique qu’on prononce le u, comme au masculin. (et non pas comme dans des mots tels que vague, bague). Quand on épelle le mot, on dit « e tréma ».
C’est la même chose pour ambigu/ambiguë, exigu/exiguë, contigu/contiguë

aigu, ambigu, exigu Prononciation au féminin

Eté comme hiver

Baignade par tous les temps

Même quand on habite Marseille, c’est la saison où on oublie un peu que la plage n’est pas loin. La mer s’est refroidie, les maîtres-nageurs sont partis, le parfum des produits solaires s’est dissipé sur le sable qui semble moins accueillant. Pourtant, comme dans beaucoup d’autres endroits en bord de mer, il y a des gens – souvent pas si jeunes que ça – qui continuent à se baigner ! Pas longtemps, mais chaque jour, été comme hiver. Comme un rituel qui paraît leur faire du bien, mi-défi, mi-plaisir répété avec régularité, sous l’oeil des frileux qui passent par là en se disant que ce n’est vraiment plus de saison. Voici un écho de ces baigneurs acharnés, cette fois-ci sur la côte basque, entendus il y a quelques jours à la radio. Ils avaient l’air en pleine forme !


Eté comme hiver

Transcription :
– Ça s’appelle comment, cet endroit (1)?
– Ici, nous sommes au Port Vieux à Biarritz.
– Bonjour à tous et bienvenue au Port Vieux à Biarritz, où il fait très beau (2) et… Mais vous vous baignez toute l’année ?
– Toute l’année, tout à fait (3).
– En plein hiver (4) aussi ?
– En plein hiver. C’est le but de notre association.
– Le but, c’est de se baigner, quelle que soit la température de l’eau ?
– Exactement. C’est… C’est ce qu’on aime.
– Et alors, elle est à combien (5), la mer, l’hiver, quand vous vous baignez ?
– Eh bah ça peut aller jusqu’à 10°, 8 °. Voilà.
– Vous restez combien de temps dans l’eau ?
– Oh, à peu près dix-quinze minutes.
– Et vous avez un site, Les Ours Blancs ?
– Oui, il y a un site, Les Ours Blancs, vous pouvez le trouver sur internet. Vous faites (6) Les Ours Blancs, Biarritz, et vous verrez, on a un site internet, avec toutes les informations (7).
– Et pourquoi Les Ours Blancs ? Vous avez pas des têtes d’ours !
– Peut-être, mais les ours se baignent l’hiver, c’est pour ça, hein, dans l’eau très froide, et c’est ce que… ce que nous faisons.
– En tout cas, ça conserve (8), hein ! Vous êtes en forme olympique !
– On est tous comme ça ! On est tous comme ça. Ça conserve, en effet.
– Et vous êtes combien d’ours blancs ?
– Cent cinquante. On est une association de 150 personnes (9).
– Et ça… Elle a quel âge, cette association ?
– Elle a… Elle va avoir… Elle a, cette année, 85 ans.
– Bah vous les faites pas (10), dites-donc (11) !
– Bah oui, que voulez-vous (12), ça conserve !
– Ah oui !
– Venir nager avec une bande de fondus (13) tous les jours, quoi, c’est ça le but, hein, pendant… pendant quarante-cinq minutes, une heure, selon le… la température de l’eau.
– Le 1er janvier, c’est… Le plaisir est le même ?
– Ah bah même mieux ! On se caille (14), il doit y avoir un petit côté maso (15) là-dedans, quelque part (16). Mais non, non, il y a… il y a rien d’héroïque à ça. C’est ce que je répète souvent. Si on le fait tous les jours, il y a aucun problème, quoi. Voilà. Bien moins difficile que d’aller se foutre (16) dans… Remplir sa baignoire d’eau froide et à se mettre dedans. Ça, j’en (17) serais incapable !

Quelques détails :
1. Cet endroit : écoutez la prononciation de Cet. Il dit : « C’t’endroit », au lieu de bien prononcer toutes les syllabes. Dans le sud de la France, on dit bien : Cet endroit. On fait la même chose au féminin : Cette plage, cette dame, cette association.
2. Il fait très beau : Biarritz est presque à la frontière avec l’Espagne, sur la côte atlantique. Il y fait souvent très doux en hiver.
3. Tout à fait : c’est ce qu’on dit pour montrer qu’on est complètement d’accord avec ce qui vient d’être dit.
4. En plein hiver : en plein milieu de l’hiver, au cœur de l’hiver. On le dit aussi à propos de l’été : En plein été. Mais très rarement à propos de l’automne, et jamais à propos du printemps ! (sans doute parce qu’il ne s’agit pas des extrêmes. Et pour le printemps, parce que ça ne sonnerait pas bien!)
5. elle est à combien ? : c’est la question qu’on pose pour avoir la température de l’eau. A combien est l’eau / la mer ? Si c’est pour connaître la témpérature (de l’air), on demande : Combien fait-il ? (Ou plus oralement : Il fait combien ? )
6. Vous faites… : à propos d’internet, on peut dire aussi : Vous tapez
7. les informations : contrairement à l’anglais, ce mot peut s’utiliser au pluriel. On pourrait dire aussi : les renseignements.
8. Ça conserve : cela signifie que ça aide à rester jeune, que la personne ne fait pas son âge, paraît plus jeune. On utilise aussi le participe passé : Il / elle est bien conservé(e).
9. 150 personnes : avec un nombre, on ne peut pas utiliser le mot gens.
10. Vous ne les faites pas : vous ne paraissez pas avoir cet âge-là, vous paraissez plus jeune. On dit : Il a 70 ans mais il ne les fait pas.
11. Dites-donc : C’est une exclamation pour exprimer sa surprise et mettre en valeur ce qu’on vient de dire. Si on tutoie la personne, on dit : dis-donc. Par exemple: Tu as beaucoup de courage, dis-donc !
12. Que voulez-vous : ce n’est pas une vraie question, c’est simplement une expression qui signifie à peu près : Oui, c’est vrai. / Vous avez raison, c’est comme ça. On peut l’utiliser avec quelqu’un qu’on tutoie : Que veux-tu.
13. Un fondu : un vrai passionné. Ce terme d’argot s’emploie à propos de quelqu’un qui est fou d’une activité.
14. Se cailler : se geler, avoir très froid. (argot)
15. maso : c’est l’abréviation de masochiste, qui signifie qu’on fait quelque chose volontairement alors que ça nous souffrir. (familier)
16. quelque part : ici, ce mot n’a pas son spatial mais signifie : en quelque sorte, d’une certaine manière.
17. Se foutre : se mettre (très familier et oral).
18. J’en serais incapable : en remplace « de se mettre dans une baignoire pleine d’eau froide ». On l’emploie car l’expression être incapable est suivie de « de ».

Je vous ai enregistré les deux façons de prononcer cet / cette :


La prononciation de Cet ou Cette

cet endroit : J’aime bien cet endroit.
cet hôtel : On est bien dans cet hôtel.
cet acteur: J’adore cet acteur.
cet appareil photo : Tu l’as payé combien, cet appareil photo ?
cet après-midi : Tu es là cet après-midi ?

cette année : C’est quoi tes projets cette année ?
cette semaine : Je vais à Paris cette semaine.
cette fille : Tu la connais, cette fille ?
cette femme : On pourrait demander à cette femme.
cette association: J’ai jamais entendu parler de cette association.
cette émission : J’écoute souvent cette émission.

Et pour écouter en entier ce reportage à la radio, c’est ici.