Je poke, tu tagges, il like…


Les langues s’échangent des mots. C’est à l’anglais – très largement en tête – et à l’italien que le français emprunte le plus de noms, d’adjectifs, de verbes.
Alors, cette publicité d’ Orange qui vise ses clients de plus en plus nombreux à être sur Facebook entérine ce qu’on entend désormais : il m’a poké, je like et autres verbes étranges ! (Dans une autre de leurs pubs, on trouve aussi un joli Slidez.)

Pour le moment, il faut bien reconnaître que c’est encore un peu bizarre, surtout quand on lit ces verbes à l’impératif en très gros sur les affiches dans les rues. Mais nous finirons sûrement par nous y habituer ! Nous nous sommes bien habitués à bugger, surfer, podcaster. Puisque dans les domaines technologiques ou informatiques, le français manque de mots, pourquoi pas ! Et les efforts de France Terme pour créer et imposer des équivalents français et bouter l’anglais hors du français sont souvent un peu vains, sauf dans les écrits officiels et administratifs où c’est obligatoire.

Mais quand même, « Je like, tu likes, il like, nous likons,vous likez, ils likent », est-ce bien nécessaire ? Pas très joli. Juste plus branché*, plus jeune que le très ordinaire « J’aime »… Donc un peu stupide, non ? En viendrons-nous carrément à dire « Je hearte, tu heartes, il hearte, nous heartons,… » puisque certains anglophones utilisent maintenant des « I heart » à toutes les sauces* ?

La bonne nouvelle, c’est que lorsque nous fabriquons des verbes comme ça, ils se conjuguent sur le modèle des verbes du 1er groupe, les plus faciles. Nous n’allons quand même pas continuer à inventer des verbes aux conjugaisons impossibles ! Nous avons beau* être français, nous aussi, nous souffrons pour apprendre tous nos verbes irréguliers ! Alors faisons simple ! (Et prononçons ces verbes à la française ! Evidemment !)

Au fait, est-ce que vous avez remarqué l’astérisque à côté de « likez » ? Il nous suggère une traduction – en tout petit, en bas à gauche – pour deux de ces verbes uniquement : marquez et appréciez à la place de taggez et likez. Rien pour pokez ! Probablement parce que nous n’avons pas de verbe aussi simple pour exprimer cette action-là et désormais tellement associée à Facebook !

* branché : à la mode. C’est plus branché de dire « branché » que « à la mode » !
* à toutes les sauces : dans n’importe quelle situation. (familier et plutôt péjoratif)
* nous avons beau être français : même si nous sommes français.

Les antibiotiques, c’est pas automatique

Avant la campagne contre les pesticides, il y avait eu celle contre l’abus d’antibiotiques, puisqu’il paraît que les Français en consomment trop et demandent à leur médecin de leur en prescrire pour un oui ou pour un non*. L’idée, c’est que prendre systématiquement des antibiotiques n’est pas une bonne chose, car ils deviennent moins efficaces, et surtout, ils ne servent à rien en cas de virus.

Voici donc une de ces publicités. Un grand moment, sur le thème des antibiotiques en héros sauveurs de l’humanité!
Des slogans à vous couper le souffle, avec des rimes très riches ! Si, si, vous allez voir!  


Transcription :
– Angine virale. Mal de gorge (1).
– Qu’est-ce que je t’ai déjà dit ? Les angines virales, c’est pas nos oignons (2). Si on intervient, on sera moins efficace quand on aura besoin de nous.
– Angine bactérienne détectée. Là, c’est à nous de jouer (3).
– Attention !

Les antibiotiques, si on les utilise à tort (4), ils deviendront moins forts.
Ecoutez votre médecin.

Quelques détails :
1. un mal de gorge : normalement, on dit qu’on a mal à la gorge. « Mal de gorge » s’emploie dans des phrases du genre : Je voudrais un médicament / quelque chose contre le mal de gorge.
2. c’est pas nos oignons : ça ne nous regarde pas. / Nous n’avons pas à nous en occuper. (familier)
3. à nous de jouer : nous devons intervenir et faire quelque chose.
4. à tort : pour de mauvaises raisons, sans motif valable.

* pour un oui ou pour un non : à tout propos, dans n’importe quelle situation, sans vraie raison.