Soirées arrosées

Dans un pays réputé pour ses vins, ce serait un paradoxe si les Français ne consommaient pas d’alcool. Mais à quel âge commencer ? Quels alcools boire ? Pourquoi ?
Les jeunes ont toujours considéré la consommation d’alcool comme un signe d’émancipation. Ce qui est nouveau, c’est le besoin de boire des alcools forts dans une soirée pour se retrouver soûl le plus vite possible, les filles comme les garçons. Et ça, c’est nouveau aussi. Bref, des pratiques qui ressemblent de plus en plus à ce qui se passe de l’autre côté de la Manche. Et ce n’est pas ce qu’on pouvait importer de mieux !


Transcription:
– Ça m’arrive de boire, ouais. Je bois, je sais pas, de….de la bière, du… ou du vin, de l’alcool plus fort. Un peu… Je bois un peu ce qui me tombe sous la main (1).
– Les garçons sont quand même plus… plus endurants, quoi. Ils se font des espèces de petits… je sais pas…
– Défis.
– Non, non. Ils se mettent généralement à plusieurs et c’est à qui… à qui boira le plus (2). Non, c’est un peu ça.
– Non, non.
– Si, si !
– Ça… ça dépend des spécimens (3), hein !
– Les filles, des fois…
– Faut pas l’écouter. Non mais c’est à cause de ça qu’il y a des préjugés à la con (4) !
– Non, on est plus… On est plus délicates, même beaucoup…

Si je bois de l’alcool, moi, justement, dans… dans ce genre de soirées et tout, c’est… c’est un peu quelque chose de… pas d’obligatoire, mais… mais… mais oui, pour se sentir à l’aise, pour… Ça… ça facilite un peu les liens avec… avec des gens avec lesquels (5) je suis pas particulièrement proche. La première fois que j’ai… que j’ai pris une cuite (6), dans mon souvenir, c’était plus par accident que… que volontairement, parce que justement, plus par… parce qu’on s’amuse, parce que voilà, sans forcément se rendre… se rendre compte des effets de l’alcool tout de suite. Et… Puis d’un coup, ben, on se retrouve un peu… un peu fait (7).

Dites-nous d’abord tout de suite si les jeunes boivent de plus en plus ou pas ?
Les jeunes boivent à peu près autant qu’avant, mais plutôt à la recherche d’ivresse. Et c’est cette recherche d’ivresse qui est un élément relativement nouveau. Et ce que l’on (8) voit qui est inquiétant, c’est des jeunes qui sont devenus dépendants vers 20 -25 ans, qui ont commencé tôt et qui ont eu des consommations très rapidement très importantes et qui sont devenus alcooliques, alcolo-dependants très tôt. Il y en a. C’est terrible, parce que quand on est… C’est les formes les plus graves de dépendance. Ceci dit, c’est rare, c’est-à-dire que pour devenir dépendant aussi vite, il faut une très grande vulnérabilité personnelle, mais chez la plupart des gens, pour se… devenir accroché (9) à l’alcool, il faut 15 – 20 ans, ce qui rend bien difficile ce que nous allons essayer de dire aujourd’hui, c’est-à-dire à partir de quand, quand on consomme à 15- 20 ans, peut-on dire: « Oui, mais tu te mets en danger, tu deviendras alcoolique à 30 – 35. »
Je crois que les parents doivent faire comprendre à un enfant que les ivresses, ça n’est pas anodin (10), que les ivresses répétées, c’est inquiétant. Et eux-mêmes, s’inquiéter s’il consomme d’autres produits, ou s’il a besoin de boire pour être bien avec autrui (11). Si les gens ne devaient retenir qu’une… qu’une seule idée, c’est que boire, même quand on a 14 -15 – 16, ça ne doit pas aller avec conduire, prendre la mobylette, prendre le scooter ou prendre la moto. Se tuer en rentrant de boîte (12), de bar, d’une soirée, c’est quand même 2000 – 2500 morts et dix fois plus d’handicapés, cassés. Donc un message, si les parents doivent dire quelque chose à leurs enfants, c’est: « Par pitié, débrouille-toi (13) pour ne pas prendre le scooter, la mobylette ou la voiture quand tu as bu. »

Quelques explications:
1. ce qui me tombe sous la main: ce que je trouve, ce qui est disponible. (familier)
2. c’est à qui boira le plus: c’est la surenchère entre eux. Ils cherchent tous à surpasser les autres, donc ici à consommer le plus d’alcool possible. Il y a une compétition.
3. spécimens: ici, il veut dire « les personnes ». On utilise normalement ce mot pour les animaux par exemple.
4. à la con: stupide (plutôt vulgaire)
5. avec lesquels: c’est ce qu’il faut dire mais on dirait qu’il prononce « laquelle », ce qui ne marche pas ici.
6. prendre une cuite: être totalement saoul. (argot)
7. être un peu fait: être un peu ivre. (familier)
8. l’on: ajouter « l » devant « on » donne un un style plus soutenu. C’est plutôt rare à l’oral. Mais ici, il s’agit d’une conversation sérieuse, qui aborde un sujet grave, d’où le style de ce médecin.
9. accroché: dépendant.  Souvent on dit juste « accro« .
10. anodin: ordinaire et sans conséquence, banal.
11. autrui: les autres (style plus soutenu)
12. une boîte: une boîte de nuit, une discothèque. On dit qu’on va / qu’on sort en boîte.
13. Débrouille-toi pour… : Trouve une autre solution.

* une soirée arrosée / un repas arrosé : c’est une soirée ou un repas où les gens boivent beaucoup.

Arrêter de fumer ? Oui, mais comment ?

Le nombre de fumeurs en France reste élevé, même s’il varie en fonction du milieu social et de la tranche d’âge.

Le prix du paquet de cigarettes a encore augmenté de 6 % à la fin de 2010, pour faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat puisque ce sont les taxes qui augmentent, mais aussi pour inciter les fumeurs à faire leurs calculs et cesser de dépenser autant d’argent dans l’achat de cigarettes.

Dans les années 70, un paquet de cigarettes coûtait en moyenne l’équivalent de 0,70 €. En 2000, il était passé à 3,20€. Depuis novembre dernier, il coûte 5,90€. Et bien sûr, selon les marques, il y a bien plus cher ! Donc ça peut représenter un gros budget !
Alors, est-ce dissuasif ou pas ?


Transcription :
Le fait de pas (1) être occupé, de pas avoir d’emploi, d’être là tous les jours à regarder le même décor (2), d’être assis en bas de chez soi, forcément, ça incite à fumer, hein. Deux, trois paquets des fois, mais bon. Si j’étais occupé à amener des enfants à l’école, ou… ou à nettoyer des chantiers, ou même à faire quelque chose, ben je penserais pas à la cigarette, hein. C’est… On va dire c’est mon compagnon de la misère. J’en ai marre (3) de fumer, je vais pas vous mentir. Franchement, j’en ai marre ! Je fume n’importe quoi. Je me bousille (4)la santé parce que je ne travaille pas.

Tous les systèmes de santé les plus radins (5) du monde ne veulent pas dépenser d’argent à soigner les fumeurs. Donc l’arrêt du tabac est gratuit. Le NHS anglais, par exemple, le tabac, c’est entièrement gratuit. On va chez le medecin généraliste (6), on a les médicaments, les soins, tout, on paye pas un centime (7). Tout est gratuit parce que (8) ils ont fait des études médico-économiques. Ils ont vu que si c’était gratuit, il y avait trois fois plus de gens (9) qui s’arrêtaient. Et arrêter le tabac fait faire des économies de façon massive. Si on aide les plus pauvres à s’arrêter, ils s’arrêtent aussi.

L’augmentation de 6% (10) des prix n’est pas suffisante, n’est pas dissuasive. Il faut des augmentations des taxes (11) qui se concluent par des augmentations de prix de 10%. On sait que quand il y a une augmentation de 10% du prix réellement payé par les fumeurs, il y a une baisse de 4% des ventes de cigarettes.

Quelques explications :
1. le fait de pas être… : normalement, il faut dire : Le fait de ne pas être occupé
2. le même décor : le même paysage, le même lieu
3. en avoir marre de faire quelque chose : en avoir assez de… (familier). On peut aussi en avoir marre de quelqu’un ou de quelque chose.
4. bousiller : abîmer, nuire vraiment. => se bousiller la santé : nuire vraiment à sa propre santé, la mettre en danger. (familier)
5. radin : qui ne veut pas dépenser d’argent, même s’il en a. (familier)
6. le médecin généraliste / le généraliste : c’est le médecin de famille, par opposition au spécialiste (le cardiologue, l’ophtalmologiste, etc…)
7. on paye pas un centime : on ne paie absolument rien. L’expression n’a pas changé, même si nous sommes passés à l’euro, divisé en cents, et non pas en centimes comme c’était le cas pour le franc. En fait, nous avons du mal à utiliser le mot « cent » et nous disons souvent « centime d’euro ».
8. parce que ils… : normalement, il faudrait dire et écrire « parce qu’ils ». Mais à l’oral, de plus en plus de gens ne font pas cette contraction, pourtant obligatoire. J’ai laissé « parce que ils » car c’est la transcription de ce qu’il prononce mais à l’écrit, on ne fait pas ça.
9. les gens : il prononce le « s » à la fin de ce mot, alors que c’est une lettre muette que personne ne prononce !
10. 6 % : on écrit toujours le symbole. On n’écrit jamais « pour cent ». Mais on parle de pourcentage.
11. les taxes : le gouvernement français prélève des taxes importantes sur la vente du tabac et peut jouer là-dessus pour faire monter le prix du paquet de cigarettes. C’est pour ça que les Français qui vivent dans les zones frontalières vont souvent acheter leurs cigarettes chez nos voisins européens où les taxes et donc les prix sont plus bas : en Allemagne, en Belgique, au Luxembourg, en Espagne. L’écart de prix varie entre 1 et 2 € par paquet.