Mea culpa à la française

Les Jeux Olympiques n’ont pas été fructueux pour tout le monde. A côté de la joie des sportifs français en biathlon, on a assisté à la désillusion du patineur Brian Joubert. Alors, après les hommes politiques américains, après Tiger Woods, voici un mea culpa à la française ! ( Mais pas pour les mêmes motifs… ) Voici la repentance publique de Brian Joubert pour avoir été « un petit con » ! Interview qui a pu surprendre, par le contenu, par le ton et les termes employés, très familiers.
On l’écoute:
Le mea-culpa de Joubert

Transcription :
[…] Je pense qu’à une chose, c’est ça, c’est que ces Jeux Olympiques se terminent et que… que je passe à autre chose, parce que là, c’est… c’est bon, quoi (1). Je pensais franchement que ça allait être pire mais c’était pas plaisant. C’était pas…Voilà, quand on rentre sur une piste pour une compétition et qu’on pense qu’à une chose (2), c’est que le programme se termine. On veut se battre, mais… Voilà, je voulais vraiment que ça s’arrête et… et que je rentre chez moi.
Ça fait deux ans que je suis un petit con (3). Ça fait deux ans que… ça fait deux ans que, voilà, je fais… j’ai un mauvais comportement, que j’ai sans doute du mépris pour… pour mes proches, que je les écoute pas et… Et voilà, je le paye ! Donc c’est normal ! J’ai voulu, je pense, diriger beaucoup de choses. J’écoutais pas mes proches. J’ai pas d’expérience, j’ai que 25 ans (4), j’ai pas de maturité. Donc je fais beaucoup de conneries (5). Mais… J’ai estimé que j’avais toujours raison. Donc je me remettais pas en question. Et puis très agressif. Quand on accumule des erreurs depuis deux ans, on peut pas être prêt pour ce genre de compétition ! C’est pas possible ! Même si on a beaucoup travaillé, le problème, il est pas sur piste parce que j’ai toujours la motivation, j’ai toujours envie de bosser (6). Mais tant que je garderai… Si je garde ce comportement, ça pourra pas aller sur la glace.
Ma préoccupation, c’est surtout de… de changer, de redevenir le Brian Joubert que j’étais il y a trois ans quand j’ai été champion du monde, quand j’ai été champion d’Europe, voilà, le mec (6) cool qui… qui se prend pas la tête (8). J’ai pris conscience de beaucoup de choses et au final, ça me fait du bien.

Quelques détails:
1. C’est bon, quoi. : ça suffit.
2. on pense qu’à une chose : il manque « ne » = On ne pense qu’à une chose. ( seulement à une chose )
3. un petit con : insulte qu’on adresse normalement aux autres. C’est très méprisant. On l’utilise plutôt pour des jeunes.
4. J’ai que 25 ans  =  je n’ai que 25 ans / J’ai seulement 25 ans.
5. des conneries : c’est la version plus vulgaire de « bêtises ».
6. bosser : travailler ( vocabulaire familier )
7. un mec : un garçon / un homme. ( c’est de l’argot et donc familier )
8. ne pas se prendre la tête : C’est familier. Ça veut dire qu’on ne s’angoisse pas, qu’on ne se pose pas trop de questions, qu’on ne complique pas les choses, que la vie est simple.
( ça va avec « cool »)

Et vous avez sûrement remarqué que toutes les formes négatives sont incomplètes: il manque « ne » partout, comme nous le faisons  tous dans des conversations familières.

Que du bonheur !

Parmi les expressions qui se sont imposées assez récemment, on entend souvent « Que du bonheur ! », version abrégée de « Ce n’est que du bonheur ! », ce qui veut dire que vous nagez dans le bonheur parfait. Et le bonheur parfait a vraiment l’air d’être partout en France! On entend cette expression à la télé, à la radio, dans la rue… Mais franchement, elle en est devenue un peu agaçante, à force d’être employée pour tout et n’importe quoi. Un peu artificielle, un peu creuse !  Mais pour Marie Dorin qui vient de remporter une médaille de bronze au biathlon à Vancouver, c’est vraiment « Que du bonheur ! »


Transcription: Bon, j’en reviens toujours pas (1) parce que c’est… je sais pas, j’ai encore pas eu le temps de me poser (2), de me dire : « Oh là, là (3), tu as fait troisième !… Au Jeux Olympiques ! »On s’entraîne pour ça, hein, finalement on s’entraîne pour ça. On s’entraîne pour… pour vivre des moments comme ça. Après, pas tout le monde y arrive (4). Donc c’est pour ça que c’est encore plus génial, quoi ! Ce qui m’arrive aujourd’hui, ouais, c’est… c’est incroyable ! Oui, bah oui, j’ai beaucoup travaillé, hein. Ça fait… ça doit faire maintenant neuf ans, huit – neuf ans que je fais du biathlon. Donc ça fait huit – neuf ans que je suis sur les skis, que je suis derrière la carabine et puis que tous les jours, on va dehors, on va s’entraîner, quoi ! Donc… Mais moi, c’est un plaisir, hein, l’entraînement. Donc… Puis quand c’est… quand il y a des aboutissements comme ça, c’est encore mieux. Sinon, les autres courses, ça va être génial de les courir. Mais ce sera que du bonheur en plus, quoi ! Même… même si j’arrive dans les choux (5)!
Marie Dorin, Médaille de bronze au biathlon – Jeux Olympiques de Vancouver. ( février 2010)

  1. J’en reviens toujours pas : je n’arrive pas à y croire, c’est la surprise totale. On dit aussi juste : J’en reviens pas / je n’en reviens pas.
  2. se poser : s’arrêter et regarder ce qui vient de se passer. Marie est encore sur son petit nuage, prise par l’intensité du moment.
  3. Oh là, là : pour marquer l’intensité d’une émotion. 
  4. Pas tout le monde y arrive : normalement, on ne commence pas une phrase par la négation « Pas ». C’est très oral et de plus en plus fréquent. On doit dire : « Tout le monde n’y arrive pas ». = Tout le monde n’est pas capable de réussir à faire ça.
  5. dans les choux : pour dire qu’on rate quelque chose , on peut dire « je suis dans les choux ». C’est de l’argot.