657 amis sur Facebook

Vous êtes bon en géographie ? Vous connaissez tous les pays ?
Pourtant, il y en a un dont vous n’avez peut-être pas encore entendu parler: Groland.
Mais c’est où, ça ?

C’est sur Canal +, une des chaînes de télévision française (payante, mais certaines émissions ne sont pas cryptées). Et donc, c’est un pays imaginaire – mais qui ressemble bizarrement à la France – dont on peut suivre l’actualité tous les samedis (en clair). Cette émission est devenue absolument culte car elle est totalement irrévérencieuse et souvent « grossière » dans les situations et les mots, mais avec beaucoup d’à-propos !

Voici donc un des reportages de la télé grolandaise. Quand on commence à en regarder un, on se demande toujours quelle va être la chute, c’est-à-dire comment ça va se terminer ! (Pas d’inquiétude, cette fois-ci, c’est plutôt gentil.)

Pour regarder, c’est ici.

Transcription :
[…]Gilbert Bécaud, la solitude, ça n’existe pas (1). Surtout depuis qu’il y a Facebook. Mais ça, il pouvait pas le savoir parce qu’il est mort tout seul et avant l’invention d’internet.

Jivenchy Laroute (2) est fier.
« Je suis fier. »
Il a 657 amis sur Facebook.
« J’ai 657 amis sur Facebook ! » (3)

Mais aujourd’hui, il a un souci. Il doit déménager.
« Aujourd’hui, j’ai une galère (4). Je dois déménager mes meubles, mes affaires, tout ça. »

Jivenchy n’a pas d’argent pour payer des déménageurs. Mais heureusement, pour l’aider, il a 657 amis.
« Hier, j’ai envoyé 657 messages. »
Malheureusement aujourd’hui, il a eu zéro réponse.
« Merde (5)! 0 réponse ! »

Eh oui, bizarrement ce jour-là, Audrey était sur MSN, Castor était sur World of Warcraft, Nini sur Google Earth, Golga sur Limewire, Hull sur Call of Duty, Coro sur Digital Effects, Miska sur Jamendo. Tous avaient une bonne raison pour ne pas répondre à Jivenchy.

Alors Jivenchy Laroute s’est souvenu de Bruno, un vague copain (6) de sixième (7), avec qui il faisait du ping-pong, un vague copain qui n’a pas d’adresse internet mais qui a une adresse dans la rue à côté. Bruno, un vague copain de sixième qui n’a pas de PC mais qui a deux bras et deux jambes. Bruno, un vague copain pas très causant (8) mais qui vaut finalement mieux que 657 amis à la con(9).

Quelques détails :
1. La solitude, ça n’existe pas : ce sont les paroles d’une chanson de Gilbert Bécaud dans les années 70.
2. Jivenchy Laroute : les personnages de Groland ont toujours des noms idiots, mais qui pourraient presque être vrais.
3. La répétition des mêmes petites phrases très sommaires est une parodie de vrais reportages où le journaliste se contente de redire ce que la personne interrogée explique, sans rien apporter de plus.
4. une galère : un problème, une situation difficile. (argot)
5. Merde ! : plus poliment, on peut dire « Zut ».
6. un vague copain : un ami pas vraiment proche. Ils se connaissaient un peu.
7. la sixième : c’est la première classe au collège. Les élèves ont à peu près 11 ans. Donc cette « vague » amitié remonte vraiment à loin !
8. pas très causant : pas très bavard. Un peu ours, c’est-à-dire pas très sociable.
9. à la con : nul. (C’est péjoratif et plutôt grossier bien sûr.)

Je poke, tu tagges, il like…


Les langues s’échangent des mots. C’est à l’anglais – très largement en tête – et à l’italien que le français emprunte le plus de noms, d’adjectifs, de verbes.
Alors, cette publicité d’ Orange qui vise ses clients de plus en plus nombreux à être sur Facebook entérine ce qu’on entend désormais : il m’a poké, je like et autres verbes étranges ! (Dans une autre de leurs pubs, on trouve aussi un joli Slidez.)

Pour le moment, il faut bien reconnaître que c’est encore un peu bizarre, surtout quand on lit ces verbes à l’impératif en très gros sur les affiches dans les rues. Mais nous finirons sûrement par nous y habituer ! Nous nous sommes bien habitués à bugger, surfer, podcaster. Puisque dans les domaines technologiques ou informatiques, le français manque de mots, pourquoi pas ! Et les efforts de France Terme pour créer et imposer des équivalents français et bouter l’anglais hors du français sont souvent un peu vains, sauf dans les écrits officiels et administratifs où c’est obligatoire.

Mais quand même, « Je like, tu likes, il like, nous likons,vous likez, ils likent », est-ce bien nécessaire ? Pas très joli. Juste plus branché*, plus jeune que le très ordinaire « J’aime »… Donc un peu stupide, non ? En viendrons-nous carrément à dire « Je hearte, tu heartes, il hearte, nous heartons,… » puisque certains anglophones utilisent maintenant des « I heart » à toutes les sauces* ?

La bonne nouvelle, c’est que lorsque nous fabriquons des verbes comme ça, ils se conjuguent sur le modèle des verbes du 1er groupe, les plus faciles. Nous n’allons quand même pas continuer à inventer des verbes aux conjugaisons impossibles ! Nous avons beau* être français, nous aussi, nous souffrons pour apprendre tous nos verbes irréguliers ! Alors faisons simple ! (Et prononçons ces verbes à la française ! Evidemment !)

Au fait, est-ce que vous avez remarqué l’astérisque à côté de « likez » ? Il nous suggère une traduction – en tout petit, en bas à gauche – pour deux de ces verbes uniquement : marquez et appréciez à la place de taggez et likez. Rien pour pokez ! Probablement parce que nous n’avons pas de verbe aussi simple pour exprimer cette action-là et désormais tellement associée à Facebook !

* branché : à la mode. C’est plus branché de dire « branché » que « à la mode » !
* à toutes les sauces : dans n’importe quelle situation. (familier et plutôt péjoratif)
* nous avons beau être français : même si nous sommes français.