Il n’est jamais trop tôt ?

En voyant la petite Clémentine, comment ne pas s’émerveiller ? Comment ne pas la regarder d’un oeil attendri ? Trop rigolote*, trop mignonne. Les enfants sont prêts à tout apprendre. La technologie ne leur fait pas peur, surtout quand on la leur met dans les mains aussi tôt. La petite Clémentine, elle manipule tout ça d’un geste sûr, du haut de ses 20 mois ! Pas comme ces adultes qui font tomber leur iPhone ou leur iPad et s’étonnent ensuite que ça marche moins bien…

Et puis, quand même, à la voir scotchée* à ses écrans (au contenu éducatif bien sûr), on se dit qu’il va falloir de la détermination aux heureux parents pour expliquer un peu plus tard à la petite Clémentine que « Non, tu ne joues pas à l’ordi tout le temps. Non, tu ne passes pas ton temps à regarder ton portable. Non, tu ne le laisses pas allumé la nuit de peur de rater les SMS des copains. Clémentine, tu éteins tout ça ! » . Parce qu’il faudra bien qu’ils se battent un peu, comme tous les parents, non ?

Et puis, il va falloir qu’ils soient sacrément* inventifs pour lui trouver des cadeaux d’anniversaire ! Un téléphone portable à l’entrée à l’école maternelle, un iPad personnel en grande section*, un smartphone en primaire, un appart au collège* ? Bon, pour la voiture, il faudra quand même attendre ses 18 ans…

Il n’est jamais trop tôt ?
Apparemment non, vu le nombre de vidéos de « bébés iPad » sur internet !
Moi, je me demande.


Transcription:
– Clémentine a 20 mois et elle va découvrir sous vos yeux et pour la première fois un iPad.
– Le « allo », il est là.
– Etant une habituée de l’iPhone, son étonnement n’est que très relatif. Elle déverrouille et allume l’engin (1) sans problème. Son premier clic, c’est sur l’icône « Galerie d’images », la même que l’iPhone. Mais elle n’y trouve pas les photos et vidéos qui lui sont familières. Elle essaye (2) d’autres icônes, s’amuse avec l’écran tactile mais elle reste un peu perplexe. Elle reste notamment bloquée dans le menu « Réglages » de l’iPad et là, sa conclusion est sans appel (3):
Le allo , il est là. Il est cassé.
–  Je décide donc de l’aider en lui montrant comment passer d’un menu à l’autre. Et là, c’est parti (4), Clémentine navigue à la recherche de ses applications favorites. Elle clique sur l’appli « Look baby » qui regroupe quatre petits jeux, dont celui de « Mon ours » qu’elle surnomme « Nono ».
Non. C’est pas Nono.
– Elle relance l’appli.
Il est pas. Nono !
– Toujours pas Nono. Elle relance une nouvelle fois l’application.
– Clémentine trouve l’écran tactile peu réactif et elle se demande une nouvelle fois si l’iPad n’est pas cassé. Après avoir farté un peu son doigt, l’écran a l’air de mieux réagir. Clémentine est prise d’une folie destructrice.
C’est la vache. Non c’est sa bache
– Après quelques minutes, je décide de redonner à Clémentine l’iPhone qu’elle connaît très bien.
C’est papa allo (5). Allo.
– Comme avec l’iPad, Clementine va directement cliquer sur l’icône « Galerie d’images ». Elle vérifie que ses photos et vidéos favorites soient (6)là.
« Je fais quand même un petit … »
– Elle réitère l’expérience avec l’application « Boîte à Meuh (7)» et ses animaux favoris.
La mouche. Cochon.
– Une fois rassurée, Clémentine reprend l’iPad et décide de faire de la musique : du piano.
Etonnament, elle reprend l’iPhone et lance l’application « Studio Mini », un enregistreur 4 pistes pour s’enregistrer.
Ça n’a pas l’air d’enregistrer. Clémentine est déçue. Elle réitère l’expérience avec l’application « mélodica » sur l’iPad. Elle lance à nouveau le studio et tente de s’enregistrer. Ça ne marche toujours pas.
Malgré le côté universel de l’écran tactile – je vois, je touche – et les interfaces simples et ergonomiques d’un iPhone ou d’un iPad, Clémentine devra attendre quelques mois, voire (8) quelques années avant d’enregistrer son premier tube (9).

Quelques détails :
1. l’engin : normalement, un engin, c’est une machine, un outil, un instrument ou un véhicule. On ne l’utilise pas à propos d’un téléphone ou d’un appareil de ce genre. Ici, c’est un peu comme « un truc », avec l’idée que c’est un objet qui fonctionne.
2. elle essaye : on peut dire aussi « elle essaie ».
3. être sans appel : être définitif. Une décision sans appel est une décision qui ne changera pas, qu’on ne peut pas discuter.
4. c’est parti : c’est le début d’une activité qui va durer.
5. c’est papa allo : la syntaxe des petits est simple ! C’est le «allo » de papa. Et comme le mot téléphone est compliqué à dire, « allo » représente l’objet en question.
6. soient : après le verbe « vérifier », pas besoin de mettre le subjonctif. Donc il faut dire : elle vérifie que ses applications sont là.
7. meuh : onomatopée qui correspond au cri de la vache en français.
8. voire : et même
9. un tube : une chanson qui a un succès énorme.

* rigolo / rigolote : amusant (familier)
* scotché : captivé, fasciné par quelque chose
* sacrément : très (familier)
* la grande section : la dernière classe de l’école maternelle, où les enfants ont à peu près 5 ans.
* un appart : abréviation orale de « appartement ».
* le collège : après l’école primaire (entre 11 et 15 ans à peu près)

Allô ? Allô?… Zut, ça a coupé !

59 millions : il paraît que c’est le nombre de Français qui ont un téléphone portable. Autant dire presque tout le monde. Et comme le propre de ces petits appareils, c’est d’être partout, c’est mission impossible d’échapper aux sonneries en tout genre, aux conversations plus ou moins discrètes et à l’utilisation quasi-permanente par certains de l’objet magique ! Il sert à tout, y compris à faire naître des conflits entre parents et ados et même à tricher pendant les examens !

Alors la résistance s’organise…
Un appareil en fait naître un autre.
Normalement réservé aux prisons et aux salles de spectacle… Normalement…
Voici le brouilleur de portable et ses adeptes !

Bon, à quand le brouilleur de brouilleur de portable ? On n’arrête pas le progrès!

Transcription :
Place du Trocadéro : une femme blonde converse au téléphone à la terrasse d’un café. Hervé passe discrètement une main dans la poche intérieure de son manteau.
– Regardez.
La conversation de la dame est coupée net.
– Regardez son visage. Elle se demande ce qui se passe. Regardez sa réaction. Elle regarde son… son portable. Et voilà !
– Extrêmement discret !
– Ah oui, oui, oui. C’est très discret.

Des appareils comme celui-là, Pierre-Yves Domin en vend de plus en plus aux particuliers :
Beaucoup de parents qui veulent brouiller leurs enfants qui sont constamment au téléphone, surtout tard le soir. Des chauffeurs de taxi qui sont un peu importunés par les clients qui téléphonent à tout-va (1). Des médecins qui ne sont pas tranquilles dans leur salle d’attente, voire même dans… dans leur cabinet. Ça se vend vraiment comme des petits pains (2). C’est vraiment la plus forte demande, celle qui émane des particuliers, oui.

Et parmi eux, il y a Michel. Il est retraité. Il vient juste d’en acheter un, hier soir.
– Je prends la ligne 68, le bus. Pendant une heure, des fois, il y a les gens qui racontent leur vie, qui racontent leurs histoires. « T’es où ? T’es où ? Qu’est-ce que tu fais ? » Ils parlent comme si ils étaient chez eux. Et ça, je m’en contrefous» (3). Je veux plus les entendre.
– Qu’est ce que vous allez en faire de ce brouilleur ?
– Je le mettrai dès que je vais entrer dans le bus et vous me foutrez la paix (4) jusqu’à l’arrivée !

Patrick, c’est dans sa salle de cours qu’il le cache. Il est prof de Droit dans une Grande Ecole (5).
J’ai pas vocation à écouter les tél… les sonneries les plus débiles (6) de mes étudiants. Ça me dérange, en fait. Ce qui me gêne surtout, c’est les étudiants qui se servent de leur téléphone portable pendant les examens. J’achète pour 300 euros (7) le prix de ma tranquillité et aussi le prix de l’égalité.

Trois cents euros pour un amphi (8), quelques dizaines d’euros pour un petit périmètre (9), mais attention, l’amende, c’est 450 !

Quelques explications:
1. à tout-va : sans arrêt, sans limite, avec excès.
2. ça se vend comme des petits pains : ça se vend très, très bien. Tout le monde en achète.
3. je m’en contrefous : on dit souvent « Je m’en fous et je m’en contrefous ». C’est pour montrer que vraiment on s’en fiche. ( très familier )
4. foutre la paix à quelqu’un : version très familière de « laisser quelqu’un tranquille ».
5. une Grande Ecole : école où ne vont que les meilleurs étudiants recrutés par des examens très sélectifs. ( des concours ) Il y a un nombre de places limité.
6. débiles : nulles, idiotes. ( On peut l’employer pour des choses et des personnes. )
7. Trois cents euros : certains font la liaisons, d’autres non ! C’est plus joli avec la liaison, à mon avis !
8. un amphi : abréviation de « amphithéâtre », une très grande salle où ont lieu certains cours à l’université.
9. un périmètre : un espace, une surface.