Comment elle parle, Chantal !

Allez, encore une publicité cette fois-ci, parce qu’elle m’a surprise à la fin. Pas par ce qu’elle montre.
Mais par la façon de parler de Chantal, parce que je n’aurais pas imaginé ce mot-là dans sa bouche à elle !
Je vous laisse faire la connaissance de la dynamique Chantal et de sa grande tribu et on en parle juste après ! 😉

Transcription
– Oh, coucou !
– Bonjour, les chéries ! Super, les petites-filles !
Je m’appelle Chantal. J’ai plein de (1) petits-enfants, dans toute la France. Je ne les vois pas assez souvent et ça, ça me manque (2) énormément. Et pour moi, tout ça va bientôt changer. Et je vais me faire un plaisir (3) d’aller les voir.
– C’est mamie Chantal !
– Oh coucou !
– Bonjour ma […] !
– Comment tu vas, mamie ?
– Super, les petites-filles! Ah bah, très simple. Oui, sans souci.
Je suis ravie de voir mes petites-filles.
J’ai pu revoir tous mes petits-enfants en même temps.

– ça va, Nina ?
– C’est quoi, ça, ma chérie ?
J’avais peur que ce soit un peu relou (4). Mais en fait, c’était très simple.

Quelques détails :
1. plein de : beaucoup de (familier). Ne faites pas la faute qu’on rencontre de plus en plus souvent chez certains Français. Ils écrivent pleins de avec un « s » de pluriel au bout de plein, pour deux raisons je suppose: parce que cette expression indique une grande quantité et aussi parce que lorsque plein est un adjectif, il s’accorde: Les paniers sont pleins de fruits. / Les carafes sont pleines de jus d’orange. Mais ici, quand il signifie beaucoup de, ce n’est pas un adjectif, donc il ne s’accorde jamais.
2. ça, ça me manque : on répète « ça » pour insister. Et attention au verbe manquer: On ne se voit pas souvent. ça me manque. / Elle n’est pas partie en vacances depuis longtemps. ça lui manque. / C’est l’hiver, il n’y a pas de cerises. ça nous manque !
3. se faire un plaisir de faire quelque chose : être très content (souvent par avance ) de faire quelque chose. (Style assez soutenu) Par exemple :
Je me fais un plaisir de te revoir.
Il se fait un plaisir de nous accueillir chez lui.
Nous nous ferons un plaisir de vous faire visiter la région.
Il se fera un plaisir de t’aider.

On peut l’employer aussi pour parler du passé: Ils se sont fait un plaisir de les inviter au restaurant.
4. relou: c’est lourd, en verlan, c’est-à-dire en inversant les sons. (Personnellement, j’ai toujours un peu de mal à comprendre comment lourd, dans lequel il n’y a pas le son « e » devient relou!) Donc c’est très familier.

Quand j’ai vu cette pub, j’ai été surprise par le fait que cette grand-mère emploie ce terme ! Cela ne me semblait pas aller avec le personnage, même si c’est le portrait d’une grand-mère pleine d’allant et qui fait jeune. « Relou » fait partie des termes à la mode plutôt chez les jeunes, dans un style de langue très familier. Ici, comme ce n’est même pas pour produire un effet humoristique, c’est peut-être le signe que « relou », comme certains mots d’argot, a fini par passer dans le langage courant et être adopté par tous ou presque.

Dans une langue étrangère, je trouve que c’est un peu compliqué de savoir qui peut dire quoi, qui peut utiliser de façon naturelle quels mots familiers ou d’argot. Quand je vois des listes, juste des listes, de ces mots ou de ces expressions sur instagram par exemple, je me dis qu’il manque vraiment des explications. Voici quatre exemples:
kiffer : on entend beaucoup ce verbe, ou plutôt, on l’a beaucoup entendu, car j’ai bien l’impression qu’il est en train de passer de mode. Il est synonyme d’aimer en argot. Mais entendre un adulte, ou quelqu’un dans un contexte pas particulièrement décontracté, employer ce verbe fait vraiment bizarre ! Il y a des mots qui vont à certains, qui marchent dans certains contextes mais pas n’importe comment. Ne pas les employer au bon moment produit l’effet d’une fausse note.

faire gaffe : ici, pas de problème d’âge pour l’utiliser mais on ne peut pas employer cette expression dans n’importe quelle situation car elle est vraiment familière. Je ne l’utiliserai jamais avec mes étudiants par exemple, à qui je dirai : Faites attention, alors que je l’emploie dans d’autres contextes sans problème.

être à la bourre : c’est être en retard. J’en avais déjà parlé à propos d’un de mes étudiants qui m’avait demandé de l’excuser d’être à la bourre. On ne peut pas dire ça à tout le monde.

filer quelque chose, dans le sens de donner, est de l’argot, donc familier : on peut dire File-moi ton numéro de téléphone à ses copains mais pas à quelqu’un avec qui on a des relations professionnelles par exemple.

Ce qui ne simplifie pas la tâche non plus, c’est que certains mots familiers ou d’argot se démodent ! Ils reviendront peut-être un jour. Il y a des cycles. Bref, il y a toujours du travail pour qui veut parler une autre langue !

En retard

Voyage TGVIl faut à peu près trois heures en TGV pour aller de Paris à Marseille. C’est presque la porte à côté. Sauf lorsque des imprévus viennent perturber ce trajet si facile et confortable.
Donc mercredi dernier, départ pile à l’heure, comme d’habitude, de la gare de Lyon à Paris, voyage sans encombre, arrivée à l’heure à la gare Saint-Charles de Marseille. Enfin presque. Il s’en est fallu de peu.

Nous nous sommes arrêtés à une centaine de mètres des quais, comme cela arrive parfois pour laisser passer un train en partance. (La gare Saint Charles est un cul-de-sac.) Mais l’arrêt a duré plus d’une heure, avec la gare juste là, à portée de main : colis suspect dans la gare, selon la formule malheureusement souvent utilisée ces temps-ci. Arrêt total du trafic, évacuation du périmètre et arrivée des démineurs, pour un bagage sans propriétaire, déposé là par des gens qui ont soit un curieux sens de l’humour, soit des têtes de linotte ! (Pourtant, des annonces sont diffusées sans cesse dans les gares et dans les transports en commun, demandant aux étourdis de vérifier qu’ils n’ont pas oublié une valise ou un sac dans un coin.)

Donc nous avons pris notre mal en patience, en attendant les nouvelles que nous communiquait le personnel du train au fur et à mesure. Dans ma voiture, il y avait des étrangers qui ont eu du mal à comprendre : situation inhabituelle et son moyen dans les hauts-parleurs. Alors voici les messages diffusés : j’ai manqué le premier, un peu prise de court, mais quand j’ai vu que l’attente s’éternisait, j’ai pensé qu’après tout, cela pourrait faire un petit cours de français, tout en espérant que c’était bien une fausse alerte ! On s’occupe comme on peut !

En retard. Colis suspect

Transcription :

– Mesdames et Messieurs, je vous informe que, actuellement, les démineurs sont sur place en gare de Marseille-Saint Charles (1). La totalité de notre retard à l’arrivée devrait (2) se situer aux alentours de (3) 40 minutes environ. Je répète : actuellement, les démineurs sont sur place en gare de Marseille-Saint Charles. La durée totale de notre retard devrait être de 40 minutes à 50 minutes en gare de Marseille-Saint Charles. Je vous remercie de bien vouloir patienter… en attent[…] (4)… en attendant que notre train puisse repartir.

– Mesdames et Messieurs, je vous informe que les démineurs viennent de faire exploser le colis suspect. (5)
– Et alors ?
– Notre conducteur attend l’ouverture du signal pour pouvoir repartir d’ici quelques instants. Merci de votre compréhension.

– Mesdames et Messieurs, je viens de recevoir une nouvelle estimation de notre retard, qui est passé à une heure quinze.
– Oh putain ! (6)
– L’arrivée prévue en gare de Marseille-Saint Charles se fera donc aux alentours de 15h05, 15h10 à 15h15. Je répète, nouvelle estimation de notre retard qui vient de me parvenir : retard estimé à une heure quinze. Arrivée en gare de Marseille-Saint Charles… Arrivée en gare de Marseille-Saint Charles aux alentours de 15h10 à 15h15. Je vous remercie de votre attention et de votre compréhension.

Quelques explications :
1. en gare de Marseille : c’est la formulation officielle utilisée par la SNCF, avec la préposition en. Bien sûr, cela correspond aux prépositions ordinaires : Nous arrivons en gare Saint-Charles = Nous arrivons à la gare Saint Charles. / Nous entrons en gare = Nous entrons dans la gare. / Il y avait un colis suspect en gare de Marseille = Il y avait un colis suspect dans la gare.
2. devrait : ce conditionnel exprime une éventualité. L’agent de la SNCF n’est pas sûr des délais d’attente.
3. Aux alentours de 40 minutes : autour de 40 minutes. L’agent ajoute encore « environ » ensuite, ce qui est redondant, mais exprime son incertitude.
4. en attendant : l’agent a un peu bafouillé et une fraction de seconde, nous avons cru qu’il disait « attentat », avant qu’il ne se corrige !
5. Un colis suspect : c’est la formule consacrée dans ce genre de situation. En général, il s’agit plutôt de bagages.
6. Oh putain ! : cri du cœur de ce passager qui commence à trouver l’attente un peu longue ! (Comme juste avant, celui qui dit : Et alors ?)

La petite fugue

TGV sud est

C’est l’histoire d’un petit garçon qui a un jour décidé d’aller prendre le train tout seul, sans rien dire à personne. En écoutant ce petit reportage, on se dit que sa famille a dû passer un très mauvais moment – qui a dû leur paraître une éternité – et que ce petit bonhomme a la détermination tranquille et exploratrice des enfants !

Tout seul en train

Transcription :
– Je m’appelle Célia et je suis en CM1 (1). J’ai neuf ans, je suis née à Bourgoin-Jallieu (2) et mon frère est né à (3) une ville qui se trouve… à Calamar (4), ça se trouve à…
– A Clamart
– A Clamart . Ça se trouve à peu près…
– A Paris.
– Ouais, à Paris à peu près (5). Donc tu vois… Et je sais que mon frère, il aime vachement bien (6) les trains parce qu’un jour, il… Il m’a dit qu’il voulait partir (7) au parc de la Tête d’Or (8), tout seul, pour… pour visiter.
– Comment tu t’appelles ?
– Hans.
– Pourquoi tu as voulu aller voir le train ?
– Je m’ennuyais chez mamie (9). Je voulais prendre le train et j’ai parti ! (10)
– Et mais dis-moi, tu connais le chemin (11) d’ici pour aller chez… à la gare ?
– Bah oui.
– Tu es allé tout seul !
– Oui.
– En marchant ou en courant ? (12)
– En courant.
– Est-ce que tu as regardé à gauche et à droite ? (13)
– Non. Je voulais prendre le TGV ! [quelqu’un va] aller à Lyon, en plus va aller au parc, au parc de la Tête d’Or.
– Tu es monté dans le train, et qu’est-ce que tu as fait ?
– Les contrôleurs, ah bah, ils ont été gentils avec moi.
– Est-ce que tu aurais envie de recommencer à prendre le train ?
– Oui.
– Là, [il] va partir. Il vient où, ce train ? Il va devenir où ? (14)
– Il va à Lyon.
– Ah ! A Lyon.

Des explications :
1. le CM1 : c’est l’abréviation de Cours Moyen première année. (Personne n’utilise plus l’expression complète.) Il s’agit de la quatrième année à l’école primaire. (qui en compte cinq)
2. Bourgoin Jallieu : cette ville se trouve dans le département de l’Isère, au sud-est de Lyon.
3. il est né à une ville : il faut bien sûr dire : dans une ville. Sa petite confusion entre les prépositions vient du fait qu’on emploie « à » devant le nom d’une ville.
4. Elle se trompe sur le nom de la ville et se tourne vers un mot qu’elle connaît. Enfant, c’est souvent ce qu’on fait. On ramène tout à ce qu’on connaît et parfois, c’est amusant, comme ici. (Un calamar est une sorte de petite pieuvre. Célia a déjà dû en manger.)
5. à peu près : il faudrait dire « à côté de ».
6. vachement bien : ces mots ne vont pas ensemble ici. C’est l’un ou l’autre ! Dans d’autres situations, on peut dire : C’est vachement bien. (style familier).
Mais ici, avec le verbe aimer, soit on dit : Il aime vachement les trains. (style familier et oral), soit on dit : Il aime bien les trains. Et ces deux phrases n’expriment pas la même instensité : aimer vachement, c’est aimer beaucoup. Aimer bien est moins fort.
7. Partir : on entend souvent les enfants (et certains adultes) utiliser ce verbe au lieu du verbe correct : aller.
8. Le parc de la Tête d’Or : il se trouve à Lyon.
9. Mamie : c’est le nom très fréquent donné aux grand-mères. Mais aujourd’hui, il y en a d’autres utilisés par les familles, par exemple pour en donner un à la grand-mère maternelle et un autre à la grand-mère paternelle. Ou alors parce que des « mamies » se sentent aujourd’hui trop jeunes pour qu’on les appelle ainsi. (En effet, dire d’une femme, c’est une mamie signifie qu’elle est vieille.)
10. J’ai parti : c’est une faute courante quand on est petit ! Il faut un peu de temps pour retenir qu’on dit : Je suis parti.
11. Tu connais le chemin = tu sais comment on y va.
12. En marchant ou en courant : elle pose cette question car les petits citadins apprennent très tôt qu’on ne coure pas dans la rue, qu’on marche tranquillement pour éviter tout danger lié à la circulation.
13. Regarder à gauche et à droite : c’est une autre recommandation très précoce des parents aux enfants en ville : avant de traverser la rue, on regarde bien de chaque côté.
14. Il vient où / il devient où : là aussi, on voit qu’il faut un peu de temps pour qu’un enfant sache bien utiliser tous ces verbes qui se ressemblent.

Pour écouter en entier, c’est ici.