Bénévolat

J’ai plusieurs étudiants qui, chaque semaine, donnent de leur temps pour s’occuper d’enfants ou de jeunes. Ils les aident à faire leurs devoirs, à s’en sortir à l’école quand ils sont en difficulté. Ils ont choisi de le faire dans le cadre d’associations bénévoles. Donc ils ne se font pas payer. Générosité, altruisme, envie de donner leur chance à tous. Ce petit reportage m’a fait penser à eux.


Transcription:
– Tant qu’on fait des exercices, moi je suis d’accord avec toi, c’est vrai, c’est dur les maths. On peut pas comprendre tous les exercices. Mais maintenant, faut au moins que tu aies essayé, tu vois, que tu as écrit sur un papier ce que tu as essayé de faire.
– On a rempli ça.
– Ça, tu le connais.
– Hein?
– Ça, tu le connais.
– Ah, je sais pas si je le connais mais… Si je le relis, je peux te l’expliquer. Je lis ? Une molécule est constituée de plusieurs atomes liés entre eux. Chaque molécule…

– Rachid B. Donc j’ai 22 ans. Moi je suis actuellement étudiant en MSG Sorbonne (1). Et puis je suis également bénévole à l’AFEV (2). En fait, quelque part, on a tous un petit peu dans la tête des petites idées altruistes et tout, et il y a un moment où il faut les mettre…. faut les mettre en pratique. Et puis moi, c’était vraiment ça, je pensais qu’il y avait des… des choses qui allaient pas, qu’il y avait, bon, en gros (3)… On avait vu ça en Terminale (4), en sociologie, des déterminismes. Et puis il y a un moment où on se dit que, ben, faut lutter contre ces déterminismes. En fait, ouais, bah c’est… c’est vraiment ça, l’AFEV, c’est aider les élèves qui ont des difficultés. Bon, les difficultés, ça peut être par exemple, être trois dans une… dans… dans la même chambre, c’est-à-dire qu’on n’a pas à disposition un bureau. On peut pas travailler tout le temps. On peut pas travailler à l’heure qu’on veut également. Ça, c’est des… en fait, c’est des handicaps (5) que beaucoup de personnes ne… ne remarquent pas mais ça joue beaucoup (6). Etre juste à plusieurs dans la chambre, moi je me rappelle que quand on était plus jeunes, on était trois dans une chambre, et puis ça joue beaucoup. On peut pas travailler à 22 heures: il y en a un autre qui veut dormir. On peut pas… On peut pas travailler à 16 heures parce qu’il y en a un autre qui écoute la musique. Et puis ça fait que on a une marge beaucoup plus faible, pour travailler. Donc ouais, je pense qu’il y a des populations qu’on devrait aider plus que d’autres.
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Etudiante à Paris

Paris fait rêver les touristes, français ou étrangers. Mais elle fait également rêver les étudiants du monde entier. C’est le cas de cette jeune Egyptienne, entendue il y a quelques jours à la radio. Elle est inscrite dans une des universités parisiennes. Mais en plus, elle vit à la Cité Internationale Universitaire où se côtoient étudiants français et etudiants venus de tous les pays. Une expérience unique au dire de* tous ceux qui ont eu la chance d’être logés là.
Un très joli témoignage, dans un français parfait.

Transcription:
Bonjour mademoiselle (1), je peux vous demander ce que vous faites ?
– Je suis étudiante.
En quoi ?
– En criminologie.
Super, ça !
– Oui.
Et vous venez d’où ?
– De l’Egypte. (2)
Et votre prénom ?
– Rana.
Rana.
– Oui.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de venir à Paris pour étudier la criminologie ? On est réputés pour ça à Paris ?
– Oui, oui. C’est une très bonne formation, à l’université Paris II. Et j’ai… j’ai fait toutes mes études en français. Donc c’est pour ça que j’ai voulu venir en France pour… pour faire le Master (3).
Et vous avez fait vos études en français en Egypte ?
– Oui. Oui, oui.
Parce que vous êtes d’une famille d’ambassadeurs ? Ou… ?
– Non, non, non. Famille normale.
Normale ? Ah bon (4) ?
– Oui.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire toutes vos études en français ?
– Mes parents m’ont ins[…] inscrit (5) dans une école française. Et j’ai fait la… la faculté (6) de Droit, section française.
Vous dites une famille normale… C’est quand même un petit peu peut-être la classe privilégiée, pour aller étudier dans une école française, non ? Je sais pas, moi…
– Non. Pas vraiment.
Non ?
– Je pense (7) les classes moyennes ont accès à différentes écoles, que ce soit français, ou allemand ou anglais.
Vous venez d’arriver à Paris ?
– Non, je suis arrivée l’année dernière, en septembre dernier. Et j’ai fait le Master et j’ai une soutenance (8) en septembre.
Vous avez pas vécu le… la Révolution en Egypte ? Vous étiez ici, vous.
– Oui. J’étais ici malheureusement. Je voulais être… vraiment être là-bas. Mais ici, j’ai essayé de participer aussi comme je pouvais.
Vous êtes contente ?
– Oui. Très, très contente.
Qu’est-ce que ça a changé concrètement depuis que Hosni Moubarak n’est plus en place ?
– Alors ça a changé énormément de choses. Je sens maintenant que les… les Egyptiens ont plus le sentiment de… de… de la patrie, qu’ils demandent aussi ce qu’ils veulent, qu’ils demandent leurs droits. Et… et d’un autre côté, c’est bien parce que ça veut dire qu’on n’accepte plus la corruption et on veut un nouveau changement, un… un bon régime.
Vous avez de la famille encore là-bas, j’imagine ?
– Oui, toute ma famille.
Et donc, ils vous disent: »Il faut vraiment que tu reviennes, Rana. La vie en Egypte a complètement changé. »
– Oui, bien sûr. Et moi je veux… je veux revenir (9) en Egypte. Je veux vivre là-bas. C’est très important pour moi.
Et quand vous parlez de l’Egypte, c’est le Caire ou c’est… ?
– Le Caire, oui. Je suis du Caire.
Et alors là, vous faites la queue (10) pour… à la Caisse d’Allocations Familiales de Paris (11) parce que… ?
– Je veux refaire mon dossier parce que je… je l’avais arrêté pour le mois d’août et je veux que ça continue.
Pour un an encore.
– Oui, oui.
D’accord.
– Exactement.
Et alors qu’est-ce qui vous a plu à Paris ?
– Tout. Tout. C’est vraiment très, très joli (12). Moi, je vis à la Cité (13). J’ai vraiment de la chance parce que je… je pense que trouver un logement à Paris, c’est très, très difficile. C’est vraiment bien parce que on rencontre toutes les cultures et je sens que maintenant, j’ai… j’ai vraiment des amis presque de partout (14). J’ai… j’ai connu (15) des Indiens, des… des Marocains, des… des Norvégiens, vraiment de partout et c’est… c’est très, très bien parce que je… je… C’est sûr que chacun a un… a un minimum de stéréotypes à propos de… des pays et… Et avec ça, ça change vraiment. Et je découvre vraiment la réalité.
Bon et alors, vous avez pas rencontré l’amour à Paris ?
– Si, en fait, j’ai rencontré un garçon hongrois. Et… Oui, c’est… c’est vraiment mon premier grand amour.
Super !
– Oui.
Et il étudie quoi, votre ami ?
– Management. (16)
Super. D’accord.
– Oui, et maintenant, il veut faire le commerce du vin.
Ah d’accord ! Mais alors, vous avez pas peur, là ? Lui, il est hongrois, vous êtes égyptienne. Où est-ce que vous allez faire votre vie ?
– Oui, ça, c’est… ça c’est une question qu’on se pose. Mais maintenant, on est étudiants et on essaye juste de… de se connaître, et après, on verra comment ça va se passer (17).
D’accord. C’est « Choukran », on dit en… ?
– Oui, exactement. Choukran.

Quelques explications:
1. mademoiselle: on utilise ce terme pour les femme pas mariées, donc souvent avec des jeunes filles (parce qu’on imagine qu’elles sont trop jeunes pour être mariées.) Mais son usage est controversé en ce moment en France, notamment quand on est plus agée, quand on doit cocher la bonne case sur des formulaires. (Madame, mademoiselle ou monsieur). Effectivement, la plupart du temps, personne n’a besoin de savoir si vous êtes mariée ou pas. On ne fait pas cette distinction pour les hommes. Alors pourquoi la ferait-on pour les femmes ? Cependant, à l’oral, c’est naturel de dire « mademoiselle » à quelqu’un de jeune. (Et ça peut presque être flatteur quand on est un peu plus âgée ! ça veut dire que vous ne faites pas votre âge.)
2. de l’Egypte: on dit plus souvent « d’Egypte« . Quand on dit d’où on est, d’où on vient, c’est beaucoup plus courant de ne pas utiliser « de l’ / de la » mais juste de ou d’ devant le nom du pays. (de France, d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne, etc…)
3. le Master: les universités françaises ont adopté le terme anglais pour désigner ce diplôme après la Licence. (avant on parlait de Maîtrise)
4. Ah bon ? : C’est une des manières d’exprimer la surprise.
5. m’ont inscrit: il faut dire m’ont inscrite quand on est du sexe féminin. (On accorde le participe passé avec m’, qui représente ici Rana, donc une fille.)
6. la faculté de Droit = l’université (en Droit). On utilise plus souvent l’abréviation: la fac de Droit. On peut dire: aller en fac de Droit, être en fac de Droit, faire la fac de Droit.
7. je pense: il faut dire je pense que
8. une soutenance: c’est un examen oral à l’université où on présente son travail de recherche devant un jury de plusieurs personnes. On a d’abord rendu un dossier écrit et le jour de la soutenance, on le présente et on répond à des questions.
9. revenir en Egypte: ce n’est pas le bon verbe. Il faut qu’elle dise: retourner en Egypte, car elle n’est pas là-bas en ce moment.
10. faire la queue: attendre son tour derrière d’autres personnes.
11. La Caisse d’Allocations Familiales: cet organisme verse des aides aux familles mais aussi pour le logement des étudiants. Il faut donc y déposer un dossier pour toucher des allocations.
12. c’est très joli: on dit aussi (et peut-être plus souvent): c’est très beau.
13. la Cité Internationale Universitaire de Paris: elle accueille essentiellement des étudiants du monde entier.
14. presque de partout: on dit aussi: de presque partout.
15. J’ai connu: ce verbe est un peu bizarre ici, à cause du passé composé employé. Plus naturellement, on dit: J’ai fait la connaissance d’Indiens. Ou alors: J’ai rencontré des Indiens. (Si on veut vraiment garder le verbe connaître, il faut le mettre au présent: Maintenant, je connais des Indiens.)
16. Management: il vaut mieux dire le management, avec un article devant.
17. comment ça va se passer: on peut dire aussi: comment ça se passe, au présent.

* au dire de: d’après / selon quelqu’un

Avant l’été, j’avais eu une discussion très sympathique avec Zakari: lui aussi vient d’ailleurs et se dit qu’un jour, il aimerait bien poursuivre sa vie dans son pays d’origine.