Ni tout à fait d’ici, ni tout à fait d’ailleurs

Groenland ManhattanJ’aime ce que dessine et raconte Chloé Cruchaudet. Dans son album Groënland Manhattan, elle donne corps aux récits d’exploration du Pôle Nord, au temps où Robert Peary ramenait de si loin des météorites et des Esquimaux pour les livrer à la curiosité de ses contemporains.
Histoire du déracinement de Minik, enfant puis adulte entre deux mondes.
Histoire vraie et reflet d’une époque encore si proche.
Histoire banale de la domination d’un monde sur un autre.

Chloé Cruchaudet
Chloé Cruchaudet explique dans cette petite vidéo pourquoi elle a eu envie d’entrer dans l’histoire de Minik, avec ses belles couleurs.

Transcription:
L’idée de ma bande dessinée Groënland Manhattan vient de mes goûts en matière de (1) lecture. J’aime beaucoup les récits de voyage, les récits d’explorateurs . C’est quelque chose qui est tellement à l’inverse de ma personnalité pantouflarde (2) que ça m’a toujours fascinée ! Un jour, je suis tombée sur (3) l’histoire vraie d’un petit esquimau qui s’appelle Minik, qui a vécu à l’extrême nord du Groënland, à la fin du 19ème siècle. Et ce petit garçon et quelques membres de sa tribu ont été ramenés par un explorateur américain du Groënland jusqu’à New York. Ce qui m’a beaucoup touchée, c’est que c’est une histoire de déracinement. C’est quelqu’un qui s’est jamais sent bien là où il était : à New York, on l’a traité comme le gentil Esquimau polaire, délicieusement exotique. Et une fois de retour chez lui, il a été traité comme un mythomane (4), parce que évidemment, tous les autres membres de sa tribu ne croyaient pas du tout au récit de sa vie New Yorkaise. J’ai vraiment eu l’impression d’avoir les personnages à côté de moi. J’ai eu froid avec eux, j’ai senti les odeurs de New York avec eux et j’espère beaucoup que ça fera le même effet aux lecteurs.

Quelques détails :
1. en matière de lecture : dans le domaine de la lecture
2. pantouflard : cet adjectif décrit quelqu’un qui aime rester chez lui, tranquillement, un peu paresseusement, dans ses pantoufles (c’est-à-dire ses chaussons). Les pantoufles sont le symbole de l’attachement aux habitudes.
3. tomber sur quelque chose : trouver, découvrir quelque chose par hasard.
4. Un mythomane : quelqu’un qui s’invente des histoires auxquelles il croit.

Groenland Manhattan - La postfaceIl y a beaucoup à regarder et à lire dans cet album, qui se termine par une belle postface, écrite par Delphine Deloget, réalisatrice d’un documentaire antérieur (que j’aimerais bien trouver quelque part) sur Minik et ses descendants.
En voici un court extrait où Delphine la voyageuse parle de Chloé, celle qui se dit pantouflarde ! Lorsque Chloé m’a contactée au sujet de son projet de bande dessinée sur Minik, j’ai remis le nez dans mes cartons, ressorti des photos, des archives sur l’histoire des Esquimaux de New York. Avec elle, j’ai replongé dans mes souvenirs et mes impressions de voyage à Thulé. Chloé se révélait de son côté une véritable enquêtrice. Elle ne laissait rien passer. Elle relevait certains détails de l’histoire qui m’avaient échappé. Son imaginaire au travail, elle allait redonner chair à l’histoire de Minik. Moi qui n’avais fréquenté Peary et Minik que par l’intermédiaire de photos en noir et blanc, je les redécouvrais maintenant en couleur, animés d’expressions si pleines de vérité. Elle avait créé en nuances ce qui précède et ce qui suit les événements rapportés par les archives, reconstituant ce qui m’avait si souvent manqué lors de ma propre enquête. L’histoire prenait vie et dépassait les simples faits historiques pour toucher l’intime d’un récit à la fois rocambolesque et poignant.

Allez regarder ici aussi, pour vous en rendre compte.
C’est beau !

Attachez vos ceintures

Quand on voyage en avion, l’équipage a des choses à dire, notamment au décollage et à l’atterrissage. Mais ce n’est pas toujours facile de comprendre ce qui est annoncé, à cause du bruit, de la mauvaise qualité du son parfois, surtout si on voyage avec une compagnie étrangère. Bien sûr, l’anglais est la langue internationale des voyageurs. Mais c’est quand même mieux si on comprend la langue de la compagnie aérienne qui nous transporte.

Alors voici ce que j’ai pu « capturer » de l’ambiance sonore du vol Paris-Cayenne du 17 février et du vol de retour dans la nuit du 1er au 2 mars.
Destination la Guyane !

Transcription:
Nous sommes en train d’attendre des passagers de correspondances très, très, très courtes que nous faisons venir à notre point de stationnement de manière à (1) ne pas trop engager notre ponctualité. Donc nous espérons ne pas abuser de votre attente et je vous tiens au courant (2) le plus rapidement possible de notre… des événements. Voilà. Merci.

[… ] commandant de bord, je vous souhaite la bienvenue. Désolé pour ces quelques minutes de retard en attente des derniers passagers. La mise en route sur Cayenne est prévue maintenant dans quelques instants. Le temps de vol : 8 heures et 30 minutes et un temps couvert et des grains (3) à l’arrivée. Je vous souhaite un excellent voyage. Merci de votre attention.

[…] mademoiselle, monsieur, Louis Bottero, cherf de cabine principal de votre vol pour vous saluer et une nouvelle fois pour vous exprimer tous nos regrets quant à (4) ces différents soucis informatiques et une attente de passagers en correspondance. Nous vous remercions bien entendu de votre patience. Sachez (5) que le commandant de bord a privilégié, bien entendu, une attente aussi… aussi longue soit-elle à une ouverture… une réouverture de soute et de conteneurs à bagages qui en règle générale, ce genre de procédure risque de prendre plus de temps. Des conciliabules (6) entre les contrôles sol, les compagnies et ceux de la sûreté entraînent toujours des retards plus importants que celui que nous subissons maintenant.

Notre commandant, Monsieur Luc Richier et l’ensemble de l’équipage ont le plaisir de vous accueillir à bord de cet Airbus d’Air France. Sachez que notre escale de Cayenne est informée depuis quelques instants donc de ce contretemps et fera de son mieux en tout cas pour mettre… assurer la continuité de votre voyage si vous êtes en correspondance dans les meilleurs délais. Nous ne manquerons pas de (7) vous informer de notre heure d’arrivée à l’aéroport Félix Eboué dès lors que (8) nous aurons atteint notre altitude de croisière. Sur notre vol, certains membres de l’équipage parlent différentes langues: l’anglais bien entendu, mais l’espagnol, l’italien, le portugais sont également à l’honneur. Nous nous assurons de votre sécurité et de votre confort durant (9) ce vol à destination de Cayenne. L’utilisation des téléphones portables…. doivent à présent être éteints ou bien en position mode avion, et ce (10), jusqu’à notre arrivée à notre point de stationnement définitif. Veuillez à présent attacher et ajuster votre ceinture de sécurité. Au nom d’Air France – KLM et de ses partenaires Skyteam, nous vous souhaitons bon voyage.

[Conformément aux] règlements sanitaires locaux et internationaux, la cabine doit être désinsectisée (11). Le produit utilisé ne présente aucun danger pour votre santé et est conforme aux normes internationales en vigueur (12). Merci de rester assis pendant cette opération.

Nous vous informons que fumer dans les toilettes peut porter atteinte au fonctionnement des détecteurs de fumée et est passible de poursuites. D’autre part, l’utilisation de la cigarette électronique n’est pas autorisée à bord de nos avions. Vous pourrez vous déplacer dès l’extinction de la consigne « Attachez vos ceintures ». Cependant, pour votre sécurité, nous vous recommandons de maintenir votre ceinture attachée lorsque vous êtes assis et nous vous invitons à la laisser visible pour ne pas être dérangé pendant votre repos par les vérifications de l’équipage en cas de turbulences.

Nous sommes arrivés à Paris, aéroport d’Orly. Il est 6h40 en heure locale et la température est de 1° (13).Votre ceinture de sécurité doit rester attachée jusqu’à l’extinction de la consigne lumineuse. Nous vous rappelons que l’utilisation des téléphones portables n’est autorisée qu’après l’arrivée à notre point de stationnement. Lors du (14) débarquement, nous vous demandons d’ouvrir les coffres à bagages avec précaution afin d’éviter la chute d’objets. Merci d’avoir voyagé sur ce vol Air France. Au nom d’Air France – KLM et de ses partenaires Sky Team, nous vous souhaitons une bonne journée et un bon voyage si vous êtes en correspondance.

Quelques explications:
1. de manière à : afin de
2. tenir quelqu’un au courant (de quelque chose): informer quelqu’un de quelque chose
3. un grain: en météo, c’est une forte pluie avec du vent.
4. quant à : en ce qui concerne / à propos de
5. sachez: c’est l’impératif du verbe savoir. On ne l’emploie pas très souvent. C’est un style plutôt soutenu.
6. des conciliabules: des discussions
7. nous ne manquerons pas de vous informer : c’est une manière de dire d’assurer les passagers qu’ils seront tenus au courant.
8. dès lors que : aussitôt que / quand / dès que (style soutenu)
9. durant : pendant (style plus soutenu)
10. et ce: on utilise cette expression pour reprendre ce qui a été dit avant. (= et cela, c’est-à-dire le fait que les téléphones doivent être en mode avion.)
11. désinsectiser un lieu: le débarrasser des insectes. Dans le cas de la Guyane, il s’agit d’éviter de transporter des moustiques qui pourraient transmettre certaines maladies. (le paludisme, la dengue, la fièvre jaune)
12. en vigueur: qui sont actuellement appliquées
13. : un degré
14. lors du (+ nom masculin) / lors de la (+ nom féminin) = pendant le / la (style plus soutenu)
15. être en correspondance : avoir une correspondance à prendre pour continuer son voyage.