Objectif Mars

Il y en a qui partent seuls autour du monde sur un voilier.
D’autres qui parcourent la planète à pied, en voiture, en train, en bus…

Et il y en a qui voyagent sans bouger… vers Mars, enfermés dans un faux vaisseau spatial en Russie: 520 jours dans un module expérimental qui ne décolle pas de la Terre. C’est le temps nécessaire pour aller sur la planète rouge et en revenir. Mars, ce n’est pas la porte à côté ! Les six volontaires sont « partis » le 3 juin.

Une première expérience a déjà eu lieu en 2009 pour observer ce qui se passe chez les terriens dans ce genre d’isolement. Mais « seulement » 105 jours… Cyrille Fournier était l’un des six volontaires choisis pour ce premier voyage.


Transcription:
L’isolement,c’est assez difficile d’en parler quand on ne l’a pas vécu. Mais… mais c’est un…un moment ou une durée en tout cas sur laquelle le jour suivant ressemble au…au jour précédent qui ressemble au… au jour actuel. Donc c’est… c’est cette monotonie-là, ce marais temporel un peu et cette… désert (1) sensoriel qu’il va falloir… traverser…
Apprivoiser… d’une certaine manière.
Maîtriser, ouais.
Et ces 105 jours, vous, ils vous ont paru quoi ? (2) Longs ou courts ? Il y a… J’imagine qu’il y a plusieurs étapes dans… dans tout ça.
Absolument, ouais. J’aime à dire qu’il y a trois étapes. La première qui est la découverte de ce nouveau… de ce nouvel environnement. Donc on l’apprivoise, comme vous l’avez dit. La dernière étape, c’est le moment où on voit le… la lumière au bout du tunnel, et on compte les jours non plus en mois mais en semaines ou en jours. Et… et au milieu, il y a… il y a ce… ce moment où… bon, qui a duré un mois et demi pour nous mais qui va durer beaucoup plus longtemps pour nos six camarades, qui est un moment où rien ne change, rien ne bouge. C’est… c’est justement ça, cette… cette monotonie qui… qui s’installe.
Et dans la journée, comment elle se décompose ? Parce que vous le disiez, il y avait 105 jours à apprivoiser. Mais il y a aussi 24 heures à apprivoiser. Et chaque jour, d’ailleurs.
C’est une question très pertinente ! Alors, chaque jour, on est resté déjà ‘3) sur un cycle de 24 heures, ce qui est pas forcément évident parce que déconnectés du cycle solaire, on aurait pu prendre n’importe quel rythme…
Hm, hm. Absolument.
… de… de vie. Bon, on est resté sur 24 heures, avec 8 heures de travail, 8 heures de loisirs et 8 heures de repos, sachant que en fait, dans… dans les faits, la… la journée était constituée de 16 heures de repos-travail, et puis 8 heures de sommeil, ce qui reste quand même huit longues heures à meubler quand… quand il s’agit des… des loisirs. Et on peut prendre de la lecture, on peut prendre des films, on peut prendre des photos à trier. C’est ce que j’avais fait en tout cas. On peut prendre d’autres… d’autres activités, des jeux, qu’ils soient sociaux ou pas. Mais il faut effectivement, c’est aussi une difficulté, il faut meubler (4) ce… ce temps de loisirs parce qu’il va être long.
Est-ce qu’on doit se réhabituer à la normalité, quand on sort finalement, quelque chose qu’on a connu pendant des années, mais est-ce que coupé de cette normalité, on doit se réhabituer à ça ?
Eh bah c’est surprenant, mais oui. On l’a pas oublié le… le monde extérieur mais il faut se réhabituer à…
A quoi par exemple ? A l’air frais, par rapport auquel vous avez été coupé ?
Au vent, au vent, parce qu’on n’avait pas de vent dans le module. A l’intensité lumineuse du ciel bleu, par exemple. On a… Ça, ça m’a surpris. Et puis à l’ensemble des informations sensorielles qu’on reçoit au cours d’une journée normale. C’est… c’est peut-être difficile à expliquer mais quand on est en isolement, encore une fois, on n’a aucune surprise sensorielle. On a toujours les mêmes… le même environnement. On a toujours les cinq mêmes personnes en face de nous, les mêmes sons, etc, etc…
Donc une forme de monotonie, disons.
Exactement.
On doit se réhabituer à… à tout ce qui fait le… le… le quotidien…
Absolument.
Auquel on est habitué.
Ouais.
On est rémunéré pour tenter ce… ce genre d’expérience ?
Oui. Oui. Absolument.
Bien ?
Plutôt pas mal. (6)
Vous, vous êtes pilote de ligne par ailleurs.
Oui, oui, oui.
Aussi bien qu’un pilote de ligne ?
Un peu moins.
Un peu moins ? Mais on est… on est rémunéré pour ça.
Oui, oui, oui. A hauteur d’à peu près 100 € par jour.
Cent euros par jour. Est-ce que ça peut mal se terminer, cette expérience ?
Ah oui, oui. Ça… ça peut. C’est pour ça qu’on la pratique. C’est pour ça qu’on la fait avant de lancer une vraie… une vraie mission. Ça peut mal se terminer, ouais. C’est pour ça qu’on… on souhaite déterminer un peu les traits de caractère qui vont être nécessaires parmi les… l’équipage qui partira un jour sur Mars.
Pour terminer, vous êtes bien sur terre, vous, Cyrille, vous qui êtes parti pendant 105 jours, qui volez tous les jours puisque vous êtes pilote d’avion ? Vous êtes bien quand vous avez les deux pieds sur terre ?
Ouais, c’est pas mal, quand même hein ! C’est pas mal. La vie est belle, hein.
Mais vous avez envie aussi d’avoir la tête dans les étoiles.
Ah bah, oui , oui. On a tous envie d’avoir la tête dans les étoiles.

Quelques détails :
1. cette… désert : désert est masculin. Donc Cyrille aurait dû se corriger et dire « ce désert ». On fait souvent ça en français : on commence au masculin par exemple et on se corrige quand le mot qui nous vient finalement est féminin. On ne sait pas toujours quel mot on va employer, d’où les « le » qui deviennent des « la », des adjectifs qui deviennent féminins, etc…
2. Question très orale, avec cet ordre des mots et ce « quoi » à la fin. Une question un peu plus « correcte » aurait été : « Ils vous ont paru comment ? »
3. nouveau (masculin) devient « nouvel » devant un mot masculin qui commence par une voyelle. C’est juste pour que ce soit plus confortable à prononcer.
4. déjà : ici, il sert à montrer la première idée. C’est comme si Cyrille disait « premièrement », « tout d’abord ».
5. meubler : ici = remplir, occuper.
6. plutôt pas mal : le salaire est tout à fait satisfaisant en fait pour Cyrille.

Eruption volcanique et pagaille dans les airs

Un volcan islandais qui entre en éruption, des images incroyables comme toujours avec les volcans. Mais aussi la vie qui se complique sérieusement pour les Islandais. Et un nuage de cendres, de glace, de vapeur d’eau qui obscurcit le ciel sur une zone impressionnante et empêche les avions de voler. Tous les aéroports européens ou presque, grands et petits, sont paralysés depuis plusieurs jours. Roissy et Orly, les 2 grands aéroports parisiens, n’y échappent pas.

Et ça tombe mal pour les voyageurs et les compagnies aériennes en cette période de plus forte activité du fait des vacances de printemps. Dans ce petit reportage, certains voyageurs sont carrément désabusés, et ça s’entend! D’autres ont finalement de la chance.


Transcription :
Voilà, alors, Roissy et… et Orly, c’est ce que l’on vient d’apprendre, ne rouvriront pas avant demain dans la matinée. C’est ce qu’indique la Direction Générale de la… de l’Aviation Civile. Alors, je vous refais le film (1) pour bien comprendre ce qui passe ici dans la tête des passagers notamment. Normalement, on disait l’aéroport devrait… devait rouvrir aujourd’hui à 14 heures. Et puis finalement, ça a été reporté à 20 heures, en disant peut-être ce sera plus tard. Et donc maintenant, on apprend que c’est demain matin, et pourquoi pas encore plus tard. Et c’est ça qui est le plus difficile pour les passagers ici. Bien évidemment pour ceux qui habitent à Paris, eh bien, ils rentrent chez eux et puis ils espèrent partir un petit peu plus tard. Mais pour ceux qui viennent… Par exemple là, je viens de voir des gens qui viennent de Saint Etienne, qui sont montés à Paris, avec les grèves à la SNCF. Ils arrivent épuisés ici. Ils pensaient pouvoir partir. Leur avion devait partir après 23 heures. Eh bien non, ils sont coincés. Et ils ne savent pas quand ils pourront repartir. C’est ça le plus difficile, c’est cette notion d’expectative et de ne pas pouvoir savoir quand le trafic reprendra.

Et en tout cas, concrètement dans les allées de cet aéroport, Guillaume, vous avez constaté que il vaut mieux être passager de certaines compagnies que d’autres en matière de prise en charge. (2)
Voilà. Bon après, le résultat évidemment est le même : on ne peut pas partir. Mais c’est vrai que dans la manière d’être accueilli, il y a une différence entre Air France et les grandes compagnies, et puis les compagnies low-cost. Air France est la première ici en terme de trafic : 60 % du trafic. Derrière, vous avez Easy Jet. Chez Air France, il y a plusieurs heures de file d’attente mais il y a du personnel pour vous accueillir. Regardez chez Easy Jet ce que ça donne (3):

– Moi je me suis présentée au guichet Easy Jet. Mais en fait, ils en ont rien à foutre. (4)
– Le seul interlocuteur finalement que vous avez, c’est cette borne, c’est ça ?
– C’est la borne informatique, oui. Et puis… et puis le désarroi, quoi. Voilà, mais bon, ça dérange personne. Du côté humain, tout le monde s’en fout. Tu parles aujourd’hui à des machines, et voilà.

Allez, la petite pastille qui va faire des envieux : il y a, disons, quelques avions qui ont pu décoller cet après-midi. Mais vraiment ils sont très rares, et notamment un qui partait vers les Seychelles. Et une dame a eu beaucoup de chance. Elle a téléphoné à Air Seychelles. Et voici ce qu’elle a appris : elle pouvait partir. Elle est en train de monter dans l’avion à l’heure où je vous parle. Regardez.

– On n’y croyait pas. On était resté à la maison. Et puis on a téléphoné. On nous a dit : « Venez vite, ça part ». Donc on est arrivé en quatrième vitesse (5), voilà.
– Bon courage.
– Donc on va profiter des petits poissons et du soleil. On pensera bien à vous !

Mais cet avion, il a été avancé. Et une vingtaine de passagers n’ont pas été prévenus et en ce moment même, ils sont en train de râler (6) juste derrière cette vitre. Ils sont en train de râler parce que l’avion a été avancé. On a fermé les portes pour eux alors…

Quelques détails :
1. je vous refais le film : je vous redis tout ce qui s’est passé.
2. la prise en charge : la façon dont on s’occupe de vous, dont on vous prend à charge.
3. voici ce que ça donne : voici ce qui se passe.
4. Ils en ont rien à foutre : ils s’en fichent complètement. (très, très familier).
5. en quatrième vitesse : très vite, à toute allure. (familier)
6. râler : protester, se plaindre (familier).