Une question bateau

Les interviews d’actrices finissent souvent par aborder la question de l’équilibre entre vie familale et vie professionnelle. Josiane Balasko y répond avec son franc-parler habituel et beaucoup de réalisme : pour elle, pas d’exploit particulier dans le fait de mener de front sa carrière et l’éducation de ses enfants, plutôt, d’ailleurs, une position privilégiée par rapport à d’autres femmes.
La question est donc banale et la réponse sympathique !

Au fait, est-ce que vous avez déjà entendu ce genre de questions posées à un acteur?
Moi, non. Pourtant, ils ont des enfants aussi !


Transcription:
– Comment vous avez été, vous, en tant que maman?
– Oh, j’ai essayé d’être… J’ai essayé d’être acceptable. On l’est jamais, hein !
– Ouais.
– Ouais, bien sûr.
– Vous avez toujours voulu être maman?
– Ah oui! Oui bien sûr, peut-être pas au tout…(1) Bon j’avais 25 ans, j’imaginais… Mais après oui, j’ai eu envie d’avoir des enfants.Ouais, ouais, bien sûr.
– Et gérer sa carrière – c’est une question un peu bateau (2), mais c’est toujours intéressant d’entendre la réponse – gérer une carrière de… de… d’actrice et de réalisatrice comme vous, et en plus d’être maman à côté ?
– Bah écoutez, c’est pas… C’est prenant (3), mais enfin, il y a des femmes qui travaillent, qui partent le matin à 7 heures et demie, qui vont au bureau jusqu’à 5 heures et demie, qui reprennent le train, ou qui ont deux heures de trajet et qui retrouvent leurs enfants, et on leur demande pas: « Est-ce que c’est difficile? ». On trouve ça normal.
– Sauf qu’elles bougent pas sur des tournages (4) à droite à gauche (5).
– Oui, mais enfin, en fin de compte, elles sont aussi des choses… Je veux dire, elles ont beaucoup plus de problèmes, elles gagnent moins de fric (6) et elles ont plus à gérer. Donc finalement, vous voyez, ça m’arrivait de partir sur des tournages, mais en général, j’essayais de… de me démerder (7). Voilà. Alors parfois, par moment, j’étais pas là. Voilà, c’est sûr.
– Elle s’en est plaint (8), Marilou?
– Bah, j’ai pas le… Bah là pour l’instant, il faudrait qu’elle me… Pour l’instant, je lui ai demandé: »Est-ce que tu t’en es plaint? ». Non, je crois pas, je crois que ça allait. Non, non. C’est pas… Ça a pas été… ça a pas été quelque chose d’épouvantable (9).

Quelques détails:
1. au tout… : comme souvent, on commence des phrases qu’on ne termine pas. On dit les choses autrement. Ici, elle allait utiliser l’expression : « Au tout début ».
2. bateau : banal, pas original.
3. c’est prenant : ça demande du temps, ça prend du temps. On n’a pas beaucoup de temps libre.
4. un tournage : le moment où un film est tourné par le réalisateur, avec les acteurs.
5. à droite à gauche : un peu partout. On emploie cette expression pour montrer qu’on ne reste pas toujours au même endroit.
6. le fric : l’argent (argot)
7. se démerder : se débrouiller, trouver des solutions (Ici, pour concilier sa vie de famille et sa vie professionnelle) (argot)
8. elle s’en est plaint?: il faudrait dire « elle s’en est plainte« , en faisant l’accord de féminin. Les verbes pronominaux se conjuguent avec le verbe « être » au passé composé, donc le participe passé s’accorde.
9. épouvantable : affreux, horrible.

Lire, partout, toujours

On peut lire des romans sur son écran d’ordinateur, sur son iPad. C’est assez fascinant de savoir qu’on peut avoir avec soi des dizaines de livres qui ne pèsent rien. Disparue l’angoisse du choix du livre qu’on emporte en vacances ou pour occuper un trajet en train. Ils sont tous là, l’erreur est permise.

Mais quand même, peut-on se passer du plaisir de manipuler ce bel objet qu’est un livre bien réel, avec ses couleurs, l’odeur de son encre, ses pages qu’on tourne, sa couverture qui nous embarque déjà quelque part, son poids et son épaisseur ? Paradoxalement, je trouve qu’un livre « en chair et en os » se fait oublier alors que je garde la conscience que je suis en train de lire lorsque c’est sur un écran. C’est comme si c’était plus difficile de s’abstraire d’ici et maintenant.
Peut-être est-ce tout simplement parce qu’on n’oublie jamais ses premières sensations de lecteur, ses premières impressions d’enfance.
Voici le parcours de Richard que les livres accompagnent un peu partout, depuis si longtemps.


Transcription:
– J’ai beaucoup… beaucoup de plaisir à… à choisir, à aller acheter. Mais je peux acheter aussi sur… Je peux acheter aussi en ligne, hein. C’est pas… C’est pas un problème mais le… le… le… ce moment où on dit celui-là ou pas celui-là. On regarde le prix : « Oh, c’est un peu cher. » Ça, j’aime assez.
– Alors vous me disiez que c’était des moments un petit peu d’isolement, des petites pauses dans… dans la journée. Là, on est dans un café. Vous êtes pas vraiment isolé, là.
– Non, je suis pas isolé, mais je suis en attente d’un rendez-vous. Donc je… Voilà, j’ai un temps mort. Et j’ ai… J’ai pris mon bouquin (1). J’ai pas pris de boulot (2). Donc voilà, j’ai… j’ai une dizaine de minutes à… à passer. Je lis quelques pages. Ou je lis pas.
– Alors là, par exemple, qu’est-ce qu’il y a sur cette couverture ? Vous pouvez me la décrire?
– Oui, il y a une femme au bord d’un… d’un lac, donc dans les Rocheuses. Le livre s’appelle La Réserve. C’est un livre de Russell Banks et ça traite d’une histoire se déroulant aux Etats-Unis parallèlement à la guerre de… d’Espagne, une histoire de… de gens très riches.
– Ça vous plaît?
– Pas trop (3). Pas trop parce que c’est… Je trouve que c’est pas assez littéraire, c’est plus narratif et ça, c’est quelque chose qui me laisse un peu sur ma faim (4) dans la littérature. Mes premiers livres de gosse (5), c’était Bob Morane (6). Voilà. Puis il y a eu la Bibliothèque Verte (7), tout ça, ce truc-là. Et après, vers… jusqu’à 18-19 ans, j’ai peu lu. Et j’ai commencé vraiment à lire vers 19 ans. J’étais jeune étudiant, je m’emmerdais (8) beaucoup, j’étais beaucoup dans les cafés, j’ai commencé à lire beaucoup Henry Miller en fait, voilà, voilà. Ça a été le… le début. Après, ça a continué: Henry Miller puis les Russes, puis… Voilà.

Quelques détails:
1. un bouquin : un livre (familier). On utilise aussi le verbe « bouquiner » pour dire qu’on lit.
2. le boulot : le travail.(familier)
3. pas trop = pas vraiment. Il n’est pas très enthousiaste.
4. laisser quelqu’un sur sa faim : laisser un sentiment de frustration à cette personne qui s’attendait à autre chose, à plus. Elle est un peu déçue et reste sur sa faim.
5. un gosse : un enfant (familier)
6. Bob Morane: héros de centaines de romans écrits par Henri Vernes à partir des années 50 et très lus par les garçons surtout. Il a toujours ses fans.
7. la Bibliothèque Verte : une collection de romans pour enfants et ados apparue vers 1920 et très populaire car pendant longtemps, il n’y a pas eu autre chose pour cette tranche d’âge.  
8. s’emmerder : s’ennuyer (très familier, un peu grossier)