Etouffant

Voici la bande annonce d’un film qui vient tout juste de sortir. Plongeon dans les années lycée, avec leurs amitiés fortes qui peuvent parfois tourner à la manipulation et au harcèlement. En fait, si le sujet de « Respire » a attiré mon attention, c’est que ces relations malsaines ne sont pas le fait uniquement d’ados en train de se construire. Plus tard, à l’université, chez des étudiants qui sont de jeunes adultes, puis dans la vie professionnelle, ou encore dans la vie amoureuse, on peut rencontrer cette perversité chez certains et ce désarroi chez ceux qui en sont les victimes. Toujours très surprenant et incompréhensible de voir à l’oeuvre cette inhumanité.

Respire Film
La bande annonce est ici.

Transcription :
– C’est bien, devant. On garde l’effort. Allez !
– La meuf (1), elle appelle Lucas. Elle lui dit juste Bonjour. Le mec (2), il est déjà chez elle !
– Je vous interromps brièvement. Une arrivée en cours d’année (3) : Mademoiselle Perrin… Perrin…
– Sarah.
– Sarah. Donc je vous la confie.
– Et toi ?
– Quoi, moi ?
– Je sais pas, raconte-moi quelque chose !
– Regarde tout ce que je t’ai dit depuis tout à l’heure (4).
– Paul, je te présente Sarah, une copine (5) de classe.
– Pour toi, je suis une copine de classe !
– Bah je sais pas… J’aurais dû dire quoi ? (6)
– Rien du tout. Tu dis ce que tu veux.
– Qu’est-ce qui se passe ? (7)
– C’est pas vraiment mon genre de fête.
– Tu vas pas te laisser emmerder (8), non ? Pas si impressionnante que ça, ta Sarah !
– Charlie, qui t’a fait ça ?
– Tu m’entends ?
– Elle te traite comme une merde (9), et toi, rien ! (10)
– Encore la petite victime !
– Qu’est-ce que je t’ai fait ?
– Ça va pas (11), mais tu es malade ! (12)
– Lâche-moi !
– On se connaît depuis la sixième (13) et là, je te reconnais plus.

Des détails :
1. une meuf : une fille, une femme. (C’est du verlan, c’est-à-dire une façon de parler où on inverse les syllabes. On les met à l’envers. Envers = verlan.) Ce mot est devenu une sorte de classique chez les jeunes, même chez ceux qui ne parlent jamais en verlan. (très familier) Avant, on entendait davantage : une nana.
2. Le mec : l’homme, le gars. (style très familier)
3. en cours d’année : pendant l’année, c’est-à-dire pas à la rentrée, pas au début d’année scolaire.
4. Depuis tout à l’heure : depuis peu. « Tout à l’heure » n’est jamais très éloigné dans le temps et désigne un moment dans la journée : On se voit tout à l’heure = un peu plus tard / Je l’ai vu tout à l’heure = un peu plus tôt / A tout à l’heure.
5. Une copine : ici, une copine est juste une amie parmi d’autres.
6. J’aurais dû dire quoi ? : question uniquement orale, à la place de Qu’est-ce que j’aurais dû dire ?
7. Qu’est-ce qui se passe ? : c’est la question qu’on pose quand on voit que quelque chose ne va pas, quand on sent qu’il y a un problème.
8. Se laisser emmerder : laisser quelqu’un nous embêter, nous causer des problèmes. Emmerder est un terme d’argot vulgaire, donc à ne pas utiliser n’importe quand.
9. Traiter comme une merde : vraiment maltraiter quelqu’un, sans aucun respect. (grossier)
10. et toi, rien : cela signifie qu’elle se laisse faire, qu’elle ne réagit pas.
11. Ça va pas ! : quand on dit cela à quelqu’un sur ce ton agressif, cela revient à lui dire : Tu es fou/ folle ! Tu fais / Tu dis n’importe quoi ! Très souvent, on ajoute « non »: ça va pas, non !
12. Tu es malade : tu es fou, tu es complètement anormal. (très familier et agressif)
13. La sixième : c’est la première classe au collège, après l’école primaire. Les enfants ont donc à peu près onze ans.

A deux doigts

Mer hostile

Dimanche, c’était le départ d’une des grandes courses à la voile en solitaire, la Route du Rhum, entre la très belle ville de Saint Malo et Pointe-à-Pitre en Guadeloupe. Enormes trimarans de 30 mètres de long ou petits monocoques font route vers les Antilles. Mais les premières heures de navigation ont été éprouvantes pour certains navigateurs comme Thomas Coville, dont l’énorme voilier n’a pas fait le poids en face des cargos qui sillonnent aussi les océans.

A deux doigts de chavirer

Transcription :
Il fait nuit. Il y avait des grains (1) avec beaucoup de pluie, donc aucune visibilité. Et en fait, vous ne naviguez (2) qu’à l’écran, un peu comme finalement les pilotes d’avion qui ne… qui ne travaillent qu’au radar. Et j’avais bien vu (3) qu’il y avait deux cargos proches de moi. Je ressors de la cabine après avoir démarré le moteur, je cherche… je cherche le bon régime moteur et au moment où je lève la tête, je vois ce mur noir passer devant moi. Et je le touche à… d’environ 1,5 mètre (4) ou à… peut-être à… ouais, 3 mètres de son arrière. J’étais à deux doigts (5) de chavirer. J’ai eu le bon réflexe de choquer le J3*, c’est-à-dire la voile d’avant pour pas (6) chavirer. Ça a été très, très chaud (7). Et puis après, j’ai hurlé. J’ai hurlé (8). C’est l’instant… le moment où on… où je percute… je crois, le pire moment de ma vie.

Quelques détails :
1. un grain : c’est un phénomène météorologique pendant lequel le vent devient plus fort et change de direction rapidement avec souvent de la pluie.
2. vous ne naviguez : si vous écoutez bien, il prononce bien « ne ». On n’entend pas juste Vous naviguez.
3. J’avais bien vu : quand on ajoute « bien » dans ce genre d’expression au lieu de dire juste J’avais vu, cela renforce le sens. Il veut dire qu’il était tout à fait conscient de la présence de ces cargos, il savait qu’ils étaient dans les parages. Et souvent, on attend ensuite « Mais… ». Par exemple : Je savais bien que ce serait dangereux. Mais je n’avais pas imaginé ça.
4. 1,5 mètre : on dit toujours Un mètre cinquante, pas Un mètre et demi.
5. Être à deux doigts de (quelque chose ou de faire quelque chose) : être très proche de quelque chose. Il a été à deux doigts de mourir, de couler, de chavirer, d’être broyé par ce cargo. On retrouve la même idée quand on dit : Il a frôlé la catastrophe.
6. Choquer : ici, c’est un terme nautique, qui signifie relâcher la voile.
7. Pour pas… : il manque la négation « ne » (oral) : Pour ne pas chavirer.
8. Ça a été chaud : cette expression familière signifie que la situation a été très difficile, on l’emploie quand il y a eu du danger ou des complications sérieuses. On peut l’employer aussi au présent si on est plongé dans l’action: C’est chaud !
9. Hurler : ce verbe est bien plus fort que crier.

* Je ne sais pas comment s’écrit le nom de la voile dont il parle ! Est-ce une référence interne au fabricant ? J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’un mot (jitrois ?) comme un autre. Mais impossible de trouver dans les listes qui énumèrent les noms des voiles: gennaker, spi, foc, etc… Bref, terme trop technique !

Thomas Coville

Effectivement, lorsqu’on voit le trimaran après l’accident, avec l’avant de son flotteur tribord et un morceau de sa coque arrachés par le cargo, on se dit que ce navigateur l’a échappé belle, qu’il s’en est fallu de peu, qu’il s’en est fallu d’un cheveu. L’histoire aurait pu se terminer beaucoup plus mal.