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Les mots et les paysages

J’ai lu récemment Nos Vies, de Marie-Hélène Lafon, parce que je l’avais écoutée à la radio et avais trouvé, juste après, son dernier livre exposé sur une table à la bibliothèque. Et j’ai plongé dans ses mots, ses sensations, sa façon si singulière d’écrire. Ce faisant, je n’ai pas commencé à découvrir cette écrivaine par ses livres les plus typiques, ceux où la nature, la campagne où elle a grandi sont le décor de ses histoires. J’ai beaucoup aimé ce livre et vais lire les autres, pour y retrouver ce qu’elle évoquait dans cette interview, écoutée par hasard, encore une fois. Il y était question de son enfance, de lecture, d’écriture, dans une langue où chaque mot est choisi. Je partage avec vous aujourd’hui la beauté de ses évocations, dans cette diction qui lui est si personnelle.

La lecture Les paysages – MH Lafon

Transcription
Comment les mots se sont-ils inscrits dans votre cœur et dans votre corps ? Et à partir de quand, Marie-Hélène Lafon ?
– Avec l’école. Avec l’entrée au CP (1). L’avènement (2) des mots, c’est l’apprentissage d’abord de la lecture. C’est d’abord la syllabe : c’est BA, BE, BI, BO, BU (3). Rémi et Colette (4), le livre de lecture. Donc la syllabe, le mot, la phrase, la passion immédiatement contractée (5) de la grammaire, de la composition de la phrase, de son agencement, de sa mécanique, de son lego. Et l’étape suivante, ce sont les histoires, que la maîtresse nous lisait à l’école l’après-midi. Donc tout ça, c’est le CP. Une sorte d’éblouissement, le CP. Et le sentiment d’être à ma place, à cet endroit-là. A ma place à l’école aussi d’ailleurs, et je n’en suis jamais sortie, puisque, vous l’avez dit tout à l’heure (6), je suis professeur. Et d’avoir accès à un chatoiement (7) du monde dont je n’avais probablement pas conscience, en tout cas pas de cette manière-là jusqu’à présent. Je ne suis pas allée à l’école maternelle (8), il n’y en avait pas. Donc comme le CP, on a six ou sept ans, voilà, donc ça commence comme ça. Et ça n’a pas cessé depuis, cet émerveillement du verbe. Et j’ai beaucoup de chance, parce que la grâce du verbe (9) m’est tombée dessus au CP, et auparavant, la grâce du paysage m’était tombée dessus et m’avait emportée. C’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour vivre.
Encore faut-il (10) savoir le regarder, le paysage !
– Je… Je… Pardonnez-moi de le dire parce que ça va paraître un peu outrecuidant (11) mais je crois que j’ai toujours déjà su, ça aussi. Vous voyez, j’ai des souvenirs extrêmement anciens de… d’une joie intense à voir autour de moi la rivière, la ligne de l’horizon, l’érable (12) de la cour, et la balançoire, voilà, la balançoire sous l’érable. Le vert, le bleu. Voilà. Ce sont des sensations très anciennes et profondément jubilatoires (13), qui m’ont été données très tôt et qui me restent, enfin qui me portent et me nourrissent encore aujourd’hui.
La géographie est une écriture de la terre, écrivez-vous. (14)
– C’est de l’étymologie. C’est tellement, dans mon cas, tellement vrai, tellement constant, puisque, écrivant, pendant des années et des années, j’ai d’abord… Je me suis enfoncée justement dans cette terre première, dans ce pays premier, qui en ce qui me concerne est cet infime (15) territoire du nord-Cantal, mais chacun porte en soi le sien. Il se trouve que, voilà, pour moi, j’ai commencé d’être à cet endroit-là et je me suis enfoncée dans cette… dans ces lieux, dans cette géographie infime. La rivière, à laquelle vous faisiez allusion tout à l’heure, elle doit… Elle fait 35 kilomètres. C’est rien et en même temps, pour moi, le monde a commencé là.

Des explications
1. le CP : c’est le cours préparatoire, la première classe de l’école primaire, où on apprend à lire. Les Français utilisent maintenant tout le temps l’abréviation plutôt que l’expression complète.
2. L’avènement : l’arrivée, la venue. Ce terme est employé par exemple à propos des rois : l’avènement du roi, ou d’un régime politique : l’avènement de la république. Ici, cela donne un caractère solennel à ce qu’elle dit des mots, du langage.
3. BA, BE, BI, BO, BU : c’est ce qu’on appelle la méthode syllabique d’apprentissage de la lecture, dans laquelle on associe une consonne avec une voyelle : B+A = BA, T+A = TA, BE+E = BE, T+E = TE, etc., puis on combine tous ces sons pour déchiffrer les mots.
4. Rémi et Colette : c’était le nom du livre dans lequel beaucoup de petits Français ont appris à lire.
5. contractée : prise, attrapée. Par exemple : On contracte une maladie.
6. Tout à l’heure : ici, cette expression renvoie à un moment du passé tout proche. Mais dans d’autres contextes, elle peut concerner un moment dans le futur proche.
7. Le chatoiement : c’est le fait de chatoyer, c’est-à-dire de renvoyer de beaux reflets. Ce terme est littéraire et exprime l’idée de la variété magnifique du monde.
8. L’école maternelle : on dit aussi la maternelle, c’est-à-dire l’école où vont les enfants français à partir de 3 ans, qui n’est pas obligatoire, mais où presque tous les petits Français vont.
9. Le verbe : ici, ce mot est employé dans son sens de langage.
10. Encore faut-il… : c’est comme dire : Oui, mais il est nécessaire que… Cette expression est d’un style soutenu et elle est suivie de l’infinitif comme ici ou du subjonctif. Par exemple : Je veux bien l’emmener voir ce film. Encore faut-il qu’il comprenne. /
11. outrecuidant : prétentieux, qui se croit supérieur aux autres. (style littéraire)
12. un érable : c’est un arbre
13. jubilatoire : qui procure beaucoup de joie
14. écrivez-vous : on inverse le sujet et le verbe mais ce n’est pas une question. C’est comme : Vous écrivez que…, mais le fait de le placer à la fin entraîne cette inversion.
15. infime : minuscule, très petit, et donc aussi sans importance

L’émission entière est à écouter ici.

Voici la méthode de lecture dans laquelle j’ai appris à lire !
Ce n’était pas Rémi et Colette. C’était bien plus dépaysant. Livre précieux pour moi. Je vous en reparle un de ces jours.
Cette page illustre bien ce dont parle Marie-Hélène Lafon.

Bon début de semaine à vous !

Le pinson, la pie et la linotte

Dans l’Aveyron, je redécouvre les chants d’oiseaux ! A Marseille, nous avons bien des mésanges, des rouges-gorges, des étourneaux, des tourterelles et de temps en temps, une huppe fasciée (et bien sûr des goélands qui rentrent un peu dans les terres quand il fait trop mauvais temps sur la mer), mais quand même, c’est plus urbanisé, donc plus limité dans la variété des chants qu’on entend dans nos jardins. (Et bientôt, ce sera un tout autre chant, celui des cigales, qui domine alors tout, du matin au soir !)

J’ai donc découvert ici le chant du pinson. Nom connu de tous, car nous avons une jolie expression très courante qui fait référence à ce petit oiseau : on dit de quelqu’un de joyeux qu’il est gai comme un pinson.

Mais je ne savais pas qui il était, ni comment il chantait. J’ai enregistré un oiseau qu’on entend très souvent ici, sans réussir à le voir dans le feuillage au-dessus de moi. Puis j’ai écouté mon petit enregistrement pour voir ce que ça donnait. Et là, surprise, il est venu voleter autour de moi, de branche en branche, tout près, attiré par son propre chant ! Et grâce à des enregistrements sur internet, j’ai pu mettre un nom sur ce petit oiseau dont j’ai appris aussi qu’il est très sociable.

Et puisque ce billet est placé sous le signe de la nature – et du printemps – voici deux autres expressions très courantes qui font référence à des oiseaux aussi !
– On dit d’une personne très bavarde qu’elle est bavarde comme une pie, qu’elle jacasse comme une pie.

Avoir une tête de linotte ou être une tête de linotte signifie qu’on oublie très souvent ce qu’on a à faire, qu’on est tête en l’air !
Quelle tête de linotte !
Tu es une vraie tête de linotte !

Bonne journée, réveillés par le chant des oiseaux peut-être !

Les parents poules

Les mamans ont tendance à être des mères poules et à couver leurs enfants, comme la poule couve ses oeufs et s’occupe ensuite de ses poussins. (On utilise d’ailleurs ce terme affectueux pour s’adresser à ses enfants : Mon poussin, mon petit poussin)
Et aujourd’hui, les pères ne sont pas en reste et jouent un grand rôle dans l’éducation de leurs enfants, en refusant d’être seulement la traditionnelle figure de l’autorité. D’où ce terme assez amusant de papa poule !

Donc être des parents poules n’est pas surprenant à notre époque. Normalement, ce terme est plutôt sympathique. Mais le risque, c’est bien sûr d’étouffer ses enfants, qui ne peuvent pas s’envoler du nid. Difficile alors pour eux de voler de leurs propres ailes. Dans ce cas, on utilise de plus en plus un terme venu de l’anglais, et moins poétique : les parents hélicoptères, qui tournoient sans cesse au-dessus de leurs enfants pour veiller à ce qu’il ne leur arrive rien, qui surveillent toutes leurs activités en permanence. Cela engendre forcément des tensions dans les familles, notamment entre les parents et les ados !

Voici un tout petit tableau brossé par une journaliste et mère de famille, plutôt rassurant en définitive !
Ce billet m’a été inspiré par mon fils aîné, bientôt 30 ans, qui nous a dit l’autre jour, que nous avions été des parents « cools »! Ce n’est pas toujours l’impression que j’avais eue ! 🙂

Parents parfaits

Transcription
Moi, j’ai travaillé avec les adolescents, avec Phosphore (1) avant, et je me souviens d’un dossier mais (2) qui m’a énormément déculpabilisée en tant que parent, on avait fait un dossier qui était « Rester… »… « Comment rester zen en famille », avec des ados, donc 15-18 ans, pas mal en… pour certains, en mode (3) crise d’ado pour certains et des parents. Et je suis ressortie médusée (4) de ce dossier (5), parce que d’un côté, j’avais des parents, mais (6) certains en larmes au téléphone, déprimés, mais disant : « Mais qu’est-ce que j’ai raté (7)? Il me parle plus (8), il est dans sa chambre, tout ce que je dis, il lève les yeux au ciel (9), il y a rien qui a de l’importance. Qu’est-ce que j’ai loupé (10) ? On n’arrive plus à communiquer. » Et de l’autre côté, j’avais les enfants, hein, des mêmes familles, des ados qui me disaient : « Ouais, moi, mes parents, ils sont chouettes (11), ils sont sympas. » Quand… A la question « Ce serait quoi, un parent idéal ? », tous, y compris un ado, je me souviens, qui était en assez grande tension avec sa mère, c’était compliqué, tous, y compris lui, me dit (12) en gros (13), à un détail près (14), c’était leurs parents ! Donc ça, moi j’avais trouvé extraordinaire, ce dossier, pour ça, de se dire que même quand, en tant que parents, on a l’impression d’avoir loupé quelque chose, d’être un peu à côté de la plaque (15), en fait, ils nous aiment comme étant leurs parents et avec nos gueulantes (16) et nos… et nos coups de colère et nos pétages de plombs (17) des fois !

Quelques explications :
1. Phosphore : c’est le titre d’un magazine pour les grands ados, avec des BD, des reportages, des jeux et des dossiers, des enquêtes sur des thèmes particuliers chaque mois
2. mais qui m’a déculpabilisée : ici, mais n’a pas son sens habituel de contraste, d’opposition. C’est un emploi uniquement oral, qui sert à renforcer ce qu’on dit juste après, à le mettre en valeur. C’est en quelque sorte un synonyme de vraiment, totalement, etc. Ici, elle explique qu’elle s’est sentie totalement déculpabilisée.
3. En mode : expression orale à la mode, qui indique qu’on a adopté une attitude particulière. Ici, ces jeunes ont l’attitude typique des ados en crise d’adolescence, qui ne s’entendent pas avec leurs parents et s’opposent à eux sans cesse.
4. médusé : vraiment très étonné. (Ce terme est très fort.)
5. je suis ressortie de ce dossier : c’est-à-dire quand elle a eu terminé tout son travail d’enquête et de rédaction de ce dossier.
6. Mais certains en larmes : c’est le même emploi de mais que précédemment, pour insister sur le fait que certains parents étaient tellement catastrophés qu’ils en pleuraient.
7. Rater quelque chose : échouer à faire quelque chose.
Mais qu’est-ce que j’ai raté ? = Où est-ce que j’ai commis des erreurs ? / Qu’est-ce que je n’ai pas su faire ?
8. Il me parle plus = Il ne me parle plus. (style oral, avec omission de ne)
9. lever les yeux aux ciel : cela signifie bien regarder vers le ciel, mais pas pour regarder. Cela sert à exprimer l’agacement, à montrer son irritation sans passer par les mots. C’est du langage non-verbal très clair et très impoli évidemment !
10. Louper : rater, manquer. (style familier). Apparemment, ce verbe est en train de devenir neutre et non plus familier car beaucoup de gens l’emploient de façon interchangeable avec rater ou manquer, qui eux ne sont pas familiers.
11. Chouette : bien, sympa, etc. (plutôt familier) On n’entendait plus tellement ce mot et il est en train de revenir à la mode, j’ai l’impression.
12. me dit... : normalement, le sujet de ce verbe est « Tous », donc il faudrait accorder au pluriel : Tous me disent… Mais comme le sujet et le verbe sont loin l’un de l’autre et qu’elle a évoqué entretemps un ado particulier, elle accorde au singulier en pensant juste à lui. Elle a perdu son sujet en route, ce qui est fréquent à l’oral et n’est pas gênant pour la compréhension.
13. En gros : sans entrer dans les détails, dans les nuances.
14. À un détail près : il y a juste un détail qui ne correspond pas, qui ne va pas. Par exemple : Il a trouvé toutes les bonnes réponses, à un détail près. Donc c’est quasiment parfait ! / Tu as pensé à tout, à un détail près !
15. Être à côté de la plaque : ne rien comprendre et donc ne pas faire les choses correctement. (argot)
16. une gueulante : ce nom vient du verbe gueuler, qui signifie crier, se fâcher contre quelqu’un. Donc c’est lorsqu’on exprime sa colère en criant. (très familier)
17. un pétage de plombs : cela vient de l’expression : péter un plomb / péter les plombs, qui signifie qu’on perd totalement son calme parce qu’on est très en colère. (argot) On utilise aussi l’expression synonyme : Péter un câble. (Toujours au singulier.) Mais bizarrement, on n’emploie pas l’expression un pétage de câble.

L’émission entière est ici.

Bon weekend à vous !

Des pas ou des mails ?

Il fut un temps où nous n’avions pas d’ordinateurs, ni de smartphones évidemment ! Mais je n’arrive pas à me souvenir comment nous communiquions au travail et à propos du travail, tellement les choses ont changé et en si peu de temps. La seule chose que je me dis, c’est que nous devions être très tranquilles, que les choses devaient prendre plus de temps et que la frontière entre temps de travail et temps personnel devait être plus tranchée, sans que cela gêne personne puisqu’on ne pouvait pas faire autrement.

La plupart de mes collègues – de tous âges – ont fini, il y a deux ou trois ans, par décider de ne plus répondre aux mails professionnels ou d’étudiants pendant le weekend ni après une certaine heure le soir en semaine : « on verra ça demain matin », « on verra ça lundi », ou même parfois, « on verra ça après les vacances ».

Nous avions déjà l’habitude de ne pas séparer de façon nette vie personnelle et vie professionnelle car en tant qu’enseignants, oui, nous avons un temps relativement court de présence devant les étudiants mais avec un temps de préparation, de recherche, de corrections de copies, de réunions qui n’est pas défini et est pris aussi sur les weekends, les soirées, les vacances. Alors répondre aux mails n’importe quand paraissait normal et nécessaire. Mais à un moment donné, certains ont dit trop, c’est trop !

Si je parle de ça aujourd’hui, c’est parce que je suis en vacances. Et que cela me fait beaucoup de bien de ne pas être en contact avec le travail pendant quelques jours – mais j’ai des copies à corriger ! Cela m’a remis en mémoire une émission entendue il y a deux ans, sur ces entreprises qui instituent des demi-journées ou même parfois des journées sans mails pour leurs salariés. C’est ce dont parlait cette jeune femme proche de la trentaine dont j’avais gardé le témoignage sympathique. Toujours d’actualité, d’autant plus à propos de ce qu’elle dit de ses rapports avec son téléphone. Comment ne pas s’y reconnaître ?

Des pas ou des mails

Transcription:
– C’est une hygiène de vie (1). Ça habitue aussi les gens à se dire : Bon bah, il faut peut-être prendre un peu de recul (2) vis-à-vis de tout ça et pour chaque action, il y a pas toujours un email. Un coup de téléphone, ça peut être important et tout simplement, aller voir la personne. Personnellement, j’ai un podomètre qui fait que le vendredi matin sans emails, c’est le moment où je fais le plus de pas !
– Vous avez vraiment un podomètre qui mesure…
– Oui, regardez ! Je vous le montre : par exemple, je suis à 4000 pas et je sais que quand je suis à la journée… la demi-journée sans emails, je suis à au moins, pour la matinée, à 7000 pas. C’est long, hein, Price Minister ! Il faut les traverser, les bureaux ! Moi je travaille à la communication, donc c’est un des services quand même les plus transversaux (3) et donc je vais… je vais encore plus loin ! Je vais voir le SAV (4), je vais voir les commerciaux, en bas, les techniques, enfin vous verrez, c’est… c’est très sportif (5), c’est très sympa.
– Et c’est surtout les gens à qui vous enverriez des mails si vous n’aviez pas cette journée sans emails ?
– C’est plus rapide en fait, pour être tout à fait honnête, c’est plus rapide d’envoyer des emails. Mais c’est dommage (6). Et parfois, en fait, bah on reçoit tellement d’emails, quand vous arrivez le matin, c’est le premier réflexe, je pense, c’est de consulter ses emails. Et ça peut être très stressant. Et en fait, on se dit : Oh là là, mon dieu ! En fait, on voit tout ce qu’on n’a pas fait pendant la soirée, parce que il y a quand même des emails qui sont envoyés pendant la soirée, donc ça peut être assez anxiogène (7) pour certains. C’est important de le dire, c’est en externe (8), on peut pas envoyer d’emails, certains ont même un message d’absence pour dire : « Voilà, bonjour, c’est le vendredi matin sans emails chez Priceminister. Je répondrai à votre email dans l’après-midi. »
– Et est-ce que vous êtes du genre (9), comme beaucoup de personnes, à regarder vos mails le weekend, à ne pas complètement déconnecter ?
– J’avoue que je suis assez aliénée (10) sur ce sujet. En fait, je vais consulter rapidement mes emails tous les soirs et le matin en me réveillant, c’est une habitude, parce que je n’ai pas envie justement d’arriver au bureau et de voir 150 emails de retard. C’est insupportable !
– Donc vous préférez finalement prendre un peu d’avance et déjà les regarder au saut du lit.(11)
– Exactement. Je ne veux pas y répondre parce que je veux quand même faire comprendre aux gens que bah on on a tous une vie, hein, qu’on ait une vie de famille ou une vie sociale un peu développée, on a tous une vie après le travail. Mais c’est vrai que même pendant mes vacances, l’idée de me retrouver avec 700, 800 emails de retard, c’est insupportable. Et en plus de ça, je suis ultra-connectée. Je regarde aussi les tweets et tout ce qui se passe sur Facebook, j’avoue !
– Est-ce que parfois, c’est pfff (12)… ça vous submerge, d’être aussi connectée ?
– Oui. Ça peut vraiment être étouffant, pour être tout à fait honnête. Après, c’est à moi aussi de me l’imposer. Je me force, plutôt que de répondre à un email, d’aller voir la personne, même si c’est hors journée sans emails. J’essaie de faire en sorte que « Ok, viens, on discute, on va essayer de trouver une solution. » Et ça… je pense… ça calme tout le monde, en fait, parce que vous allez voir la personne, en cinq secondes, vous avez réglé le problème. Il faut qu’on continue, il faut que ça se développe et il faut vraiment que ça devienne – je persiste avec ce mot – une hygiène de vie en fait.
– Ça vous est déjà arrivé par exemple de pas avoir (13) de téléphone pendant quelques jours ?
– Vous êtes pas malade ? (14) C’est pas possible !
– Est-ce que ce serait un drame (15) de plus avoir son téléphone un jour, deux jours, trois jours ?
– Je sais que si j’oublie mon téléphone chez une amie, ça peut m’arriver, je suis capable de faire demi-tour (16), vraiment ! C’est mon couteau suisse (17) à moi, j’ai ma vie personnelle, ma vie professionnelle dessus, c’est vrai que si on me le vole… hum…. je vais peut-être pas être de très bonne humeur après, hein ! Mais… Mais oui, on se disait donc ça avec nos amis que ce serait vraiment pas mal (18), pendant quelques jours, on laisse le téléphone. Même en salle de réunion, moi, c’est un conseil que je donnerais, c’est… Bon, il faut avoir confiance, après, vous mettez un panier à l’entrée de la salle de réunion, tout le monde met son téléphone. Je vous assure… Moi, je suis persuadée de ça, en fait, c’est vraiment… On l’a en permanence et donc malgré tout, on porte nos problèmes avec nous.

Quelques explications :
1. une hygiène de vie : avoir une bonne hygiène de vie, c’est-à-dire avoir une vie saine (avec une bonne alimentation et une activité physique entre autres) ou une mauvaise hygiène de vie en fait. Ici, elle veut donc parler d’une vie équilibrée, avec de bonnes habitudes.
2. Prendre du recul : réfléchir avant de faire quelque chose et se détacher de ce qu’on fait de façon automatique.
3. Un service transversal : c’est un département dans une entreprise qui interagit beaucoup avec les autres.
4. Le SAV : le Service après-vente
5. c’est sportif : cela fait faire du sport, puisqu’il faut marcher, monter et descendre des escaliers.
6. C’est dommage : c’est regrettable
7. anxiogène : quelque chose qui crée de l’anxiété
8. c’est en externe : elle veut dire que la cette demi-journée sans emails concerne aussi les relations avec l’extérieur, l’interdiction n’est pas seulement en interne, entre collègues.
9. Être du genre à faire quelque chose : avoir l’habitude de faire quelque chose, avoir tendance à le faire très souvent. (plutôt familier). On dit par exemple : Elle n’est pas du genre à oublier les anniversaires. / Il est du genre à se stresser pour tout.
10. Être aliéné : normalement, c’est être fou. Donc ici, cela signifie qu’elle n’a pas une attitude équilibrée par rapport au téléphone, qu’elle est plutôt dominée par lui que l’inverse, qu’elle n’a plus son libre-arbitre.
11. Au saut du lit : dès qu’on se lève le matin.
12. Pfff : cette onomatopée exprime le découragement face à quelque chose qui paraît insurmontable.
13. De pas avoir : il manque « ne » comme souvent à l’oral = de ne pas avoir…
14. Vous êtes malade ! / Tu es malade ! = vous êtes fou / Tu es fou !
15. Ce serait un drame : ce serait très grave, très embêtant.
16. Faire demi-tour : ici, elle veut dire qu’elle retourne chez la personne chez qui elle a laissé son téléphone.
17. Un couteau suisse : ce couteau a plusieurs lames et d’autres accessoires qui le rendent utile dans de nombreuses situations. Donc on emploie souvent cette image pour décrire quelque chose qui a de multiples fonctions et est très pratique.
18. Ce serait pas mal = ce serait bien (familier)

L’émission entière est ici.
(Ce petit reportage commence vers 9’50)

Une vie raisonnable avec ses vaches

Ce matin à la radio, pendant quelques minutes, on était dans le département des Hautes-Alpes, auprès d’un agriculteur qui parlait de fraises et de tomates, de ses vaches, de son travail et de ses idées sur son métier. Accent du sud-est, pour dire en filigrane les difficultés de ceux qui ne sont pas dans l’agriculture intensive et qui pourtant nous nourrissent et ne veulent plus massacrer le milieu dans lequel nous vivons.

Eleveur dans les Hautes-Alpes

Transcription:
– Votre micro baladeur (1), Hervé Pauchon, eh bien, il s’est posé dans une laiterie.
– Ah, vous entendez les trayeuses (2) ! Eh bah il s’appelle Bruno, il a cinquante et un ans, il est agriculteur dans les Hautes-Alpes et il a trente vaches à lait. On l’écoute !
– Si j’étais, eh beh, invité sur France Inter, ce que j’aimerais dire, c’est qu’en tant qu’agriculteur, aujourd’hui, beaucoup de… La fraise, la tomate, elles ne poussent plus dans la terre ! Alors ils nous font voir des serres où soi-disant (3), il y a pas de pesticides ni rien, mais la plante, elle ne pousse plus avec les oligoéléments du sol ! Souvent, elles prennent les racines dans un tuyau où il va circuler des… je sais pas moi, je pense que c’est plus ou moins des… que des engrais !
– Vous, vous êtes pas du genre à (4) manger des tomates pendant l’hiver, alors ?
– Ah non, pas du tout. Je suis (5) les saisons. Mais l’agriculture, je pense qu’on en a besoin pour entretenir le territoire. Parce que il faut savoir qu’en gros (6), pour produire un litre de lait, il y a… Les vaches vont, en liquide ou en solide, vont faire trois litres d’effluents.
– Pour un litre de lait, c’est trois litres de bouse et de pisse !
– Voilà.
– Il y a quelque temps, on a beaucoup parlé des problèmes de… des producteurs de lait justement comme vous. C’est réglé aujourd’hui ?
– Eh bien pas vraiment. Parce que le lait, à l’automne, il a ré-augmenté, soi-disant on manquait de beurre et tout, le prix du lait a remonté quatre, cinq mois et aujourd’hui, on nous dit qu’on a trop de lait et le prix du lait a rebaissé.
– Alors, il faut savoir qu’aujourd’hui, on lui achète son litre de lait, à Bruno, entre 35 et 38 centimes. Vous avez noté combien de litres de lait pour trois litres de pisse et de bouse, hein ?
– J’ai compris, ouais.
– Un litre de lait. La suite !
– Si j’étais sur France Inter, je suis agriculteur en montagne. Nous avons des contraintes mais on a encore la chance de manger, puis d’avoir un espace de vie.
– C’est quand la dernière fois que vous êtes parti en vacances ?
– Eh beh, j’ai pris trois jours malheureusement en 2014. Et après, depuis, je n’ai plus pris de vacances. Mais après, ce que je veux quand même dire, que je ne découragerai pas un jeune agriculteur de s’installer dans le métier, parce que les gens, il faudra toujours qu’ils mangent. Mais j’ai un conseil à leur donner, c’est de pas investir outre-mesure (7), de faire à son échelle (8), le matériel (9), tout ça, rester raisonnable et pas de se mettre la corde au cou (10) avec le banquier, parce que les banquiers, je dis pas que c’est des voleurs mais après, quand on n’arrive plus à rembourser ce qu’on doit, c’est la fuite en avant (11), l’agrandissement, et on… là, c’est le… le bout. Et il vaut mieux garder une maîtrise.

Des explications :
1. baladeur : qui se balade, qui se promène. (Ce journaliste va à la rencontre des gens sur le terrain.)
2. une trayeuse : un appareil qui permet de traire les vaches.
3. Soi-disant : à ce qu’on prétend. (On trouve souvent la faute d’orthographe : soit-disant)
4. ne pas être du genre à faire quelque chose : ne pas faire quelque chose habituellement. Par exemple : Je ne sais pas pourquoi il n’est pas là ! Il n’est pas du genre à oublier ses rendez-vous pourtant. C’est bizarre.
On peut l’employer à la forme affirmative : Ce que tu me racontes ne m’étonne pas. Il est bien du genre à se montrer grossier !
5. Je suis : du verbe suivre. Ce n’est pas le verbe être ici.
6. En gros : en simplifiant, en généralisant. On n’entre pas dans les détails.
7. Outre mesure : excessivement, trop.
8. Faire à son échelle : faire les choses sans se laisser dépasser, selon ses moyens. Ne pas vouloir grandir à tout prix.
9. Le matériel : c’est le matériel agricole : tracteurs, moissonneuses, etc.
10. se mettre la corde au cou : ne plus être libre. Ici, cela signifie se mettre dans une situation où on est obligé de travailler sans cesse pour rembourser ses emprunts, et donc se mettre dans une situation dangereuse.
11. La fuite en avant : pour sortir des problèmes, on continue dans la même direction, de la même manière, ce qui aggrave les problèmes déjà existants. On est coincé, prisonnier. Il veut dire que pour rembourser leurs dettes, les agriculteurs doivent travailler de plus en plus, grandir et donc emprunter encore pour acheter le matériel nécessaire à une exploitation plus grande. Mais cela ne résout pas les problèmes.

L’émission est ici.


Nos voisines les vaches (dans l’Aveyron ):
Elles font tous les jours le trajet sur la toute petite route entre leur pré et la ferme. On les croise le matin vers 9 heures quand elles partent se mettre au vert pour la journée. Et en fin de journée, elles rentrent à l’étable pour la traite et pour la nuit. J’aime bien savoir qu’elles mangent de la vraie herbe, au calme, entre copines !

La mort dans l’âme

Partout en France, on trouve des maisons de la presse, qui vendent donc des journaux et des magazines. Très souvent, elles ont aussi un rayon papeterie, avec cahiers, stylos, cartes, ainsi qu’un rayon livres, plus ou moins fourni.

Tenir une librairie peut être difficile, à cause de la concurrence des libraires sur internet notamment – vous voyez qui je veux dire ! Alors, pour de plus petites boutiques en ville, vendre aussi des journaux assure théoriquement un revenu régulier. Sauf que parfois, ça ne marche plus aussi bien que ça.

C’était le sujet de ce court reportage à la radio l’autre jour, qui racontait comment Dorine avait décidé de mettre la clé sous la porte après 25 ans, la mort dans l’âme. Je partage avec vous car tout ce qui touche aux livres me touche ! Et parce que je regarde toujours les livres chez un marchand de journaux, même si bien sûr le choix est souvent très maigre, comparé à une librairie. Habitude d’enfance où aller faire un tour à la Maison de la Presse signifiait toujours revenir avec une BD ou un roman jeunesse – merci à mes parents lecteurs, pour qui un livre ne se refusait jamais !

Librairie papeterie presse

Transcription

– Je peux vous suivre ?
– Oui, bien sûr, venez.
– Ce soir, vous faites la fête.
– C’est pas vraiment la fête. Mais on se dit au revoir. On va se réjouir quand même de passer un moment ensemble.
– Vous avez l’air émue.
– Bah oui, c’est un moment… Surtout une librairie, c’est vraiment dur, de se dire qu’elle sera remplacée par un commerce lambda (1).
– Judith, vous êtes venue souvent ici ?
– Oui, je viens régulièrement, parce que j’habite pas loin et je passe quasiment tous les jours devant. Je pense qu’elle a eu des dernières années très difficiles, peu de ventes parce que… une activité qui est un peu en déclin.
– Moi, je peux pas vous expliquer ce qu’elle est pour nous ! Ça fait quarante ans que j’habite là. Tiens, ma chérie, viens. Alors, ça, c’est ton livre d’or (2). Tu le laisses ouvert, jusqu’à la fin.
– Jusqu’à la fermeture.
– Voilà.
– OK.
– Dorine, qu’est-ce que vous ressentez ?
– C’est super difficile de dire combien je suis touchée. Je m’attendais absolument pas à ces réactions. Ce qui me touche le plus, c’est les jeunes.
– Je suis venue pour vous dire au revoir. J’étais obligée, quand mon père m’a appris la nouvelle.
– Tu nous dis ton âge ?
– Vingt-neuf ans.
– Elle avait quatre ans quand je suis arrivée.
– Qu’est-ce que ça représente, la fermeture de cette librairie ?
– Tout le monde achète ses livres à la Fnac ou sur Amazon. Même moi, j’avoue (3), c’est horrible. Mais c’est vrai que… C’est avec l’évolution de notre société, tout avoir tout de suite, voilà.
– Vous avez l’air de faire la queue, sauf que il y a personne à la caisse.
– C’est pas grave, j’attends, il y a pas de problème. J’ai pris Alice au pays des merveilles. J’ai pris aussi des contes et récits tirés de l’Iliade et l’Odyssée, pour me rappeler de (4) l’enfance que j’ai passée ici, que ce soit pour venir acheter des cartes pokemon, Yu-Gi-Oh, en troisième lorsque j’ai fait mon stage (5), ou juste pour faire des simples photocopies. Voilà. En mémoire.
– Lui, il était génial ! (6)
– En même temps, vous avez pas réussi à le convaincre de devenir libraire !
– Mais je crois que j’ai dit à tous mes stagiaires : Jamais de la vie (7) vous faites libraire. Jamais !
– Dorine, on attend ton discours !
– Et pourquoi cette librairie-papeterie ferme-t-elle ?
– Il y a moins de clients : mille par jour il y a vingt-cinq ans et désormais (8), cent cinquante en moyenne.

Dorine dénonce aussi Presstalis, le groupe chargé de la distribution des journaux, un système en crise, rigide et en quasi monopole.
– Là, on est dans l’arrière-boutique de la librairie, où normalement, il y a un stock de papeterie énorme. Mais là, comme on est en train de vider, il y a plus rien. On essaye de faire un peu de rangement dans la comptabilité.
– A partir de quand vous avez pris la décision de vendre ?
– Il y a eu une idée qui m’a traversé l’esprit, c’était de vendre mon appartement et de mettre l’argent dans la librairie. Et là, je me suis dit : Tsitt, tsitt ! (9) C’était vraiment mon appartement, qui fait 40 m2, enfin c’est tout ce que j’ai, quoi. Et j’ai dit : Non, c’est… c’est plus possible ! Il faut arrêter, il faut du coup vendre la librairie. Je ne dégageais rien (10) ! J’avais un salarié qui était payé au SMIC (11), je payais les charges sociales (11), je me payais 890 euros. Depuis toujours, j’ai eu ce salaire-là.
– Vous avez quel âge ?
– Cinquante-huit.
– Qu’est-ce qui vous a perdue ?
– Mais c’est la presse ! La librairie, le chiffre est en train d’augmenter. Moi, je vends des guides, je vends des cartes. Je vous jure que le papier n’est pas mort. C’est le système Presstalis qui est en train de tuer la presse en France. Il faut savoir que j’avais presque
4 000 titres dans mon magasin. Aucun des titres n’était choisi par moi, aucune des quantités n’était choisie par moi. Je subissais du début à la fin. Santé Magazine, j’ai une vente de sept exemplaires par mois. J’en reçois quatre. Impossible d’en avoir trois de plus ! C’est-à-dire que je rate des ventes. En revanche, j’avais 400 titres différents de mots croisés, de mots mêlés ! C’est pas possible ! Je suis à Boulogne-Billancourt, je reçois quatre titres différents sur la pêche à la carpe ! Je ne peux rien dire. Je n’ai pas la main sur ça (13). Dans l’informatique, il y a des revues qui coûtent 12€90, 19€90. Ces revues-là se vendent. La presse écrite n’est pas morte, la presse spécialisée n’est pas morte. Et c’est pour ça que, mais vraiment quand je dis la mort dans l’âme, je vends la mort dans l’âme (14) !

Les locaux (15) vont devenir des bureaux. Dorine, elle, espère rouvrir une librairie. Mais elle ne vendra plus jamais les journaux.

Quelques explications :
1. lambda : quelconque, ordinaire, qui n’a rien de spécial et représente en quelque sort tous les autres. On dit souvent : un citoyen lambda / un étudiant lambda
2. un livre d’or : un cahier dans lequel les gens laissent des commentaires pour remercier quelqu’un ou pour exprimer leur admiration pour un lieu, pour des gens.
3. J’avoue: je dois reconnaître que… / J’admets que…
4. se rappeler : normalement, il n’y a pas de préposition après ce verbe : on se rappelle quelque chose ou quelqu’un. Mais le verbe se souvenir est suivi de la préposition de, ce qui entraîne souvent une confusion : beaucoup de Français disent donc se rappeler de.
5. Faire un stage : à la fin du collège, en troisième, les élèves doivent faire un tout petit stage pour découvrir le monde des entreprises, le monde du travail. C’est essentiellement un stage d’observation car ils sont encore très jeunes (14 ou 15 ans).
6. génial : vraiment très bien, super. (familier)
7. jamais de la vie : cette expression familière est encore plus forte que le simple adverbe jamais. On l’emploie à l’oral uniquement. : Jamais de la vie je n’ai dit ça. / Tu veux venir avec moi ? Jamais de la vie !
8. Désormais : à présent
9. tsitt, tsitt : cette onomatopée signifie : Stop ! Ça suffit.
10. Je ne dégageais rien : elle veut dire qu’elle ne dégageait aucun bénéfice.
11. Payer quelqu’un au smic : lui verser le salaire minimum, pas plus.
12. les charges sociales: ce sont les cotisations qu’un employeur verse pour la sécurité sociale, le chômage, etc. pour ses employés.
13. Avoir la main sur quelque chose : avoir le contrôle, être la personne qui peut prendre les décisions. (c’est une image qui vient des jeux de cartes)
14. faire quelque chose la mort dans l’âme : faire quelque chose avec énormément de regrets, à contrecoeur, en étant malheureux d’avoir à le faire. Par exemple : Il a dû vendre sa maison parce qu’il était trop isolé. Il l’a fait la mort dans l’âme. Cette maison, c’était toute sa vie. / Ils ont décidé la mort dans l’âme de ne plus voir leurs anciens amis devenus très distants.
15. Les locaux : un bâtiment qui sert à l’activité d’une entreprise, d’un commerce.

Bon début de semaine à vous !

Les voyages en train

Vous le savez peut-être, ou vous l’avez expérimenté personnellement en début de semaine, les voyages ou les déplacements en train se compliquent en France depuis quelques jours : il y a des grèves dans les trains et les gares, à cause des projets du gouvernement pour réformer la SNCF, sans réelle concertation et dans un sens qui ne satisfait pas une majorité d’employés de la SNCF.

Côté usagers ou voyageurs, les réactions vont du soutien à la condamnation, en fonction des idées politiques de chacun, des clichés que certains ont dans la tête sur les cheminots (qu’ils considèrent comme des « privilégiés »), de leur position sur le service public, du fait qu’ils travaillent dans le public ou le privé. Et aussi pour certains, en fonction du dérangement que la grève leur occasionne, puisque par définition, quand les gens cessent de travailler et de remplir leur mission, cela entraîne des complications !

Voici donc quelques témoignages de gens qui prennent d’habitude le train, pour aller travailler, ainsi que celui du gérant d’un magasin à la gare Saint Charles à Marseille. C’était aux infos à la radio en début de semaine. Positions variées.
(Mais je suis étonnée de ne pas avoir entendu le classique : On est pris en otage ! Choix des journalistes sans doute.)

Jours de grève- Avril 2018

Transcription

Ça va, hein. Ça pourrait être pire. C’est pour ça qu’on s’y prend tôt (1). Hier, ça a été un peu mieux que ce matin. Je sais pas, les gens sont… se sont peut-être un peu moins arrangés (2) aujourd’hui que hier.

– Bah moi, hier, moi, j’ai pris une chambre sur Paris, voilà, tout simplement, parce que c’était… c’est pas possible autrement.
– Là, c’est le deuxième jour. Ça risque de durer (3) jusqu’en juin. Comment vous le sentez ? (4)
– Bah mal, mal. Ça va être difficile. Je sais pas comment je vais faire pour les autres fois. Je vais, bon… Je vais peut-être prendre des jours de congé, enfin je vais me débrouiller, quoi.

Hier matin, j’ai… j’ai trop galéré. J’ai pas pu. J’ai laissé quatre trains passer hier, tellement c’était rempli*.

J’ai pas du tout envie d’être bousculée. Je veux dire, de toute façon, là, on parle de grève mais c’est sans arrêt (5) qu’il y a des problèmes à la SNCF. C’est tous les jours, en fait. Bah faudrait (6) peut-être qu’ils changent un peu leur système. On est dans le changement, faut (6) que tout le monde change en fait.

– Honnêtement, j’avais des gros doutes et… Mais c’est pas mal d’inquiétudes, il faut s’organiser un petit peu, voilà. Pas trop dormir, dormir moins, se lever plus tôt, partir à jeun (7) et puis voilà. Un peu une contrainte, mais enfin, moins pire que je pensais.
– La grève va durer normalement longtemps, jusqu’au mois de juin.
– Oui, c’est ça.
– Vous vous dites que ça va pas être simple ?
– Ça va pas être simple. On a vécu pire, on a vécu des travaux sur les lignes,on a vécu des grèves inopinées (8) suite à des agressions. On va faire avec (9).
– Vous comprenez, la grève ?
– Bah je pense qu’il y a une part de vérité dans ce qui est dit par rapport au statut des cheminots (10) mais il y a surtout du matériel qui est vieillissant, du matériel qui est mal entretenu, des choses qui sont mal organisées. Alors, je comprends la grève. Après, je la comprends aujourd’hui. Dans trois mois, je sais pas si je continuerai à la comprendre.

On est arrivés vers 6 heures 15 et on devait normalement partir à 6h55, sauf que là, bah le train n’est pas là. On joue aux cartes, ouais, on s’amuse. C’est galère (11), mais bon, on fait avec, hein !

Seul au monde. Catastrophe, hein ! D’habitude, c’est par centaines (12) ! Vous savez, avec les trains qui montent à Paris, les Ouigo (13). Et là, bah il y a personne, hein ! Trafic : nul, clients : nul (14). Voilà !

Des explications :
1. s’y prendre tôt : agir en anticipant, ne pas faire les choses au dernier moment.
2. S’arranger : trouver une solution
3. ça risque de durer : cela va peut-être durer. Il y a des chances que cela dure.
4. Comment vous le sentez ? : c’est une façon familière de demander à quelqu’un ce qui va se passer à son avis.
5. Sans arrêt : en permanence / tout le temps / sans cesse
6. faudrait que… / Faut que : à l’oral, il est très courant de ne pas dire : Il faudrait / Il faut. Ou alors, ce Il est juste prononcé « i ».
7. à jeun : sans avoir mangé. Voici des exemples d’emploi : Il faut être / rester à jeun avant une opération ou avant une prise de sang. (Ce mot a une drôle de prononciation !)
8. des grèves inopinées : des grèves qui n’ont pas été annoncées. Normalement, il faut déposer un préavis de grève, c’est-à-dire annoncer officiellement qu’il y aura grève. Mais il arrive que des conducteurs de bus ou de train par exemple cessent le travail par solidarité avec un de leurs collègues qui a été victime d’une agression et en signe de protestation.
9. Faire avec : cela signifie s’accommoder de quelque chose, se débrouiller face à une situation qui nous est imposée. On dit : Il faut faire avec. / On va faire avec. / On fait avec. (familier)
10. les cheminots : c’est ainsi qu’on appelle ceux qui conduisent les trains ou les entretiennent ainsi que les voies et de façon plus générale, les employés de la SNCF, parce qu’ils travaillent pour les chemins de fer.
11. C’est galère : c’est compliqué, il y a des problèmes pour faire ce qu’on avait à faire. (très familier).
12. C’est par centaines : d’habitude, il voit passer des centaines de voyageurs dans son magasin à la gare.
13. Les Ouigo : ce sont des TGV dans lesquels les places sont moins chères que dans les autres TGV.
14. Trafic nul = il n’y a pas ou presque pas de trains en circulation. La conséquence, c’est qu’il y a très peu de voyageurs, donc peu de clients dans les magasins et cafés dans les gares ou aux abords des gares.

* Un peu de français oral – Comment employer Tellement :
La phrase normale, ce serait : Il y avait tellement de monde que je n’ai pas pu monter dans le train.
A l’oral, on tourne souvent cette phrase dans l’autre sens, ce qui suppose quelques petits déplacements des mots :
Je n’ai pas pu monter, tellement il y avait de monde dans le train.

J’étais tellement en retard que je suis rentrée chez moi.
Je suis rentrée chez moi, tellement j’étais en retard.

Il a eu une attitude tellement incompréhensible que j’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement.
J’ai renoncé à chercher une explication rationnelle à son comportement, tellement il a eu une attitude incompréhensible.

La gare est tellement vide qu’on n’a pas l’impression d’être un jour de semaine !
On n’a pas l’impression d’être un jour de semaine, tellement la gare est vide!

Il faisait tellement froid qu’il avait gardé son pull.
Il avait gardé son pull, tellement il faisait froid.

Et pour finir, oui, la France est un pays où on fait grève et où on manifeste dans la rue.

Encore

Une liste qu’on aimerait ne pas avoir encore à lire dans nos journaux. Et pourtant, vendredi matin, un jeune terroriste est passé à l’acte comme on dit maintenant, près de Carcassonne.
Tout a été déjà dit devant tant de gâchis et d’absurdité. J’avais gardé en mémoire un extrait d’un petit reportage de janvier 2015, dans une petite ville de l’Hérault où plusieurs jeunes s’étaient tournés vers cette violence stérile, au nom de la religion. Toujours d’actualité, hélas, même s’il y a de multiples explications à cette façon dont va notre monde.

Encore

Transcription
– Auparavant, il y avait quand même un peu plus de choses pour les jeunes, mais maintenant, c’est vrai que… il y a beaucoup… beaucoup moins, quoi, beaucoup moins. Il y a la MJC (1), mais il y a quelques petits ateliers mais moins, moins, moins qu’avant, quoi. Et là, bon, c’est vrai que les jeunes, ils sont un petit peu livrés à eux-mêmes (2), quoi. Il y a… Il y a pas grand chose, quoi. Voilà, comme les autres quartiers (3), hein, voilà, c’est… C’est… Voilà, quoi.
– Et vous, vous en êtes où ? (4)
– Moi ? Moi, ça va pour moi. L’entreprise, voilà. Bon, j’ai réussi à… à faire ma petite place, quoi ! J’ai fait mon petit chemin (5), comme on dit, voilà. Disons que, au jour d’aujourd’hui (6), bon, moi, j’ai eu la chance quand j’étais un peu plus jeune d’avoir un métier dans les mains, d’apprendre quelque chose, quoi.
– Vous faites quoi ?
– Plaquiste. (7)
– Et les jeunes qui sont morts, les petits jeunes qui sont morts au djihad ?
– Bah ça…. ça nous a quand même touchés, quoi. Des petits jeunes de chez nous, quoi, hein, c’est nos jeunes à nous, quoi, voilà. C’est sûr que ça fait mal (8), quoi, ça fait mal. Bon, ils ont fait ce choix, bon, de partir, bon, après, c’est… voilà, hein. C’est comme du suicide, quoi ! Mais bon, ils sont… Plus, ce qu’il y a, c’est que il y a certaines personnes, ils arrivent à les endoctriner, comme on dit. Voilà, il y a ci, il y a ça, ça va pas bien, tu as vu… . Eux, ils sont un petit peu rejetés de la société. Déjà, ils ont du mal déjà à trouver du boulot et tout, et eux, si vous voulez, ils se foutent (9) dans une bulle. Et une fois, qu’ils se foutent dans une bulle, de là, voilà, ils se… Ils défendent une cause qui est irréelle. Moi, pour moi. Leur place, elle est pas là. Bon, ils ont dix-huit ans, elle est pas dans une asile (10), mais bon, il faut… faut les recadrer (11), quoi, recadrer. C’est irréel. C’est irréel.
– Vous êtes dans le réel, vous ?
– Bah, j’espère quand même, voilà ! Voilà, mes parents, ils m’ont élevés, et voilà, quoi. Il y a beaucoup plus de gens que (12), pour eux, c’est pas ça, la religion. Enfin, moi, les anciens, mon père, ma mère, tout ça, voilà, moi, jamais ils m’ont appris la religion comme ça !
– La religion, elle a rien à voir avec ça. (13) Un musulman, il fait pas ça. Franchement. A ce moment-là, bon, j’ai… ça fait quarante-cinq ans que je suis là, j’ai jamais vu ça. Les jeunes, ils ont trop de la liberté (14) ! Les jeunes ? Ils ont trop de la liberté, par rapport à nous, les anciens, quand on était là. Parce qu’on n’a pas l’autorité sur les enfants. Comme on l’était avec les… avec mes grands-parents, par exemple, ou mes parents. Ils ont toute la liberté, les enfants. Les parents, ils ont pas l’autorité (15).

Quelques explications :
1. une MJC : une Maison des Jeunes et de la Culture.
2. être livré à soi-même : être seul et n’avoir aucune contrainte, aucun frein, être en quelque sorte abandonné alors qu’il faudrait des cadres, des activités, des structures pour ne pas être désoeuvré.
3. Les quartiers : quand on parle des quartiers au pluriel, cela signifie les quartiers pauvres, défavorisés.
4. Vous en êtes où ? : on pose cette question quand on veut savoir dans quelle situation se trouve quelqu’un.
5. J’ai fait mon petit chemin : cette phrase vient de l’expression : faire / suivre son petit bonhomme de chemin, qui signifie qu’on progresse tranquillement, qu’on avance dans la vie de façon régulière et positive.
6. Au jour d’aujourd’hui : cette expression est incorrecte puisqu’elle est redondante. On l’a beaucoup entendue à un moment donné. C’est devenu plus rare maintenant. Question de mode.
7. Un plaquiste : il monte les cloisons dans une maison en construction.
8. Ça fait mal : ça fait de la peine (familier)
9. ils se foutent dans une bulle : ils se mettent dans une bulle. (très familier)
10. un asile : ce mot est normalement masculin. Aujourd’hui, on n’emploie plus ce mot. C’était le lieu où on enfermait ceux qu’on appelait les fous, donc tous ceux qui ont une maladie mentale.
11. Recadrer quelqu’un : donner des cadres à quelqu’un, le remettre dans le droit chemin en lui mettant des limites très claires.
12. Des gens que, pour eux… : style très oral. Normalement, il faut dire : des gens pour qui…
13. elle n’a rien à voir avec ça : il n’y a pas de rapport entre la religion et de tels actes, ce sont deux choses totalement étrangères.
14. Trop de la liberté : il faut dire : trop de liberté.
15. Ils n’ont pas l’autorité : il faut dire : Il n’ont pas d’autorité. Ou alors : Ils n’ont pas l’autorité nécessaire.

L’émission est ici.

La porte ouverte

La radio était allumée, j’écoutais d’une oreille distraite, en faisant autre chose.
Puis je me suis laissée prendre par la voix de la comédienne Elsa Lepoivre – déjà évoquée dans mon précédent billet – et par ce qu’elle racontait de son enfance, de ses espoirs, de sa façon de prendre la vie pour qu’elle soit belle et choisie malgré les embûches.

C’était vivant, à la fois léger et profond, sans doute parce que cette femme sait laisser les portes ouvertes pour tout découvrir et ne jamais s’enfermer.

Voici donc un nouvel extrait de cette émission.

Les gens qui sont des murs

Transcription

– Moi, je viens d’un petit village où… comment dire… les choses ne sont pas dans les mêmes rythmes. Après, moi je sentais que j’avais besoin de faire beaucoup de choses et je suis partie assez tôt faire du théâtre. Bon, ça a été le but évidemment, le moteur était de faire du théâtre, mais après, je savais pas du tout si j’allais en faire mon métier. Enfin, j’avais pas du tout l’ambition de me dire : ça y est, je vais devenir actrice. Pas du tout ! Par contre, ça a été le moteur qui m’a fait partir de Normandie et ce qui m’a poussée à partir, c’est un sentiment, en effet, de… que les choses sont comme elles sont, c’est-à-dire que c’est ces phrases-là qu’il y a dans toutes les familles, pas d’ailleurs particulièrement dans la mienne mais ce truc de : « Il est comme ça. Ah bah, il est comme ça. » Moi, ce genre de phrases, c’est pas possible, c’est-à-dire que oui, chacun est comme il est, mais après, on a justement le libre-arbitre et la liberté de… de… Quand je dis faire bouger les lignes (1), c’est autant pour soi que pour les autres, c’est-à-dire que justement, cette mouvance-là (2), elle est salutaire, elle est heureuse, elle est… Je trouve qu’elle est bénéfique pour vivre correctement. Sinon… Sinon, c’est l’enfer !
– Le confort n’est pas une quête chez vous.
– Alors, le confort…
– D’être rassurée.
– Oui mais le confort ne veut pas dire stagner. Non, c’est vraiment les choses qui sont un peu
dans le marbre (3), c’est-à-dire qu’on sent que…
– Le déterminisme.
– Oui. Puis les gens qui peuvent être enfermés dans des idées. Par exemple, ça peut être : « Bah moi je pense ça. » Bon bah on peut pas discuter en fait. C’est des murs ! (4) C’est-à-dire que c’est des gens qui sont emprisonnés dans un certain type de pensée et qui n’en sortent pas. Ou certains types de tempéraments (5). J’ai eu longtemps ces réflexions-là par rapport à la colère par exemple. J’avais un papa très aimant mais assez colérique, un peu soupe au lait (6). Moi, petite, c’était quelque chose qui pouvait me terrifier parce que les cris, je me disais… Je voyais bien que ça n’était pas dans ma nature. J’ai mes colères. Merci le théâtre, d’ailleurs de me permettre de les expulser. Mais dans ma nature, dans la vie, je ne suis… J’ai des bouffées (7), j’ai des choses qui me font sortir de mes gonds (8) mais ça ne sort jamais par une grande… par une colère, parce que je trouve que c’est quelque chose qui s’impose à l’autre, qui écrase l’autre et qui ne fait pas du dialogue. Bouger les lignes, c’est ça, c’est-à-dire c’est de jamais agresser l’autre en imposant quelque chose, voilà. C’est de laisser toujours la porte ouverte au dialogue.
– Mais c’est une gymnastique (9)… ça nécessite un labeur (10).
– Oui. Un travail sur soi aussi.
– Oh là, là ! Le boulot (11) qui nous attend !
– Oui mais non, ça se fait (12) ! Après, ça devient une philosophie de vie.

Quelques explications :
1. faire bouger les lignes : faire évoluer les choses (C’est une métaphore militaire)
2. cette mouvance : ici, elle veut parler du caractère mouvant, changeant des choses. (terme littéraire)
3. dans le marbre : figé pour toujours, impossible à changer
4. un mur : quand on dit de quelqu’un que c’est un mur, on veut dire que cette personne refuse toute discussion et tout changement.
5. Le tempérament : c’est la nature, le caractère de quelqu’un, la façon dont il prend les choses et les gens en général. Par exemple : Il a un tempérament colérique. / Il a un tempérament joyeux. / Il a le tempérament d’un meneur.
6. Être soupe au lait : se mettre facilement et brusquement en colère. (Mais en général, ça ne dure pas très longtemps.)
7. une bouffée de colère : un accès de colère soudain. C’est lorsque la colère monte brusquement.
8. Sortir de ses gonds : cette expression signifie qu’on perd totalement son calme, qu’on se met vraiment en colère. Par exemple: Il est sorti de ses gonds quand je lui ai dit que je n’étais pas d’accord. / Cette remarque l’a fait sortir de ses gonds. Il n’accepte pas la critique.
9. Une gymnastique : un entraînement. Normalement, c’est de l’exercice physique. Mais on parle aussi de gymnastique de l’esprit, de gymnastique de la mémoire par exemple. On dit : C’est une vraie gymnastique pour se rappeler tous les noms de tous les étudiants.
10. Un labeur : un travail, avec l’idée que c’est difficile, qu’il faut faire des efforts.
11. Le boulot : le travail (familier)
12. ça se fait : on y arrive, c’est possible

J’ai trouvé qu’elle avait bien raison, il y a des gens effrayants de rigidité, qui ferment toutes les portes. C’est comme parler à un mur. Vous en connaissez? A fuir, je vous le dis !

L’émission entière est à écouter ici.
C’était un moment agréable, avec d’autres choses de la vie, bien vues et bien dites.

Le pouvoir de la marche

Randonnée du weekend, dans le Var, entre Six-Fours et Toulon. La mer, la forêt, le ciel bleu, qui s’est couvert dans l’après-midi. On respire !
(Quelques autres photos de cette magnifique nature sur instagram)

Et pour terminer ce dimanche, voici un tout petit extrait d’une interview d’Elsa Lepoivre, comédienne, pour ce qu’elle dit de la marche. Ses mots me parlent ! (A suivre, dans mon prochain billet.)

Elsa Lepoivre Marcher

Transcription

– Vous avez des endroits de prédilection (1) ?
– Oui, bah c’est vrai que cette plage-là, c’est les plages normandes, donc c’est vrai que hors saison (2) par exemple, par pluie, par temps de pluie (3), ça peut arriver que j’arrive sur la plage et qu’il y ait personne, c’est-à-dire que… voilà, avec la mer basse (4) et d’un coup, bah voilà, on part sur Ver-sur-Mer à gauche, on remonte, on longe la côte et puis je me dis : Mais c’est… c’est merveilleux ! Parce que la marche (5) en général, moi, c’est quelque chose que je… que je fais beaucoup parce que… C’était Rousseau, je crois, qui disait ça : C’est un panier à idées qu’on secoue. Donc aussi les moments où dans la tête, il y a trop de choses, quand on marche, au bout d’une heure, en général, les choses, elles se… elles se mettent dans les bonnes cases (6).

Des explications :
1. de prédilection : préféré. (style soutenu) Par exemple : Quels sont tes écrivains de prédilection ? / Je lui ai cuisiné son plat de prédilection.
2. Hors saison : l’hiver, l’automne, c’est-à-dire l’opposé de la pleine saison, qui est la période touristique de l’été.
3. Par temps de pluie : quand il pleut. Pour décrire d’autres conditions météo, il y a quelques autres expressions sur ce modèle : par grand vent / par grand froid / par temps de brouillard / par grand beau temps
4. la mer est basse : en fonction des marées, la mer est basse ou haute. On dit : A marée basse, la plage est immense. / A marée haute, elle se rétrécit.
5. La marche : on dit qu’on fait de la marche / on fait beaucoup de marche.
6. Les choses se mettent dans les bonnes cases : tout est bien rangé, les choses deviennent claires et on reprend le contrôle, on cesse de se sentir stressé, débordé.

Théâtre et cinéma pour Adeline

On a beaucoup entendu et vu cette actrice quand le film Maryline est sorti en novembre dernier.
Je me suis vraiment ennuyée pendant ce film, qui avait pourtant reçu de bonnes critiques et été mis en avant partout à la radio et à la télévision ! En fait, il faut vraiment décrypter tous ces discours promotionnels et c’est parfois difficile de ne pas se tromper. Et puis, chacun ses goûts sans doute !
Mais les interviews avec Adeline D’Hermy étaient agréables et intéressantes à écouter. Cette jeune femme de valeur a des choses à dire, tranquillement, simplement, sans prétention. Alors voici un extrait de l’une d’entre elles, pour le timbre de sa voix, pour ses pauses et sa diction.

Adeline D’Hermy

Transcription

– Et le Français (1), vous le disiez à demi-mot (2), c’était pas du tout votre rêve de petite fille, en fait.
– Pas du tout !
– C’est venu quand, ce rêve d’intégrer la Comédie Française ?
– C’est venu quand on me l’a proposé en fait. Je… J’y pensais pas du tout. On m’a… J’y avais été… Honnêtement, j’avais été une fois à la Comédie Française avant… avant de… d’y rentrer comme pensionnaire (3). Donc je… je… Je n’en rêvais pas, j’y pensais pas, honnêtement, moi je… je suis arrivée… J’ai fait du théâtre assez tard par rapport… pour… pour une actrice. Quand je suis arrivée au Conservatoire (4), les… mes camarades avaient pour la plupart fait beaucoup de théâtre avant, donc j’ai essayé un peu de rattraper tout le retard que j’avais.
– Alors vous rêviez de quoi quand vous étiez petite, vous ?
– Moi, je rêvais d’être danseuse.
– Que danseuse ?
– Mmm.
– C’est tout ? Il y a cette perte du coup, ce manque de ne pas l’être, encore aujourd’hui ?
– Non, parce que quelque part (5), j’ai l’impression de danser, dans mon métier. En fait, je… j’ai énormément de chance d’avoir… J’ai commencé à cinq ans, la danse, et j’ai une immense chance d’avoir fait ça, pour mon métier, d’avoir fait de la danse avant, parce que je pense que j’en serais pas là aujourd’hui si j’avais pas fait tous ces cours de danse et ça m’apporte une conscience du corps et un travail là-dessus du coup possible, qui est… qui est, je pense, très important pour moi. Et en fait du coup, je danse pas mal (6). Alors oui, je fais plus de cours (7). Ça, j’ai pas… J’aimerais bien en refaire mais en fait, on me demande beaucoup de danser dans les spectacles. Je sais pas si vous avez remarqué, Augustin, mais je… A chaque fois que je danse…
– Quand vous jouez une bonne (8), vous êtes jamais avare (9) d’un petit pas de bourrée (10), Adeline.
– Non. Je suis jamais avare d’un petit pas de bourrée ! J’en profite dès que je peux de faire des… Et puis dans Scapin (11), par exemple, Zerbinette… Denis m’a… Denis Podalydès m’a fait danser. Voilà.
– Et là, comme on est à la radio, on entend que ça passe aussi par la voix. Votre voix, Adeline, c’est quand même quelque chose (12)… d’assez étonnant, une voix aiguë, un rien (13) pointue, qu’on reconnaît entre mille (14). Comment vous l’avez travaillée, votre voix, pour le rôle de Maryline ? Il a fallu la travailler, déjà (15) ?
– Oui. Moi, j’ai travaillé ma voix déjà au Conservatoire. On nous fait pas mal travailler parce que en plus, j’avais un accent du nord quand je suis arrivée, qu’on a… Il a fallu un tout petit peu…
– Ça… ça peut présager des choses très bien pour certains acteurs (16), cet accent du nord !
– Oui ! Et puis, bah pour Maryline, Guillaume m’avait demandé d’aller… d’aller voir une phoniatre, pour essayer de… justement parce que j’ai la voix aiguë, de… d’essayer d’avoir un peu plus de graves, pour pouvoir jouer ces scènes plus difficiles, ces scènes où elle va dans le fond du fond. Donc on a essayé de travailler sur le corps, quand voilà, quand elle s’effondre un petit peu et que la voix baisse. Après, moi je… Du coup, j’ai fait ça. Après, quand j’ai vu le film, je me… j’ai pas eu du tout… J’ai pas eu trop l’impression d’avoir la voix plus grave. Mais en fait, ouais… On entend… On se rend pas compte de la voix qu’on a ! C’est… c’est assez violent en fait d’entendre sa voix, parce que moi, quand je m’entends… Là, si j’écoute l’émission, je vais me dire : Mais c’est pas… c’est pas possible ! J’entends pas du tout… J’ai l’impression d’avoir une voix beaucoup moins aiguë que ce que je n’ai.

Des explications :
1. Le Français: c’est le surnom de la Comédie Française, qu’on appelle aussi la Maison de Molière, fondée en 1680.
2. Dire quelque chose à demi-mot : suggérer, sous-entendre quelque chose, ne pas le dire directement ou complètement. On peut aussi comprendre quelque chose à demi-mot.
3. Comme pensionnaire : on utilise ce terme pour désigner une partie des acteurs qui composent la troupe de la Comédie Française.
4. Le Conservatoire : C’est le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique à Paris, qui forme des comédiens depuis deux siècles.
5. quelque part : d’une certaine façon
6. je danse pas mal : je danse en fait souvent. (Attention, ce n’est pas comme : Je ne danse pas mal, qui signifie : Je danse plutôt bien.)
7. je ne fais plus de cours = je ne suis plus de cours, je ne vais plus à des cours.
8. Une bonne = une servante, une domestique. C’est un terme qu’on n’emploie plus aujourd’hui sauf dans l’expression : Je ne suis pas ta bonne ! Elle signifie qu’on refuse de faire des tâches matérielles au service de quelqu’un et qu’on dit à cette personne de les faire elle-même.
9. ne pas être avare de quelque chose : ne pas rechigner à faire quelque chose. Elle danse volontiers quand elle le peut. Par exemple : Il n’est pas avare de son temps = Il ne compte pas son temps, il donne volontiers de son temps pour faire quelque chose. / Il n’est pas avare de compliments = Il félicite volontiers les gens.
10. La bourrée : une danse populaire qu’on dansait dans les campagnes autrefois.
11. Scapin : elle simplifie le nom de la pièce de Molière : Les fourberies de Scapin, dans laquelle elle joue actuellement à la Comédie Française.
12. C’est quelque chose : il marque une petit pause avant de continuer, ce qui donne l’impression une fraction de seconde qu’il va juste dire : C’est quelque chose ! A l’oral, cette phrase exprime de l’admiration. (Et c’est bien ce qu’il exprime en fait!)
13. un rien pointue = très légèrement pointue
14. reconnaître quelque chose (ou quelqu’un) entre mille : cette expression indique une grande originalité, une singularité qui fait que rien d’autre / personne d’autre n’est semblable. Par exemple : Il a un rire reconnaissable entre mille. / Tu ne peux pas te tromper. On le reconnaît entre mille ! J’ai mis quelques autres exemples ici.
15. Déjà : Il lui a d’abord demandé comment elle a fait pour travailler sa voix. Puis il revient à la question préalable, c’est-à-dire tout d’abord si elle a dû travailler sa voix.
16. Il fait allusion à l’acteur Dany Boon dont par exemple, le film Les Chtis a eu un grand succès populaire, qui se passe dans le nord de la France et dans lequel les acteurs ont de très forts accents de cette région.

L’interview entière est à écouter ici.

La bande annonce de Maryline, plutôt alléchante, est ici.

Bon début de weekend !
De notre côté, peut-être verrons-nous enfin un bon film, car depuis quelque temps, nous restons sur notre faim… Rien d’enthousiasmant. Quand je vais au cinéma, j’attends d’être touchée, éblouie, transportée par des films comme le dernier dont je vous avais parlé ici.
Heureusement, j’ai lu de bons livres et de belles BD, que je partagerai avec vous dans de futurs billets.

Allez, les filles !

Comme l’annonçait Edelweiss dans son commentaire il y a deux jours, c’était hier la journée internationale des droits des femmes. On avance, comme le prouvent les mouvements récents de dénonciation du harcèlement vis-à-vis des femmes. Mais il y a encore (et toujours) du travail à faire, à tous les niveaux, à en croire ne serait-ce que les termes de recherche tapés par certains pour arriver sur ce blog !
Pour l’anecdote, voici ce qu’on trouve ces derniers jours :


– Tout d’abord, apprendre à ( à, accent grave, pas a ) parler (parler -er et pas ) et écrire correctement le français, c’est ça qui serait nécessaire!
– Et comme toujours, je reste perplexe devant ce qui attire le plus de personnes sur ce blog, c’est-à-dire la recherche des mots vulgaires et des insultes – et souvent celles à utiliser avec des femmes – en français ! Mes quelques pages là-dessus ont toujours du succès. J’avais déjà évoqué ce fait il y a quelques années ici.
Cela dit-il quelque chose de nos rapports humains ?

On y arrivera bien un jour, et partout ! Aujourd’hui, dans certaines parties du monde, nous allons à l’école, nous lisons, nous choisissons d’avoir des enfants ou pas, nous ne restons pas à la maison, nous travaillons, nous explorons le monde, nous avons notre mot à dire et notre vie à décider.

Allez, pour inverser un peu les rôles, je vous laisse aujourd’hui en compagnie d’un homme qui fait ce qui est encore souvent traditionnellement réservé aux femmes !

Père épuisé

Transcription
– Qu’est-ce que je ressens ? Un mélange d’amour, bien sûr, évidemment, et c’est bien en premier lieu, mais aussi d’énervement profond quand ils ne… n’obéissent pas. Et… Il y a plusieurs choses en fait. C’est que quand * je les ai deux par deux, c’est beaucoup plus simple que de les* avoir tous les quatre ensemble, bon, en étant seul à les gérer, bien sûr. D’une part parce qu’il y a les deux aînés qui se* tirent la bourre (1), je* dirais, pour savoir qui fera* le plus de bazar (2) et qu’il y a beaucoup plus d’interactions, avec quatre enfants, entre eux. Et ça crée un brouhaha (3) incessant et finalement, dans… dans vingt-quatre heures, j’ai très peu de moments où je n’ai pas d’enfant qui soit hurle, crie, ou vienne me solliciter (4) pour donner à manger, donner un verre d’eau, faire ceci, l’aider à s’habiller, se déshabiller, l’aider à quelque chose. Donc je suis… je suis* pris en fait… je suis hyper sollicité, du matin 7-8 heures jusqu’au soir, 22-23 heures pour les… les plus grands le weekend.
– Et ça crée chez vous un sentiment d’épuisement ?
– Ah mais bien sûr ! Evidemment ! Oui, je suis épuisé, oui, de… d’être hyper sollicité comme ça en permanence, oui !

Quelques explications :
1. se tirer la bourre : être en compétition, rivaliser pour être le meilleur. (argot). Par exemple : Quand ils font du vélo ensemble, ils finissent toujours par se tirer la bourre !
2. le bazar : le désordre. Ici, faire du bazar signifie faire des bêtises, ne pas être sage. (familier)
3. le brouhaha : du bruit confus où se mêlent beaucoup de voix, un bruit qui constitue comme un fond sonore envahissant. (par exemple, on parle du brouhaha de la rue, d’une foule, etc.)
4. solliciter quelqu ‘un : demander quelque chose à quelqu’un. Donc être très sollicité veut dire que les autres vous demandent sans cesse de l’aide, de l’attention.

La prononciation qui mange les syllabes:
* On l’entend lorsque ce jeune père dit : que quand.
Je ne sais pas si vous entendez « que », mais pour une oreille française, ce petit mot, à peine prononcé, est cependant perceptible.
* que de les avoir: il dit « d’les », en raccourcissant « de ».
* qui se tirent : il dit « s’tirent »
* je dirais : il prononce « j’dirais »
* fera : est prononcé « f’ra »
* le plus : est prononcé « l’plus »
* je suis pris : devient « chuis »

N’oubliez pas que vous n’êtes pas obligés de manger les syllabes comme ça pour avoir un français qui sonne « vrai ». Ici, dans le sud de la France, la majorité des Français prononcent distinctement ces syllabes escamotées ailleurs. Tous ces accents sont complètement authentiques et naturels. A vous de choisir votre prononciation !
A bientôt.

Trous de mémoire

J’avais gardé ce petit extrait d’une émission (que je ne retrouve pas !) où Emily Loizeau, chanteuse qui compose ses chansons, parlait de la mémoire qu’il faut pour monter sur scène et enchaîner tout un spectacle. (Et elle disait aussi les traces que certaines expériences d’enfant peuvent laisser.) C’est très agréable de l’écouter !

J’avais prêté attention à ce qu’elle racontait car je trouve fascinant d’observer tout ce que notre mémoire est capable de faire, avec parfois, c’est vrai, des petits ratés ! En tant que prof de langue, je suis toujours surprise par tous ces mots qu’on retient, sans savoir d’où ils nous viennent et pourquoi ils se sont fixés quelque part alors que parfois, on ne s’en sert vraiment pas souvent. Et pourtant, ils sont là !

Les trous de mémoire

Transcription
– Est-il vrai (1) que vous avez une peur panique (2) du trou de mémoire ?
– Ouais. J’ai été traumatisée par une espèce de vieille bique (3) de quatre-vingt trois balais (4), prof de piano classique, parce que je faisais des concours (5), j’étais… j’allais être pianiste classique… à l’adolescence, voilà, bref (6), jusqu’à assez tard. Et puis… et puis, à un concours, un examen de mi-parcours, j’ai un trou de mémoire – la première fois que ça m’arrive, j’avais treize ans, ça m’était jamais arrivé avant, l’âge où on se pose toutes les questions du monde (7), quoi. Bah et puis elle m’a carrément mais lâchée (8) devant ce jury de profs ! «  Mais alors, tu as pas travaillé ! », alors que elle savait très bien que si (9), mais que juste j’ai… voilà. Et ça m’a traumatisée, et depuis, encore maintenant, hein, j’ai des trous de mémoire pendant les concerts, tout ça. Mais ça devient drôle maintenant !
– Et vous avez pas de partition ?
– Non. Parfois, si. Il y a… il y a un ou deux trucs. Par exemple, en ce moment, je reprends un rap de Eminem à la fin d’une chanson et… Voilà, j’ai pas eu le temps de vraiment l’intégrer, et quand même, c’est… ! Ils sont balèzes (10), les mecs (11), hein, quand même (12) ! Quand on se retrouve avec leurs textes et qu’on réalise ce qu’ils envoient ! La mémoire, elle fonctionne pour les rappeurs !
– Et en plus, je dis ça, vous êtes parfaitement bilingue anglais.
– Mmm.
– Parce que vous avez été élevée en Angleterre par votre mère qui était anglophone.
– Mmm. Ouais.
– Et c’est difficile à mémoriser ?
– Non mais parce que ça va hyper vite, quoi !
– Pour le flow.
– Le flow. Ça va… C’est hyper dense, ça va hyper vite, donc il faut avoir une… Voilà, mais bon bref, ça, c’est un autre sujet. Mais donc oui, le trou de mémoire, j’en ai une peur bleue (13). Il y a pas si longtemps, j’ai passé, je pense, à peu près trois minutes à marcher pendant que mes musiciens faisaient un instrumental, parce que je n’arrivais pas à me souvenir de la première phrase. Ça a été un moment de… de… de grâce mais de grande solitude pour moi ! Donc c’est des choses, voilà, je fais avec. (14)

Quelques explications :
1. Est-il vrai que… : cette façon de poser la question est d’un niveau de langue plus soutenu que ce qu’on fait en général à l’oral. C’est plus soutenu encore que : Est-ce vrai que… ? A l’oral, on dit plus souvent : Est-ce que c’est vrai que… ? Ou plus familièrement encore : C’est vrai que… ? , avec l’intonation montante d’une question.
2. avoir une peur panique (de quelque chose, de quelqu’un) : on emploie ces deux noms ensemble pour accentuer la force de cette peur.
3. Une vieille bique : cette expression est employée pour parler d’une femme d’un certain âge qu’on n’aime pas du tout. (très familier). (Une bique, par ailleurs, c’est normalement une chèvre.)
4. 83 balais = 83 ans. (argot) On emploie ce terme pour les adultes. (On commence à 20 balais en fait. Avant, je ne l’ai jamais entendu.)
5. faire des concours : passer des concours, c’est-à-dire des examens dans lesquels les élèves les moins bons sont éliminés.
6. bref : on utilise ce petit mot familier quand on veut simplifier, raccourcir ce qu’on a à dire.
7. Toutes les questions du monde : elle utilise cette expression familière pour montrer que c’est l’âge où on doute sans cesse.
8. Elle m’a carrément mais lâchée : on emploie « mais » de cette façon à l’oral uniquement pour accentuer ce qu’on va dire, pour souligner le mot qui suit. Ici, elle veut insister sur le fait que son professeur de piano l’a laissée tomber, qu’elle ne l’a absolument pas soutenue dans ce moment difficile. (Le ton employé est important aussi.)
9. elle savait très bien que si : elle savait parfaitement que son élève avait travaillé. « Si » répond à : « Tu n’as pas travaillé ! » La réponse serait : « Mais si, j’ai travaillé ! » Ce n’est pas du tout le « si » qui exprime une condition.
10. balèze : très fort, physiquement ou au sens figuré. (argot)
11. les mecs : ces hommes-là, ces gars-là (très familier)
12. quand même : ici, c’est le « quand même » qui marque l’admiration et la surprise.
13. Avoir une peur bleue de quelque chose ou de quelqu’un : avoir très peur.
14. faire avec : accepter une situation et se débrouiller quand même, malgré les problèmes posés. (familier, oral). Par exemple : Il y a des choses dans la vie qu’on ne contrôle pas. Il faut faire avec.

Une peur bleue / une peur panique : quand on a peur de quelque chose, il y a beaucoup d’expressions à notre disposition. Mais elles n’appartiennent pas toutes au même registre. Beaucoup d’entre elles sont familières et ne s’emploient qu’à l’oral.
– avoir la frousse : cette expression est familière, mais moins forte que les deux précédentes.
– avoir la trouille : expression très familière.
– avoir la pétoche : expression très familière. On ne l’entend plus très souvent aujourd’hui.
– avoir les jetons : c’est de l’argot. Même chose, on ne l’entend plus tellement. Certaines expressions passent de mode.

Bonne journée à vous !

A la cantine

Je suis étonnée par le nombre croissant de jeunes qui ne déjeunent plus à la cantine de leur collège ou de leur lycée, mais dans la rue. De plus en plus de boulangeries proposent sandwiches et boissons, des camions pizza s’installent près des établissements scolaires, reflétant et accompagnant cette désaffection pour la restauration collective. Les raisons sont multiples, avec entre autres cette montée d’un individualisme qui fait que chacun veut choisir tout seul jusqu’à la gestion de ses repas. Mais il faut dire aussi que la nourriture servie dans les cantines scolaires n’est pas toujours de qualité! (C’est un euphémisme.) Rien n’est plus cuisiné par des cuisiniers, on décongèle des aliments industriels, qu’on choisit les moins chers possible. Alors, payer pour ça ?

Dans certaines communes, les maires et les élus ont donc décidé de réagir pour donner le meilleur aux enfants dans les cantines des écoles, pour les nourrir comme des enfants le méritent, pour qu’ils grandissent en bonne santé. Et aussi pour qu’ils aient plaisir à manger de bonnes choses, appétissantes et qui sentent bon, plaisir à découvrir des plats variés, sans gaspiller. Et plaisir aussi à partager les repas avec les copains! Tout cela redonne du travail à ceux qui cultivent localement et correctement nos légumes et nos fruits. Voici un petit reportage enregistré dans le sud-est de la France et entendu un matin à la radio en décembre dernier. J’aurais bien aimé que mes fils aient la chance de manger dans une telle cantine quand ils étaient enfants puis ados ! On compensait au dîner mais quand même…

Cantine bio

Transcription :
On arrive à l’heure de pointe (1), les enfants sont en train d’arriver à la cantine. Les plateaux d’abord, avec les couverts, le dessert. Ensuite, il y a du fromage, un petit peu de salade à des proportions plus ou moins grosses. Et puis là-bas, il y a le point chaud.
– Qu’est-ce que tu manges ?
– Des pâtes avec de la viande.
– C’est quoi, la viande ?
– De l’agneau.
– Au début, ils goûtent et puis des fois, ça leur plaît, et puis ils reviennent en chercher. Il y a pas de souci, on redonnne, hein.
– Je m’appelle Badi Gan.(?)
– Tu as tout mangé, toi !
– Ouais. C’est bon. Bio, c’est… Ça donne des vitamines. McDo, c’est pas pareil, c’est pas bon.
– Qu’est-ce que tu aimes comme légumes ?
– J’aime les épinards.
– Alors c’est rare, les enfants qui aiment les épinards !
– Ouais. Parce que tu manges et… et ta langue, ils (2) donnent des goûts et tu re-goûtes et tu aimes.
– Merci !
– Bon après-midi !
– On va passer à la télé ou à la radio ?
– A la radio.

On vient de finir de manger, c’était très bon et là, maintenant, direction la cuisine.
– Quel est votre plat favori ?
– Bah ce que j’ai fait à midi : le gigot d’agneau, qui est confit un peu avec des légumes comme ça entiers au four. En principe (3), l’agneau, ils sont pas trop fans. Et là, à midi, bah j’en ai sorti au fur et à mesure (4) parce que j’avais pas assez. En légumes, ce que j’aime bien cuisiner, le gratin de blettes avec le riz dedans.
– En cantine (5), c’est un défi, hein, pour faire manger les enfants, hein !
– Bah là, quand on fait des gratins de blettes, donc on va faire 42 kilos de blettes et en principe, il y a plus rien (6).
– Je peux avoir votre petit prénom (7) peut-être et votre qualification ?
– Alors, c’est Michèle mais on m’appelle Michou.
– Alors vous, vous avez vu l’évolution de cette cantine.
– Ah oui ! On jette dix fois moins ! Ah oui, oui. Moi, je me souviens, c’était une horreur (8), hein, oui, oui !
– Gilles Perole, vous êtes adjoint au maire ici, et vous êtes artisan (9) de ce passage au bio. Est-ce que ça coûte plus cher ?
– On est à 2,04 euros de coût aliments. Acheter du bio, même si on l’achète plus cher, conduit à rechercher des sources d’économies qui sont très vertueuses. Par exemple, nous, pour financer le bio, on était à 145 grammes de gaspillage alimentaire par repas en 2010. On est aujourd’hui à 30 g. Le plus aberrant (10), c’est que dans toutes les cantines de France, on jette un tiers de ce qu’on produit !

– D’où viennent les aliments pour fabriquer ces repas, Béatrice ?
– Eh bien, la totalité des produits sont régionaux. Les légumes, eux, viennent du jardin communal (11), où je vous emmène. Domaine de Haute Combe ici, c’est là que, Sébastien Jourde, vous cultivez ce qui finit dans les assiettes.
– C’est ça, ouais. Je suis maraîcher (12) communal, donc fonctionnaire (13) et agriculteur.
– Et des belles mâches, là, non ? C’est ça ?
– Ouais. De la mâche (14), des choux chinois. Après, il y a des choux pointus sous les voiles (15). Ici, on a des poireaux. Voilà, on a récolté des patates douces qu’on a stockées, là, il y a pas longtemps. Plus haut, il y a les céleris, blettes… enfin, il y a pas mal de légumes. Que la collectivité (16) s’occupe de la production et de l’alimentation des enfants, je trouve ça plutôt bien. Puis au-delà de ça, bah tout ce qui est préservation des terres agricoles en péri-urbain (17), c’est l’essentiel pour… enfin, les années à venir. Puis… enfin moi, je mange à la cantine aussi, donc je vois que les enfants sont plutôt enthousiastes. Donc voilà, ça aussi, c’est gratifiant.
– Alors, voilà les serres.
– Des oignons aussi.
– Coriandre.
– Ça, c’est quelque chose qu’on trouve très peu en restauration collective (18), les herbes aromatiques.
– Ah bah oui, ça a pas de goût (19), c’est sûr !
– Parce que c’est cher. Donc là, il y en a toujours et on y tient (20).

Des explications
1. l’heure de pointe : le moment où il y a la plus forte affluence. Normalement, on utilise cette expression plutôt à propos des transports ou de la circulation sur les routes.
2. Ils donnent ( ou il donne?) : en fait, la langue est féminin, donc ça devrait être : elle donne.
3. En principe : ici = en général.
4. Au fur et à mesure : peu à peu, en fonction de la demande
5. en cantine : c’est un peu étrange de dire ça comme ça. Elle veut dire : dans le domaine des repas de cantine.
6. Il n’y a plus rien = il ne reste rien / Il n’y a plus rien à la fin
7. votre petit prénom : d’habitude, on dit : votre petit nom, pour parler du prénom, dans un style familier.
8. C’était une horreur : la quantité jetée était horrible. On était horrifié quand on voyait tout ce qui était gaspillé.
9. être artisan de quelque chose / être l’artisan de quelque chose : en être le responsable, jouer un rôle décisif, prendre l’initiative de faire quelque chose, comme un artisan, qui fabrique quelque chose de ses mains.
10. aberrant : absurde et révoltant. Ce terme est fort.
11. communal : qui appartient à la commune, c’est-à-dire la ville
12. un maraîcher : il cultive des légumes
13. fonctionnaire : parce qu’il est employé par la municipalité au lieu d’être à son compte, comme les agriculteurs normalement
14. la mâche : c’est une sorte de salade. On dit : de la mâche, pas des mâches. Mais elle a utilisé le pluriel sans doute parce que cette salade est faite de petits bouquets.
15. Les voiles : pour protéger les légumes du froid, du gel.
16. La collectivité : la communauté. C’est lorsque les gens se regroupent pour atteindre un objectif commun au lieu d’agir individuellement. Les repas des enfants à l’école sont l’affaire de la commune, pas de chaque famille séparément.
17. En péri-urbain : dans les zones péri-urbaines, c’est-à-dire juste autour des villes
18. la restauration collective : le secteur qui s’occupe des repas dans les cantines
19. ça a pas de goût : elle parle des repas habituels dans les cantines, qui sont souvent insipides parce qu’on privilégie le bas coût au lieu d’essayer de fournir des repas simples mais de qualité parce que vraiment cuisinés, avec beaucoup de produits locaux.
20. On y tient : on y est attaché, c’est important pour nous, donc on le fait. A venir très bientôt : un petit article sur cette expression ! 😉
Mise à jour : Pour en savoir plus sur cette expression, cliquez ici.

Ce court reportage est à écouter en entier ici. Vous trouverez aussi détails et photos sur leur page.

Voici les miennes chez mon frère qui cultive de bonnes choses.

On observe depuis un peu plus longtemps la même chose chez les étudiants, qui boudent le resto U. Certains apportent leur repas, c’est la mode du bento ou de la lunch box. J’en avais parlé avec trois de mes étudiantes sur France Bienvenue. C’est ici, si vous n’aviez pas écouté.

Une belle voix

Quand j’écoute la radio, j’aime certaines émissions pour leur contenu mais aussi pour la voix qui les porte. Autour de nous, il y a les voix dont on n’a rien à dire de particulier, il y a celles qui nous agacent. Et il y a celles qu’on trouve belles. Et comme à la radio on n’a que la voix, c’est elle qui crée cette atmosphère propice à l’écoute.
Evidemment, j’ai tendu l’oreille en entendant ce comédien parler de sa voix et de celle des autres. Il en parlait de sa belle voix, au timbre et à la diction si reconnaissables. Et c’était parfait pour le billet d’aujourd’hui !**

La voix – André Dussolier

Transcription
– Votre voix, vous la comparez à quel instrument ?
– Oh, je ne sais pas !Je ne sais pas si on a bien conscience de sa voix. Je pense que la voix, c’est un ensemble, c’est la tonalité peut-être bien (1), mais qui varie d’ailleurs au fil des ans (2). Et puis c’est aussi la manière de parler…
– De respirer.
– Comment ? (3)
– De respirer aussi.
– De respirer, oui, c’est vrai. Moi, j’ai été très sensible à certaines voix. Il est plus facile (4) de parler des autres acteurs, comme Delphine Seyrig que j’ai… que j’ai toujours en mémoire, ou Jean-Louis Trintignant, ou d’autres acteurs. Je pourrais en citer de nombreux comme ça. La voix, c’est tellement la traduction de la personnalité, de ce qu’est quelqu’un que c’est vraiment une manière d’entrer chez quelqu’un, de le connaître, de le rencontrer, qui est assez fascinant (5), quoi, c’est… Voilà (6). Et je trouve que (7) c’est un premier élément très important, quoi, on a l’impression de rencontrer l’être à travers… en entendant la voix de quelqu’un. Et donc… Et puis, ça évolue aussi, avec les années. Et puis donc, moi, je pourrais pas du tout dire à quel instrument… Non, j’avais… j’avais demandé… Oui, j’avais posé la question à un orthophoniste – Mais je dis : « Mais qu’est-ce que c’est qu’une belle voix ? » Il m’a dit : « C’est une voix sincère. » Et donc ça m’avait suffi comme… comme… Parce que j’ai été très sensible aux chanteurs comme Brel, comme Brassens, comme Ferré, etc. dans ma jeunesse. Et donc c’est vrai que je reconnaissais qu’il y avait une sorte de cohérence, de… dans ces… chez ces chanteurs, où il y avait à la fois le texte, l’interprétation et la voix. Ça formait un tout (8) et c’était vraiment l’expression de leur personnalité.

Quelques détails :
1. peut-être bien : c’est presque comme peut-être, avec cependant davantage de certitude.
2. Au fil des ans : à mesure que les années passent. On peut utiliser cette expression pour parler du temps qui passe avec d’autres repères de temps : au fil des jours / au fil des mois / au fil des saisons / au fil des siècles.
3. Comment ? : c’est la question qu’on pose quand on n’a pas bien entendu et qu’on demande à l’autre de répéter ce qu’il vient de dire.
4. Il est plus facile de… : c’est comme C’est plus facile, mais dans un style plus soutenu.
5. fascinant : ici, il devrait normalement dire : fascinante, en accordant cet adjectif avec le nom manière. Mais quand on parle, on perd parfois un peu le fil de ce qu’on dit au niveau grammatical (pas au niveau du sens), comme ici où le mot manière est loin de son adjectif.
6. Voilà : ce mot est devenu très fréquent à l’oral, quand on veut conclure quelque chose.
7. Je trouve que : c’est presque comme Je pense que… Mais utiliser Je trouve que, c’est vraiment exprimer en même temps ce qu’on pense et ce qu’on ressent. C’est une conviction personnelle.
8. Ça forme un tout : on ne peut pas dissocier les différents éléments.

Si vous aimez la voix de cet acteur, André Dussolier, l’interview* complète est à écouter ici.

* J’ai découvert que le mot interview, emprunté à l’anglais, est masculin ou féminin en français. Depuis toujours, je le croyais féminin uniquement. Pourtant, c’est vrai que puisqu’on dit un entretien, le masculin pour ce mot importé est logique aussi. D’ailleurs, entretien convient mieux à ce genre d’émission qui prend le temps d’établir une vraie conversation !

** Et pour terminer ce billet, je dis merci à ceux qui suivent ce blog depuis peu, depuis quelque temps, depuis longtemps, depuis très, très longtemps ou depuis toujours car aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Je dis, tu dis, il dit, nous disons !
Cela fait huit ans que je fais entendre ma petite voix et dépose ici des fragments de ma vie française, avec plus ou moins de régularité, et que vous les lisez, les écoutez, les regardez et me répondez. Vous êtes persévérants et présents et c’est un grand plaisir !
Et si je vous fais parfois faux-bond ici, en attendant, vous pouvez aller faire un petit tour sur mon compte instagram.

Les arbres, la lune et l’hiver dans l’Aveyron

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