Perdre ses moyens

Par hasard, j’ai écouté la fin d’une interview, puis le reste : une jeune chanteuse et actrice que vous connaissez si vous avez vu le film La Famille Bélier (dont une de mes étudiantes avait parlé ici).
Une jeune femme toute simple, authentique, qui parle avec naturel de son parcours vers la popularité. Un parcours qui lui a fait croiser un jour mémorable le chemin de Johnny Hallyday. Elle nous offre une sympathique évocation de ce que ça fait d’avoir le trac quand on se croyait à l’abri d’une trop grande émotion ! Et en conclusion, comme chaque fois qu’Augustin Trapenard invite des chanteurs, il y avait une reprise très personnelle d’un grand succès.

L’émission entière est ici.

Voici ce court extrait:
Louane

Transcription
– Ah, je me rappelle très bien ! J’ai passé toute la journée à en avoir rien à faire (1), à part mais c’est tranquille, c’est génial, je m’en fiche (2), ça va être… easy (3). Je me suis retrouvée devant lui et j’ai perdu tous mes moyens (4), à ne pas pouvoir…
– Sur scène ?
– Ouais.
– Ou avant ?
– Sur scène. J’ai été si nulle (5), j’ai tellement perdu mes moyens !
– Parce que vous paniquiez devant lui ? Vous l’aviez chantée petite (6) ?
– Et en fait, c’était un mélange de tout. J’étais tellement persuadée que ça me ferait rien (7) ! Et en fait, il est tellement immense que, bah, d’un coup, il y a tout qui se mélange. Il y a les souvenirs de l’enfance, la relation avec mon père, parce qu’il était complètement fan de Johnny. Tout se mélange à ce moment-là et je suis restée sans voix, à paniquer, à trembler, à… Et il a été adorable.
– On parlait de fausses notes (8) tout à l’heure. Ça vous est déjà arrivé de vous planter (9) complètement en live (10) ?
– Bien sûr ! Bien sûr ! Bien sûr. Typiquement (11), le lendemain des Césars (12), je suis en Suisse pour une promo (13), une télé, où je chante Avenir, qui est quand même une chanson que j’ai écrite moi (14) ! J’arrive sur scène et aucunes paroles ! Je sors, je fonds en larmes (15). Je fonds en larmes et…
– Vous êtes revenue, vous l’avez rechantée, Louane !
– Ouais ! J’ai quand même eu les gens autour de moi qui me soufflaient les paroles (16)!
– Ah bon !
– Et pourtant, j’ai écrit les textes moi (17) ! Ça, ou alors, ouais, être… Ou alors, ça nous est arrivé sur la tournée (18), l’année dernière, je commence une chanson, je la chante en entier, un demi-ton en-dessous ! Sans m’en rendre compte (19) !
– Qu’est-ce que je peux faire, là ? Je peux vous souffler les paroles ? Je vais pas vous donner le ton !
Vous êtes dans quel état ? Vous êtes bien ?
– Ouais. Très bien.
– Ah, ça me fait plaisir que vous soyez bien. Allumer le feu, Johnny Hallyday.
– Merci.
– On vous écoute ? On vous écoute. (20)

Des explications
1. en avoir rien à faire : penser que ce n’est vraiment pas important. J’en ai rien à faire = ça m’est complètement égal. (familier) On peut dire : Il en a rien à faire de ce que je pense ! (Normalement, il faut une négation complète: Je n’en ai rien à faire. Mais comme c’est familier, c’est logique de ne pas dire « ne »)
2. Je m’en fiche : ça m’est égal, ça ne me touche pas.
3. Easy : elle aurait pu dire « facile » quand même !
4. Perdre tous ses moyens : ne plus être capable de faire ce qu’on sait faire d’habitude, être paralysé (par la peur, le trac)
5. être nul : être très mauvais
6. petite = quand vous étiez petite, enfant
7. ça ne me fait rien = ça ne me touche pas, ça ne me déstabilise pas
8. faire une fausse note : ne pas chanter juste ou ne pas jouer la bonne note sur un instrument de musique
9. se planter : se tromper (très familier)
10. en live = en direct, pendant un concert
11. Typiquement : elle l’emploie comme « typically » en anglais, alors que ce n’est pas ce sens-là en français. Elle veut dire qu’elle va donner un exemple qui illustre parfaitement la situation dont il est question. Elle pourrai dire : Par exemple. Ou Un très bon exemple, c’est quand…
12. Les Césars : c’est l’équivalent de la cérémonie de remise des Oscars aux Etats-Unis, qui récompense le monde du cinéma. Elle a eu le Césars du meilleur espoir féminin en 2015, pour son rôle dans La Famille Bélier.
13. Une promo = pour faire la promotion (d’un film, d’un disque, d’un livre, etc. quand ils sortent)
14. que j’ai écrite, moi = que j’ai écrite moi-même = c’est moi qui l’ai écrite. (familier)
15. fondre en larmes : se mettre à vraiment pleurer
16. souffler (les paroles, quelque chose, un mot, etc.) : dire les paroles tout bas pour aider quelqu’un qui a un trou de mémoire, ou qui ne connaît pas la bonne réponse à une question
17. j’ai écrit les paroles, moi = c’est moi qui ai écrit les paroles (familier)
18. sur la tournée : pendant la tournée, c’est-à-dire pendant la période où un chanteur donne des concerts dans différentes villes selon un calendrier. On dit qu’il est en tournée (dans toute la France, en Europe).
19. Sans s’en rendre compte = sans avoir conscience de quelque chose.
20. On vous écoute : bel exemple où seule l’intonation indique si c’est une question ou une affirmation. La voix monte la première fois : c’est une question. Elle descend la deuxième fois : c’est une affirmation.

Et bien sûr, maintenant, vous pouvez aller juste écouter comment elle interprète cette chanson que tous les Français connaissent.
Et après, si vous ne la connaissez pas, la version originale est ici. Rien à voir avec la reprise !

Petites échappées au musée

Berthe Morisot – Julie Manet, sa fille

Echappées quotidiennes au musée Marmottan, avec de courtes vidéos sur instagram : c’était une des bonnes surprises de cette période de confinement. Dans ce musée, tout est beau, Les Nymphéas bien sûr, mais aussi tout ce qui est consacré à Berthe Morisot. (Un musée à taille humaine et qui restait assez accessible quand j’y suis allée il n’y a pas si longtemps.) Alors je suis bien contente de revoir ces tableaux de cette jolie manière.

Voici une sélection de ce que nous ont dit Kathleen Evin et Marianne Mathieu, au fil de leurs gracieuses conversations quotidiennes qui nous emmènent dans quelques-uns des tableaux de ce musée. Et apparemment, elles continuent pendant le déconfinement, en attendant la réouverture des musées probablement. (L’une dans sa cuisine et l’autre depuis son salon).

Avec le premier, nous partons sur la plage de Trouville. Cliquez sur ce lien et pensez à mettre en plein écran si vous regardez sur votre ordinateur. (Et il y a des sous-titres en anglais.)

Puis à l’île de Wight.

Puis en promenade près d’Argenteuil.

Et puis voici Berthe Morisot. Son portrait par Manet et son autoportrait.

J’espère que c’est accessible, même si vous n’avez pas de compte instagram.
Sinon, voici à quoi ça ressemble.

A bientôt

Je continue parce que j’ai pas trouvé

« Je continue parce que j’ai pas trouvé, parce que je sais pas ce que c’est que la danse, donc je sais pas où je vais. Parce que je sais pas ce qu’il faut trouver. Alors je fais chaque fois un ballet encore pour me dire que ce coup-ci, je vais savoir. » (Maurice Béjart)

Vite, vite, allez prendre une petite dose de danse avec le Béjart Ballet de Lausanne. Ils continuent à nous offrir en mai, chaque weekend, leurs ballets. Ce weekend, il y en a deux, jusqu’à ce soir. Swan Song est plein de légèreté, ponctué par les mots de Maurice Béjart. C’est ici. Dans l’autre ballet, Eclats, j’ai beaucoup aimé un passage qui commence à 11’13 : comme un pas de deux, à deux couples, dont les corps s’épousent. Harmonie des gestes. Comme est beau ce moment où le danseur en noir relève sa partenaire puis joue pour ainsi dire avec sa robe ! Moment fugitif. (vers 13’30)
C’est la sortie du dimanche !

Mais mon chouchou, c’est toujours quand même Angelin Preljocaj ! Lui aussi passe son temps à explorer, parce que « ce coup-ci » n’est jamais définitif pour lui non plus. Pendant le confinement, il nous donne accès aux coulisses de plusieurs de ses ballets. Répétitions, recherche, essais, partages, la troupe qui travaille. C’est ici, et là, vous avez un peu plus de temps.

Comme ce sera bien de retourner voir des danseurs et des danseuses sur scène qui se touchent, se frôlent, se portent, s’éloignent, s’approchent ! Qui dansent. Vivement qu’ils piétinent cette idée de distanciation sociale ! Et sans masques, j’espère.