Stendhal, Astérix, ou comment grandir avec les livres

Souvenirs d’enfance, souvenirs de lectures.
Stendhal, Astérix: des classiques, chacun à leur manière !
Mais le même pouvoir, la même capacité à susciter l’envie et à donner le plaisir de lire, très tôt.
Ce serait si étrange une vie sans livres, qu’ils soient de papier ou un peu magiques sur nos liseuses aujourd’hui. Etre riche de tous ces univers, de tous ces mots, de tous ces possibles.
Voici ce que disent ces deux grands lecteurs.

Transcription
En fait, si on me demandait le combustible de ma vie, je dirais: ce sont les bouquins (1). Au gré des (2) lectures, on est amenés finalement à… à s’augmenter de la pensée des autres, hein, à être prolongés en quelque sorte. Moi, les livres, ils me prolongent. Je dirais que le théâtre aussi, hein, hein. Mais le livre, il a un avantage énorme, c’est qu’on l’a. Vous voyez, j’en ai amenés avec moi. Mais j’aime bien, je souligne, je marque des choses. Ça… ça fait vraiment partie de ma vie et des fois, je me dis: Mais d’où ça me vient, ça ? Familialement, je peux pas dire que ma famille était riche, riche en livres. Mais enfin, maman (3), elle considérait qu’on devait lire. Pour elle, c’était comme une espèce de code pour être un homme ou une femme, puisque j’ai des soeurs.On devait lire. Et ça a été un… un immense bonheur. Moi je dirais que le premier livre – j’avais douze ans, peut-être treize – que j’ai lu et qui m’a marqué pour la vie et que je relis d’ailleurs, c’est Le Rouge et le Noir de Stendhal. Je suis tombé amoureux de Mme de Raynal. Je me demande si je ne le suis pas toujours.

Maman est allée à l’école. Papa, il est allé travailler à la mine, il avait quatorze ans, donc c’était le plus jeune mineur du bassin de Charleroi (4). Et maman est allée à l’école jusque (5) quinze ans quand même. On habitait dans les anciens camps de prisonniers allemands. C’était des baraques (6). Donc c’était vraiment la… Le seul moyen de s’en sortir (7), c’était les livres. Voilà pourquoi ils ont décidé que leurs enfants seraient parfaitement intégrés par la culture. Donc ils nous ont inscrits en bibliothèque (8). Le jour où j’ai détesté ma mère le plus au monde, c’est quand elle m’a inscrite à la bibliothèque parce que en fait, à l’époque, pour pouvoir avoir un roman ou une histoire rigolote (9), il fallait prendre deux documentaires – un livre sur la vie animalière ou sur l’histoire des planètes ou…enfin peu importe (10), sur le Moyen Age (11), enfin peu importe. Et puis après, bah, j’ai découvert les bandes dessinées. Et j’ai découvert Astérix (11) et là, je me suis plongée… Enfin c’était délicieux. D’ailleurs je vais toujours en rechercher de temps en temps.

Quelques détails:
1. un bouquin: un livre (familier)
2. au gré de… : au hasard de… / en fonction de…
3. maman: je trouve toujours ça touchant quand un adulte dit « maman » en parlant à quelqu’un d’autre de sa mère. C’est intime. La plupart du temps, quand on parle aux autres de ses parents, on dit: Mon père, ma mère.
4. Charleroi: en Belgique. C’est un bassin houiller. (donc avec des mines de charbon, qui ont fermé.)
5. jusque 15 ans: on dit normalement Jusqu’à 15 ans.
6. des baraques: ce n’était pas des maisons en dur, juste des constructions en planches par exemple. Dans ce sens, ce mot n’est pas familier du tout. Mais dans d’autres contextes et très familièrement, il peut signifier « maison »,comme dans: Ils ont une belle baraque.
7. s’en sortir: réussir dans la vie
8. en bibliothèque: on dit aussi plus souvent: à la bibliothèque.
9. rigolo (rigolote au féminin): drôle, amusant (familier)
10. peu importe: ça n’a pas d’importance, ce n’est pas ça qui est important.
11. le Moyen Age: la période de l’histoire après l’Antiquité et jusqu’à la Renaissance.
12. Astérix: c’est ce Gaulois très malin qui fait partie de la culture française, avec ses aventures en compagnie d’ Obélix et du chien Idéfix et qui triomphe toujours des Romains. Tous les Français connaissent Astérix. (par les BD ou par les films qui en sont tirés.) Incontournable comme on dit aujourd’hui !

Reprendre le rythme

Pour ceux qui ont peu de vacances pour les fêtes de fin d’année, ce n’est pas drôle quand Noël et le Jour de l’An tombent un dimanche ! Peu de temps pour se remettre des réveillons. Déplacements parfois un peu précipités. Et retour au travail dès le lundi matin.
Les petits Français, eux, ont toujours deux semaines de vacances à cette période. Parfois, elles sont tardives et commencent juste avant Noël. Parfois, elles démarrent plus tôt, comme cette année. L’inconvénient, c’est qu’il faut retourner en classe très peu de temps après le Jour de l’An. Alors, le calendrier avait été légèrement modifié cette année et les enfants ne sont retournés à l’école que ce mardi matin au lieu d’hier. N’empêche* ! Les mines étaient un peu fatiguées. Tout ce petit monde avait oublié comme un réveil peut être brutal ! (Et ils n’étaient pas les seuls !)

Transcription:
Mais tout d’abord, c’est la rentrée (1). La plupart des élèves reprennent le chemin de l’école ce matin. L’Education Nationale (2) avait repoussé d’un jour cette rentrée 2012 pour laisser 24 heures supplémentaires aux enfants afin de récupérer de la nuit de la Saint Sylvestre (3), mais aussi des couchers tardifs et de la fatigue des multiples voyages pour aller voir la famille car parents et enseignants (4) le confirment: les vacances de Noël sont les plus fatigantes pour les enfants.

Difficile de sortir du lit pour la plupart des écoliers (5) ce matin. Amélie n’a que neuf ans. Pourtant, comme beaucoup d’enfants, elle a veillé (6) pour les fêtes de fin d’année, comme les grands.
– Le soir du réveillon (7), c’était 2 heures et le Jour de l’An (8), c’était 6 heures du matin.
Sa mère, Julie, n’a pas voulu imposer de rythme de sommeil pendant les vacances même si, elle le sait bien, les premiers jours d’école sont durs à vivre pour ses enfants.
– Pour se lever le matin, c’est très difficile. Pour les emmener à l’école, c’est très difficile aussi. Ils veulent pas y aller. Les devoirs le soir, c’est pénible. Forcément au quotidien, c’est plus difficile à gérer. En général, effectivement (9), il faut une semaine, dix jours d’adaptation pour reprendre un rythme un peu normal, sachant que, de toute façon, la fatigue accumulée pendant les 15 jours (10) est une fatigue qui est difficile à récupérer (11). Donc même en les couchant tôt, ils ont un petit peu de mal (12) à être opérationnels le… comme normalement en fait.

Les enseignants aussi constatent cet état de fatigue généralisé. Sylvain Grandcer est professeur des écoles (13) en Haute-Normandie. Chaque année, il adapte son emploi du temps pour les premiers jours de janvier.
– Ce qu’on peut faire quand même dans la classe, bah bien entendu, c’est de donner peut-être un peu plus de place… ben au chant, à l’anglais, au sport, parce que si la classe consiste à rester six heures par jour assis, attentif, ça va être effectivement très, très pénible pour tout le monde.

La rentrée 2013, elle (14), aura lieu le 7 janvier. Les élèves auront donc six jours l’année prochaine pour se reposer avant de reprendre l’école.

Quelques détails:
1. la rentrée: c’est la période où les enfants reprennent l’école, donc après chaque période de vacances. Mais si on ne précise pas quand, le mot rentrée renvoie en général à la rentrée de septembre, quand une nouvelle année scolaire ou universitaire commence.
2. l’Education Nationale: c’est le nom du ministère qui gère l’enseignement en France et qui fixe par exemple le calendrier de l’année scolaire pour tous les établissements scolaires.
3. La Saint Sylvestre: c’est la dernière nuit de l’année. On parle donc du réveillon de la Saint Sylvestre.
4. parents et enseignants: on pourrait bien sûr dire: Les parents et les enseignants. L’omission de « les » donne un côté encore plus général à cette affirmation. Elle n’est pas rare, notamment quand il s’agit du sujet du verbe.
5. les écoliers: ce sont les enfants qui vont à l’école primaire. Ensuite, ils deviennent des collégiens (au collège), puis des lycéens (au lycée). Et s’ils continuent leurs études dans l’enseignement supérieur, ce sont des étudiants.
6. veiller: rester debout tard le soir. Se coucher tard.
7. le réveillon: il y en a deux dans l’année: celui du 24 décembre et celui du 31 décembre. Ici, elle veut parler de Noël.
8. Le Jour de l’An: c’est comme ça qu’on appelle le 1er janvier.
9. effectivement = c’est vrai.
10. 15 jours: c’est comme ça que les Français désignent le plus souvent une période de deux semaines, alors qu’il n’y a que 14 jours dans deux semaines ! On utilise beaucoup cette expression: J’ai quinze jours de vacances / Il arrive dans 15 jours. (Deux semaines est bien sûr tout à fait possible.)
11. récupérer: la phrase est un peu bizarre, même si on comprend parfaitement. On dit normalement qu’on récupère de quelque chose (d’une grande fatigue, du voyage, d’une nuit blanche, etc…), avec la préposition de. Alors, il faudrait dire: c’est difficile de récupérer de cette fatigue. / une fatigue dont il est difficile de récupérer . Ou alors, changer de verbe: une fatigue difficile à effacer, à surmonter.
12. avoir du mal / un peu de mal / beaucoup de mal à faire quelque chose: avoir des difficultés (plus ou moins grandes) à faire quelque chose.
13. un professeur des écoles: c’est le nom officiel qui a remplacé il y a quelques années les termes instituteur et institutrice (cependant encore très utilisés par les Français)
14. la rentrée 2013, elle, aura lieu… : le pronom « elle » est utilisé pour marquer le contraste entre cette rentrée à venir et celle d’aujourd’hui. (Il ne s’agit pas d’un style familier, oral où on reprend souvent le sujet par le pronom, comme dans: Les enfants, ils sont fatigués. / Amélie, elle ne veut pas aller à l’école.) Il faut absolument mettre le pronom entre virgule et marquer une légère pause à l’oral. De toute façon, pour mettre en relief,il ne s’agit pas des mêmes pronoms: Les enfants, eux, sont contents. (par opposition à leur parents par exemple)  / Le frère d’Amélie, lui, s’est couché tôt. (par opposition à Amélie par exemple).

* N’empêche ! : cependant / pourtant