Ça tombe bien !

Fin d’un long weekend pour beaucoup de Français. C’est que cette année, par le hasard des dates, deux jours fériés se suivaient dans la même semaine: le 8 mai et l’Ascension. Et comme c’était un mercredi et un jeudi, c’était l’occasion de faire ce que nous appelons Faire le pont, c’est-à-dire prendre aussi le vendredi pour enchaîner avec le weekend. Cette année, c’est bien tombé !

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Mais bien sûr, tous les ans, invariablement, il y en a pour nous expliquer que ça tombe très mal. Rendez-vous compte, l’économie est en danger, avec tous ces Français qui ne pensent qu’à se reposer. Quelle calamité, ces jours fériés qui tombent en mai-juin ! Eh oui, le 1er mai, fête du travail et le 8 mai tombent toujours en mai, et qui plus est, le même jour de la semaine … L’Ascension est toujours un jeudi, le lundi de Pentecôte – sans surprise un lundi – est (plus ou moins) férié aussi, en mai ou juin selon les années.

Ces gardiens de notre productivité oublient en général de dire que cela s’équilibre au fil du temps et que certaines années, le 1er et le 8 mai tombent le weekend. Tout comme Noël et le Jour de l’An.
Ils oublient aussi de mentionner que de plus en plus de Français travaillent ces jours-là, dans les magasins et les supermarchés, parce que ce serait dommage quand même de ne pas pouvoir consommer, acheter, dépenser !
Ils oublient aussi que la terre ne va pas s’arrêter de tourner pour ça.

Long weekend donc, et beaucoup de monde à Marseille, touristes (c’est bon pour l’économie!) et Marseillais, pour flâner du côté des nouveaux musées de la ville, installés dans des lieux rendus au public ou du côté du Vieux Port, qui vient de faire peau neuve, avec son ombrière aux multiples reflets.

Musée

Marseille L' Ombrière du Vieux Port

Une chose est sûre, c’est que ces jours fériés sont d’abord des jours de congé ! Certains et certaines sont un peu dans le vague quant au pourquoi de ces dates. (Ce qui reflète la place de la religion catholique et montre que les Français n’ont pas tous retenu les cours d’histoire !) A écouter ici:Transcription :
– Je me suis pas posé la question, je vous avouerais !
– Non non, je suis pas au courant (1). Il y a un jour férié ?
– Ben oui. C’est l’Ascension.
– Oui, oui, c’est l’Ascension, non ?
– Bien sûr, le 8 mai, c’est la fin de la deuxième guerre mondiale. Comme d’habitude, depuis toujours (2), un défilé et un hommage, sous l’Arc de Triomphe, au Soldat Inconnu.
– Le 8 mai ? L’Ascension !
– Alors, attendez, le 8 mai 45, c’était la Libération de Paris (3).
– C’est la Pentecôte, c’est ça ? Ou l’Ascension. Je sais plus. Je sais pas exactement.
– Moi, je sais pas. Tout ce que je sais, c’est que je bosse (4) pas !
– Bah, la Libération de 45. On fête la victoire, de l’arrêt de la guerre entre l’Allemagne et les pays alliés.
– Ça représente d’abord des souvenirs personnels puisque à cette époque-là, j’avais neuf ans et je venais de recevoir, sur les maisons que j’habitais, à deux reprises (5), des obus qui venaient de je ne sais où et où j’ai failli (6) perdre ma grand-mère d’une part et ma petite sœur d’autre part. Pour moi, c’est fondamental, d’une part parce que j’ai vécu cette période et puis d’autre part pour les jeunes générations. Ils ont besoin – et j’ai une petite fille qui a dix ans et qui a besoin de savoir – et donc il est important pour les générations qui viennent derrière nous que ces cérémonies se poursuivent dans le temps.

Quelques détails :
1. ne pas être au courant : ne pas savoir
2. depuis toujours : en fait, le 8 mai n’a plus été un jour férié pendant longtemps. Il a été rétabli en 1981.
3. la Libération de Paris : c’est en fait en août 1944. Le 8 mai 45 est le jour où a été annoncée la capitulation de l’Allemagne.
4. bosser : travailler (familier)
5. à deux reprises : deux fois
6. j’ai failli (+ verbe) : c’est presque arrivé mais finalement, non. Par exemple : J’ai failli l’appeler. Mais finalement, je me suis débrouillée toute seule. / Il a failli perdre la vie en faisant l’ascension de l’Everest. On emploie ce verbe (faillir) au passé composé uniquement aujourd’hui. (Parfois au plus-que-parfait: il avait failli… et au passé simple dans les romans: il faillit…)

Mais qui va s’occuper de ton linge ?

Lessive
Les mères. Leurs fils.
Nos fils. Tout ce qu’on fait avec eux, pour qu’ils deviennent grands.
Et aussi ce qu’on jurait de ne jamais faire ! Parce qu’on ne savait pas encore.
Histoires de mères et de leurs fils devenus grands. Histoires d’amour pour toujours.
« Mais qui va s’occuper de ton linge ? » Question éternelle, posée avec humour ici !Transcription :
…Son fils partant, voulant partir, vers 18 ans, 19 ans, [elle] a dit – et c’est… c’est une phrase que j’ai mise dans le texte évidemment, dans… dans le scénario(1) : « Mais qui va s’occuper de ton linge ? » Et là, je me suis moquée. J’avais pas encore d’enfants.
J’ai dit : « Oh bah quand même ! (2) C’est pas… »
« Oui, ça va (3) ! Tu verras, tu verras ! »
J’ai vu ! Effectivement ! Il y a plein de mères qui sont trop contentes que leur fils arrive avec leur ballot (4) de linge à laver à la maison, alors qu’ils ont… Franchement, ils peuvent… il y a toutes les laveries de la terre à proximité, hein, si ils veulent. Parce que ça reste un lien, même s’il est nase (5)! Bon, on préfère avoir d’autres liens. Moi je préfère discuter… J’ai un fils qui est luthier (6), je préfère qu’il me parle de son métier plutôt que de me faire laver ses chemises, on va dire. Ce qu’il fait pas, d’ailleurs… Et que je fais de temps en temps… Quand il arrive, je dis: « Tu veux que… » «  Mais non. » « Si… » Voilà. Discrètos (7), mais je le fais discrètement.
Comment dire ? C’est vrai que une absence… Quand j’ai interviewé des fils, entre 20 ans et 50 ans, ce que j’ai réco[lté]… recueilli, à part un déni – parce que les gens sont dans le déni (8), voilà. Les mères disent :  » Mais c’est normal, mais c’est naturel qu’ils s’en aillent. Moi, j’ai aucun problème avec ça. » Bien sûr que c’est naturel et c’est normal. Il faut qu’ils s’en aillent ! Mais c’est barbare ! Je veux dire, quand on aime un homme, quand on aime quelqu’un, on fait tout pour le garder. On se fait le plus belle (9) possible, le plus intelligente, le plus drôle, le plus amoureuse, le plus tout…, le plus, le plus, le plus, pour le garder. Avec les enfants, on fait le plus, le plus, le plus, pour qu’ils s’en aillent. Ce qui est quand même donc biza[…] enfin, c’est pas bizarre, c’est naturel, c’est naturellement barbare. Mais bon, donc j’ai interviewé une vingtaine de garçons et ils m’ont tous dit : « J’adore ma mère. Mais elle est un peu lourde (10).» En gros (11), je résume. Il y a un Corse, un jeune acteur corse que j’avais rencontré au moment de Noël, et à qui je dis : « Qu’est-ce que tu vas faire à Noël ? Tu… tu vas en Corse ? » Il m’avait répondu : « Oh, bah si j’y vais pas, ma mère, elle m’envoie une équipe ! » Ce qui m’avait fait beaucoup rire et je m’étais dit : Ah ! Si moi j’avais le pouvoir d’envoyer une équipe ! C’est pas mon genre (12). Mais donc il y a des mères dont on sent que c’est incontournable. Moi je suis plus laxiste que ça. Je pleure dans les coins (13) mais jamais… Alors en plus, on pleure dans les coins ! On pleure pas… on pleure pas devant eux.

Quelques explications :
1. le scénario : Brigitte Rouan est cinéaste donc il s’agit du scénario de son dernier film: Tu honoreras ta mère et ta mère. (que je n’ai pas vu.)
2. Bah quand même ! : cette exclamation sert à protester et à affirmer le contraire de ce qui vient d’être dit. Par exemple :
– Tu vas savoir faire ?
– Oh bah quand même !
(= bien sûr, ce n’est pas si compliqué que ça.)
– Tu as pensé à son anniversaire ?
– Bah quand même !
(= je ne suis pas totalement idiot. Je suis capable de penser à ces choses-là. Ou bien : c’est tellement important que je ne risque pas d’oublier.)
– Il faut que je lui fasse son repas.
– Oh bah quand même !
(= il est assez grand pour le faire lui-même.)
3. ça va : cette expression a beaucoup de sens différents. On peut l’utiliser comme ici pour « attaquer » la personne qui vient de nous dire quelque chose, quand on n’accepte pas une réflexion, une critique, pour montrer que ça nous irrite. Voici deux exemples :
– Je trouve que tu n’aurais pas dû lui dire ça.
– Oh, ça va ! Je dis ce que je veux !
– Tu te lèves trop tard le matin.
– Oh, ça va ! Je ne suis jamais en retard au travail.

Evidemment le ton n’est pas le même que quand on dit que tout va bien. C’est un ton agacé.
4. Un ballot : un sac, un paquet
5. nase : nul / mauvais (familier)
6. un luthier : il fabrique des violons, des altos.
7. Discrètos : discrètement. (Vous ne trouverez pas ce mot dans le dictionnaire, c’est juste oral et familier)
8. être dans le déni : refuser de voir la réalité en face
9. le plus belle possible : il faudrait dire : la plus belle possible. (Et même chose pour la suite : la plus intelligente, etc…) C’est bizarre de mélanger du féminin et du masculin comme ça, même à l’oral, qui est pourtant plus souple.
10. Elle est lourde = elle m’agace, elle est pénible.
11. En gros : sans entrer dans les détails
12. Ce n’est pas mon genre : ce n’est pas ma manière de faire.
Par exemple :
– Appelle-le ! Insiste !
– Oh, c’est pas mon genre (d’insister). J’attends qu’il prenne le temps de me répondre.

13. Dans les coins : en cachette, sans se montrer.

Et un peu de vocabulaire familier pour terminer, avec les mots qui se terminent par -os, en devenant de l’argot, comme discrètos:
– calmos= calmement.
ça va calmos aujourd’hui. On n’a pas beaucoup de clients.
Oh ! Calmos ! C’est quoi, tout ce bruit ici ?
– craignos: douteux / dangereux.
Il est craignos, ce type.
C’est craignos ici. Je reste pas !
– nullos : nul
Tu es un gros nullos !
– chicos: chic, élégant
Il était habillé chicos pour le mariage de sa sœur!
– du matos: du matériel
Ce photographe, il a du super matos !
– gratos: gratuitement
Dis-lui que tu viens de ma part. Il te réparera ça gratos.

On prononce le « s » à la fin de ces mots: