Sale temps sur la France !

C’est l’automne, il pleut, il y a du vent. Rien de surprenant. Mais dimanche, dès le matin, il a fait vraiment très mauvais temps en Vendée, sur la côté atlantique. Et l’après-midi, Marseille et les alentours ont été touchés. Les prévisionnistes de Météo France ne s’était pas trompés. Mais ce qui a pris tout le monde au dépourvu, ce sont les deux tornades qui se sont formées dans ces régions: sur une petite ville en Vendée et dans une zone commerciale très fréquentée le dimanche près de Marseille.

Transcription:
(Le bulletin météo du matin:)
Vigilance Orange (1) sur sept départements entourant le Val de Loire, de la Vendée et de la Loire-Atlantique jusqu’au Loiret pour cause de pluies intenses qui arrosent actuellement ces départements, en outre (2) exposés à de fortes rafales de vent. Cette zone très pluvieuse va se décaler au cours des prochaines heures du sud du Bassin Parisien vers le nord-est du pays: Champagne-Ardennes et Lorraine.

– C’est l’orage qui m’a réveillé. Je me suis levé pour débrancher… Je voulais débrancher ma télé, je voulais débrancher deux-trois trucs (3), quoi. Je suis sorti (4) donc dans le couloir, là, de la maison, hein, et j’ai entendu un espèce (5) de brouhaha (6) impressionnant. Ça venait sur la maison. Tout d’un coup, j’ai entendu la toiture se lever et j’ai entendu des tuiles qui retombaient après sur la toiture. Ça a pas duré longtemps, hein! Ça a pas duré une minute, je pense pas, hein. C’est impressionnant, très, très impressionnant quand même !
– Vous avez eu peur ?
– Oh bah, oui ! Pour avoir eu peur, oui, j’ai eu peur (7), oui ! J’ai jamais connu ça. Ça fait tout drôle (8), hein ! J’ai un grand sapin qui faisait 25 à 30 mètres qui est tombé aussi. J’ai cru que c’était un… je sais pas… Ça m’est jamais arrivé, j’ai cru que c’était un avion ou je sais pas trop ! Mais c’est vrai que c’est venu d’un seul coup, en l’espace d’une fraction de seconde, hein. On n’a pas le temps de réagir, je vous le dis tout de suite, hein. C’est impressionnant ! Impressionnant, impressionnant ! On a eu la trouille (9).

La maison s’est mis (10) à trembler. On avait l’impression qu’il y avait des explosions et puis j’ai pris les enfants. Tout de suite, je les ai mis en sécurité. Et en passant dans une des pièces, les… les volets (11) étaient pas fermés, il y avait plein de débris qui volaient de partout par… enfin les… les toits s’envolaient. C’était l’apocalypse !

Il y a une branche qui est tombée sur la maison, quoi, qui m’a cassé toutes les tuiles, tout. Moi j’attends les pompiers. Mais bon, le nécessaire est fait. Il faut attendre que, bon, que ça sèche. J’ai les maçons qui viennent demain. J’ai mis des seaux partout parce que les plafonds… Il y a plein de boue, quoi. Bon, ça me fait mal. C’était mon dernier chantier, en plus, que j’ai fait.

(La suite du bulletin météo:)
D’autres pluies abondantes sont par ailleurs prévues pour l’après-midi dans le sud-est sous forme d’orages, de la Provence-Côte d’Azur aux Alpes, des orages qui atteindront la Corse en soirée. Pour l’instant, c’est plutôt du beau temps dans le sud et le sud-est du pays.

La tornade nous est arrivée dessus. Il y a plein de ferraille, de… Tous les panneaux publicitaires de la zone se sont envolés. Les voitures qui étaient là sur le bord ont pris des panneaux publicitaires dessus, donc elles ont les pare-brise cassés. C’est un paysage incroyable ! Cinq minutes, ça a duré ! Même pas plus ! Tout le monde était paniqué et courait dans tous les sens. Tout le monde essayait de trouver un abri mais franchement, c’était… Tout le monde était en panique (12), hein !

Quelques explications
1. Vigilance orange: Météo France place des zones en vigilance lorsque des conditions météo plus extrêmes le nécessitent, pour que les gens prennent leurs précautions. Selon la couleur, c’est plus ou moins intense.
2. en outre: de plus, également
3. un truc: une chose. On emploie ce mot familier quand on ne fait pas l’effort de chercher le mot exact dont on a besoin. Ici, cet homme  aurait pu employer le mot appareil, pour parler de tout ce qui fonctionne à l’électricité.
4. sortir: ce verbe s’emploie avec l’auxiliaire « être ». (sauf s’il s’agit de sortir quelque chose: par exemple: j’ai sorti la poubelle. / J’ai sorti mes clés de ma poche.) Pourtant, on dirait qu’il dit « J’ai sorti ».
5. un espèce: il faut dire une espèce de, même si le mot qui suit est masculin. Beaucoup de Français se trompent, alors qu’avec « une sorte de », qui est synonyme, personne ne fait la faute.
6. le brouhaha: beaucoup de bruit.
7. Pour avoir eu peur, j’ai eu peur! : Le début de la phrase n’exprime pas le but ici. C’est un moyen de renforcer ce qui est dit. (style familier)
8. ça fait tout drôle: c’est très bizarre. (familier)
9. avoir la trouille: avoir peur (familier)
10. s’est mis à trembler: il faudrait dire: La maison s’est mise à trembler, en accordant « mise »  car le mot maison est féminin.
11. Les volets: voilà une situation dans laquelle les volets (dont sont équipées les maisons françaises) peuvent servir, pour protéger contre les intempéries !
12. tout le monde était en panique: ce n’est pas très correct comme expression en français. Si on veut employer le nom, il faudrait dire: C’était la panique.

Pas tout à fait pour demain

Il est des vérités bonnes à rappeler. Petit hommage à toutes ces femmes et ces hommes qui se sont battus et continuent à se battre pour que les femmes et les hommes vivent ensemble, dans l’égalité, sans enfermement de quelque sorte que ce soit, à commencer par cet enfermement vestimentaire qu’on voit s’installer, symbole de régression et tellement contraire à l’idée de laïcité et de liberté.
Transcription:
– Sur le terrain (1), j’étais regardée un peu comme un extra-terrestre, bien sûr, par les gens quand j’arrivais. Les femmes se posaient la question de savoir si j’étais vraiment une femme puisque je jouissais (2) d’attributs qui étaient des attributs virils: je savais lire et écrire, j’avais une voiture, j’avais un appareil photo, j’avais un magnétophone. Et donc, lors de mes premiers séjours, il m’est arrivé d’être palpée par des vieilles dames, pour vérifier que j’étais bien une femme et non pas un homme masqué.
– Tout au long de votre vie, non seulement vous avez réfléchi à ces liens entre masculin et féminin. Mais plus que tout, vous avez fait l’expérience de ces liens compliqués.
– En faire l’expérience, comme, oui, j’en suis à peu près assurée que… qu’un être humain, en tout cas aucune femme ne puisse jamais dire qu’elle ne s’est pas rendu compte de la hiérarchie qui existait entre les sexes et peut-être qu’il n’y en a pas une qui puisse dire qu’elle n’en a jamais souffert. Je me souviens, un collègue, entre guillemets (3), avait un jour dit, non pas en me parlant à moi parce qu’il m’ignorait – il était un homme, lui ! – il parlait à mon mari et lui avait dit en parlant du Deuxième sexe, de Simone de Beauvoir
, il lui avait dit d’un air mais (4) totalement condescendant et méprisant: C’est pas trop mal (5) pour une femme. Et donc je lui ai, comme on dit, volé dans les plumes (6).
Je me souviens d’un jour au Collège de France, où dans une réunion pré-electorale (7), mes collègues oubliaient que j’étais une femme quand j’étais là, et donc il y en a un qui prend la parole pour un candidat potentiel en disant qu’à l’occasion d’un colloque, et dans une discipline qui n’était pas la sienne, il avait rencontré une personne extraordinaire et il disait: « Mes chers collègues, pardonnez-moi mais c’est une femme ». Et là, il se lève et il dit: « Mais une femme absolument remarquable ! » Et moi, je m’attendais à ce qu’il dise en quoi elle était intellectuellement remarquable. Et il dit: « Si vous voyiez quelle beauté ! » « Elle était auburn, elle avait les cheveux longs, sur les épaules, elle avait une très belle poitrine, et des jambes, mes chers collègues, si vous voyiez ses jambes ! » Alors je l’ai laissé dire et puis j’ai demandé la parole et puis j’ai dit:  » Mes chers collègues, j’ignorais que, comme à l’armée, il y avait une note de gueule (8), pour rentrer au Collège de France. La prochaine fois que je présenterai un candidat, je ne manquerai pas (9) de vous dire mon sentiment (10) sur son apparence physique. »
– Ce modèle archaïque, pensez-vous qu’un jour il disparaîtra ou en tout cas, il s’atténuera ?
– Oui, bien sûr. Ça prend du temps. Et ce qui me… me fait… me rend un peu triste, c’est moins le temps que cela prend que cela déçoit énormément à notre époque qui est pressée, les jeunes filles que je vois souvent être persuadées que toutes les choses importantes, tous les acquis ont été obtenus, les lois ont été passées, qu’il n’y a plus rien à faire et que l’égalité est là. Je pense personnellement que de toute façon, même si c’est un peu en zigzag (11), la voie mène progressivement vers l’égalité. Simplement, c’est pas pour demain.

Quelques explications:
1. sur le terrain: quand elle allait observer et étudier ce qui se passait dans la réalité, puisqu’elle était anthropologue. Le terrain, c’est le lieu de l’observation.
2. jouir de quelque chose: avoir, posséder quelque chose. (style soutenu)
3. un collègue, entre guillemets: cela signifie que pour elle, le terme « collègue » n’est pas très approprié. Cet homme ne mérite pas vraiment le nom de collègue.
4. mais totalement condescendant: ce « mais » à l’oral sert à renforcer l’idée qui suit.
5. c’est pas trop mal: cela signifie que c’est moyen, pas exceptionnel.
6. voler dans les plumes (de quelqu’un): attaquer quelqu’un verbalement. (familier)
7. une réunion pré-électorale: pour devenir professeur au Collège de France, il faut être présenté et élu par ses membres en place.
8. la gueule: le visage (familier)
9. ne pas manquer de faire quelque chose: ne pas oublier de faire quelque chose, le faire absolument.
10. mon sentiment: ce que je pense / mon avis
11. en zigzag: pas en ligne droite. Donc ici, cela signifie qu’il y a des avancées puis des reculs. Il n’y a pas une progression linéaire et constante.