On s’en fout, on n’y va pas !

On a tous dit ça ou eu envie de le dire un jour ou l’autre.

Le personnage de la chanson de Bénabar, lui, c’est à un dîner qu’il n’a pas envie d’aller, parce que franchement, ça lui casse les pieds*. Alors toutes les excuses sont bonnes, même les plus bidon**, pour échapper à cette corvée où sa copine ou sa femme veut le traîner ! Il a d’autres plans, somme toute assez simples !

Bénabar est très fort pour raconter la vie quotidienne dans ses chansons, avec humour souvent et profondeur toujours. Certaines sont drôles, d’autres plus tragiques. C’est la vie telle qu’elle est, très bien observée par un grand chanteur.


Pour écouter, c’est là.

  • Les paroles:
    J’veux pas y aller à ce dîner,
    J’ai pas le moral (1),
    Je suis fatigué.
    Ils nous en voudront pas (2).
    Allez, on n’y va pas.
    En plus, faut que je fasse un régime,
    Ma chemise me boudine (3),
    J’ai l’air d’une chipolata (4),
    Je peux pas sortir comme ça.
    Ça n’a rien à voir, je les aime bien tes amis,
    Mais je veux pas les voir parce que j’ai pas envie.

    On s’en fout (5),
    On n’y va pas,
    On n’a qu’à se cacher sous les draps,
    On commandera des pizzas (6), toi, la télé et moi.

    On appelle,
    On s’excuse,
    On improvise,
    On trouve quelque chose,
    On n’a qu’à dire à tes amis qu’on les aime pas et puis tant pis.

    Je suis pas d’humeur (7).
    Tout me déprime et il se trouve que par hasard,
    Y a un super bon film à la télé ce soir.
    Un chef-d’œuvre du 7ème art que je voudrais revoir,
    Un drame très engagé sur la police de Saint-Tropez.
    C’est une satire sociale dont le personnage central est joué par de Funès (8),
    En plus y a des extraterrestres.

    On s’en fout,
    On n’y va pas,
    On n’a qu’à se cacher sous les draps,
    On commandera des pizzas, toi la télé et moi,
    On appelle, on s’excuse, on improvise,
    On trouve quelque chose,
    On n’a qu’à dire à tes amis qu’on les aime pas et puis tant pis.

    On s’en fout,
    On n’y va pas,
    On n’a qu’à se cacher sous les draps,
    On commandera des pizzas, toi, la télé et moi.

    J’ai des frissons, je me sens faible,
    Je crois que je suis souffrant.
    Ce serait pas raisonnable de sortir maintenant.
    Je préfère pas (9) prendre de risque,
    C’est peut-être contagieux,
    Il vaut mieux que je reste,
    Ça m’ennuie mais c’est mieux.
    Tu me traites d’égoïste,
    Comment oses-tu dire ça?
    Moi qui suis malheureux et triste
    Et j’ai même pas de home-cinéma.

    On s’en fout,
    On n’y va pas,
    On n’a qu’à se cacher sous les draps,
    On commandera des pizzas, toi la télé et moi,
    On appelle, on s’excuse, on improvise,
    On trouve quelque chose,
    On n’a qu’à dire à tes amis qu’on les aime pas et puis tant pis.

    On s’en fout,
    On n’y va pas,
    On n’a qu’à se cacher sous les draps,
    On commandera des pizzas, toi, la télé et moi.

    Quelques détails :
    1. J’ai pas le moral : je suis un peu déprimé, un peu triste.
    2. en vouloir à quelqu’un : être fâché contre quelqu’un.
    3. boudiner : serrer (pour des habits) (familier)
    4. une chipolata : c’est une saucisse, souvent vendue sous plastique. Pas très valorisant comme comparaison, mais très visuel !
    5. On s’en fout : on s’en fiche / ça ne fait rien (très familier)
    6. commander des pizzas : il y a beaucoup de livreurs de pizzas à domicile en France, très occupés les weekends ou les soirs de matchs de foot.
    7. Je suis pas d’humeur : je ne suis pas d’humeur à voir des gens, je n’ai pas envie.
    8. Le super bon film en question est un film plutôt débile, avec Louis de Funès, qui a fait plein de films pour faire rire les gens. On peut aimer cet humour ou pas mais ça fait partie des grands « classiques » français !  Ce n’est sûrement pas un film engagé, ni une satire sociale ! Bénabar est ironique !
    9. je préfère pas prendre de risque : normalement, on devrait dire : « Je préfère ne pas prendre… » Mais quand on parle, on oublie souvent « ne ». Les paroles de la chanson ressemblent à une vraie conversation.

    * casser les pieds : ennuyer quelqu’un.
    ** bidon : faux, et donc plutôt nul. (familier)

    Bon, bref, vous avez compris, j’aime les chansons de Bénabar.
    Séverine aussi. On en parle sur France Bienvenue.
    Si ça vous dit d’ écouter, c’est là.

  • Midi 20

    Grand Corps Malade : c’est le nom de scène du slameur Fabien Marsaud.
    Fabien est donc grand. Mais son corps de sportif a été malmené lors d’un accident idiot dans une piscine.  
    Sa vie a alors pris une autre direction et c’est ce qu’il dit dans ses textes.

    Midi 20  a déjà 4 ans mais l’écouter vous prend toujours aux tripes*, avec la même force que la première fois.
    Toute la jeune vie bouleversée de Grand Corps Malade racontée à l’échelle d’une journée, avec lucidité, avec la rage de vivre, et une immense poésie à travers des mots de tous les jours.
    (Et c’est comme ça dans tout l’album. A écouter absolument !)


    Pour écouter, c’est là.

    Les paroles :
    Je suis né tôt ce matin, juste avant que le soleil comprenne,
    Qu’il va falloir qu’il se lève et qu’il prenne son petit crème (1),
    Je suis né tôt ce matin, entouré de plein de gens bien,
    Qui me regardent un peu chelou (2) et qui m’appellent Fabien.
    Quand le soleil apparaît, j’essaie de réaliser ce qu’il se passe,
    Je tente de comprendre le temps et j’analyse mon espace,
    Il est 7 heures du mat’ (3) sur l’horloge de mon existence,
    Je regarde la petite aiguille et j’imagine son importance.
    Pas de temps à perdre ce matin, je commence par l’alphabet,
    Y’a plein de choses à apprendre si tu veux pas finir tebê (4),
    C’est sûr, je serai pas un génie mais ça va, y’a pire,
    Sur les coups de 7 heures et demie (5), j’ai appris à lire et à écrire.
    La journée commence bien, il fait beau et je suis content,
    Je reçois plein d’affection et je comprends que c’est important.
    Il est bientôt 9 heures et demie et j’aborde l’adolescence,
    En pleine forme, plein d’envie et juste ce qu’il faut d’insouciance.
    Je commence à me la raconter (6), j’ai plein de potes (7) et je me sens fort,
    Je garde un peu de temps pour les meufs (8) quand je suis pas en train de faire du sport,
    Emploi du temps bien rempli, et je suis à la bourre (9) pour mes rancards (10).
    Putain (11), la vie passe trop vite !  Il est déjà 11 heures moins le quart.
    Celui qui veut me viser, je lui conseille de changer de cible,
    Me toucher est impossible, à 11 heures je me sens invincible,
    Il fait chaud, tout me sourit, il manquait plus que je sois amoureux,
    C’est arrivé sans prévenir sur les coups d’11 heures moins 2.
    Mais tout à coup, alors que dans le ciel, y’avait pas un seul nuage,
    A éclaté au-dessus de moi un intolérable orage,
    Il est 11 heures 08 quand ma journée prend un virage,
    Pour le moins inattendu. Alors je tourne mais j’ai la rage (12).
    Je me suis pris un éclair, comme un coup d’électricité,
    Je me suis relevé mais j’ai laissé un peu de mobilité,
    Mes tablettes de chocolat (13) sont devenues de la marmelade,
    Je me suis fait à tout ça (14), appelez moi Grand Corps Malade.
    Cette fin de matinée est tout sauf une récréation,
    A 11 heures 20, je dois faire preuve d’une bonne dose d’adaptation.
    Je passe beaucoup moins de temps à me balader rue de la Rép’ (15),
    Et j’apprends à remplir les papiers de la Cotorep (16).
    J’ai pas que des séquelles physiques, je vais pas faire le tho-my (17),
    Mais y’a des cicatrices plus profondes qu’une trachéotomie.
    J’ai eu de la chance, je suis pas passé très loin de l’échec et mat (18),
    Mais j’avoue que j’ai encore souvent la nostalgie de 10 heures du mat’.
    A midi moins l’quart, j’ai pris mon stylo bleu foncé,
    J’ai compris que lui et ma béquille pouvaient me faire avancer,
    J’ai posé des mots sur tout ce que j’avais dans le bide (19).
    J’ai posé des mots et j’ai fait plus que combler le vide.
    J’ai été bien accueilli dans le cercle des poètes du bitume,
    Et dans l’obscurité, j’avance au clair de ma plume (20).
    J’ai assommé ma pudeur, j’ai assumé mes ardeurs,
    Et j’ai slamé mes joies, mes peines, mes envies et mes erreurs.
    Il est midi 19 à l’heure où j’écris ce con d’texte,
    Je vous ai décrit ma matinée pour que vous sachiez le contexte,
    Car si la journée finit à minuit, il me reste quand même pas mal de temps,
    J’ai encore tout l’après-midi pour faire des trucs importants.
    C’est vrai que la vie est rarement un roman en 18 tomes,
    Toutes les bonnes choses ont une fin, on ne repousse pas l’ultimatum.
    Alors je vais profiter de tous les moments qui me séparent de la chute,
    Je vais croquer dans chaque instant, je ne dois pas perdre une minute.
    Il me reste tellement de choses à faire que j’en ai presque le vertige.
    Je voudrais être encore un enfant mais j’ai déjà 28 piges (21).
    Alors je vais faire ce qu’il faut pour que mes espoirs ne restent pas vains,
    D’ailleurs je vous laisse, là c’est chaud (22), il est déjà midi 20.

    Les mots employés :
    1. un petit crème : un café avec du lait dedans
    2. chelou = louche (= bizarre). C’est du « verlan », une sorte d’argot où on dit les mots à l’envers, en inversant les syllabes.
    3. Sept heures du mat’ = 7h du matin (abréviation courante à l’oral quand on dit l’heure. C’est familier)
    4. tebê = « bête » en verlan, ce qui signifie « idiot ».
    5. sur les coups de 7h30 : vers 7h30 (familier)
    6. se la raconter : s’imaginer une vie exceptionnelle. C’est comme « se la péter ».
    7. un pote : un copain (familier)
    8. une meuf : une fille, une femme, en verlan
    9. être à la bourre : être en retard (familier)
    10. un rancard : un rendez-vous (argot)
    11. Putain : exclamation (très familier).
    12. avoir la rage : être très en colère, être révolté. (familier)
    13. les tablettes de chocolat : des abdominaux très musclés, des abdos en béton, qui se voient bien !
    14. se faire à quelque chose : s’habituer à quelque chose
    15. Rue de la Rép : rue de la République. C’est un nom de rue très courant dans les villes françaises.
    16. la COTOREP : c’est le nom de commissions chargées d’aider les handicapés, notamment à s’insérer dans la vie professionnelle.
    17. un thomy : un « mytho » en verlan. C’est l’abréviation de « mythomane », celui qui invente des histoires. Donc un mytho en argot, c’est quelqu’un qui ment, qui s’invente une vie qui n’est pas la sienne pour épater les gens autour de lui et qui y croit.
    18. échec et mat : c’est ce qu’on dit quand on gagne une partie d’échecs et que l’autre a donc perdu.
    19. le bide : le ventre (familier)
    20. au clair de ma plume : il y a un jeu de mots poétique sur l’expression habituelle : « Au clair de la lune », qui est une chanson que tous les enfants français apprennent. Ici, ça veut dire que c’est grâce aux chansons qu’il écrit (avec sa plume, c’est-à-dire son stylo) qu’il peut avancer, malgré son accident et son handicap.
    21. 28 piges : 28 ans (argot). Un autre mot d’argot synonyme : 28 balais
    22. c’est chaud : il faut faire vite, il n’y a pas de temps à perdre. (argot)

    * ça (vous) prend aux tripes : c’est bouleversant.