Dire ou ne pas dire ?

Voici aujourd’hui un billet sur un de ces verbes très courants qui changent de sens selon le contexte, le ton de la voix et qui, paradoxalement, peuvent être un peu difficiles à bien employer pour quelqu’un qui apprend le français.
J’avais déjà évoqué le verbe prendre, le verbe tenir et le verbe faire.

Voici le verbe dire !
Mais pour commencer, on part d’abord à la plage, voir l’Océan (pas la Méditerranée).

Transcription
Pour être honnête avec vous, j’ai la flemme (1) de trouver « the » (2) bon plan pour un weekend en famille. Franchement, trouver le weekend pas cher et sympa, c’est vraiment pas simple. C’est pourquoi on a voulu tester l’alerte Petits Prix de Oui Sncf. Ça nous a pris 5 minutes pour la poser. Et c’est comme ça qu’on a trouvé.
Allez, c’est parti ! Allez, on court.
Moi, j’en fais un aussi ?

Les garçons, ça vous dit d’aller à la montagne la semaine prochaine ?

Deux expressions :
1. avoir la flemme (de faire quelque chose) : ne pas avoir envie de faire un effort pour faire quelque chose. (familier)
Par exemple :
– On va au ciné ce soir ?
– Bof, j’ai la flemme de re-sortir ! On pourrait se faire plutôt une petite série, non ?

– C’est un gâteau surgelé. J’ai eu la flemme d’en faire un !
2.« the » bon plan : les Français ont adopté ce « the » à la place de « le », pour insister sur le caractère unique de quelque chose. Ils se moquent de leur très mauvaise prononciation du son « th », prononcé comme un « z » !

Et maintenant, voici des expressions avec le verbe DIRE, parce que ce n’est pas si simple que ça !
1. ça vous dit d’aller à la montagne ? : c’est une façon familière de proposer quelque chose à quelqu’un et de lui demander s’il en a envie, si ça lui plairait.
– On peut l’utiliser au conditionnel présent : Ça te dirait / Ça vous dirait…?
Ça te dirait de venir dîner demain soir ?
Ça vous dirait qu’on se voie la semaine prochaine ?

– On peut utiliser une forme affirmative: si ça vous / te dit, ce qui est synonyme de « si tu en as envie / si ça t’intéresse » :
On pourrait aller au resto si ça te dit.
Je pourrais leur faire visiter la ville si ça leur dit.

Et voici ce qu’on répond :
– pour accepter : Ah oui, ça me dit bien ! / Oui, ça nous dirait bien.
– pour refuser : Hmm… ça (ne) me dit pas trop. / ça (ne) me dit pas vraiment. / Ah non, ça (ne) me dit pas du tout !
On n’utilise pas le conditionnel. Et comme c’est une expression familière, on a tendance à ne pas dire « ne » dans la négation.

On peut aussi poser la question : Qu’est-ce que tu en dis ? Qu’est-ce que vous en dites ?
-Je peux passer te voir demain. Qu’est-ce que tu en dis ?
– Ah oui, bonne idée! / Oui, si tu veux.

2. Il ne faut pas confondre avec une expression qui ressemble beaucoup : Ça te dit quelque chose?
On l’emploie de façon familière pour demander à quelqu’un s’il voit de quoi ou de qui on parle. Par exemple, on lui donne le nom de quelqu’un et on veut savoir si ça lui rappelle quelque chose, s’il s’en souvient, etc.
Madame Silvestro, ça te dit quelque chose ? = On veut savoir s’il sait qui est cette dame.
Une pub qui se passe sur une grande plage en hiver, ça te dit quelque chose? = On veut savoir s’il voit de quelle publicité il s’agit.

Et voici les réponses possibles, à ne pas confondre avec le cas précédent:
Non, ça ne me dit rien.
– Non, ça ne me dit rien du tout.
– Non, ça ne me dit absolument rien.

– Oui, ça me dit quelque chose, mais je (ne) sais pas quoi / Mais j’arrive pas à me souvenir / mais je sais plus.
– Oui, ça me dit vaguement quelque chose, ce nom. Mais je (ne) me souviens pas bien. / Mais je (ne) me souviens plus.

3. Pour finir, voici une exclamation, toujours au plus-que-parfait : Qu’est-ce que je t’avais dit ! / Qu’est-ce que je vous avais dit !
Cela signifie qu’on rappelle à quelqu’un qu’on avait déjà affirmé quelque chose et qu’on a la confirmation de ce qu’on pensait. En général, cette expression est assez moralisatrice. (sous-entendu : j’avais raison.)
– Il a oublié de m’appeler.
– Qu’est-ce que je t’avais dit ! J’en étais sûr. On ne peut pas compter sur lui.

– Je me suis fait voler mon téléphone.
– Tu vois ! Qu’est-ce que je t’avais dit ! Pourquoi tu l’as pris avec toi à la plage ?

Voici l’enregistrement de ces phrases:
ça vous dit ?

Pour vous donner un exemple vécu, j’ai un collègue qui voit toujours le pire et n’est pas pour sanctionner les étudiants qui trichent. Récemment, un prof de fac a été agressé dans la région parisienne par un ancien étudiant, mécontent de ne pas avoir eu son diplôme. Mon collègue nous a immédiatement envoyé l’article de presse qui évoquait cette agression, avec pour commentaire dans son mail : Qu’est-ce que je vous avais dit !, sous-entendu: Ça va nous arriver à nous aussi, donc ne faisons pas de vagues…

Et pour finir: Une petite meringue, ça vous dirait ?
Elles sont un peu biscornues car je n’avais pas de poche à douille pour les étaler joliment sur la plaque du four ! Mais elles sont très bonnes quand même ! ,-)

A bientôt.
Et bien sûr, comme toujours, vous pouvez me laisser un commentaire ou une question, si ça vous dit !

Ne t’en fais pas, tu vas t’y faire

Comme le dit la chanson,
Dans la vie, faut pas s’en faire !
Moi, je ne m’en fais pas
Les petites misères
Seront passagères
Tout ça s’arrangera

C’est une chanson célèbre de Maurice Chevalier, connue de nous tous et reprise par Eddy Mitchell dans des publicités des années 90. Je suppose que vous devinez ce qui va se passer dans la pub en question !

Comme le climat est plutôt tendu en ce moment, on va adopter ce petit refrain pour garder foi dans la capacité des hommes à construire un monde plus harmonieux !

Et c’est l’occasion pour moi de continuer à évoquer toutes nos expressions avec en et y.
Dans ce billet, voici donc : s’en faire, à ne pas confondre avec s’y faire.

1- S’en faire : s’inquiéter, se faire du souci.
C’est le sens le plus courant. C’est une expression familière.
On l’emploie au présent très souvent.
Elle s’en fait énormément pour ses enfants. Du coup, c’est une mère un peu étouffante.
– Ce n’est pas nécessaire de t’en faire à l’avance. Tu verras bien !

Ne t’en fais pas, tu vas y arriver. Aie confiance en toi. (A l’oral et de façon familière, on dit : T’en fais pas.
Ne vous en faites pas. On va vous aider.Tout va bien se passer.

Cette expression peut avoir une autre signification à la forme négative, dérivée de la première: ne pas se gêner (c’est-à-dire ne pas avoir d’inquiétude alors qu’on fait quelque chose de gênant, d’inacceptable par exemple): C’est une critique, vis-à-vis d’une personne sans-gêne.
– Eh bien, ne t’en fais pas ! / Ne t’en fais surtout pas ! (à quelqu’un qui est en train de fouiller dans vos affaires par exemple.)
– Tu ne t’en fais pas, à ce que je vois !

Utilisée à propos d’une situation passée, cette expression marche à l’imparfait, mais pas au passé composé.
Il s’en faisait beaucoup quand il était étudiant en prépa. Maintenant il est moins stressé.
– Elle ne s’en faisait pas trop parce que ses parents s’occupaient de tout!

Alors, si on veut raconter quelque chose de ponctuel, donc au passé composé, on est obligé d’employer des expressions moins familières: se faire du souci, s’inquiéter
Elle s’est fait beaucoup de souci / Elle s’est beaucoup inquiétée pour lui quand il était petit parce qu’il était souvent malade.

Pour écouter ces exemples :

2- S’y faire : cette expression signifie s’habituer à quelque chose, au point que cela ne nous dérange plus. (C’est la situation tout entière qui est sous-entendue par Y)
On peut l’employer à tous les temps.
Le climat est totalement différent ici. Il fait chaud et humide. Mais nous allons nous y faire !
– Il faut que tu t’y fasses ! Il ne changera jamais d’attitude. C’est sa personnalité.
– Les gens conduisent n’importe comment ici. Je ne m’y ferai jamais ! / Je n’arrive pas à m’y faire.

Pour écouter ces phrases:

Donc aujourd’hui, n’oubliez pas qu’il s’agissait de verbes pronominaux (avec se). Je dis ça parce que nous avons aussi des expressions avec simplement :
en faire
– y faire

Et bien sûr, elles ne signifient pas la même chose que s’en faire ou s’y faire.
A suivre !