Désillusions

Dimanche prochain aura lieu le premier tour des élections municipales, au terme desquelles seront nommés les maires de toutes les communes de France – petits villages, villes moyennes, grandes villes. Election de proximité, importante pour notre vie quotidienne. Mais certains annoncent une augmentation de l’abstention, notamment chez les jeunes.
Alors tous les moyens sont bons pour les encourager à voter, y compris leur parler dans un langage qui est soi-disant le leur. Et bien sûr, hors les réseaux sociaux, point de salut !
Voici donc ce qu’on lit sur la page qui s’affiche quand on se déconnecte de Facebook:

oui je vote page facebook accès

Et ailleurs sur internet:

Oui je vote c'est tweeter liker

Alors, les Français vont-ils liker, tweeter et aller voter ?
Si on écoute la petite conversation qui suit, pas sûr que les campagnes de communication du gouvernement soient très efficaces ! Transcription :
– Au début, on fait… Ils font de la lèche (1), ils font de la lèche pour qu’on vote pour eux. Et dès qu’ils ont obtenu ce qu’ils veulent, bah on peut plus rien faire, c’est fini. J’ai plus confiance.
– Vous aussi (2), vous ne voterez pas ?
– Non, je voterai pas non plus. Je voterai pas parce que pour moi, c’est un peu… c’est un peu des charlatans (3), en fait. Moi, quand je vois, c’est hallucinant, ce qu’ils mettent dans les décorations de Noël (4), ou même juste le feu d’artifice (5), vous imaginez pas combien ça coûte ! Et il y a plein de gens qui sont dans le besoin (6) et il y a personne pour les aider.
Pour moi, je dis, il faut qu’ils aillent sur le terrain (7).
– Parce que c’est sûr, on a des jolis espaces verts (8), mais après, il y a pas que l’environnement.
– Qu’est-ce que vous attendriez par exemple ?
– Bah… qu’ils fassent vraiment des choses pour les jeunes.
– Déjà pour les logements, il y a pas assez de logements sociaux (9). Si c’est pour donner un logement au bout de trente ans (10), où est l’intérêt ? C’est-à-dire pendant 30 ans, on attend un logement avant d’avancer dans la vie.
– Moi, je vois mon cas, moi j’ai fait une demande depuis super longtemps (11), sous prétexte qu’ils me disent : Vous n’avez pas d’enfant, vous n’êtes pas prioritaire. Et pourtant, je… je gagne un salaire, je paye mes impôts, et ils ont donné le logement à quelqu’un qui est au chômage mais qui a son parent qui travaille pour la mairie. On est mis de côté (12), en fait. On est mis de côté, on fait partie des habitants mais en même temps, on en fait partie quand ils ont besoin de nos voix (13), mais une fois que les élections sont passées…
– Clairement, on est pris pour des cons (14), hein !
– Par la politique ou par les politiques (15) ?
– Bah il y a encore des politiciens qui sont bien, faut dire ce qui est (16). Mais le problème, c’est qu’ils sont peu par rapport à tous les connards (17) qu’il y a ! C’est ça le problème. La politique en elle-même, il en faut. Dans tous les pays, c’est grâce à la politique qu’on a avancé. C’est normal. Mais maintenant, aujourd’hui, les politiciens, ils pensent qu’à leur gueule (18), ils pensent qu’à leur gueule.

Des explications :
1. faire de la lèche (à quelqu’un) : flatter servilement quelqu’un pour obtenir des avantages. (argot) Cela donne aussi l’expression : être lèche-bottes, ou lèche-cul.
2. vous aussi : ici, elle devrait dire : Vous non plus, vous ne voterez pas ?, car la suite est négative. Ça aurait été correct si elle avait dit : Vous aussi, vous vous abstiendrez.
3. Un charlatan : quelqu’un qui raconte n’importe quoi, en faisant croire qu’il a des connaissances dans un domaine. Cela signifie donc ici que ce sont des gens dont les discours ne sont que des mensonges.
4. Les décorations de Noël : au moment des fêtes de fin d’année, toutes les villes illuminent et décorent les rues. Donc c’est un budget pour une commune. Cette jeune femme trouve que c’est de l’argent gaspillé et qu’il y a d’autres priorités.
5. Le feu d’artifice : le 14 juillet, jour de la fête nationale, un feu d’artifice est tiré dans la plupart des communes. Et ça aussi, ça coûte cher.
6. Être dans le besoin : ne pas avoir assez d’argent pour vivre correctement. C’est une autre manière de dire qu’on est pauvre.
7. Aller sur le terrain : aller voir comment les gens ordinaires vivent vraiment.
8. Les espaces verts : c’est l’expression utilisée pour désigner tous les jardins publics et tous les massifs fleuris d’une ville.
9. Les logements sociaux : c’est ainsi qu’on appelle des logements accessibles et reservés à tous ceux qui ont des petits salaires et qui ne peuvent pas payer un loyer élevé à un propriétaire. Il y a des conditions de ressources. Le problème des loyers est devenu très sensible car ils ont beaucoup augmenté.
10. Trente ans : il veut dire par là que la liste d’attente est longue et donc que cela prend beaucoup trop de temps pour obtenir un appartement. En fait, il n’y a pas assez de logements sociaux.
11. Super longtemps = très longtemps (familier)
12. on est mis de côté = on est négligé, personne ne s’occupe de nous.
13. Nos voix : dans le domaine des élections, les voix sont les votes exprimés par les électeurs pour les candidats. On donne les résultats en nombre de voix.
14. On est pris pour des cons = on nous prend pour des imbéciles, on se moque de nous. (très familier). On pourrait dire aussi, avec le même niveau de langue: Ils se foutent de notre gueule.
15. les politiques = les hommes politiques et les femmes, mais on ne dit pas les femmes politiques – ce qui reflète la place peu importante des femmes en politique pendant longtemps. Donc on entend de plus en plus « les politiques », qui englobe les hommes et les femmes.
16. Il faut dire ce qui est : cette expression toute faite signifie qu’il faut reconnaître quelque chose, qu’on ne peut pas le nier. (plutôt oral)
17. un connard : c’est un terme insultant, très péjoratif, plus fort et vulgaire que « un con ».
18. ils pensent qu’à leur gueule = ils ne pensent qu’à eux-mêmes, ils ne sont guidés que par leur intérêt personnel. (très familier, quasi vulgaire).

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On verra demain

Ciel tourmenté

De temps en temps, je tombe par hasard sur des explications à propos du français qui ne me paraissent pas correspondre tout à fait à ce que nous disons. Ainsi, j’ai lu récemment que le futur simple n’exprimait pas un avenir proche, par opposition aux formes avec « aller » (Je vais l’appeler ce soir) ou au présent (Je l’appelle ce soir).

Pourtant, nous disons souvent: On verra demain / On verra ça demain. / Je terminerai cet après-midi. / Nous en parlerons tout à l’heure. / Tu m’expliqueras tout ça après-demain. / Je l’appellerai ce soir.

Dans nos conversations quotidiennes, le futur simple, plus qu’un problème de proximité ou d’éloignement, exprime souvent comme une promesse, un engagement, un rendez-vous que l’on prend avec quelqu’un ou avec soi-même:
On verra demain: On est dans l’attente et en général, c’est la promesse qu’on reviendra sur le sujet, sur le problème. (C’est aussi un moyen de se débarrasser de quelqu’un !)

Je terminerai cet après-midi. C’est ce qu’on dit par exemple quand on n’a pas le temps ou pas l’envie de finir maintenant ce qu’on est en train de faire.

Nous en parlerons tout à l’heure: c’est comme dire à quelqu’un que ce n’est pas vraiment le moment mais que le sujet sera bien abordé.

Tu m’expliqueras tout ça après-demain: c’est comme une sorte de rendez-vous.

Je l’appellerai ce soir : et ici, comme un engagement ou une décision qu’on vient de prendre.

Très bien mais, me direz-vous, quel rapport avec la photo du jour ?
C’est que la météo se raconte au futur. Et un futur pas très lointain, même si certains aimeraient déjà savoir s’il fera froid en mars, si le printemps sera beau et si nous aurons chaud cet été. Mais ça, ce n’est pas encore prévisible.
Donc si vous voulez entendre des verbes au futur, écoutez la météo !
Futur avec « aller » puisque ces prévisions s’appuient sur un travail scientifique et des observations. Mais aussi futur simple, comme un engagement de la part de nos météorologues qui savent prévoir le temps à quelques jours.

Transcription :
Un bon répit sur les régions de l’ouest et du nord. Cette journée dominicale se déroulera dans une atmosphère bien plus tranquille que ces derniers jours. Le vent, généralement orienté à l’ouest, de plus en plus discret, accompagnera un ciel assez changeant. Il y aura des averses de plus en plus espacées et ces averses en atténuation dans l’après-midi, alterneront avec de très belles périodes de soleil. Sur le centre, le Bassin Parisien et sur le quart nord-ouest, dans un air plus frais qu’hier, soleil et nuages se partageront le ciel. Les averses ne seront pas très nombreuses. En descendant vers l’Auvergne, vers le sud-ouest, le temps va s’améliorer. Les nuages, qui laisseront passer un peu de soleil, ne donneront que rarement une averse. En allant vers les Pyrénées, vers l’est de la chaîne pyrénéenne, l’amélioration sera un peu plus laborieuse. Puis sur les régions proches de la Méditerranée et sur les Alpes, les nuages, majoritaires aujourd’hui, peu menaçants sur le littoral méditerranéen où l’on apercevra un peu le soleil, ces nuages, porteurs de quelques gouttes dans l’arrière-pays provençal, donneront sur les Alpes de la neige. Ces chutes de neige, assez régulières dans la matinée, s’espaceront dans l’après-midi. Et puis les températures partout en baisse ce matin – il fera nettement plus frais qu’hier matin – comprises entre 8 et 11° sur le nord, ces températures atteindront 11 à 14° sur le sud, avec encore des pointes à plus de 20° sur le sud de la Corse.