Il y a eu Noël. Maintenant, c’est la Saint Valentin ! Demain, après-demain, ce sera autre chose… Tout est bon pour nous faire consommer. Alors, au cas où nous serions en manque d’inspiration, les idées cadeaux fleurissent partout : des idéesen veux-tu, en voilà !
De mon côté, cela m’a donné l’idée de partager avec vous des expressions qui peuvent prêter à confusion tant elles se ressemblent. Juste une petite histoire de singulier et de pluriel et ça change tout :
Se faire une idée cette expression très courante signifie qu’on découvre quelque chose qu’on veut essayer de mieux comprendre, mais sans approfondir encore. C’est comme une première approche.
– Si tu lis leur offre d’emploi, tu pourras te faire une idée de ce qu’on attend de toi. – Je t’explique un peu pour que tu te fasses une idée de la situation avant d’aller à la réunion. – Maya a fait plusieurs courses en montagne pour se faire une idée de ce qui l’attendait dans la face nord des Grandes Jorasses. – Une bonne bande annonce permet de se faire une idée d’un film.
Se faire des idées Cette expression, très courante également, veut dire qu’on s’imagine à tort quelque chose, qu’on interprète mal une situation. On l’emploie essentiellement au présent, pas souvent au passé, en tout cas pas au futur puisqu’il s’agit de l’interprétation d’une situation réelle.
– Je t’assure, tu te fais des idées. Ce n’est pas ce qu’il a voulu dire, même si c’était maladroit. – Je pense que je me fais des idées mais j’aimerais avoir ton avis sur ce mail que j’ai reçu de ma chef. – S’il pense que nous allons accepter son prix pour notre appartement, il se fait des idées !
Pour finir, je reviens au titre de ce billet pour vous dire que cette exclamation s’emploie en général quand on est surpris par ce que fait ou a fait quelqu’un, avec une nuance critique. Et ça s’entend ! Le ton est désaprobateur, pas inexpressif comme ce que font les voix de synthèse des dictionnaires. – Je ne sais vraiment pas pourquoi il est allé là-bas. Mais quelle idée ! – Quelle idée d’avoir envoyé de l’argent à ce type !
N’hésitez pas à me laisser un commentaire, si vous voulez apporter des précisions supplémentaires pour aider ceux qui passent par ici, ou si vous avez des questions. A bientôt pour toujours plus de français.
Il y a un an, je vous avais parlé d’un podcast qui allait nous faire traverser la France en diagonale, du nord-est au sud-ouest, à pied. Souvenez-vous, pendant environ deux mois, les publications quotidiennnes d’Hervé Pauchon nous avaient permis de découvrir des lieux à l’écart des grands sites touristiques et d’écouter les gens qu’il croisait et faisait parler, au rythme de ses étapes et au hasard de ses rencontres.
Comme ce monsieur a la bougeotte (1), il a rechaussé ses chaussures de marche et est reparti, cette fois-ci d’est en ouest, sur une transversale – non officielle – qui va le mener de Strasbourg en Alsace à Brest en Bretagne. Comme l’an dernier (et comme lors de son périple un an plus tôt sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle), nous avons droit tous les matins à un nouvel épisode. C’est donc à nouveau une occasion inestimable de découvrir différentes régions de France – des régions qui sont toutes très différentes – et d’entendre tous les accents français qui constituent notre façon de parler : l’accent alsacien n’a pas grand chose à voir (2) avec l’accent breton !
C’est aussi l’occasion de partir de nouveau à la rencontre de tous ceux et celles que Hervé Pauchon trouve sur sa route. Il prend le temps d’écouter leurs témoignages mais aussi de faire des mini-reportages quand la situation s’y prête (3). Et donc tous les matins, dès la première heure (4), vous pouvez le retrouver sur les chemins, dans les villages, chez l’habitant (5), sur son chemin vers Brest. Il décrit aussi très bien les paysages qui s’offrent à lui, nomme les oiseaux qu’il entend et nous lit des messages, toujours bien écrits, qu’il a reçus d’auditeurs.
J’avais prévu de vous parler de ce nouveau voyage lorsqu’il a débuté il y a un peu plus d’un mois mais j’ai encore une fois laissé filer le temps ! Il y a quelques jours, une visiteuse de mon blog a laissé un commentaire pour nous en parler. (Merci à elle!) Alors, je me suis dit qu’il était temps de partager ça avec vous. Quand j’avais commencé à écrire cet article, je venais d’écouter un des tout premiers épisodes et j’avais été touchée par sa rencontre avec Martine, dans l’est de la France, dans ces régions marquées pour longtemps par les différentes guerres mondiales du 20è siècle. Et comme je venais de lire Lebensborn, j’avais trouvé que c’était une bonne suite au billet que j’avais publié à propos de cette BD.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts (6) ! Et Hervé Pauchon approche de sa destination. J’ai écouté presque tous les épisodes, en prenant parfois du retard sur ses publications, mais toujours avec le même petit plaisir quotidien d’avoir rendez-vous avec tous ces gens qui se racontent. Donc si vous n’avez pas suivi ce périple (7), il est toujours temps de retrouver tous ces récits quand et où vous voulez et au rythme qui vous convient !
Le seul petit bémol (8), c’est bien sûr toujours qu’il n’y a pas les transcriptions de ces échanges, transcriptions qui seraient sûrement utiles à ceux d’entre vous qui apprenez le français ou travaillez à le perfectionner et l’entretenir. Vous pouvez m’envoyer vos questions en commentaire et je vous répondrai. Sinon, pourquoi ne pas tester ce convertisseur de son en texte ? J’ai l’impression que cela permet de bien dégrossir les choses (9), même si des accents différents peuvent le perdre ! C’est ici : Scribe – Ceméa
Pour écouter, vous trouverez tous les épisodes sur n’importe quelle application de podcasts pour votre téléphone ou ici par exemple.Ou encore ici.
Voici la transcription de l’extrait que j’ai choisi (dans l’épisode 4) :
– Là, on est sur le chemin d’accès des prisonniers. Les prisonniers arrivaient donc du camp du Struthof à 150 mètres en contrebas (10). Ils arrivaient par ce chemin pour accéder à la carrière du Struthof, à la grande carrière du Struthof qui avait été… Donc le site de… du camp du struthof avait été choisi parce que, à cet endroit-là, il y avait… il y avait du granit rose, du granit rose qui était très recherché par Speer, l’architecte d’Hitler pour ses grands projets pharaoniques (11) en Allemagne, Germania, ou… enfin bon, tous ces projets-là, quoi. Et donc ils ont installé ce camp à proximité de la carrière pour la main-d’oeuvre (12). Il est devenu sur le… le seul camp sur le territoire français. Mais il faut quand même bien penser qu’à l’époque où il a été construit par les Allemands, nous étions allemands. Nous avions été annexés, hein. En juin 40, nous sommes devenus allemands. Hitler a repris… a repris ce qu’il estimait (13) être à l’Allemagne. Avec tout ce que ça a comporté après de…. de frustration pour les gens du coin, en particulier l’ incorporation (14) de force, (15) qui a laissé d’énormes traces dans les souvenirs des gens et beaucoup d’incompréhension chez les Français. – Les « Malgré nous ». – Les « Malgré nous », voilà. Le terme » Malgré nous » a été très, très souvent contesté par… enfin, contesté ou en tout cas nié par le… par une bonne partie des Français, qui ont pas compris, quoi. C’est vrai que c’est dur à comprendre, que… qu’on puisse, même en étant forcé, qu’on aille, se battre pour ces gens-là. Mais il n’y avait aucune solution de faire autrement, quoi. C’était… c’était comme ça, c’était… Si on partait pas, c’était la famille qui partait avec ces déportés, quoi. On pouvait… On pouvait partir. La ligne de démarcation (16) était tout près de nous. Donc, il y avait des passeurs (17), il y avait… il y avait ce qu’il fallait pour se… pour pouvoir échapper à l’incorporation, mais la famille trinquait (18), quoi. Et l’histoire du camp du Struthof, c’est l’histoire de mon père, c’est l’histoire de ma mère, c’est l’histoire du village, c’est… c’est le vécu de mes grands-parents, c’est, c’est toute cette… Ça me ramène aussi à à la première annexion, en 14-18 et tout ça, les souvenirs de ma grand-mère enfin, et c’est des moments qui sont extrêmement douloureux. On a une histoire qui est quand même très, très bousculée (19) en Alsace. Et du coup cette histoire-là, c’est la mienne et les faits historiques, je m’en fous (18), c’est pas important, mais c’est tout ce qui reste de ça, quoi et ça construit ou ça déconstruit des vies, quoi.
Des explications :
avoir la bougeotte : aimer changer de lieu, de travail, d’activité
ça n’a pas grand chose à voir avec... : c’est très différent de… / Il y a peu de points communs
quand la situation s’y prête : quand la situation est favorable / le permet
dès la première heure : tôt le matin
chez l’habitant : pas à l’hôtel mais chez quelqu’un. On dit par exemple : être hébergé chez l’habitant / loger chez l’habitant
de l’eau a coulé sous les ponts : le temps a passé et les choses ont évolué
un périple : un voyage avec de nombreuses étapes
le bémol, c’est que… : le point un peu négatif
dégrossir les choses : commencer à débrouiller les choses, les simplifier, sans entrer dans les détails.
en contrebas : en-dessous (d’une route par exemple), plus bas
un projet pharaonique : un projet grandiose, démesuré
la main d’oeuvre : les ouvriers, les travailleurs
estimer : penser, juger
l’incorporation : dans le domaine militaire, c’est le fait de faire entrer des gens dans un régiment, dans l’armée
de force : par la force, sans laisser le choix
la ligne de démarcation : la frontière en temps de guerre entre les zones tenues par les pays ennemis
un passeur : quelqu’un qui conduit des gens clandestinement d’un pays à l’autre
trinquer : subir les conséquences négatives de quelque chose (plutôt familier). Par exemple : Quand un divorce se passe mal, les enfants trinquent.
une histoire bousculée : une histoire qui n’est pas linéaire mais faite de nombreux changements compliqués pour les habitants