Haro sur les paresseux !

Poil dans la main

Avoir un poil dans la main: être paresseux.
(expression familière)

L’extrait de l’interview est ici.
A écouter et regarder.
(Parce que la gestuelle en dit long aussi.)

Ou pour juste écouter:
Un poil dans la main

Transcription:
– […] la formation professionnelle, on a l’impression que c’est l’alpha et l’omega. C’est… C’est votre idée aussi ? Ou ça sert à déguiser les chiffres (1)?
– Je vais vous dire: la formation professionnelle, c’est indispensable. Ce qui compte le plus, c’est la motivation professionnelle. Nous avons des Français qui ont des poils dans la main (2), il faut le savoir, c’est-à-dire qui… « C’est trop dur », « C’est trop loin », « C’est pas ce que je veux. » « Vous comprenez, moi j’ai été formé pour faire du théâtre (3) et on me propose de faire du commercial. » Bah, non !
– Vous généralisez peut-être un tout petit peu ?
– Pas tant que ça ! Pas tant que ça !
– Le poil dans la main, c’est une formule qui risque de rester alors.
– C’est une vérité.
– Une vérité ?
– Tous les employeurs qui vous disent, il y a des jeunes qui viennent pointer chez moi et qui me disent: « Surtout, ne me proposez rien. J’attends plusieurs mois avant de » (4).

Quelques détails:
1. déguiser les chiffres: ce sont les chiffres du chômage. Les gens qui suivent une formation ne sont pas comptabilisés dans les chiffres du chômage.
2. des poils dans la main: ce n’est pas la bonne expression en français. On n’a pas des poils mais UN poil dans la main. Cette expression familière s’emploie à propos de ceux qu’on trouve paresseux.
3. formé pour faire du théâtre: l’exemple n’est pas choisi au hasard par cet homme politique de droite, qui a commencé sa carrière à l’extrême droite. S’attaquer à ceux qui travaillent dans la culture rencontre un écho favorable chez certains Français d’extrême-droite et de droite, qui les considèrent comme des inutiles, des parasites qu’on indemnise à ne rien faire. Le ton et le geste de ce politique expriment bien son mépris.
4. avant de: il ne termine pas sa phrase, qui est donc incorrecte. Il veut dire que certains préfèrent profiter de la période où ils ont droit aux allocations chômage pour ne rien faire plutôt que retrouver un emploi tout de suite. Il oublie de préciser qu’effectivement, les emplois proposés ne conviennent pas toujours, obligent les gens à déménager (sans leur famille), à faire de longs trajets, etc.

Un peu plus tard dans l’interview, il accuse les gens de vouloir commencer tard et terminer tôt.
Bref, le discours habituel – méprisant – sur la propension à la paresse des Français et la responsabilité des chômeurs dans leur situation.
Cela évite de parler de la responsabilité de la politique que nous font à tour de rôle ces hommes au pouvoir !

Haro ! : ce terme est utilisé pour susciter l’indignation, la réprobation des autres sur quelqu’un.

Lecture silencieuse

J’ai découvert cet album lors d’un voyage en Australie un peu après sa parution là-bas. Regret de ne pas l’avoir rapporté ! Je l’ai donc retrouvé avec bonheur quelque temps plus tard dans une librairie en France, du côté des BD et romans graphiques, sous le titre Là où vont nos pères.
Tout est beau dans cet univers couleur sépia qui touche au fantastique, à la fois étrange et familier, féérique et réaliste, intemporel et actuel.

Là où vont nos pères 1

Vous n’y apprendrez ni l’anglais ni le français car cette histoire racontée par Shaun Tan ne passe pas par des mots écrits, mais par la minutie des détails de ses dessins magnifiques, que chacun habite de ses propres mots et remplit de ses émotions.
C’est une histoire cent fois répétée au cours des âges, par tous ceux qui ont un jour tout quitté pour vivre ailleurs, une histoire de déracinement, de départ, de solitude, qui devient une histoire d’intégration, une histoire de vie, quand là-bas finit par devenir ici. C’est aussi un très bel hommage à son père, arrivé de Malaisie en Australie en 1960.

Pour ne pas oublier d’où nous venons tous, d’où sont venus nos pères. Pour garder en mémoire qu’on naît quelque part par hasard et que le hasard fait plus ou moins bien les choses pour tous les enfants qui viennent au monde.

Là où vont nos pères2

Là où vont nos pères3

Là où vont nos pères4

Là où vont nos pères5

Pour lire une critique (en français) de cet album

Là-bas, là, ici: quelques exemples pour ne pas se tromper.
Là-bas, c’est ce lieu où n’est pas celui qui parle, ou un lieu un peu éloigné.
Il s’est installé en Italie. Il vit là-bas depuis dix ans. Il ne revient pas souvent ici.
– Il part en Australie. Il espère trouver du travail là-bas.
– Tu le vois, le lapin, là-bas, au fond du jardin ?
– Assieds-toi là-bas.

Là: cet adverbe signifie très souvent ici.
Tu peux repasser demain ? Il n’est pas là aujourd’hui. Il sera là demain matin.
Viens là.
– Mets-toi là, à côté de moi.