La nouvelle année

Bonne année 2014

Tous les ans, WordPress nous envoie un petit bilan de ce qui s’est passé sur nos blogs. Un petit résumé des statistiques qui nous sont accessibles tout au long de l’année. Des chiffres. Des noms de lieux.
Alors, j’imagine qui passe par ici. J’essaie de deviner.
Il y a bien sûr d’abord ceux qui apprennent le français, tout seuls ou avec un professeur, ceux qui l’ont appris autrefois et qui s’y remettent, ceux que cette langue fait rêver. C’est à eux que j’ai pensé en postant mon premier billet.
Il y a ceux qui passent ici pour d’autres raisons que l’envie d’apprendre le français puisqu’ils sont français et que je n’ai rien à leur apprendre là-dessus. Ce ne sont pas mes transcriptions qui les intéressent. J’aime bien faire des transcriptions. Sans doute parce que c’est écrire des mots et des histoires sans les inventer. J’aime les histoires.
Il y a ceux qui arrivent ici grâce à des sites de FLE – Français Langue Etrangère – ou par le bouche à oreille, par Facebook ou Twitter. On m’a demandé pourquoi je ne facebookais pas, pourquoi je ne tweetais pas, alors que pour beaucoup, c’est là que tout se passe. Pas le temps – vous vous en apercevez quand la fréquence des billets se ralentit ici – ni surtout l’envie de m’occuper de plusieurs maisons !
Il y a ceux qui veulent savoir si dire C’est un gros con, c’est vraiment méchant. Ils ont demandé à Google, qui les a amenés ici. Alors oui, ils savent maintenant que traiter quelqu’un de gros con, c’est grossier et agressif. Et qu’on ferait peut-être mieux de ne pas voir les rapports humains sous cet angle.
Il y a ceux qui se demandent comment insulter une femme – variante : comment insulter une salope – et ça, ça m’énerve, ça me déplaît profondément. Je me dis : Gros cons ! (Voilà, vous savez comment utiliser à bon escient ces deux mots ensemble.)
Il y a ceux qui se renseignent sur les gromos. C’est joli, les gros mots, écrit comme ça ! Ça rendrait presque poétique ce qui ne l’est pas.
Il y a ceux qui cherchent des expressions. Ils ont raison, il y a vraiment beaucoup d’expressions en français. Et quoi de plus intéressant que les expressions propres à une langue ? Mais ils doivent parfois se demander pourquoi Google les a conduits ici, car ce n’est pas très bien rangé et il faut lire des pages ou des articles entiers pour trouver ce que signifie la cerise sur le gâteau, entre chien et loup ou occupe-toi de tes oignons.
Il y a ceux qui ne m’aiment pas, que j’agace avec ce que j’écris sur le français – ici ou sur France Bienvenue – et qui m’envoient des mails où ils ne disent même pas Bonjour, ni Au revoir. Pour me dire que je n’ai pas le droit de faire ça, puisque que je ne suis pas prof de français, ni linguiste, ni spécialiste. Ils ont raison, je n’ai surtout pas envie de jouer à la prof de français parce que prof d’autre chose le reste du temps, ça me suffit amplement. Mais voilà, mon métier m’a amenée à réfléchir à ce qui se passe quand on apprend une langue et comment on peut s’y prendre pour avancer, ailleurs que dans un manuel ou dans une classe. Alors, ça me plaît de faire ce que je fais.
Il y a ceux qui laissent des commentaires. Pardon quand j’oublie de répondre. Oui, ce sont des oublis qui se produisent lorsque je ne réponds pas tout de suite. Je lis souvent les commentaires sur mon téléphone. C’est pratique mais je n’aime pas répondre sur ce petit écran. Je me dis : Je le ferai plus tard. Mais parfois, plus tard, ça me paraît trop tard. Alors, je dois passer pour indifférente. J’espère que vous ne m’en voulez pas !
Il y a ceux que je connais un tout petit peu plus parce qu’un jour, ils m’ont écrit un mail et parfois, nous continuons à correspondre quelque temps, ou longtemps.
Il y a ceux qui sont là depuis la première heure. Je me demande si j’ai encore quelque chose à leur apporter parce qu’à présent, ils doivent avoir fait le tour de mes manies, de mes idées fixes, de mes thèmes récurrents ! C’est que probablement mon petit univers fait écho au leur et que nous sommes touchés par les mêmes choses.

A vous tous, qui venez de 180 pays, une très bonne année !

Visiteurs 2013

Autoportraits d’aujourd’hui

Auto portraitLe terme autoportrait faisait sans doute un peu ringard ! Ou trop ambitieux, ou trop sérieux.

Le mot anglais s’est donc immédiatement imposé – parfois même, pour certains, sans la moindre idée de son origine. (Quand on vous dit que les Français sont mauvais en anglais !)

Alors voici l’autoportrait réinventé, au bout de nos bras et de nos téléphones portables.

Transcription:

– Si on se faisait un selfie, tous les deux ?
– Qu’est-ce que c’est que ça ? (1)
– Un selfie, c’est un autoportrait.
– Ah ouais, d’accord !
– On s’en fait un (2), tous les deux ?

– Vous le faites pas, vous ?
– Bah si. Si, si. Je l’ai déjà fait plein de fois (3). Ça sert à voir comment on est coiffé ou comment on est maquillé.
– C’est de l’ego  !
– Un besoin… Comment dire… de s’exprimer aux yeux des gens. Les réseaux sociaux, tout ça. On vit pas sans, en fait, c’est ça. C’est une habitude qui en devient une obsession.
– On se regarde tous le nombril (4) et…
– Ouais, c’est ça.
– On se rassure aussi, en fait. On se rassure bêtement. Dans le sens, bah on a passé un sale (5) weekend , on met une photo, on est content, il y a des like et… et on se dit : Ah mais en fait, non ! Les gens adorent ce que j’ai fait alors que c’était de la merde (6) ! C’est ça, on a des amis, ils font plein de voyages, ils voyagent tout le temps. Toi, tu dis: non, moi, j’ai rien fait depuis un mois. Eh bah voilà, allez, moi aussi, je vais dire que j’ai une vie ! Et voilà ! Peut-être qu’il y a ça aussi. On entretient aussi une image, quoi.
– L’image qu’on produit est devenue très importante. Enfin, beaucoup de gens sont un peu focalisés (7) là-dessus quand même.
– Ouais. Mais même ceux qui font des tests, hein, à partir (8) en weekend sans portable, ils galèrent (9), hein !
– C’est très nombriliste (10), donc… Et souvent, on passe finalement beaucoup de temps sur Facebook pour voir des photos pas si (11) intéressantes que ça. Mais il y a des gens qui disent que du coup, comme on regarde les photos des autres, bah on prend plus de nouvelles de ces personnes. On regarde juste les photos, on se dit : OK, la personne va bien, donc c’est pas la peine (12) que je lui envoie un message. Et… Puis on va exposer des parties de notre vie alors que pourtant, ça devrait être que nos vrais amis qui devraient voir ces photos-là. Donc je trouve plutôt que ça nous met dans quelque chose de superficiel. Surtout on sait plus… enfin quelles sont les vraies personnes avec qui on a envie de partager des choses. Ouais.
– On se rassure.
– On fait tous des selfies. Obama aussi l’a fait, voilà. Obama aussi l’a fait. Un président de la République qui fait même ça aussi, oui, c’est vrai, c’est…
– Pendant les obsèques.
– Ouais, c’est moyen (13). C’est moyen. Mais c’est moyen et c’est peut-être aussi adapté à la… à l’actualité. Tout ça, c’est nouveau, ce qu’on fait aujourd’hui, en fait. Chacun crée sa petite image, c’est vrai que c’est nouveau. Je pense pas que De Gaulle (14) jouait sur son image comme ça auprès des gens.
– Voilà.
– Bon, on va se le faire, ce petit selfie ? Je vais en faire un avec vous, ça vous embête pas (15) ?
– Oh bah non ! Allez !
– Allez.
– Oh p[…] (16) C’est pas la plus jolie photo du monde, je pense.
– Ça passera très bien…
– Mais ça ira !
– Ça ira très bien.

Quelques explications :
1. Qu’est-ce que c’est que ça ? : Normalement, on dit juste: Qu’est-ce que c’est ? Le fait de rajouter « que ça » rend la question plus orale et exprime davantage la surprise.
2. On s’en fait un: on ne peut pas juste dire : On se fait un. A cause de « un », on est obligé d’utiliser « en », qui est un petit mot souvent compliqué pour ceux qui apprennent le français !
3. Plein de fois : cette expression est plutôt familière. La forme plus soutenue serait : de nombreuses fois.
4. Se regarder le nombril : cette expression familière signifie qu’on se considère comme le centre du monde, symbolisé par ce qui serait en quelque sorte le centre de notre corps, c’est-à-dire notre nombril.
5. Sale : ici, cet adjectif a son sens de « mauvais ». Par exemple, on dit : Il fait un sale temps sur la France en ce moment. / C’est un sale type.
6. C’est de la merde = c’est nul, ça ne vaut rien. (très familier)
7. être focalisé sur quelque chose : être concentré sur quelque chose, y attacher une grande importance et ne plus voir le reste.
8. à partir = comme partir… ( « à » introduit un exemple des tests dont parle cette jeune fille.)
9. galérer : avoir beaucoup de difficultés, beaucoup de mal à faire quelque chose, se retrouver dans une situation compliquée.
10. Nombriliste : centré exclusivement sur soi-même
11. pas si intéressantes : elle fait une liaison impossible, en ajoutant un « s » entre si et intéressantes. Ce genre d’erreur à l’oral se produit lorsque qu’un mot terminé par une voyelle est suivi par un autre qui commence par une voyelle.
12. ce n’est pas la peine que (+ verbe au subjonctif) : ce n’est pas nécessaire / utile que…
13. c’est moyen : ici, cela signifie que ce n’est pas bien. Il s’agit d’un commentaire négatif, qui exprime la désapprobation.
14. De Gaulle : il a été président de la France après la seconde guerre mondiale. Pour cette jeune femme, il incarne probablement la tradition, l’absence de modernité.
15. Ça ne vous embête pas ? = ça ne vous dérange pas ? (familier)
16. Oh p[…] : on entend juste le début du mot, soit parce que ça a été coupé, soit parce qu’elle se retient au dernier moment. Il peut s’agir de l’exclamation « Putain ! » ou de sa version plus édulcorée, moins vulgaire : « Punaise ! »