Le retour des loups

Au détour d’un chemin de randonnée, en juin dernier, nous sommes tombés sur ce panneau à l’entrée d’un chalet d’alpage dans le Beaufortain. Le message, pour le moins direct, était adressé aux pro-loups, par un anti-loup que nous avons rencontré juste après. Nous venions de trouver sur notre chemin les cadavres de plusieurs brebis égorgées récemment. Des rapaces planaient encore au-dessus pour terminer le nettoyage des carcasses. Dans notre naïveté de citadins, nous n’avions pas pensé à une attaque de loup, si peu habitués à penser à cet animal qui a longtemps disparu des paysages français.

Pour ce propriétaire, c’était le ras-le-bol et la peine d’avoir perdu ses bêtes qu’il avait montées à l’alpage très peu de temps auparavant. Il n’habitait pas là en permanence, il n’y avait pas de chien de berger pour veiller sur les brebis, pas de clôture électrifiée pour les mettre en sécurité. Il avait donc suffi d’une nuit tranquille, sans présence humaine, pour qu’un loup tue son tout petit troupeau sans défense. Il nous a montré des empreintes dans la boue du chemin. Ajoutées au type de blessures subies par les brebis, cela ne lui laissait aucun doute sur l’origine de la mort de ses bêtes. Alors, très en colère, il avait définitivement rejoint le camp des anti-loups, dans le débat passionné qui dresse beaucoup d’éleveurs français contre les protecteurs du loup.

Les loups, chassés sans relâche pendant des décennies, sont revenus en France, par eux-mêmes. Beaucoup d’éleveurs ont dû réapprendre comment s’en protéger au mieux. Mais la cohabitation est difficile, entre les loups, les troupeaux et leurs propriétaires bien sûr, et aussi entre les pro-loups et les anti-loups.

Pourtant, il va bien falloir se faire à l’idée que les loups ne sont pas seulement dans les régions de montagne, à l’écart des hommes. C’est ce que racontait ce petit reportage entendu aux infos à la radio il y a quelques jours. Je ne m’attendais pas aux lieux mentionnés ! Prisonnière de clichés sur cet animal !

Je vous ai enregistré tout ça ici, avec à la fin le petit reportage radio (vers 2’50):

Transcription du reportage:
Il y a des loups et ils sont certes (1) un peu flous (2) sur les photos : deux loups gris sont détectés ce mois-ci (3) en France, un dans les Yvelines* au début du mois, un autre en Indre-et-Loire* hier. C’est une première (4) depuis cent ans. Jean-Noël Rieffel, le directeur régional de l’Office Français de la Biodiversité dans la région Centre-Val de Loire :

« Pour nous, c’est pas une surprise, parce que l’OFB recense (5) les populations de loups. On sait qu’elles sont en augmentation. On estime à 624 loups (6) en France et on sait qu’à la faveur de l’automne (7), il y a des phénomènes de dispersion d’un certain nombre d’individus (8) qui en fait sont expulsés, si je puis (9) me permettre ce mot, de la meute (10) et parcourent des dizaines de kilomètres. On sait que le loup pouvait être retrouvé à 1500 km de son lieu de naissance. Et on sait que le loup peut parcourir jusqu’à 50 km par jour. Donc il est pas étonnant de voir des individus se disperser. Pour l’instant (11), ils sont pas installés du tout, il y a pas de meute, il y a aucun signalement d’attaques sur des troupeaux. Donc pour l’instant, il est trop tôt pour dire si ces individus qui ont été observés vont s’installer. Mais c’est fort (12) peu probable, voilà, voire (13) pas probable du tout.

Quelques explications :

  1. certes : c’est vrai / Il faut reconnaître que
  2. flou : pas net. La mise au point n’a pas été parfaite donc la photo est floue.
    On peut aussi utiliser cet adjectif au sens figuré : par exemple, un projet qui est flou est un projet qui n’est pas encore bien défini. Quand on a des idées floues dans un domaine, on ne sait pas encore grand chose sur le sujet. On dit aussi qu’on est dans le flou quand n’a pas encore d’idées précises à propos d’une situation.
  3. ce mois-ci : le mois en cours. On ne peut pas dire simplement Ce mois.
  4. C’est une première : c’est un événement inédit, totalement nouveau.
  5. recenser : compter le nombre de personnes, d’animaux, de plantes quelque part.
  6. 624 loups : six cent vingt quatre
  7. à la faveur de l’automne : l’arrivée de l’automne favorise ce phénomène
  8. un individu : c’est normalement une personne. Mais les scientifiques qui étudient des groupes d’animaux parlent aussi d’individus à propos des animaux.
  9. si je puis me permettre = si je peux me permettre (style un peu plus soutenu)
  10. une meute : c’est le terme qu’on emploie à propos des groupes de loups (ou de chiens dans la chasse à courre). Au sens figuré, on l’emploie à propos de groupes de personnes qui en harcèlent d’autres : Le journaliste a été menacé par une meute de supporters très énervés et alcoolisés. On parle aussi de phénomène de meute sur les réseaux sociaux par exemple, quand quelqu’un est victime d’innombrables commentaires haineux.
  11. Pour l’instant : on dit aussi Pour le moment.
  12. fort peu = très peu
  13. voire : et même

* Les Yvelines : il s’agit d’un des départements français, à l’ouest de Paris.
* L’Indre-et-Loire : dans cet autre département, on trouve la ville de Tours ainsi que des châteaux célèbres, comme Amboise, Azay-le-Rideau, Chenonceau, Villandry par exemple.
Ce n’est pas vraiment au loup qu’on pense en premier en évoquant ces deux départements !

Dans le brouillard

Prendre la route par temps de brouillard, c’est embêtant. Mais quand on se promène à pied, quel plaisir d’avancer dans cette atmosphère automnale qui redessine les paysages. Les arbres, déjà dépouillés de leur feuillage, y retrouvent une majesté spectrale. La lumière atténuée effleure les troncs assombris. Et les dernières feuilles des hêtres sont comme éclairées par un soleil qui n’existe pas. On s’attend presque à apercevoir des elfes et des lutins. Ou un loup (ce qui serait moins surprenant puisqu’ils sont revenus dans nos forêts). On avance comme dans les contes de notre enfance ! Et tant pis si ce jour-là, le brouillard ne se dissipe pas de la journée. C’est tellement féérique !
Aveyron, novembre 2021

Les mots du brouillard :

  • On dit qu’il y a du brouillard. Il n’y a pas d’adjectif, contrairement au nom la brume qui donne l’adjectif brumeux. (On parle de brume quand la visibilité est meilleure.)
    J’espère qu’il n’y aura pas trop de brouillard demain.
    Il y a beaucoup de brouillard ce matin. Il va falloir rouler doucement.
    Il y a un peu de brouillard ce soir. On est bien au chaud à la maison !
  • Quand il y en a vraiment beaucoup, voici les expressions qu’on emploie :
    Un épais brouillard est tombé pendant la nuit. (On peut dire aussi un brouillard épais. C’est plus littéraire de placer l’adjectif épais avant le nom. Donc on trouvera mon exemple plutôt à l’écrit.)
    Le brouillard est très épais par endroits. On ne voit même plus le chemin.
    Il y a un brouillard à couper au couteau. On ne voit pas à 10 mètres !
  • On peut dire aussi :
    On est dans le brouillard aujourd’hui. Et chez vous, il fait beau ?
  • Quand il n’y a plus de brouillard, on utilise le verbe se dissiper.
    Météo France annonce que le brouillard devrait se dissiper dans la matinée.
    Le brouillard s’est dissipé rapidement.

Etre dans le brouillard peut s’employer au sens figuré :

  • Là, pour le moment, je suis dans le brouillard : dans une situation difficile, cela veut dire qu’on n’arrive pas à voir les choses clairement, qu’on ne sait pas quoi faire, quelle décision prendre.
  • Avec ce nouveau variant, c’est le brouillard pour tous ceux qui avaient prévu un Noël avec leur famille à l’étranger. Pourront-ils partir, prendre l’avion ?

J’ai enregistré ces exemples, si ça vous dit de les entendre :

Je vous laisse pour aujourd’hui, sous un beau soleil ici !
A Marseille, le brouillard est très rare. Bonne journée à tous.